‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 29 sur 248 · Lyon, J. de Tourne», 1560, in · texte numérisé non relu

Lyon, J. de Tourne», 1560, in

2. Joubert, né en 1529, fit sa médecine à Montpellier (1550), y devint docteur (155K), reçut le titre de médecin de Henri II en 1579, et fut chancelier de rUniversitc de Montpellier. Il mourut le 21 oct. 1583. Outre le Traicté du ris et les Erreurs populaires^ Joubert a écrit en français une Pharmacopée,, soi-disant traduite et commentée par Zangmaister, Lyon, 1581 ; un Traicté des Arcbusades ; plus, Epitome de la therapeutiqve^ Lyon, J. de Tournes, 1574, etc.

3. Erreurs populaires, p. 18. Dans cette lettre il dit qu'il instruit la jeunesse, « Tabreuvantde bons préceptes », l'élevant aux plus secrets remèdes, l'exerçant « an dispute et an pratique »», puis qu'il s'est proposé une seconde mission, savoir « d'etaindre et anéantir plusieurs fausses opinions et les erreurs (angeancc d'ignorance) qui ont longuemanteu valeur cl vogue en la Médecine, chirurgie, et apoticairie : je dis, antre les professeurs de ces trois parties de notre art, de quoy s'ansuit et plusieurs abus et nullités. Mais cela est fort peu, au pris des erreurs populaires au fait de la Médecine et régime de santé, où elles sont tant épaisses, groissieres et lourdes, pour la pluspart, qu'elles méritent plus risée, que reprehansion. Touttesfois, parce que il y an ha de fort préjudiciables à la vie des hommes, il me samble qu'on ne les doit mespriser ou dissimuler : ains remontrer au vulgaire ignorant, an quoy et cornant il s'abuse. »

4. Cette suite a paru chez Abel Langelier, Paris, 1580. En tète une lettre de Barthélémy Cabrai à Mgr de Villeroy raconte que cette suite avait été imprimée sans l'aveu de l'auteur qui, averti, avait cependant consenti à la laisser paraître (3 fév. 1579). A dire vrai, les Erreurs ne furent jamais complétées. Il ne s'y trouve qu'un index de l'ouvrage total, adressé aux lecteurs, pour qu'ils puissent signaler à l'auteur d'autres superstitions et collaborer avec lui.

contes, « qm ne sentoient pas moins son caresmeprenant », c'est une querelle dans laquelle nous n'avons pas à entrer, et que Joubert fit cesser en supprimant le nom de Marguerite des éditions postérieures.

Mais ce dont se plaignaient plus encore les avocats de la décence, c'était qu'on eût scandalisé le lecteur même. A ce propos se posait une question très spéciale, mais fondamentale. La nature des sujets médicaux supportait-elle qu'on les traitât en une langue intelligible à tous? Le latin seul devait-il braver l'honnêteté ? Joubert accepta que son imprimeur prît les moyens les plus enfantins pour avertir les lecteurs des passages scabreux * , mais il se refusa à retrancher certains développements délicats : « les chasseurs ne vident pas le gibier qu'ils veulent offrir. » Puis, non content de se justifier par des exemples, et celui de la Bible elle-même, non content de faire remarquer qu'il avait évité les mots propres, il posa hardiment la thèse que les mots propres « ne puent pas », et qu'on parlait bien par mots propres en hébreu, grec et latin ; qu'au reste ce n'est pas là ce qui corrompt la jeunesse, mais « les liures d'amour (poésies ou prose), et les contes (soit histoires ou fables) des mechans tours qu'ont fait les famés a leurs maris ». Paré lui-même, attaqué sur ce même sujet, ne sut pas répondre si ferme et si bien, se contentant d'invoquer des précédents, et d'alléguer qu'il s'était adressé aux étudiants seuls ^.

Cette première question débattue, quasi in limine litis, une autre se posait, moins haute en apparence, mais aussi moins abstraite ; on s'était effrayé, non plus du danger que courait l'honnêteté bravée, mais la corporation des médecins eux-mêmes, si on se mettait w a diuulguer leur art au peuple, et a luy faire entendre ce dont les médecins se veulent et doiuent preualoir : qui est l'intelligence de plusieurs choses que le peuple faict et dist, sans savoir pourquoy.

