CHAPITRE IV PREMIÈRES REVENDICATIONS EN FAVEUR DU FRANÇAIS
Ronsard * eût déjà voulu savoir quels furent (( les premiers qui osèrent abandonner la langue des Anciens pour honorer celle de leur païs », car il jugeait qu'ils avaient été « véritablement bons enfans, et non ingrats citoyens », qu'ils étaient « dignes d'estre couronnez sur une statue publique », et que « d'âge en âge » on fît « ^une perpétuelle mémoire d'eux et de leurs vertus ». Sur l'un de ces piédestaux on met généralement le libraire Geoffroy Tory, de Bourges, l'auteur du Champfleury ^. Je ne veux pas disputer à Tory une gloire à laquelle il tenait tant. Sans doute il n'est pas exact qu'il ait montré le premier le rôle des langues vulgaires, ce qui précède l'a déjà fait voir. Son livre n'est pas consacré tout entier à ce sujet; une part, et une grande part, concerne l'art typographique ; mais la question de l'emploi du français dans les sciences n'y est pas moins traitée avant toute autre, en tête du livre, avec intelligence et avec chaleur.
C'est en 1529 que parut le Champfleury ; mais l'auteur, s'il faut l'en croire, en avait, dès 1523, « en fantasiant en son lict », conçu le projet. Jugeant que les Romains « auoient eu domination sur la plus grande partie du monde, et auoient plus prospéré et obtenu de victoires par leur langue que parleur lance », il souhaitait que les François en « peussent autant faire, non pas pour estre tyrans et roys sur tous », mais qu' « en ayant leur langue bien reiglee, ils peussent rédiger et mettre bonnes sciences et arts en mémoire et par escript », au lieu de « mandieret prendre quasi furtiuement des Grecz et des Latins » ce qu'on veut savoir des sciences (4 v®). Ce n'est pas qu'il s'agisse de « contemner les langues hebraique,