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HONORAT RAMBAUD. — DECLARATION UES ABUS. 1 57S

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Liliniiric Arinniul lioliii. Paris

ESSAIS DK SIMPLIFICATION FI' D UNIFICATION DK L ORTHOORAPIIK 119

« comme moutons accoustumés de porter la sonnaille », se trouvait, je Tai dit, un tiers parti, de réformateurs progressifs, où les timorés touchent presque à Pasquier et à Bèze, dont ies hardis seraient presque à mettre parmi les grands novateurs.

Garnier* se plaint amèrement à plusieurs endroits de son Institution de la langue française des lettres inutiles et se réjouit de leur suppression. Le poète Cl. de Taillemont est presque avec son compatriote Meigret, dont il admet du reste un certain nombre de propositions ^.

Laurent Joubert « ne change pas de lettres, ne les charge d*acsans, ne les marque de crocs, autremant que fait le commun ». Il retranche plus qu'il n'ajoute, et simplifie, mais sa méthode est peu rigoureuse; ainsi il conservera Vy grec à la fin des mots [moy)^ n'osant faire « des retranchements tout à un coup afin qu'ils ne soient trouvés si estranges >* 3.

Dans cet entrecroisement de projets, rien de définitif ne parvint à prévaloir. Le xvi® siècle n'arrive nulle part à édifier un bâtiment durable. Il est vrai qu'aucun des siècles qui ont suivi n'a mieux réussi en cette matière. D'Aubigné avait déjà vu qu'il fallait un coup d'Etat : « Les raisons n'ont point manqué ti ceux qui ont voulu et qui veulent encor establir ce changement en leur langue naturelle. Le seul default qu'il y a, c'est d'autorité : il y faloit celle

1. Inslitulio gallicœ linguse... Marpugi Ilessorum, ap. J. Crispinum, 1558, in -8. Cf. Livet, La. Gram. et les grammairiens au XVI* siècle^ 272.

2. La Tricarite, plus quelques chants, an faveur de pluzieurs Damoézelles, parC. de Taillemont. Lyonoes, L. J. Temporal, 1556, in-8. Avertissement. Taillemont admet des accents, graves pour les brèves, aigus ou circonflexes pour les longues. Il laisse au g le son dur et le fait suivre d'une apostrophe pour lui donner la valeur de j. Il adopte 1> barré de Peleticr pour les e muets ou atténués, supprime u après q, mais garde le c dur au lieu de .q dans cœur. Cf. Texte, Note sur la vie et les œuvres de Cl. de T. {Bulletin hittor. et philol., 1894).

3. n écrite ouvert parc et x : parfit, laequels; o long par <5, au lieu de os : tôt^ admet la distinction du j et de l'i, de l'a et du v, note le g doux par j : jans ; recommande le trait d'union ; substitue le c au ( dans nnrracion, rejette le ç, mais le transcrit par «, réduit eu à u {sur, emu). Les lettres étymologiques sont en partie supprimées {pront, coleré, sutil) (Joubert, Traité du ris, Paris, Chesneau, 1579, p. 390, Annotacions sur l'orthographie de M. Joubert, par Chrislophlc de Beau- Chatel [Ce dernier est le neveu de l'auteur]).

L'imprimeur s'excuse de ne pas être habitué à cette orthographe qu'il expose ainsi : « Il retranche tant qu'il peut les lettres superflues, celles qui ne sont pas prononcées dans la langue courtisane : c dans lieue, eauë (pron. en poitevin), l's superflu en dix mille mots français et prononcé en Gascon, Languedogeois, Provençal.

« Là où g doit sonner comme j consonante devant un a ou un o, il entremet un e ou écrit le mot par un j longuet, signifiant consonne : jans (gens). Il écrit mangeoii comme Georges pour que manjoit ne permette pas d'équivoquer avec manioit. Il écrit

I liquide par Ih ex. : filhe. galharde ; il écrit fou, cou, mou, ainsi qu'on les prononce.

II retranche les n des tierces personnes plurielles, tiennent, dirent, firent. Et il renvoie à l'apologie de son orthographe par ses enfants, et à la déclaration des abus de maistre Honorât Rambaud n (Lyon, J. de Tournes).

d un Roy savant, ou au moins d un eccellent Chancelier secondé des meilleurs des Parlements, pour faire escrire les actes publics en ceste forme, et après quelque temps, deffendre toute impression qui ne fust réglée à cela » (Let. sans date ni adresse, OEuvr,, I, 456).

Resterait à examiner quels progrès l'orthographe a faits dans les impressions. C'est une étude qui devra être entreprise, mais qui ne pourra guère être complète que quand Thistoire de Timprimerie, telle qu'elle a été commencée pour le xv® siècle par la magnifique publication de M. Claudin, aura été poussée jusqu'au bout. En effet, les écrivains ont été, de bon gré ou non, mis dans l'orthographe de leur imprimeur. On sait comment les reconmiandations que pouvait faire un Montaigne se heurtaient au parti pris ou à la négligence des compositeurs et des protes(cf. p. 114, n. 2, et 119, n. 3). Ce sont ces derniers qui ont fait Tusage.

Or dans un même atelier, malgré la tradition, Tusage change. En 1557, ^ Vy est beaucoup moins en honneur chez Arnoul TAngelier qu'il ne Tétait en 1549, comme on peut le voir par les deux éditions données à ces dates de la Deffence et Illustration *. Le tréma est méprisé. LVqui se trouvait de temps en temps en 1549 est souvent abandonné, tandis qu'on fait une toute petite place à la cédille.

Et en 1561, nouveaux changements, il semble qu'on ait alors dans la maison un usage arrêté. Bref, on peut suivre là une histoire qui est à peu près celle de tous les ateliers, et y apercevoir combien l'histoire de l'usage sera longue et compliquée à faire.

Je traiterai ailleurs, en parlant des formes des diverses parties du discours de ce qu'on a appelé plus tard l'orthographe de règles. Je me bornerai ici à quelques indications sur l'orthographe dite d'usage.

La fureur étymologique continue à sévir, et de façon intermittente, capricieuse, comme toujours. L'^, le 5, l'y, l'/i, l'x, continuent particulièrement à « rappeler nos origines ». Les Estienne en particulier sont chauds partisans de cette funeste doctrine, et leur imprimerie, si active, si importante par les lexiques qu'elle a donnés et qui ont été la base de la Lexicographie française, contribue plus que toute autre à maintenir et à propager l'erreur 2.

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