PRONOMS RELATIFS
Le principal événement dans la vie des pronoms relatifs est la restitution d'une déclinaison régulière. Les causes syntaxiques se mêlent sans doute ici à d'autres pour produire cet effet, néanmoins j'ai cru devoir en traiter dans la Morphologie (p. 318).
Aucune tentative encore pour faire une distinction entre les relatifs qui se réfèrent aux personnes et ceux qui se réfèrent aux choses : cest ceste bonne femme de quoy vous me parliez (Nie. de Tr., Par,j 236): cest l'homme dequoy nous parlions (N. du Fail, Eutr., II,
1. Je considère comme particulier et provincial l'emploi de iU au scqb de ces, ainsi ; Hz hugaenolz, très commun dans les Mémoires de Claude Haton, I, p. 184, et souvent ailleurs.
81); vne espée... Autour de qui il esprouue sa force (Corroz., Hecat., Le vaincueur, p. 73); quelque promesse, et conuenance, Vaccompliment de quiseroit inutile (Meigret, Trad. Off. Cic, 1547, p. 22) ; Et ny a sort tant au monde ennuyeux^ Sus qui mon cœur ne puisse auoir enuie (Forcad., p. 22) ; Ceint et suiuis de Lyerre parmi. De qui le lieu fut couuert à demi (Id., p. 7). Nous y reviendrons au XVII* siècle.
DONT ET D'OU. — Dont, par suite de la prononciation fermée de ïo nasal, se confondait à peu près avec d'où. Ainsi s'explique que la plupart des grammairiens ne fassent pas la distinction : voir Paisgrave, 142, 344; PUlot, 62 v», 83 r^; Ab. Mathieu, 34 r^ Ramus, 118; Lentulus, 110.
De même dans les textes : la lumière de paix vous viendra dont ne l'attendez {Let. de Briçonnet, 12 fév. 1524, Herm., C, I, 190); il est retourné tout court dont il venoit (Cord., Corr. Serm. em., 300, B); d'ont me vient (Mar., III, 48) ; dont vient celai (Id., III, 83).
Dans ces conditions, aucune distinction rigoureuse n'était possible, qu'il s'agît de dont pronom relatif ou de dont interrogatif ^ De sorte que, si H. Estienne blâme dont pour d'où, il écrit lui-même: Mais dont vient, Iupiter,que (Clém., H. Est., 431). On est donc encore bien loin de la règle de Malherbe, et la confusion persiste dans les textes de la fin du siècle : la parole n'a pas touiours eu mesme son en la bouche des hommes... Dont vient que vous oyez aucuns tirer leur parole plus du gosier (Fauchet, Orig. de la l. fr., 534 V®) ; vn son ayant pieu aux vns plus quaux autres, fut suiuy par ceux du mesme quartier, dont vint la multitude des langues (Id. ib., 534, ro).
DONT POUR OU ET QUE. — Les divers cas de qui, et surtout les pronoms que, doni, où, sont constamment brouillés dans les textes un peu populaires. Laissons de côté que pour où, ou bien dont, dans un tour qui sera encore classique : en Vaage quil en a plus de besoing (S*-Gel., III, 239); de la courtoisie quil vous a pieu vser (Seal., Let.,li).
Mais voici dont pour où : Le matin dont le bon chevalier deuoit desloger (Loy. Serv., p. 293) ; elle luy dist quil falloit quil
1. Voici des exemples pour ce dernier : Dont vient cela^ messieurs (Rab., 1. I, ch. 37, t. I, p. 103); dont vient Vestonnemeni Que vous monstrex? (Jod., Eug., Prol., A. th. fr., IV, 7 ; dont peut estre provenu que nos prédécesseurs (^Pasq., Rech., I. VIII. ch. 9, t. I, p. 780, C).
. 2. Voir Brunol, Doctrine,. 397-398.
allast sur la fosse de sa mère, dont il luy promit qu'il irait sans nulle faute (Nie. de Tr., Par., 61, je répugne à traduire par donc).
