‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 198 sur 248 · TEMPS · texte numérisé non relu

TEMPS

Je ne vois pas qu'un temps nouveau apparaisse au xvi*^ siècle ou qu'im des temps anciennement formés change véritablement d'emploi.

Tout au plus noterai-je dans cet ordre d'idées le développement de la forme estre pour. Elle garde son vieux sens de être de nature à, être tel que : mon esprit nest iamais pour mectre en oubly vne si grande et si estimée grâce (S'-Gel., III, 181). Mais elle s'approche de plus en plus du sens qu'ont les auxiliaires aller, devoir, suivis de l'infinitif: davantaige vous estes pour en peu de iours retourner a Carthage (S'-Gel., III, 231 ) ; a présent ie suis pour vous descouurir ce que lay touiours tenu caché (Lar.,JLc Fid,, a. i, se. iv, A. th, fr,, VI, 318) ; neust esté V espérance que Vauois me retrouuer le lendemain matin auecques Magdelaine,,, Vestois pour deuenir fol (Id., Jal,, a. I, se. i, Ib,, p. H).

1. De même, le verbe varie toujours en temps ipourqaoy fut-ce que... vous ne përlastes oncques d'elle (S'-Gel., III, 213)? Voir au xvu» siècle.

2. Voir Vogel, Der syntakt. Gebrauch der Temp, u. Modi bei Pierre de Larivey (Bohmer's Roman, Studien, V, 445), SchlDttcr, Beitrag zur Geschichte des Synlakt. Gebrauchs des Passé défini... Diss. de léna (Halle, 1884).

Dans plusieurs cas il équivaut à un vrai futur : ie suis pour vous aymer esternellement (Id., Le Fid., a. m, se. iii, A. th. fr,, VI, 385). En changeant de temps, il équivaut à un futur dans le passé : et alla errant ça et la par le monde ^ iusques a ce que mon neueu eust engendré vn fils qui fust pour luy succéder [Amyoi^ Vies, Lycurg,, 49, B).

Correspondance des temps. — On est étonné de voir combien cette correspondance est demeurée irrégulière, et je ne parle pas même d'exemples comme celui-ci, où le temps absolu se justifie : Filz^ Vay sçeu que vous voulez suyure les armes ulmad., 1. 1, f**XXlIr*») *.

Mais ailleurs le temps relatif se fût imposé, si les règles de relation avaient été strictes : [ilz\ dirent quilz n iront point [Traduct, dune lettre de Paolo Giovio citée dans J. B. P., p. 353) ; lesdictes lectres que luy enuoyoit ledit lieutenant du Roy, desquelles choses fut très mal content et très anymé contre les BoullongnoySy disant qu'il les destruyra, s'il fault qu'en armes aille sur le lieu et que a bon droict auoyent deservy cruelle pugnicion (J. d'Aut., Chron,y IV, 85) ; voulut mener et conduyre, ayant souuenance du triumphe que les Genneuoys luy ont promys s'il gaigne la place (Id., ib., 121); Si vostre vis-roy vouloit vuyder ce différent,., ie ferois bien que tous mes amys et compaignons qui sont auecques moi s'i consentiront et.,, s' en retourneront (Loy. Serv., 317) : mais que, cependant vous n'auyés que faire de vous mètre en despense, iusques a ce quyl le vous mande (D. de Poit., Let. XCVII, ^tf^, p. 170).

Comme en ancien français, les verbes />oi/uoir, vouloir, devoir, etc., se font volontiers suivre d'un passé de l'infinitif ou d'un subjonctif, au lieu de se mettre eux-mêmes à un temps passé : ie voudrois que tu m'eusses dit quelque chose de l'essence des métaux (Paliss., p. 53). C'est un fait que nous retrouverons au xvii** siècle.

Quand le verbe principal est au passé, le verbe dépendant se met toujours fréquemment au passé du subjonctif: a esté cause que Masinissa, auec l'aide des Romains, ait recouuert son royaume (S*-Gel., III, 166).

Cet usage se conservera encore longtemps. De même, celui qui consiste à exprimer deux fois l'idée du passé, et dans la principale

1. Comparez ce fragment de lettre : vous ay bien volu e$cripre^ a celle fin que par voa$ (eusse et soye certiffié (Goct à Farel, 1526, Aut., Herm., C, I, 442-3); ou bien : lesquelz. . il% luy feirent oraison que son plaisir fust de leur donner la meilleure chose qui puisse aduenir a Vhomme (Dolet, Il Enf.^ p. 61-62).

Dans le premier cas, le présent est de rigueur, dans le deuxième, l'idée est générale et peut être exprimée absolument.

et dans la subordonnée: Plusieurs eussent bien voulu quil nen feust iamais party ; toutesfois il s'en retourna en France (Loy. Serv., 362) ; car qui ust su si son affeccion ust passé celle des autres femmes (L. Lab., Deb,^ I, p. 17, Blanch) ; 0! Combien m'eust il esté meilleur qu'il m'eust dict, des le commencement y qu'il ne voulait prendre ceste peine pour moy (Lar., JaZ., a. u, se. ii, A. th. fr., VI, 26) ; Platon eust bien voulu que les femmes se fussent exercées en Vart militaire (Bouch., Ser.^ 1. I, ch. 3, t. I, p. 91); si Nature... eust congnu qu'il eust esté meilleur que le mari et la femme mourussent en vne mesme heure, elle l'eust fait (Gello, Circé^ p. 157) ; l'eusse fort désiré que vous y fussiés allé plus tost {Let, mis. de H. /F, t. III, p. 369) ; Qui eust iamais pensé qu'vn Boy fortifié de tous ces moyens-la eust deu rien craindre (Du Vair, 378, 27); que i' eusse sou hait té quil eust poursuiuy le propos qu'il auoit entamé (Du Vair, 368, 6). On remarquera que le passé exprime ridée modale de Tirréel.

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