Rép, à Meigret
EFFORTS POLR CONSTITLEH LNE GRAMMAIBE 131
grammaire a un principe muable, puisqu'elle repose sur lusage, lequel change ainsi que le veulent les inventions et fantaisies des hommes*. Il n'en est pas moins vrai qu'on espérait, en général, ralentir au moins le mouvement par cet obstacle. Et la tentative, qui eût semblé prématurée auparavant, paraissait au contraire devoir réussir désormais, la langue étant sinon venue au point de son excellence, du moins approchant fort de son but^.
En fait, du reste, le principe était juste. Une fois la notion de la correction éveillée dans les esprits, une fois nés des livres qui devaient la représenter, la distribuer en formules et l'appliquer à des exemples, il était vraisemblable que la valeur de la règle s'augmenterait peu à peu. Par là l'écoulement dont se plaignait Montaigne devait être ralenti, et, dans la mesure où cela est possible, arrêté. Ronsard, en encourageant Meigret, soumettait d'avance ses successeurs à Malherbe.
Lui-même a accepté cette subordination. Sans doute on relèverait dans ses œuvres beaucoup de hardiesses grammaticales, dans ses manifestes des emportements attendus contre les entraves des règles. Il a dit formellement que le poète doit être « porté de fureur et d'art, sans toutesfois se soucier beaucoup des reigles de grammaire ». Mais, même là, il n'ose affirmer qu'il ne doit point s'en soucier du tout ^. Pourquoi ? Est-ce parce que Sebilet avait promis une grammaire française ? La Pléiade voulut-elle se montrer aussi grammaticale que l'école adverse^ ? Je crois plutôt ici à des raisons générales. Il semble que Ronsard avait aperçu à quels excès menait le dédain complet de la syntaxe. Malgré les commodités et la grâce qu'il trouvait à l'inversion, il était résolu à dire : Le roy alla coucher de Paris à Orléans^ et non pas : à Orléans de Paris le roy coucher alla ^, comme Scève le fait si souvent. Il « tient aussi pour certain que rien ne défigure tant les vers que les articles délaissez », ou « l'oubli des pronoms primitifz, comme ye, tu^ ». Tout en taisant le nom d'un devancier qu'il respectait, il met ses disciples en garde