Le voici pour que : de ses biens, dont il n'auoit pas gueres grant peine a départir (Id., ib., 37, départir signifie ici partager)] ce ne fut pas sans grandes iniures et reproches deuant tout le monde, dont Vauoit bien mérité (Id., ib,, 101; cf. p. 102).
QUE. — Que se trouve encore bien plus souvent que dont pour les autres relatifs ; sans vous fère ce mot de lectre, pour vous asseurer tousiours ma continuelle bonne volunté que ie ne me lasseray iamès, quant faray moyen (D. de Poit., Let., XCVI, p. 168); elle s'auisa de ce qu^eux ne s'estoyent auisez (H. Est., Apol., Il, 26).
Cette ligature par que est très fréquente. Souvent on démêle un sens conjonctionnel : // est bien homme plus estrange Que, si bien tost il ne se change, Il nous fera tous enrager (Grev., Les Esb,, a. I, se. m, A. th. fr., IV, 247) ; Auez-vous point veu d'autres femmes que vous eussiez mieulx aymé coucher auec elles que auec la vostre ? (Nie. de Tr., Par., 117, 118) ; en Arabie, près la mer Rouge, il y a vne fontaine, que si le^ brebis en boiuent, elles muent de couleur (Bouch., Ser., I, 2, t. I, 78) ; Vne fieure me prist et cruelle et meurdriere QueVestois tout en feu (Passer., 1, 107 et 108). Ici à la rigueur on peut traduire par /eZ qri/e. Comparez; Si vous supply, bénigne et doulce dame. Ne me donner mal talent n'aucun blasme Que ie me suis hardiment ingéré De vous louer de cueur (Rog. de Coll., OEuv., 43; on peut entendre de ce que) ; pour Dieu qu'il ne vous eschappe, ne celluy qui est auec luy, qu'autant de mal a faict Vvn que Vaultre [Amad., 1. I, f^ XVIII r<>); auant qu'il eust dit vne douzaine de mx)tz, il demeura tout court; qu'il ne sçauoit plus ou il en estoit (Des Per., Nouv., II, p. 261). On peut encore à la rigueur traduire attendu que, parce que, sans beaucoup forcer le sens. Toutefois le lien marqué par que est beaucoup plus faible, et s'approche du lien relatif.
Voici d'autres phrases où il est impossible de traduire par une conjonction : C'a esté le plus beau siège qui fust iamais.., fors les assautz, qu'on n'en liura îâmais(Brant., G. Cap., Y, 104); et qu'elle dist qu'elle n'auoit pas onze ans, toutefoys qu'elle en auoit treize (Marg. deNav., Let. in., 182) ; en toutes les heures, prières et suffrages qu'il se dist iournellement {Let. de VÉv. de Gren, I^urent Alleman,\M2^ Loy. Serv., p. 436); Hz le sont allé loger tout en hault du donion, la ou l'on mect les criminelz, que vous promectz quant l'on luy a dict, que le cueur luy est cuydé creuer
(Lett. miss, de RegnauU de la Duché à AP*« de Terrenoire^ à Anet, D. de Poit., Let., XXIV); C'est vne sorte de poëme, que d'autant quelle est la plus ancienne^ aussi est elle la moins vsitée (Laud. d'Aig., II, 4, p. 54) ; tout ainsin quelle a faictpastir,., et mesmes a nous autres François^ que vous eussiez dict quilz auoient pris a prix faict la ruyne de la France (Brant., G. Cap., t. V, p. 122).
Je trouve même qui remplaçant ce que, mais c'est ime faute évidente; Voila vng autre, lehan Peschat, qui il n'y a que quinze iours qu'il fut foité par les carrefours de la ville de Bourges (Nie. de Troyes, Par., 36). *
Constructions relatives latines-. — En moyen français, on commence, d'après les modèles latins, à se servir du pronom relatif lequel, nouvellement né, pour rattacher les phrases les unes aux autres. Différents types existent, qu'il importe de distinguer :
\^ Lequel, est accompagné d'un participe passé passif, il en sera parlé plus loin (p. 466-467).
