PRONOMS RÉFLÉCHIS
PROGRÈS DE LA FORME SE. — On a VU (tome I, 457) comment, au xv« siècle, eux, elles empiètent sur le réfléchi. Au xvi* siècle, ils continuent à remplacer soy devant im infinitif, non seulement au début, mais assez avant dans le siècle. Les exemples sont innombrables: Et délibérèrent (Teulx venger d'Hammon (Lemaire deB., Illust,, 18, Hug., o. c, p. 66) ; sanseulx mesler d^vng costé ne d^ autre (Seyssel, Suc. AL , 1 5 v<>) ; les Hespaignolz furet contrainctz honteusement leuer leur siège y eteulx en aller (Dolet, G. de Fr. de V., p. 38) ; iurerent les dictes cautions de tenir V appoinctement et de eux départir de la duché de Milan, ...Or est-il ainsy, que combien qu' Hz eussent iuré et promis faire paix et aliance auec le Roy et eux départir, néantmoins Hz nen firent rien {J. B. P., 20 et 21 ; cf. 16, 174, etc.) ; comme qui sauoient tenir secret, eux taire (Meigret, Off. Cic, p. 76).
Inutile de citer des exemples de soy : a la fin de la dicte neufayne, elle y fit chanter vne messe par grande deuotion, après soy estre confessée {J. B. P., 69) ; La dicte armée... contraignit la plus part des bonnes uilles... soy rendre a V obéissance du Roy (Dolet, G.deFr. de V., p. 66).
Mais la forme se, qui, nous l'avons vu, tendait dès le temps de Commynes à s'étendre analogiquement aux cas où l'usage de l'ancien français l'ignorait presque, continue son extension, et s'introduit devant l'infinitif et le participe, supplantant à la fois l'ancien soi et son substitut elle, eux : il luy conuenoit soy retirer et s'en aller hors de la ville {J. B. P., 217); se héberger (Rab., 1. I, ch. 28, 1. 1, p. i09) ', L^ Empereur .. . trouua moyen de se sauluer (Dolet, G. de Fr. de V., p. 70); faisoient semblant de se vouloir retirer (Bouch., Ser., t. I, 107) ; A quoy Lucianus, Aulus Gellius et autres semblent s^incliner (Mont., II, 12, t. III, 288) ; Il est malséant a vn homme se vanter (Lar., Les Tromp., a. ii, se. vi, A. th. fr., VII, 46)*.
SOY. — Ailleurs que dans le voisinage immédiat des verbes, le réfléchi, soit du singulier a), soit du pluriel b) est toujours soy.
a) La bouteille de trois choppines, laquelle il tenoit toute la nuict auprès de soy (Des Per., Nouv., II, 264) ; il a beaucoup d^ouuriers soubs soy (Du Vair, 370, 23).
b) Pour cause que les coquilles sont salées, elles attirent a soy ce qui leur est propre {Paliss., 39); Et veirent contre soy cent peuples fort vaillans (Rivaud., 59) ; Pfayment que soy (S*-Gel., t. I, 265).
i. On trouve des phrases où se et eux alternent : fut dici que les Espaignolz qui têloieni en Italie se pourraient retirer où bon leur sembleroit^,. dedans vng moys, et eux en aller dehors la duché (J. B. P., 26).
Histoire de la langue française, II. 27
Cependant elle^ lui, commencent à devenir communs dans les deux cas : et ont leur cotidien empres eulx (Sic. de Tr., Par., 78); puis tirant Vhuys après elle, rentra au iardin [Amad., 1. I, P* iv v^); Vhorhme doibt bien prendre a luy garde (Corroz., Hecat., Contre celuy, p. 69); et le feit iouir d'elle paisiblement, et receuoir tousles bons traitemens que peut receuoir.., (H. Est., ApoL, II, 12).