ORDRE DES MOTS
Mais cette construction n a plus rien d*obligatoire. A preuve dans la même page de L'Estoile {Journal de Henri III ^ 36) : le jeudi Sjuing les lettres de la régence de la roine furent publiées^; le vendredi 4 furent depeschés ,,. trois signalés gentilshommes.
L'inversion du sujet nominal peut être considérée aussi comme ne suffisant plus à marquer l'interrogation. On la trouve sans doute : Ne viendra point le temps que dessous les rameaux? (Rons,, Po. cA., Becq de Fouq., 61) ; n'ont pas Içs armes durât nostre gouuçrnemët cédé au côseil? (Meigret, Off, de Cic, p. 54). Mais elle se fait rare dans la prose, et disparait vers la fin du siècle.
Le sujet postposé au verbe, et précédant le régime, est commun pendant la première partie du siècle, mais beaucoup plus rare à la fin : pas ne coupa sa lance le sifflet fAmyot, Œuv, mor,^ 416 v**, G).
On peut considérer comme disparaissant également dans la seconde moitié du xvi« siècle la construction : verbe, attribut, sujet. La langue parlée éprouve désormais de la version pour de telles tournures. Celles qui subsistent proviennent de la transposition du sujet après un adverbe : souvent sont differens les fardeaux de Vhomme et de la femme (Marg. de Nav., Heptam., II, 172, Hug., Rabel.j 406). Nous avons parlé plus haut de ce cas.
On trouve également de moins en moins, à mesure qu*on avance, l'attribut après le sujet, mais avant le verbe, comme ici : qu'estes tant rogues deuenuz (Rab., Garg.y ch. 25, t. I, 98); ...le dict Archeduc, qui ieune estoit (Dolet, Gestes de Fr. de F., 37); Pouuoir morte estre laissée (S'-Gel., I, 130).
PLACE DU RÉGIME DIRECT, — On peut Considérer aussi comme sortant enfin de l'usage les vieilles constructions, encore très usuelles au XV* siècle :
1° régime, verbe. Le temps qui toutes choses ronge et diminue (Rab., Oarg., ch. 50, t. I, p. 184) ; Toutes choses prenoit en bonne partie (Id., 1. III, ch. 2, t. II, p. 21); Geste hayne dissimulèrent (N. du Fail, Prop. rust.^ II, 77) ; Geste charge accepta moult voluntiers Phiton (Seyssél^ Suce. Alex.^ 12 r**).
2** régime, sujet, verbe : Geste exemption ils appellerent Noblesse (N. du Fail, Prop. rust.^ I, 5); Pource quun moindre mal un pire mal nesteint (d'Aub., Trag., p. 57, éd. Lalanne).
PLACE DU RÉGIME INDIRECT. — Les Constructions des régimes indirects et circonstanciels sont toujours restées, même en langue moderne, relativement libres. Celle qui consiste à commencer la
1. Cf. : En ce temps, le Roy... assembla son conseil (L'Est., /ourn. de H, III, 293, 1): la veille de la S^-Iean, le feu fusi mis en Grève (Id., ib , 38, 1).
Histoire de la, langue française, H. 31
phrase par le régime indirect, bien que moins fréquente qu'au XV® siècle, n'est pas encore rare au xvi®. Car à toi rien ne peut estre ce/c (Rab., Garg,^ ch. 28, t. I, 110) : Car de leur labeur je suis entretenu (Id., /A., p. 111) ; Or est il besoing que par tel discours nous venions à quelque but (Des Per., OEuv., I, 39) .,,et a ceux du conseil d' estât et priué, . . fit prendre de grandes robbes de veloujc violet [L'Est,, Journ, H, III, 180-1) ; Un des Protecoles lui respond qua deux choses on conoissoit la véhémence de ses tourmens (d'Aub. , II, 271, R. et Causs.).
On peut dire aussi que les compléments déterminatifs commencent à suivre les termes déterminés, malgré une foule d'exemples contraires, dont on trouve les analogues jusque dans la poésie d'aujourd'hui. Malherbe blâmera déjà des phrases telles que celles-ci : la ou des autres liquides les parties qui sont dures (Amyot, OEuv. mor,. 415 r«, B).
Place de l'adjectif. — L'adjectif commence k n'être plus indifféremment placé devant ou derrière le nom. Les grammairiens cherchent la règle — sans la trouver d'ailleurs — ; ils s'accordent cependant à peu près à fixer les adjectifs monosyllabiques devant le nom *, et à rejeter tous les participes derrière 2.
On trouve encore le nom placé entre deux adjectifs : cela se doit faire par bonne vie et irrépréhensible (Calvin, Excuse, 8) ; se relascher a cette molle et basse façon, et populaire, de dire (Mont., 1. II, ch. 17, t. IV, p. 220); i accepte de bon cœur et reconnaissant (Id., 1. I, ch. 13, t. VII, p. 88, note 1). C'est a bon droit que Pose reciter Le nompareil triomphe et magnifique Que,.. (Forcad., p. 40); très habille, et vaillant gentilhomme et ingénieux (hrani., G, Cap., V, 131). Rien ne donne à la phrase du xvi* siècle un aspect plus négligé. On dirait qu'on lui a ajouté quelque chose après coup. Le plus souvent il n'en est rien.
1. Je signalerai une curieuse distinction administrative. En 1533, le 4 octobre, François I*' fait une déclaration sur le sens de bois mort et mori bois (Fontanon, II, 276) : « par ces mots : bois mort^ il s'entendra et sera signifié bois sec, en estant ou gisant. Et par ces mots, mort bols^ sera entendu et signifié bois de saux, mort-saux, espinne, puinne, seur, aune, genest et genesvre et non autre.
2. Rabelais s'amusait à mettre non pas un adjectif, mais toute une suite d^adjectifs devant: coauroitvn gros^ ffras^ grande gris^ ioly^ petite moisy liuret {Garg.^ ch. 1, t. I, 11); cf. Lar., Jal.j a. iv, se. vi, A. th. fr., VI, 69 : une horrible^ craelle et diabolique vengeance^ etc.
Ce qui est plus curieux, c'est de trouver préposé à son substantif Tadjectif qui doit ensuite être complété : a vos ardentes et trop gracieuses requestes pour estre refusées (S'-Gel., III, 180).