‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 87 sur 248 · PrecelL, éd. Hug., 184 et suiv · texte numérisé non relu

PrecelL, éd. Hug., 184 et suiv

6. H Quant a cerue pourvue bische. Du Bellay en a vsé (priant toutesfois ne trouuer mauuais ce mot; ne endemenliers aussi pour cependant, pris semblablement du vieil langage). » Precell., cdit. Huguet, p. 188.

mans on descouvroit de grans secrets quant a la cognoissance de l'ancien langage François ». Le vieux langage lui paraissait, comme le sien paraîtra, un siècle et demi plus tard, àFénelon, avoir quelque chose de hardi et de vif. Quoiqu'il y admire un peu tout, même des mots très peu remarquables, mais qui avaient Tavantage d'être proches du latin, tels que moult, cerue, selue^ ancelle, il est facile de démêler, dans cette confuse dissertation, que son attention a été surtout éveillée par de jolis dérivés ou composés. Il note les adjectifs en m, am, qui permettent de traduire les épithètes latines en eus : pourprin, marbririy les verbes en oyer : borff noyer, paumoyer, ombroyer, fabloyer, archoyer, et les autres plus commodes encore, qu'on tirait du simple par l'addition simultanée d'un préfixe et d'un suffixe : enftescher, enioncher, enherber, enuermer, esboucler; il regrette les particules superlatives par et outre qui permettaient de dire parlire, et de rendre l'y-rcipOujiLsç d'Homère par outrepreux. Il rappelle aussi avec raison que de jolis composés, tels que feruestu, entroeil, addenter, passeuent, permettent seuls de lutter avec les passages des anciens, qui ont dit ^aXx3)r(Twv6ç, pLeaiçpusv, terram ore momordit, O^etv àvijjLsiffiv o|jloiou Aussi estime-t-il que si les dialectes sont comme les maisons des champs d'un homme riche, le vieux langage est pour lui comme le château de ses ancêtres, où, « encore que le bastiment en soit a la façon ancienne », il y trouve « quelques beaux membres », et pour cela « il ne le voudroit laisser du tout deshabité * » (p. 184 et s.).

L'eflFort ici a porté sur trois points : 1** conserver les mots qui vieillissaient ; 2** en faire rentrer d'anciens dans l'usage; 3® les provigner.

1® Sur le premier point j'insisterai peu. On trouvera dans le livre de M. Marty-Laveaux, parmi les mots cités sous le titre Archaïsmes, un certain nombre d'anciens mots dont il devenait de plus en plus rare qu'on fît usage, ainsi que le montre le Dictionnaire de M. Godefroy, et que les poètes de la Pléiade ont voulu conserver. De ce nombre sont par exemple : a fonder (aller au fond) ; aherdre (s'attachera) ; auoutre (enfant adultérin); amordre; antan; auier (donner, prolonger la vie); bienueigner (accueillir avec bienveillance) ; brehaing (stérile) ; coué (qui a une queue) ; deceuance ; sesbanoyer ; escheuer (esquiver) ; esme (estimation) ; esmaïer , esmoyer (émouvoir) ; erre (course, équipage, conduite, propos); faitis; forban nir ; gaber ; iré (irrité); issir; meschance

1. Cf. encore Claude Fauchet, Recueil de l'origine de l» langue et poésie fr&nçoise^ 1581. Pasquier, LelL, CEuvr., II, 47, et Nocl du Fail, 11, 144.

méchanceté, infortune); nuisance; orendroit (présentement); paroir; raim (rameau); rancœur (rancune); refraindre (réfréner); souef; souloir (avoir coutume) ; vergogner. Dans leur école et au dehors, les mêmes mots et d'autres, qui étaient dans le même cas, se rencontrent. J'en ai dressé ailleurs toute une liste que Malherbe a barrés dans Desportes, les jugeant hors d'usage ^

2® Les mots qui étaient véritablement obsolètes au xvi® siècle sont assez difficiles à séparer des précédents, les langues renfermant à touies les époques des termes bien vivants qui, on ne sait pourquoi, ne se rencontrent pas dans les textes, ou n'y sont signalés que très rarement ; et inversement les textes, les recueils surtout, présentant des mots qui, en réalité, sont à peu près tombés en désuétude. Il est très délicat d'affirmer en certains cas qu'un mot est ou n'est plus aujourd'hui dans la langue ; à plus forte raison quand on veut porter le même jugement sur un mot du xvi° siècle.