1. Il marque d'un astérisque ceux que les mariés seuls doivent lire (p. 56)!

2. « Comme ainsi soit donc que tout ce qu'avez tronqué et extraict deçà et delà, corrompant les sentences de mes œuvres, pour les juger deshonnestes, meschantes. détestables, et indigrnes d'estre escrites, récitées et leûes d'un homme Chrestien, il faut de nécessité me donnant telle condamnation, que tous nos anciens médecins faits françois par vous-mesmes, soyent mis à telle amende et punition, à laquelle dc&irez que je sois condamné : car s'il y a aucune faulte, elle a esté premièrement faicte par eux et divulguée par votre traduction.

• De ma part j'estime en mon livre n'estre rien de pernicieux pour estre en nostre langue vulgaire. Ainsi le divin Hippocrates a escrit en sa langue, laquelle estoit eongnue et entendue des femmes et des filles, ne parlant autre langage qu'icelle. Quant à moy je n'ay escrit sinon que pour endoctriner le jeune chirurgien, et non à celle fin que m m livre fut manié par les idioLs et mioaniques, encore qu'il fust escrit en françois » {D' Le Paulmier, Ambroise Paré ; Paris, Charavay, 188 i).

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ny à quelle raison' ». Si ces propos « deviennent au peuple tant familiers et tant clairs, il en pourra abuser, sçachant plus qu'il ne luy appartient, tellement qu'il voudra désormais contester avec les médecins « presque tous les poincts de la médecine ». Cabrai lit à ces craintes, au nom du maître, une longue réponse. Comme elles avaient été exprimées à Joubert sans animosité, et en manière d'avis, sans doute par des confrères, Fapologiste débute par toutes sortes de concessions. Il fait remarquer qu'on ne semble pas avoir bien vu les intentions de Tauteur, et qu'un homme dans sa situation n'a pu songer à profaner l'art, ni à violer le serment qu'il faisait prêter en qualité de chancelier, qu'il ne dévoile rien, mais corrige des doctrines fausses déjà répandues ^.

Toutefois, ces assurances sophistiques données, Cabrai en arrive à soutenir le principe qu'il est légitime et louable d'apprendre au peuple, comme on a commencé à le faire, à se préserver des maladies, et même à en guérir quelques-unes. Cabrai considère, et on ne peut douter ici qu'il n'interprète fidèlement la pensée de Joubert, qu'on n'a pas plus le droit d'accaparer ces secrets médicaux, qu'on ne l'eût eu de garder pour soi l'art de faire le pain et le vin 3.

1. Voir Epislre apologétique à Ant. de Clermont, baron de Monloison, par Barthélémy Cabrai {Err popul., 2- part.).

2. « Il semblet n'avoir pas bien leu son epistre, Au lecteur d*esprit libre el studieux : en laquelle il remonstre, qu'il ha antreprins cette besongne, pour contenir le peuple ez limites de sa vocation, et le persuader de n'attenter rien au faict de la Médecine : qu'il ne soit plus tant outrecuidé et pi*esomptueux, que de coustume : qu'il entêde mieux ce qu'il a retenu des anciens médecins pour en user sagement en ce qui le concerne, et est de sa capacité; qu'il ne donne plus tant de peine aux médecins, de luy faire entêdre sf»n devoir quand il traicte et sert les malades et généralement que le peuple sçache bien ce qu'il sçait, ou pense sçavoir et quicte les erreurs qui l'ont tant possédé. Desquelles remontrances et exhortations l'œuvre est toute pleine, sans entrer plus avant en discours que de la portée des idiots.

