Ibid., LXXI, II
Histoire de la Ungue française, II. 12
médecin ^ perdraient grande part de leur grâce. Les auteurs nous le disent eux-mêmes : ils voudraient raconter parfois en patois. Faute de le pouvoir, ils gardent au moins des phrases du crû, comme d'autres citent du latin, mais il n'y a chez eux aucune intention d'en faire entrer quoi que ce soit en français.
J'ajoute qu'il en est de même de certains mots isolés placés dans la bouche de personnages campagnards, ou employés en parlant des gens d'un pays, qui servent à donner la couleur « de Tours en Berry et de Bourges en Touraine >». Si Des Periers et Rabelais eussent pensé jeter dans le trésor commun des mots comme eaudelée, esclos, ils ne les auraient pas présentés comme ils l'ont fait : « C'est vne façon de bouillie, et l'ay ouy nommer (en Beausse) de la caudelee ». « le veis qu'elle deschaussa vn de ses esclos (nous les nommons sabotz) » 2. Ailleurs l'excès même des provincialismes avertit qu'on a affaire à une pièce de genre spécial. Ainsi la débauche de provincialismes, à laquelle se livre Des Periers dans son petit poème des Vendanges ^(I, 92), a été prise trop au sérieux par Peletier. Si Des Periers eût voulu transplanter, il eût dispersé habilement ses emprunts, au lieu de les entasser en quelques vers :
Ça, trincaires,
Sommad aires, Trulaires et banastons,
Carrageaires,
Et prainssaireSy Approchez vous et chantons,
Dansons, saultons,
Et gringottons.
Voilà déjà bien des réserves, et cependant elles ne suffiront pas encore à éviter les erreurs. Un chapitre voisin nous l'indiquera : au xvi** siècle on a cherché les mots archaïques, en même temps que les mots dialectaux. Or les dialectes conservent tous, à toutes les époques, des mots disparus du français propre. Dès lors on se demande souvent à laquelle des deux sources l'écrivain a puisé. Pour prendre un exemple, d'Aubigné dit que Ronsard recommandait dougé comme vieux mot '♦, mais Belleau note à propos d'un