2^ Lequel adjectif ou pronom, ou quoi sont soit régimes directs, soit régimes indirects d'un participe présent ou d'un gérondif.
3® Le relatif est régime d'un infinitif lui-même régi par Une préposition. On a déjà dans Joinville : pour laquel guerre appaisier messires li roys y envoia monsignour Gervaise d'Escrangnes (458, F).
De même au xv« siècle : pour laquelle acheuer il ne finoit nuyt ne iour de aduiser et penser [C. Nouv., I, 235); Pour lesquelles rendre, le roy,.. enuoiale sire de Maupas (Chron. du M.-S.^Mich., I, 77) ; si deslibera en soy vne moult estrange façon de faire, laquelle il délibéra en son entendement de faire et acomplir {J. de Par., 29, dans Hug., o. c, p. 122) ; comme sont prudence, attrempance,... pour lesquelles garder sont f aides les fors ciuiles... (Gerson, Serm. sur le ret. des Grecs à l'unité, éd. Galitzin, 1859, p. 34).
Il n'est rien peut-être qui ait autant rapproché le style du xv* et du XVI" siècles des modèles latins que ce lequel, élément essentiel de la nouvelle phrase, qui fournissait le moyen de rattacher les
1. Cette confusion de qai et que est encore commune : il n'est pas loing d'icy Celay qui c'est et le saurez tantost (Pelet., Ocf., 23 r®) ; et de scauoir encore déplus près Ce qui tu es^ ce qui je suis après (Forcad., p. 8) ; Veu que tu fais de rien tout sans matière^ Et qui n*es sourd vers quelque humble prière (Id., p. 9).
2. Par un accident d'impression, un chapitre, relatif aux latinismes de syntaxe, a disparu de mon premier volume. Je reprends donc dans celui-ci, d*un peu plus haut, les diverses questions que j'avais commencé à traiter là.
phrases elles-mêmes les imes aux autres dans Tensemble d'un développement.
Tous ces types divers se développent encore au xvi® siècle, et se rencontrent chez une foule d*écrivains qui, sans être des latiniseurs, sont des latinistes. Voyez l'histoire de ce fait dans Huguet, o. c, 139. 2® type. Le relatif dépend d'un participe ou d'un gérondif : (il) fut tant oppressé de pierres, qu'il luy conuint s'en aller mucer en la caue du dict pillory. Quoy voyant le peuple^ mist le feu dedans la dicte caue (J, B. P., 53) ; Quoy voyant le Grand Turcq fut contrainct de prendre la fuicie [ib,, 399) ; lesquelz voyant chanter.,. C'est , distil, bien chien chanté (Rab., Garg., XXVII, t. I, 104); Quoy entendant, ie demeuré si transporté (Lar., Jal., a. i, se. i, A. th. fr., VI, 11); dont se voyant repris pour avoir violé le droit de la guerre (Tabour., Big., 67 r°) ; r entendement... peult amander et radresser ses faultes; quoy faisant il se declaire assez (Desportes, Disc, sur les vertus, dans Frémy, Ac. des Val., 232). Les verbes sont toujours à peu près les mêmes.
3** type. Le relatif est complément d'un infinitif dépendant d'une préposition : auoir pitié des pauures ignorans et de leur enclinée aveugleté, pour a laquelle bailler le dernier remède [Let. de Marg. d'Ang., février 1524, Herm., C, I, 191); // suruient quelques fois des choses pour ausquelles pourueoir on employé souuent, et en vain, tout soin, diligence et esprit (Lar., Les Jal, a. n, se. vi, A. th. fr., VI, 40); le langage Gaulois estoit doux et abondant, pour lequel rendre plus graue, la ieunesse apprenoit le Latin (Fauchet, Orig. de la l. fr., p. 53i v").
En présence d'exemples aussi tardifs, il serait téméraire d'affirmer que le tour meurt au xvi^ siècle, toutefois, je le crois au moins sur ses fins.
