‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 221 sur 248 · ORDRE DES MOTS · texte numérisé non relu

ORDRE DES MOTS

Place de l'adverbe. — L'adverbe suivra le même mouvement que radjectif. Mais, comme l'adjectif, on le trouve très souvent encore avant le verbe qu'il qualifie: Moyse... aigrement punissait les mutins (Rab., Garjr., ch. 50, 1. 1, p. 85) ; Mais cecy guère ne leur dura (N. du Fail, Prop, rust,^ II, 77); qui volontiers accepta ladite régence (L'Est., Journ. H, III ^ 35, 2); attirer les hommes a volontairement luy obéir (Amyot, Vies, Lyc, 50, G); pour a l'aise du ventre et religieusement philosopher (N. du Fail, Eutr.^ II, 88). Ces constructions ne disparaîtront que bien plus tard seulement.

L'adverbe de quantité qui modifie un adjectif est souvent derrière lui : V ardeur est plus grande beaucoup (Corroz., Hecat.^ Haine, p. 14); auoir l'esprit grand assez (h. Lab., 4, Blanch.) ; il y ayt des iuges assez (Mont., 1. I, ch. 56, t. II, p. 295). G^mparez derrière d'autres mots : Souvenir assez vous peut de la mansuétude (Rab., Garg.y ch. 50, t. I, p. 183) ; La terre offre a vos sens dequoi le vray sentir Pour vous convaincre assez^ sinon vous convertir (D'Aub., Trag,, VII, éd. Read, p. 181) «.

On observe une construction analogue des adjectifs indéfinis. Ils sont souvent encore derrière le substantif : sçauoir si embûche aulcune estoyt par la contrée (Rab., Garg,^ ch. 26, t. I, p. 101); Le Pape et les siens tous [Ch, hug.^ 129, avant 1555). Mais dans un passage de Montaigne, en ce lieu mesme est corrige en = en ce mesme lieu (1. III, ch. 10, t. VI, p. 218). C'est le commencement d'une distinction de sens fondée sur l'ordre des mots, dont nous aurons à reparler au xvii* siècle.

1. Dans certains cas, quand l'adverbe accompa^e non plus un adjectif, mais un substantif, cet usage amène une modification dans Temploi de l'article, ainsi au lieu de beaucoup de mal, on écrira : pour me dresser au mal beaucoup (Dolet, // Enf., 45); c^est une forme de langage qui est restée usuelle en bien des contrées.

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