‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 193 sur 248 · PRONOMS INDÉFINIS · texte numérisé non relu

PRONOMS INDÉFINIS

Aucun a encore couramment le sens positif, les exemples sont innombrables, même dans la deuxième moitié du siècle : et en furent aucuns des Roy s successeurs hays de mort (Amyot, Vies, Lyc. , p. 48, H); mais en auoyent aucuns neuf, aucuns onze.., aucuns treze (H. Est., ApoL, II, 28); Aucunes causes du changement des langues (titre du Ch. Il de Fauchet, Orig. de la l. fr., 534 v«); Il

1. Cf. Tobler, MéUnges, 1905, 381-286, sur le type : mielzvoeill mûrir qu'entre païens remaigne; on trouvera là toutes les références bibliographiques désirables. 3. Ibid.^ p. 331-338, sur le type : et vous dy que.... jectez-le ou feu.

nomme aucuns tauerniers de Paris (ld,j ib. y 557 v<*) ; mais âtieu/i« tend à s'employer surtout en phrases négatives ; c'est par là que plus tard le sens changera: n ayant laissé aucuns en fans {H. /V, Letl. mws., 1. 111, p. 364). 11 faut remarquer toutefois que les exemples au singulier sont rares: Au regard des promesses qu aucun aura f aides (Meigret, Off, Cic.,23). Ceux qu'on trouve appartiennent en général à des phrases négatives: tout ce qui n est deffendu par aucune loy expresse {LaLV.^ Jal, proL, A. th. fr„ VI, 8).

AUTRE. — On trouve souvent ce mot auprès des pronoms personnels. Il faudrait savoir si l'abus de autres n'est pas dû chez quelques-uns au moins, comme Brantôme à Tinfluence des langues du Midi, particulièrement de Tespagnol : A la vigne que vous autres ditteSy le suis esté certes et y restay un peu (Brant., IX, 289). ^ Mais on le trouve ailleurs :/>oiirnoii« autres Bretons (N. du Fail, Eutr.^ Il, 74) ; vous autres hommes (Lar., Le Fid., act. I, se. v,/l. th, fr,^ VI, 327); Nous autres- Chrestiens sommes (Du Vair, 4H, 13), et là il est pur français.

Autre s'ajoute aussi à cet pour donner un équivalent de celui la : a cestuy ci Vesgratignay les ioues, a cet autre ie plumay les cheueux (Lar., Les Tromp.^a. ii, se. 6, A. th. fr.. Vil, 46; cf. Meigret, 55r<>).

Mais on ne peut voir là rien de pareil au développement qui a conduit Vautre dans les dialectes de TEst à se substituer aux démonstratifs [Vôt-ci^ Vôt-la).

Autre est encore quelquefois pronom (cf. à l'Article), mais rarement au singulier : tant secrettement Qu'autre nen ayt iamais nul sentement (Marg. de laMarg., IV, 16 ; cf. Magny, S., 31 dans Favre, o. c, p. 329 : Autre que toi, DillierSy possible ne m'entend).

Cependant, il tend à devenir un pur adjectif, là où il n'est pas précédé de l'article de. Il reste aujourd'hui de l'emploi pronominal du mot autre des formules comme entre autres, mais le vers de Desportes fut bientôt archaïque : Et par mesmes appas autres pourchasseront {EL, 1, 9, p. 258, éd. Mich.). Malherbe le blâmera (IV, 364).

Nul conserve toujours le sens négatif. On voit cependant l'édition de Montaigne de 1595 l'accompagner de ne, là où le texte antérieur ne le donnait pas : nulle occasion d'vn si horrible souhait (ne) peut estre ny iuste ny excusable? (1. II, ch. 8, t. III, p. 87). Il arrive aussi que nul y soit remplacé par aucun, ainsi dans la phrase suivante : Cet effaict est plus apparent en ceux qui ont Vima-

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