De la liste de vieux mots que M. Marty-Laveaux a extraits des écrivains de la Pléiade on peut cependant, je crois, considérer comme ayant vraiment été recherchés dans « les romans » — mais on sait qu'il faut entendre sous ce mot des écrits du xv* siècle aussi bien que des textes du moyen âge — ceux qui suivent :

adeulé = triste *, endolori, Rons., I, 210, M.-L. ; adiré = égaré, Id., III, 427. Cf. Lar., Esch., a. iv. A, th. fr., VI, 148; aherdre = s'attacher à, Rons., V, 123 ; alenter = retarder, alentir, Id., I, 86, ibid.\ antan, Baïf, III, 21 ; cf. Chans. de 1581, Ler. de L., 11, 415; aparager^= comparer, Baïf, III, 188, M.-L. ; asproyer = être âpre, piquant, Rons., IV, 412, ibid.; celestiel, Rons., III, 316. Marcassus y voit un néologisme; compaing^ Rons., V, 213, i7>i(/.;Rab., 1,21, J.; (/eAe«er = égayer, Baïf, II, 213 (cf. Marot dans God.) ; dcparager = mésallier, Baïf, III, 101 et 378, note, M.-L.; desor = désormais, Tahur.,G., Baïf, 1, 3S, M.-L; ditier = poème, Baïf, Égl.^ XIV, G. ; se doulouser = se désoler, Baïf, II, 459, M.-L. ; effaceure, Am. Jamyn, II, 280 ; emmy = parmi, Baïf, I, 33, M.-L. ; endementiers =^ cependant, Du Bel., I, 337, ibid. ^;

1. Voir F. Brunot, La doctrine de Malherbe, Paris, 1891, 25 S et suiv. Je citerai seulement ici : bénin, clameur, cuissot, gel, oppresse^ prim, si que qui n'étaient pas dan«( Ronsard et ains, bienheurer, chef, confort, dnire, esmoy. greuer, guerdonner, liesse, or (maintenant), prouesse, virer, qui se trouvent chez les écrivains de la Pléiade.

2. La forme régulière estadoo^^, en raison de la règle : douloir, il deult. Ronsard avait la bonne volonté d'archaïser, mais pas plus que ses contemporains, il ne savait le vieux français.

3. «I Endementiers auoit eu vogue iusques au temps de lean Le Maire de Belges,

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cpamer^ Baif, I, IH, M.-L. ; e«/n?, IJ., I, 52. Cf. Lex. de M.-L. ; essoine, Rons., VI, 462; gel, Desportes, /m. de /Mr., mort de Rodomont; (/allées = galères, Du Bel., I, 337, M.-L. * ; (/estes^= actions. Du Bel., I. 8, ibid,; isnel = léger. Du Bel., I, 46 ^ ; Baïf, II, 68, ibid. ; maudisson (Du Bel., I, 315, encore donné toutefois comme équivalent de malédiction par Cordier, Corr. serm. em., 192 A.); mehaigne = perclus \ Rons., III, 90, M.-L.; mire ^ médecin, Rons., II, 411, ibid. ; miste, Baif, IV, 115 et 455, note 33; nouer = nager, Id., II, 424. Cf. Mar., III, 37; o '* = avec, Rons., II, 302, M.-L. ; pers = bleu de diverses nuances, Rons., I, 337, Desp., EL, xix; plaier = blesser"», Rons., I, 34, M.-L. ; puiCy Jod., Euff., a. III, A, th. fr.^ IV, 44; tabourder = faire du bruit, battre le tambour, Noël du Fail, I, 50, Baïf, III, 344, M.-L. ; touiller -T= salir, Baïf, III, 102 et 379, note 30, ibid.\ traitis = joli, bien fait, Rons., I, 121, ibid.; /re/ows, Baïf, IV,138, ibid.; Rab., I, 311, J.

Je crois inutile d'ajouter à cette liste. En fait, la tentative des archaïsants a complètement avorté. Des mots dont on a voulu prolonger la vie, presque aucun n'a vécu. Nous avons encore affoler, anuiter, émoi, guigner, hideur^ hocher^ rancœur et quelques autres ; mais, ou bien ils ont vécu obscurément dans la langue, jusqu'à ce que notre siècle ait de nouveau essayé de les « dérouiller », ou bien ils se sont maintenus avec uile partie seulement de leur sens, quelquefois hors du style noble, en un mot amoindris ou déchus.

3® C'est dans la Préface de la Franciade que Ronsard a, pour la première fois, appliqué aux mots le terme pittoresque de provignement. En donnant à ses disciples ce conseil : « Si les vieux mots abolis par Tusage ont laissé quelque reietton, comme les branches des arbres C3uppez se riieunissent de nouueaux drageons, tu le pourras prouigner, amender et cultiuer, afin qu'il se repeuple de

car il en vsc fortsouuent, p:)ur ce que nous disons par une périphrase, en ce pendant. I. du llellay, dans sa traduction du quart et sixiesnic Hures de Virgile le voulut remettre sus, mais il n'y peut ianiiis paruenir » Pasq., liech., VIII, 3).

1. « l'ai vsé de galees pour gaUeres •>, Du B., I, 337. Marty-Laveaux.

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