" M. Joubert sçait très bien que les misteres ou secrets delà Médecine et les principaux points de l'art (propos obscurs et d'importance) ne doiuent estre communiqués ou descouuerts aux prophanes. Ainsi nomme-il en quelque lieu, tous ceux qui ne sont iurez et assermenté/ en l'eschole de Médecine : suiuant le sacré serment d'Hippoeras, lequel il ensuit iournellement, en faisant iurer tous les ans un grand nombre d'escholiers. qui veulent ouyr les leçons enl'Uniuersité de Montpellier, ou y prendre aucuns degrez. Luy qui en est chancelier et iuge, auquel 1 estroicle obseruation des loix et statuts est en singulière recommandation (si onques elle fust a aucun de ses prédécesseurs) n'ha garde de faillir en cela. Aussi n'est-ce pas diuulguer ou enseigner la Médecine aux prophanes, q de les instruire a biê faire ce qu'ils fôl, et leur expliquer ce qu'ils sçauent sans intelligence, par manière de dire. »

3. « Et puis? qui pourra trouver mauvais que chacun en particulier sçache

entretenir sa santé, pour n'avoir tant souvent besoin du médecin? Dira-t-on que M. Charles Estienne et après lui M. Jan Liebault son gendre, personnes Ires doctes et humaines, ayent mal faict d'escrire en François leur Maison rustique^ où il y a beaucoup de remèdes familiers, et qu'on dict usuels, non seulement à conserver la santé ou se préserver de plusieurs maladies, ains aussi d'en guérir plusieurs ? Ainsi

Et ce qui dimontre qu'il n'éprouve, quoi qu'il en dise, aucun scrupule à répandre les connaissances, même les plus hautes, c'est qu'il rappelle, en s'y associant, les plaintes qu'on fait des théologiens, qui se réservent l'Ecriture à eux seuls, et privent le commun de la pâture spirituelle ^ .

Ainsi, il me parait hors de doute que Joubert a pensé sur ce sujet avec une grande liberté d'esprit et s'est élevé bien au-dessus de ses contemporains. Il a même été plus hardi qu'il ne voulait le laisser paraître, comme le prouvent différentes autres publications de lui : son petit manuel de thérapeutique, ses paradoxes sur la révulsion, etc. 11 ne s'agit plus là, en effet, simplement de chirurgie, de pharmacopée ni d'hygiène, mais des arcanes mêmes du métier. Toutefois Joubert n'a pas été immédiatement suivi. On vit bien des paracelsistes, comme Roch Baillif de la Rivière, suivre l'exemple de leur maître, et rompre avec le latin. Mais j'ai dit ailleurs quelles mesures on prit pour s'opposer à la dangereuse invasion de la médecine chimique. Baillif eut des émules, le gros de l'armée des médecins demeura fidèle aux dieux qu'un impie avait osé brûler, et aussi à leurs prophètes. Le latin barbarisque, dont parle Champier, resta en usage ; il faudra au siècle suivant le rire de Molière pour achever la déroute des docteurs. Autour de 1600, ils tenaient encore bon.

le livre intitulé Thresor des pauvres, est bien veu et receu de tous. Ainsi la belle œuvre de M. Simon de Valambcrt, touchant la nourriture et maladies des enfans : et plusieurs autres semblables, qui ne sont qu'en lang^age François : Au contraire, il seroit de besoin que tout ce dont le peuple est capable, concernant sa santé fut en langue vulgaire pour son profit, sans lui envier ce bien, qui est d'une envie totalement ennemie du genre humain. »

« Seroit-il bon, qu'on n'eust jamais divulgué et monstre au peuple, l'usage du bled et du raisin, à faire du pain et du vin, de cuire la chair et apprester les autres viandes : ains que certains hommes eussent tenu cela secret entre eux, à fin que tous les autres passassent par leurs mains, et fussent à leur discrétion pour avoir du pain, du vin et de la viande ? »

