‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 21 sur 248 · Le moyen âge disait lettreûre · texte numérisé non relu

Le moyen âge disait lettreûre

3. Voir F. Brunot, Un projet d'enrichir, magnifier et publier la langue française en 1509, dans la Rev. d'hist. litt,, I, p. 27.

il fut un des principaux agents de Tinfluence française, en était arrivé à deviner Faction que la diffusion de la langue pouvait avoir pour assurer nos conquêtes au delà des monts. Et en présentant à Louis XII son Justin, il y avait joint un très remarquable prologue, où par de grands exemples il s'efforçait de montrer au roi ce qu une politique avisée pouvait tirer de ce moyen : « Qu'ont fait le peuple et les princes romains quand ils tenoient la monarchie du monde et qu'ils taschoyent a la perpétuer et rendre éternelle? Ils n'ont trouue autre moyen plus certain ne plus seur que de magnifier, enrichir et sublimer leur langue latine, qui, du commencement de leur empire, estoit bien maigre et bien rude, et après, de la communiquer aux païs et prouinces et peuples par eux conquis, ensemble leurs lois Romaines couchées en icelle. » Et après avoir exposé par quel travail le latin fut rendu à peu près aussi parfait que le grec, rappelant ensuite l'exemple de Guillaume de Normandie, il engage le roi à conformer sa politique à celle de ces « illustres conquereurs », à faire « enrichir et magnifier » sa langue française. Déjà en Astisane et dans le Piémont, où elle est usuelle, son influence a été telle, que les gens a ne sont pas grandement differens de la forme de viure de France ». Ailleurs on commence à s'entendre sans truchement, et de la sorte « s'adaptent les Italiens, aux habillemens et manière de viure de France ». Si l'on persévère « par continuation sera quasi tout une mesme façon » ou, comme nous dirions en langage moderne, l'assimilation sera complète.

Le 15 août 1539 paraît l'ordonnance de Villers-Cotterets sur la réforme de la justice : elle stipulait, dans ses articles 110 et 111, que tous les actes et opérations de justice se feraient désormais en français * .

Entre cette décision prise par François I®*" et les conseils de Seyssel, il se peut qu'il n'y ait aucune relation, même indirecte, de cause à effet. Seyssel était mort depuis 1520, et ses propositions étaient peut-être depuis longtemps oubliées. Toutefois j'ai peine à

1. « Et afin, dit le texte, qu'il n'y ait cause de douter sur rintellifrence desdits arrests, nous voulons et ordonnons qu'ils soient faits et escritssi clairement, qu'il n'y ait ne puisse auoir aucune ambiguïté ou incertitude, ne lieu à demander interprétation.

a Et pour ce que de telles choses sont souuent aduenues surTintelligence des mots latins contenus esdits arrests, nous voulons d'ores en auant que tous arrests, ensemble toutes autres procédures, soient de nos cours souucraines et autres subalternes et inférieures, soient de registres, enquestcs, contrats, commissions, sentences, testaments, et autres quelconques actes et exploicts de justice, ou qui en dépendent, soient prononcez, enregistrez et délivrez aux parties en langaige maternel françois et non autrement. »

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