Ed. Blanchemain, VÏI
2. Tory» né vers 1480, fut sans doute élève à Bourges, de Divcs (de Ricke), alla en Italie, et revint se fixer à Paris en 1505. Il reçut en 1530 le titre d'imprimeur du roi et de 25« libraire de l'Université de Paris. On lui doit la modification du caractère typographique, différentes améliorations dans l'orthographe (voir plus loin), une traduction de la Table de Cebes^ de VÉconomique de Xénophon (1531). de la Politique dePlutarque (1532), de la Mouche de Lucien (1533) et une édition de V Adolescence CMmenline (S' éd., 1533). (Voir Aug. Bernard, Geoffroy Tory, Paris, Tross, 2*éd.ls65.)
Uiiloire de la langue française, II. 3
greque et latine », mais seulement de « cheminer plus seurement en sa voye domestique, c'estadire escripre en francois, comme François que nous sommes (12 r") ».
Tory est trop modeste pour se proposer lui-même en exemple. Né « de petitz et humbles parens, poure de biens caduques », il est content seulement d'être « le premier petit indice a exciter quelque noble esperit qui se euertura davantage » {\ \^), Déjà Estiennede la Roche, natif de Lyon sur le Rhosne, Ch. Bovelles' ont donné lexemple, l'un dans une Arithmétique, l'autre dans une Géométrie. Et le dernier y a si bien réussi, qu'il « semble y auoir autant fructifie et acquis d'immortalité de son nom, qu'il a en tous ses autres liures et œuures latins qu'il a faicts studieusement ». Fort de ce succès, Tory appelle à l'œuvre les « deuotz amateurs de bonnes lettres » ; il demande à Dieu d'en susciter, aux nobles seigneurs de leur « proposer gages et beaux dons ». Il se rend compte qu'on peut objecter à ces grands projets que la langue vulgaire est encore trop pauvre, trop changeante et dépourvue de règles; mais les langues anciennes aussi ont été primitivement dans cet état, avant qu'on eût « prins peine et mis diligence a les reduyre et mettre a certaine reigle » (4 \^). Il suffira de cultiver la nôtre comme ils ont fait les leurs, en écartant d'abord ceux qui « la corrompent et diffament, plaisanteurs, escumeurs de latin et jargonneurs » ; en lui donnant ensuite des règles de prononcer et bien parler. Ce sera la tache de « quelque noble Priscian, quelque Donat ou quelque Quintilien francois, qui naistra de bref, au plaisir de Dieu, s'il n'est desia tout édifie ». En tout cas, n'en déplaise à ceux qui croient « que la langue françoise ne soit assez bonne ni assez élégante », sans attendre les réformes qu'il espère, qu'il appelle et qu'il commence, Tory affirme courageusement que la matière est ample et féconde, et que ni Ennius ni Plante n'ont travaillé sur une plus riche : « Notre langue est une des plus belles et graciauses de toutes les langues humaines » (24 r^).
Tory se fait évidemment illusion sur les arguments qu'il a donnés pour le démontrer. Les textes de Pomponius Mêla, Ju vénal, et Lucien, qu'il cite (3 r**), n'ont rien à voir aux débats. Mais il n'en a pas moins cette persuasion, et il voudrait la faire partager à ceux « qui escriroient beaucop de bonnes choses s'ilz pensoient les pouuoir bien faire en grec ou latin, et qui s'en déportent de paour de y faire incongruyte ou autre vice » (24 r®). 11 espère même ame-
1. Tory se trompe ici singulièrement sur les sentiments de Bovelles.