MODES
La syntaxe des modes ne paraît pas s*être beaucoup éclaircie ni fixée. C'est à peine si dans un ou deux ordres de propositions, Fusage marque des tendances un peu claires ^
PROPOSITIONS COMPLÉTIVES
A la proposition complétive, la syntaxe demeure toujours très indécise. On passe de l'indicatif au subjonctif avec une grande facilité.
Toutefois, il est visible que le subjonctif tend à être considéré comme le mode du doute, tandis que Tindicatif est pris pour marquer les faits positifs.
Le contraire de savoir, c'est-à-dire ignorer, est encore considéré par la langue moderne ^comme une sorte de certitude et entraîne l'indicatif. Il n'en est pas de même au xvi* siècle : iç fay prouvé.,, que... il y auoit du sel, et a présent tu veux ignorer qu'il y en aye en toutes terres (Paliss., 31).
Avec les verbes qui expriment la vraisemblance, l'incertitude, le subjonctif est général : il semble que mon ame... soit sur le point
1. Voir pour la biblio^aphie au chapitre des Temps. Ajoutez : B. Hômig, SynUik' tische Untersuchungen su Rabelais... Leipzig, 1888, 8« (Subj., temps et modes de la prop. hypothétique). H. W. Philp, Le subjonctif et les grammairiens français du XVl' s. Thèse Upsala, Stockholm, 1895.
d'abandonner ce corps (Lar., JaZ., a. i, se. ii, A, th. fr,^ VI, 13); car il est vray-semblable que ceste luette ait esté posée ( Amyot, Œuv. mor,^ 417 r®, C) ; il faut donques voyr^ si ce que dit Platon pour les philosophes^ ne soit point assez suffisant (Meigret, Off. de Cic, 20) ; ie ne veux point sçauoir leur nom, et veux présupposer quils nayent point esté^ puisqu'ils en sont si indignes (Du Vair, 369, 2).
Même syntaxe dans Tinterrogation indirecte. C'est le mode ordinaire du XVI® siècle * : ie ne sçay que ie doibue respondre a ce problème {Hab. y 1. III, ch. XXXI, II, 150) ; ou est celuy qui fuye son prou fit (Meigret, Off, de Cic. y 268) ; il est incertain ou la mort nous attende (Mont., 1. I, ch. 20, t. I, p. 118); Cf. : est-cequen cinq ou six sortes nepuissions varier vnpoinct (Pasq., 1. I, Let., t. II, S, B).
On comprend dès lors qu'après les verbes signifiant croire , penser ^ les deux modes se rencontrent^. Les exemples de l'indicatif n'ont pas besoin d'être cités: ie cuyde quil veut auoir mon pourceau (Nie. de Tr., Par., 2).
Mais le subjonctif apparaît à peu près partout où il y a un doute, une incertitude, quand on croit une chose qui n'est pas : pensant que Marquet luy deust deposcher de ses fouaces (Rab.,
I. I, ch. 25, t. I, p. 98) ; vous pensez donc que ie puisse demeurer en ce monde après vous? (S^-Gel., III, 229) ; il croiroit (ce qui est faux) que nous fussions de ces deuotes (Lar., Le Fid., a. ii, se. m, .4. th. fr.j VI, 345) ; tu ne me scaurois faire a croire quil y eust du sel es fumiers (Paliss., 19) ; Par ma foy, madame, vous ne vous cacherez tant de moy que ie ne vous descouure ; vous penserez que ie sois en bas empeschée aquelques affaires, etic seray en quelqu' autre lieu a espier; vous croirez que ie sois couchée et endormie, et ie seray a escouter (Lar., Le Fid., a. ii, se. vu, A. th. fr., VI, 354-5) ; il est vray semblable que ce mot « Landier » ait esté mis en vsage françois du temps que les Anglois estoient en France (Nicot, 366, col. 2) ; vous pensez peut estre que ce fantosme ait les oreilles meilleures que les yeux (Du Vair, 375, 11); se sont couuerts de peau de Veau marin, croyant que ce poysson.seul ne soit iamais touché de la fouldre (Gello, Circé, p. 118).
Un passage d 'Amyot mettra bien ceci en lumière : Timaeus se doute, quil y ait eu deux de ce nom, en diuers temps : mais (sous-entendez : il pense) que Vvn ayant esté plus renommé que
1. On trouve aussi Tindicatif : elles senqneroient Vvne de Vautre lesquels de ceux qui les auoyent embrassées estoyent plus gentils compagnons (N. du Fail, Eutr.,
II, p. 2).