Pari», André Wechel, 1557. II y a une édition de
2. Comparer dan» la Rhétorique de P. de Courcelles, Paris, Seb. Nivelle, 1557, une Epigramme latine liminaire :
Quicquid habet Latium, Graii, propriique leporis, Hoc quoque jure suum, Gallica lingua facit. Sic illam videas lin^^is prœstare duobus, Quœ vim linguarum continet una trium.
3. A Paris, chez la veufue Maurice de la Porte, 1555. Voir p. 5 v* et suiv.
4. a Quoy que telz importuns degorjceurs de latin en veillent iaper, au contraire allegans pour fortifier leur opinion ie ne scay combien de manières de parler Latines que nous ne sçaurions rendre mot pour mot en nôtre lan^i^ue, pour vn trait de cette sorte qu'ilz mélront en ieu, il est aisé de leur en alléguer vue infinité d'autres en Françoys qu'il est impossible de rendre en la langue Latine aueques la mesme grâce qu'ilz ont en la nôtre : Ce que ie di de la langue Latine, ie l'enti^s aussi bien dire de la langue Grecque et toute autre telle que ces opiniâtres langars voudrût haut-louer par dessus la Francoyse : lamais langue n'exprima mieux les conceptions de Tesprit que fait la nôtre : lamais langue ne fut plus douce a Toreillc et plus coulante que la Francoyse : lamais langue n'eut les termes plus propres que nous auons en Francoys, et diray dauantage que iamais la langue Grecque ni Latine ne furent si riches ni tant abondantes en mots qu'est la nôtre, ce qui se pourroyt aisément prouuer par dix mille choses inuentees que nous avons au-iourd'hui, chacune auecques ses mots et termes propres, dont les Grecz ni les Latins n'ouirent iamais seulement parler »» (f" 6 r«).
lecture de tels escrits » ', et toutefois, pris de la contagion, il publie ses vers français au milieu des latins. Il ne sait même plus se défendre de donner en passant Téloge obligé à ceux « dont l'industrie est dediee a Tembellissement et illustration de leur langue » '^.
En somme, dans les œuvres d'imagination, à la fin du siècle, la victoire du français est complète. Qu'on consulte le facétieux Tabourot ^ ou le grave Du Vair ^, Topinion est la même : le sentiment s'est répandu qu'on ne pouvait se créer un style propre qu'en français. Le latin n'est pas éliminé ; comment l'eût-il été quand Du Bellay lui-même se jouait à s'en servir encore^? mais l'ancienne proportion est renversée dans les œuvres ; ce n'est plus h lui qu'on s'adresse le plus souvent.
L'honneur de ce succès revient en grande partie à la Pléiade pour laquelle je ne voudrais pas paraître injuste. Ses apologies manquaient de précision, mais ses vers ont provoqué dans toute la France un élan d'enthousiasme. Or, c'était là le meilleur appui que des poètes pussent donner à la cause qu'ils défendaient. Pour faire triompher une idée, en poésie comme en art, mieux vaut un exemple qu'une théorie. Celui que donna Ronsard ne fut pas complet : mais il était néanmoins assez beau pour que le concert d'éloges empêchât d'entendre les critiques. Et dès lors on se précipita dans la voie, derrière lui. Si bien que, quand l'heure du retour en arrière eut sonné et qu'on vit les défauts du système, un résultat considérable était acquis; on blâma les auteurs, on ne s'en prit pas à l'instrument qu'ils avaient manié. Malherbe eut beau trouver tout mauvais dans Ronsard, il ne fit pas porter la responsabilité de ses fautes à la langue. Il y songeait même si peu que, copiant presque Du Bellay, il déclarait que si Virgile et Horace revenaient au inonde et voyaient la pauvreté des poètes latins modernes, des Bourbon et des Sirmond, ils leur « bailleroient le fouet ».