Confusion curieuse d'après entreprise au lieu de emprise
3. Dès cette époque la particule in se développe aux dépens de non : on fait ing*r- Ja/)fc (Fk»ns., V, 271, Bl.), au lieu de non-gnrdable . Outre semble mort. Cf. Est.- Prec, éd. Hup., 187. Cependant encore outrepercer {Gring., î, 17) et quelques autres.
Rons., VII, 22, Bl. ; restangner, Scève, DeL, LVIII, p. 30 ; — avec $ous : soussigner, Saint-Gelais, 15, L. ; sous-seruir, La Bod., Liv, de la vie, 1381, III, 12, G. ; sous-dame, Brant., IX, 5i9; — avec sur : suraugnienter, Bugn., Er., 85 ; surestimer, d'Aubigné, Hist,^ m, 354, L. ; surnaistre, Pont, de T., Solit. prem,, 3i, G.; surpayer. Mont., II, 103, L. ; — avec très: tresluire, J. de la Taille, Bios, de la Marg., G. '.
i** Composition proprement dite. — A) Deux adjectifs ou deux substantifs sont apposés : diuin-humain, Bugn., Er., 99; humblefier, Rons., I, 68, Bl.; doux-grief, Scève, DeL, LXXXVII, p. 43 ; chaude-seche, froide- humide. Du Bart., 2'' j., 51 v"; large-viste, Ch, hug., II, 301, 1572; triple-vn, Du Bart., I'^ journ., p. 6; iheureuse-honnorable-conqueste, Id., I, 294; — mere-cité^ Du Bart., Jud., f** 347 ; homme-chien, Id., 1^* journ., p. 11; Dieumessager, Rons., V, 360, Bl.
B) Un substantif qualifié par un adjectif forme un adjectif composé : pied-vite (Achille), Rons., V, 63, Bl. ; front-cornus, Id., VI, 372, ib,-: claire-voix (hérauts), Id., III, 63, Bl. ; laqs-courant, Gell., Circé, 116; morte-paye, J. d'Aut., IV, IXi ; papier-iournal, Amyot, L.
G) Un adjectif pris adverbialement est joint à un verbe pour donner un adjectif ; doux-sou fiantes (flûtes), Rons., II, 305, Bl. ; — aigu-tournoyant ; Id., II, 79, ih,
D) A un adjectif, un participe, un nom, est joint un substantif qui en dépend de telle façon que le rapport serait marqué, dans une langue à déclinaisons, par un cas oblique : cuisse-né, Rons., V, 235, Bl. ; /erre-/îe2 (géants), Id., V, 237, ib.-, nuit-volant, Baïf, Po,, 43; cheure-nourri, Id., Vers mes., 2, NageP.
E) Un verbe à Timpératif est suivi d'un régime, comme dans chasse-peine (Torj, Rons., V, 222, Bl. ; desrobe-fleur (auette), Id., II, 146, ib.\ donne-vin (été), Id., V, 187, /j&.; mange-suiet (Childéric), Id., III, 235, ih. ; os/^-«oi/ (échanson , Id., VI, 343, ib. ;
1. Farfouiller, Rab., PaixI., Il, 395, M.-L. ; Lespl., PrompL, 57, est fait d'une particule obscure.
2. Ce procédé, tel qu'il est appliqué dans les premiers exemples, où Ton est obligé de construire front comme un accusatif grec se rapportant à cornus : cornus par le fronton e»l pas français. Je mets des traits d'union qui ne sont pas dans les originaux.
3. Ces composés traduisent des mots giecs comme yaiTjYEvTJç, vuxtiîto'Xoç , etc. Ils appartiennent presque exclusivement à Ronsard et à son école. Le vieux français connaissait quelques types comme feruestu que cite H. Estienne iPrecel., 15K) ; mais ce procédé de composition n'a jamais été répandu dans la langue. L'emploi qui en est fait ici est tout antique.
porte-couronnes (rois), Id., VI, 158, ib, ; rase-terre (vent), Id., VII, 119, ib,; brise-grain (moulin), Bart., 2*^3., 75 v<>; donne-iour (le char), Id., 2* j., f** 84 v«; porte-laine (mouton), Id., 2« j., f° 47; tire-traits (fils), Id., l^'j.. Il v®; tirasse-cou tre (le bœuf), Id., 3«s., fo102t.
J'ai déjh eu Toccasion de parler de ce procédé (I, 283-4) : il a donné au français un grand nombre de substantifs. Une des principales innovations linguistiques de Ronsard a été de chercher à faire de la sorte des adjectifs 2. Je ne sache pas que Scève se soit avisé de ce moyen. Au contraire, les adjectifs nouveaux se rencontrent en foule chez Ronsard, employés souvent avec un art véritable.
Du Bellay*, Baïf, en ont fait grand usage et pendant quelque temps ce fut à qui chercherait là l'équivalent de ces épithètes imagées qu'on enviait si fort à la poésie ancienne. Henri Estienne luimême les a acceptés sans répugnance : il recommande seulement d'en faire un emploi judicieux '* et d'éviter d'y mettre au pluriel le substantif, s'il n'est pas monosyllabique. Toutefois les adjectifs ainsi composés étaient trop inusités pour ne pas choquer; Du Bartas, qui les avait mis « vnpeu espes », il en convient lui-même, se vit contraint de les défendre. En 1596, on faisait un choix des plus beaux de son œuvre ^; en 1610 ils étaient à peu près complètement condamnés^, comme n'étant nullement propres à notre langue.
5** Formation irrégulière. — Je ne pourrais, sans chercher à déterminer des procédés là où il n'y a le plus souvent que fantaisie, essayer de réduire les mots qui en sont issus à des catégories; je