Hoy, art. cité p. 2i
6. • Nostre Langue n'est tant irregulierc, qu'on voudroit bien dire... Qui eust gardé nolz Ancestres de varier toutes les parties déclinables, d'allonger une syllabe et accoursir l'autre : et en faire des picdz, ou des mains ? Et qui gardera notz successeurs d'observer telles choses, si quelques scauans, et non moins ingénieux de cest âage n'entreprennent de les reduyre en Art. » Def.^ I, 9, p. 75, P.
Hiêioire de la langue française, 1 1. 9
qui manquait à sa dignité, et devait la relever aux yeux des doctes, en montrant que la matière ne manquait point, et que seul l'ouvrier avait tardé jusque-là.
Mais plusieurs passages d'auteurs accusent un autre souci. On connaît et on a souvent cité le mot de Montaigne : « Tescris mou liure à peu d'hommes et à peu d'années. Si c'eust esté une matière de durée, il l'eust fallu commettre à un langage plus ferme. Selon la variation continuelle qxii a suiuy le nostre iusques à cette heure^ qui peult espérer que sa forme présente soit en usage d'icy à cinquante ans ? il escoule touts les iours de nos mains ; et depuis que ie vis, s'est altéré de moitié. Nous disons qu'il est asture parfaict : autant en dict du sien chasque siècle. le n'ay garde de l'en tenir là, tant qu'il fuyra et s'ira diiFormant comme il faict n {Essais^ III, 9). D'autres écrivains avaient éprouvé avant lui les mêmes craintes, et les partisans du latin ne manquaient pas de s'en servir, comme d'un argument et d'une menace envers ceux qui voulaient passer à la langue vulgaire. Geoffroy Tory déplore que la langue ne soit pas assurée sur des règles ^ . Des Autels se plaint des changements de la langue : « Tu donnes licence à nostre langue, de changer de jour en jour sa prononciation avec son escritiu'e : et ce temps me semble oportun, pour obvier à cette peste, laquelle infecte les plus saines parties de nostre parole : car pource que nous laissons sans reigle,.... a bride avalée courir nostre usage de parler : les plus ignorans ont l'authorité de la gaster. — Voulons nous endurer ceste tant desmesure licence, et ensemble espérer non pa& immortalité, mais seulement longue durée de noz oeuvres, tant soient elles bonnes? hastons, hastons-nous d'y mettre ordre ^. »
Il faut dire que les faits justifiaient ces prévisions. Nombre de gens au xvi® siècle connaissaient les vieux « exemplaires des romans écrits à la main », et se rendaient compte des bouleversements subis, depuis le temps où « 1'* se mettait à tort et à travers devant les mots ». Us voyaient qu'on était non seulement obligé de rajeunir Joinville, Villehardouin ou Guy de Chauliac, pour les publier, mais que des auteurs beaucoup plus récents, Antoine de la Salle, Villon^ avaient dû être remis en nouveau langage.
Un des seuls moyens de remédier à ce grave défaut paraissait être de fixer une règle. Sans doute des esprits aiguisés comme Meigret ne se faisaient pas illusion sur la valeur de ce moyen ; ilsL savaient; autrement que pour avoir répété des vers d'Horace, que la.
t. Champfleuryt xxv.