Lisset, Abus^ feuille D, 1 v
3. Sébastien Colin, L'ordre et régime quon doit garder et tenir en la eare de$ fleures; Poitiers, Enguilbcrt de Marnef, 1558. Préface du 8 nov. 1557 :
« A la tresvertueuse Dame Antoinette d'Aubeterre Madame deSoubize (8 nov. 1557). — Je vous adresse ce petit livret, escrit en langue françoise, d'autant que tous n*ont
pédant qu'il ait été, le grec dont il affecte de farcir jusqu'à ses épîtres ne l'a pas empêché de voir Tutilité qu'il y avait à vulgariser les sciences. Si la pensée est souvent empruntée, Colin Ta faite sienne par Fardeur, l'emportement même qu'il a mis à défendre sa cause. Je ne sache personne en effet qui ait osé envoyer se purger aux Anticyres ceux qui, en voyant divulguer l'art, croyaient tout perdu, et criaient comme Judas à la trahison. Je ne sache non plus personne qui ait eu la présence d'esprit de déclarer qu'il était beaucoup plus difficile de composer en vulgaire qu'en latin, attendu qu'il y manquait les « anciens noms des plantes, des parties du corps, de la forme des remèdes ». C'était un argument nouveau, et bien fait pour étonner les pédants.
pas la cognoissance de la langue latine : et que par ce moien plusieurs pourront entendre nostre intention avecques les divines sentences d'Hippocrates, Galien et autres Grecs, Latins etjArabcs, sans lacognoissancc desquels il n'est possible de remédier aus maladies tant petites qu'elles soient.
« Pour faire bref/je scai bien qu'aucuns ne trouveront bonne nostre entreprise,
disans qu'il ne falloit point traiter telle matière en langue vulgaire, et que par ce moien la médecine en est vilipendée, et tenue en mespris : Ce qui est le contraire, car ce que i'en ay faict est plustost pour la magnifier, décorer, et honorer. Et qui est cduy qui pourroit anéantir et dénigrer une doctrine tant insigne et précieuse, aiant esté traitée des plus scavants personnages qui oncques furent vivans soubs le ciel ? Et faut qu'ils entendent que les sciences, tant plus elles sont cognues de plusieurs, tant plus elles sont louées ; veu que science et vertu n'ont pas plus grand ennemi qu'ignorance. Dauantage ie leur demanderois volontiers, la philosophie d'Aristote, la médecine d'Hippocrates et Galien, ont-elles esté obscuraies et amoindries pour avoir esté traduittes en Latin ou en langage Arabie, ainsi que firent Alphadius, Auerrhous et autres Arabes songneus de leur république? Aviccnno, prince de la médecine Arabique, n'ha il pas traduict plusieurs livres de Galien en son langage, au moien de quoy la médecine a esté décorée en son païs d'Arabie? Le divin Galien, combien qu'il fut copieus et abondant en précepts, et règles de la médecine Grecque, ce neantmoins il n'ha desdaigné lire les œuvres de Scribonius Largus, et celles de Cornélius Celsus médecins Latins. Plato ne s'est-il pas aidé des Hébrieus, et aucuns ^Egyptiens? Aristote, excellent philosophe, combien il a 'puisé de hautes, et célestes sentences d'un quidam Juif, ainsi que testifie Clearchus Peripateticien ? Theophraste, comme a escrit Eusèbe, combien a il emprunté de choses excellentes des Hebreus? qui seront doncques cens de bon jugement, voire omnilingues, ou cognoissans toutes langues, qui ne soubhaittent bien lire mesme science en divers langage? voire quant elles scroicnt escrites en Breton-Bretonnant.
« Combien voions-nous aujourd'huy d'Historiographes qui sont mis en Italien, encore que nous les aions en Grec, Latin et François? N'est-ce pas affin de recevoir plus grande récréation, et que sans ennuys nous soions plus fréquents en l'estude des bonnes lettres ? Parquoyje désirois prier ceux qui ont délibéré de calomnier nos petits labeurs, qu'il navigassent premièrement aus Antycires, et que là ils nettoiassent leur cerveau du bon elebore qui croist audit lieu, comme faisoit Carneades voulant disputer contre les Stoïciens, et croy qu'alors ils confesseront que c'est une chose trop inhumaine et ingrate, que de vouloir touiours calomnier les labeurs d'autruy, et trop inique que de refuser d'accorder à la vérité. Je voudrais cependant qu'il se persuadassent n'estre pas moins negotieus, et difllcile de composer en vulgaire, qu'en latin, mesmement en ce qui concerne l'art de médecine : car lA nous y trouvons beaucoup de vocables Grecs, Arabes, lesquels n'ont esté encore faits Latins ni François, comme sont les aucuns noms des plantes, des parties du corps, de la forme des remèdes : en sorte qu'on est contraint d'innover plusieurs périphrases et circonloquutions. •»
52 IIIST(>IKK DK LA LANGCE FRANÇAISE
Laurent Joubert est assez connu ; on recherche encore comme une curiosité bibliographique son livre de début, le Traie té des causes du ris et tousses accidents K Au xvi® siècle, l'homme et ses livres furent célèbres 2. Dans une lettre à Gui du Faur de Pibrac^, Joubert semble avoir assez bien caractérisé sa vie, partagée entre deux tâches, lune de science pure et d'instruction — elle est résumée dans son œuvre latine, — l'autre de vulgarisation — de là son œuvre française.
Son ouvrage français le plus considérable est le livre intitulé : Erreurs populaires et propos vulgaire touchant la médecine et le régime de santé, qui parut pour la première fois à Bordeaux, en 1578, chez Millanges. Ce recueil eut un succès énorme ; imprimé en six mois à Paris, à Lyon et à Avignon, il devint néanmoins si rare, que bientôt l'auteur fut obligé d'en donner une nouvelle édition augmentée, qu'une suite vint encore compléter en 1380*.
Cette seconde édition est pour nous beaucoup plus intéressante que la première, parce qu'elle nous montre comment l'ouvrage avait fait scandale, et qu'elle nous fait connaître les objections diverses qu'il avait soulevées. Les amateurs de vertu, au dire de Louis Bertravan, qui fait l'apologie de son maître, lui avaient d'abord reproché d'avoir dédié son livre, qui traitait de matières très délicates, à la reine de Navarre. Que Joubert eût été en cela maladroit, ou qu'il ait pu se croire autorisé par l'exemple d'une reine, auteur de