4® type. 11 ne se développe guère qu'au xvi* siècle : une proposition commençant par une relative, renferme une conjonction : qui si venisset. Ex. : Lesquelles si le traducteur ignore, il faict tort a Vautheur, qu'il traduict (Dolet, Man. de trad., p. 13) ; Ce que si aulcuns font, ne les ensuy en cela (Id., ib., p. 14); et me suis icy transporté,... pour seulement te veoir, et conférer avecques toy d' aulcuns passages de Philosophie, de Geomantie et de Caballe,... lesquelz tu me peulx souldre, ie me rens des a présent ton esclaue (Rab., Pani., ch. xviii, I, 307); il ny a gueres de psonnes auiourd'huy que si leurs valets vouloient plaisanter de ceste sorte qui ne leur fissent rabattre leurs plaisanteries Aesopiques (Tabour., Big., 60 r**) *.
1 . Un tour ordinaire, c'est de dire comme Amyol {Œav. mor,, 417 v« H) : le chardon
Comparez : et autres semblables resueries transférées des villes en nos villages^ quelles choses tant s'en faut quelles nourrissent le corps de Ihomme^ qu elles le corrompent^ ou tout mettent au néant (N. du Fail, Prop, rust,, I, 19) ; Homère^ lequel tant s'en faut quil exclue et destourne le boire de Vaspre artère, et quil iette le boire et le manger ensemble, quil dit,,, ! Amyot, Œuv. mor.^ 416 v<*, H).
LIAISON DES PHRASES AU MOYEN DES RELATIFS. — L'influence du latin se marque aussi dans la façon dont on fait désormais commencer des phrases par un relatif ^ Déjà chez Froissart : il a pieu a monseigneur le prince qu'il m'a donné cinq cens mars de reuenue par an; pour lequel don ie li ay encores fait petit seruice (V, 62, 8; ap. Riese, o. c, p. 53).
Au XV* siècle : en yuer, par especial, s'occupoit souuent a oyr lire de diuerses belles ystoires^ de la Saincte Escripture, ou des fais des Bomains^ ou moralistes, de philosophes et d'autres siences iusques à heure desoupper, auquel s'asseoit d'assez bonne heure et estoit légierement pris ; après lequelnne pièce s'esbatoit {Ch, dePis., Ch. F, coll. Petit., V, 280) ; Princes doit estre large en dons et grâces donner. Lesquelles choses auons assez prouuees de nostre Hoy. Sage doit estre,,, (Ead., lA., coll. Petit., t. VI, p. 21); clerement appert que ce monde en soi n'a eu iamaisque toutes misères,,. Ce que moy, douloreux homme,., ay bien largement expérimenté (G. Chastell., Chron., I, p. 9-10); les avoit recueillis le duc de Bourgongne en sa maison, comme ses parens de Lanclastre avant le mariaige. I.£squelz ic veiz ensi g r an t pour été que... (Comm., III, 4 Apud Toennies, p. 62). Dans la plupart des cas, il faudrait citer tout le contexte pour établir qu'il s'agit d'une nouvelle phrase séparée de la première par une forte pause.
De même au xvi* siècle : au bout de quelque temps, vint encores vng autre aduertissement, confirmant le premier. Dont le gouverneur, bruslant de l'amour de son maistre, luy demanda congé de le chasser (MdiTg, de Nav., Heptam., II, 96, Hug., o, c, 130); en la teste du jeune Boy Charles, Sans la mort duquel il ne faut douter
9 cent testes, que si vne cheure le prend en sa bouche, tout le troupeau incontinent garreste.
1. Je ne rappelle que pour mémoire quelques autres lournures reposant sur remploi du vieux régime cui, qui serrent de très près les habitudes du latin; le relatif au cas oblique (génitif déterminatif) est placé entre la préposition et le mot qu'elle régit: U re/lambeor de vos tre diadème... par qui lueur toutes terres s'escUirent (Christ, de Pisan, Hist. de Ch. V, coll. Petit., t. VI, p. 2); fils du bon duc... pArqui main et... preudhommie... le royaume... auoit esté maintenu.., en tranquillité (G. Chastellain, Chron., t. I p. 13). Ces phrases ont à peu près complètemen disparu au xvi* siècle.
que.,. {Mén., 191, éd. Read); parle moyen des brigues que vous fistes a Vélection des députez des Provinces. En quoy on ne veit iamais vne telle impudence (/A., 214).