i. « Ainsi (pour monter plus hault, des vivres terrestres du corps aux célestes appartenans à l'âme) on se plaind d'aucuns Théologiens, qui ne veulent permettre qu'on traduise la sainte escripture en vulgaire, affin que le peuple ne l'ayt que par leur bouche : privans les ignorans de cette pasture spirituelle : laquelle toutesfois eux-mesmes proposent et expliquent en pleine chaire, autant profondémant, subtilemant, et distinctcmant qu'ils peuvent. Et quelle difTcrance y ha il, de lire les mêmes textes a part dans sa maison ou de les ouyr souvent reciter publiquement et en vulgaire? Je ne trouve pas grand difterencc de telles rigueurs, d'avec celle qui empêche le peuple de sçavoir pour sa provision, autant qu'il peut comprendre de l'art, qui enseigne à vivre sainement et se bien gouverner en maladie, sous la conduicte et l'ordonnance des médecins. Et (je vous prie) qu'escript M. Joubert, sinon ce que presque tous les jours remonslrent et inculquent les médecins aux malades, ou à leurs amis, parens, alliez, serviteurs, gardes et autres assistans ? Est-il plus mal faict de l'escripre que de le dire? Ne veut-on pas qu'il soit bien retenu? Et voicy le moyen de le mectre par escript : car la voix se perd, et l'escripture demeure. Ainsi je ne vois pas, que cette repréhension ayt lieu et soit mettable, ou je ne l'ay pas bien comprins. m

Arithmétique et géométrie. — A lire Geoffroy Tory, qui ne trouve à citer comme livre de science en français, que TArithmétique d'Estienne de la Roche, dit Villefranche^, et la Géométrie de Charles de Bovelles^, on serait tenté de croire que c'est par la mathématique que le français a pénétré dans la science. Il n'en est rien. L'Arithmétique de Villefranche, comme presque toutes celles qui l'ont suivie, parmi lesquelles je citerai celles de Boissière^, Peletier du Mans*, Cathalan ^, P. de Savonne^, La Tayssonière ^, Jean Trenchant ^, Chauvet 9, Fustel *'\ est avant tout un livre pra-

t. Je n'ai vu de ce IhTC que réditiou intitulée Arismetiqne et Géométrie^ à Lyon, Gilles et Jacques Huguetan, 153H, in-f".

2. Le livre auquel Tory fait allusion est Varl et science de Géométrie auec les figures sur chascune reigle, par lesquelles on peut facilement comprendre ladite science; Paris, Henri Es tienne, 1514, in-4. Je ne Tai pas rencontré, mais dans la Géométrie pratiquer composée par le noble philosophe, maistreCh. de Bouellcs, et nouvellement parluy reueue, augmentée et grandement enrichie. Paris, Hier, de Marnef et Guill. Cavellat, 1566, Bovelles laisse voir que c'est moins de son plein gré que pour obéir au désir des praticiens, qu'il a adopté le français, qu'il n'estimait guère. Voir la préface :

Rogatus a quibusdam auturgis, manuve operariis, venerande P... ut eis vulgarem Geometriam conscriberem, pertinaci corum petitiunculn; repulsam non dedi : quanquam dum eorum desiderio morem gerere acquievi, prœter institutum mcum egi, utpote qui hactenus vix quicquam matemo sermone edere consuevi. Confeci igitur Gallica lingua Geometricum isagogicum... Dicatum igitur tibi vulgata lingua libellum, pro insueto nostrœ officinœ xenio, ne flocci habc (Novioduni, nov. 1542. Dom. Antonio Leufredo, abbati Ursicampi).

3. Dès le commencement du siècle, on avait traduit celle de Jean de Lortie (Lortega). Elle fut imprimée par Baland le 23 octobre 1515 (privilège du 11 janvier 1514) sous ce titre : Œuvre tressublile et profitable de l'art et science d'aristmétique : et géométrie translate nouvellement d^espaignol en françoys...

Symon Vincent : si vous en fournira

En rue Mercière : ou il est dcmourant

Et bon marché.

Celle de Boissière est intitulée : Vart d'Arythmetique contenant toute dimension singulière et commode tant pour Vart militaire que autres calculations ; Paris, Amet Bri'ère, 1554, 4».

4. Peletier du Mans, L'arithmétique départie en quatre liures; Lyon, J. de Tournes, 1554, in-8.

5. Arithmétique et manière d'apprendre a chiffrer Lyon, Th. Payan, 1555.

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