Le pronom relatif prend un rôle synthétique dont il avait été dépouillé au profit de constructions analytiques faites de la conjonction que et d un pronom personnel. Ex. : il ne trouva pas les hommes dignes pour lesquels on se mit aucunement en peine (Mont., 1. I, ch. 50, t. II, p. 271). Ces phrases, directement imitées du latin et complètement étrangères à la vieille langue semblent, il est vrai, à peu près particulières à Calvin, à Montaigne, aux latinistes.
Propositions relatives et conjonctionnelles. — La forme la plus complexe de proposition relative qu'on pouvait trouver au temps du Ménestrel de Reims (voir 1. 1, p. 345) et qui a survécu jusqu'aujourd'hui, est la suivante, elle peut se présenter de deux façons :
a) Deus brebiz que il dit que je li ay mangies (405).
b) Les bestes que tu vois qui monstrent felonnie {Li romans d'Alixandre, 507, 3).
Sur le type a, il n'y a pas lieu à méprise ; on admet sans difficulté que le premier que est le pronom relatif régime, le second, la conjonction que. Sur le type A, des explications différentes ont été données * qu'il faut rapporter brièvement :
1. On y a vu deux propositions relatives juxtaposées, c'est-àdire équivalant à : que tu vois et qui montrent félonie. C'est l'opinion de E. Koschwitz et de H. Schmidt, elle est peu suivie.
2. On peut expliquer qui par que il, c'est-à-dire par la conjonction que suivie du pronom personnel il; le premier que serait l'adverbe relatif: Berarsc'on dit k'il fu mors (W. Schaefer). Dans cette phrase, l'adverbe relatif que serait employé, par un fait de syntaxe populaire, à la place du pronom relatif dont : Berard dont on dit kHl fut mors. Et de même toutes les fois que la construction logique demanderait dans ces phrases un pronom relatif précédé d'une préposition, à qui, en qui, pour qui, etc., la langue aurait remplacé cette syntaxe correcte et compliquée par une tournure incorrecte, mais très simple et très facile. Ad. Tobler a fait remar-
1. Voir : A. Tobler, Mélanges de grammaire française^ trad. par Max Kutlner, 190&, p. 156-166; Zeitsch. fur roman. Philol.^ t. XX, p. 55-58, sur la thèse de Strohmeyer, Ueher verschiedene Fanktionen des aUfrz. Relativsatxes (1892) ; E KoschwiU, ibid., I,p. 115; Plattner, Herrig's Archiv, t. LXIV, p. 355 sqq. ; Wilh. Schaefer, Ueber die allfr. Relativsâtze, diss. Marbur^, 1884; H. Schmidt, Lileralurbl. fûr die germ. ». rom. Philol, 1886, col. 63; H. Morf, ibid., 1887, col. 216-218; MussaÛa, ibid., 1890, col. 151 ; Ch. Gebhardt, Zeitsch. fûr die rom. Phil, XX, 45-48.
quer que les exemples de qu'il et qu*elle étaient rares dans cette construction en ancien français. Il cite lui-même cependant quelques exemples où Ton trouve « ce qui devrait être la forme primitive et naturelle de cette construction » : uns frères Quelc disait qu'il ert ses pères {Rose, 12991) ; mais il est bien sûr qu'on trouve plus souvent la graphie qui : Ne dirai chose que je cuit qui vos griet (Chrest., Cligés^ 5523).
3. Tobler propose une autre explication ; il considère les mots que tu vois comme une proposition incise analogue à que je crois, que je sache et signifiant à peu près « à ce que tu vois ». Ces propositions incidentes, au goût de la langue moderne, doivent être placées soit à la fin de la phrase : Parbleu I vous êtes fou, mon frère, que je croi (Mol., Tartuf., I, 5, v. 311), soit à Fintérieur de la proposition dont elles dépendent: Monsieur.,. Verra, que vous croyez, la promesse accomplie (Mol., Sgan., se. xxiii, v. 625). La première construction est connue de l'ancien français :Des biens qu'a fait, que nus savum [Rou, 111, 412); mais la seconde construction est particulière à la langue moderne ; l'ancien français préférait que la proposition incise dépendante d'une subordonnée fût placée entre la proposition principale et la subordonnée : les bestes — que tu vois — qui monstrent felonnie *. Telle fut à l'origine cette construction ; « le caractère primitif en a été altéré de bonne heure, d'une manière ou d'une autre », et la cause de ces altérations est dans l'existence de la construction a. 11 y avait donc régulièrement deux constructions bien distinctes et bien claires, chacune, mais qui, réagissant lune sur l'autre, avaient amené la langue à employer une troisième tournure en elle-même illogique et inexplicable, celle pour laquelle on propose ces diverses explications.
4. Selon d'autres (Plattner, H. Morf, Ch. Gebhardt), la seconde proposition n'est que l'équivalent d'une proposition infinitive du latin transformée en français en une proposition relative ; l'équivalent français de video eu m mori est soit : je le vois mourir, soit : je le vois qui meurt ; homo quem video mori se trouvera être en français : Vhomme que je vois qui meurt; on admet alors que la construction b renferme deux relatifs, tandis que la construction a renferme un relatif et une conjonction.
1. C'est un ordre des mois familiers â rancien français que celui qui consiste à placer entre la proposition principale et la subordonnée une troisième proposition qui en réalité dépend de la proposition subordonnée : i*ai ma dame a ce menée — S'ele parjurer ne se i^iaut — Que toi aussi corne ele siaui leri vostre dame et vos ses sire (Cïhrest., Chev. lion, 6685; cf. 5063, 6645) ; prisonierSy S'il n'ont secors, qui tuit perdront les chiés {Cor. L., 353), etc.
De toutes ces explications, en particulier des deux dernières, il ressort que, dût-on considérer les deux types a et A comme étant primitivement de nature différente, une sorte d'équivalence a été vite admise, en pratique, par les sujets parlant français, entre la particule ycie, conjonction, et l'adverbe ou le pronom relatif. Entre ces deux exemples : Que voulez-vous que je craigne? et: Qu'y a-t-il que je craigne ?, entre ces deux autres : Que voulez-vous qu'il arrive et Que voulez vous qui arrive y le français du xix® siècle aperçoit malaisément la différence ; le français du xiv® ou du xv® employait déjà ce tour, qui devait avoir une si grande fortune au xvi® et auxvii*, avec la même indécision ; qu'il y eût là un pronom, ou un adverbe, la relation était exprimée sous le mode le plus court, le plus simple, le plus clair à l'esprit. Le langage vivant se dérobe aux exigences d'une logique trop minutieuse. Même remarque pourrait être faite sur l'emploi du que répété (car elle scet bien que ce (se) il Voit dire, qu'il y viendroit voulentiers [Cheval du Papegau^ p. 44- 45), sur remploi du que ayant une fonction double ^ sur celui du que introduisant le discours direct 2.
Ces constructions sont communes au xvi" siècle : il ne scay quoy qu^on luy a dict que voulez vendre (Lar., Jal,, a. i, se. m, A, th. fr,, VI, 18); Fidelle,.. lequel je scay que des longtemps l'a fort aymee (Id., Le Fid.y a. i, se. ii, //>., VI, 3H) ; chose qui est tenue pour bien certaine quelle se fait ainsi (Amyot, OEuv. mor,, 417 v**. H) ; entre autres beaux traiclz que i'ay ouy raconter et remémorer qu'aye faict M. de Guyze (Brant., G. Cap., V, 107) ; que l'admirai d* Aragon a permis que l'armée qu'il commande aye faictes dans leur pays (Let., H. IV. à de Vill., 3 mars 1599, p. 20). Nous retrouverons ces constructions au xvii* siècle.