‹ Histoire de la langue musicale (volume 3)Chapitre 30 sur 38 · LA TERNARITE. LA NOTATION MENSURALISTE OU PROPORTIONNELLE · texte numérisé non relu

LA TERNARITE. LA NOTATION MENSURALISTE OU PROPORTIONNELLE

L'examen de la séméiographie, en ce qui concerne la période de transition [Moyen Age II : xiii% xiv^, xv siècles], se rattache principalement à la rythmique : les signes musicaux, en effet, deviennent, à la fin du xii° siècle, représentatifs des durées, et de certaines durées à Texclusion de toutes autres.

La manière rythmique que le précédent chapitre a fait partiellement connaître et qui est le triomphe de Trois, est une science des durées restreinte, mais spontanée, que Ton s'ingénie à sanctionner après coup par des raisons dogmatiques : la Trinité étant la pure et vraie et seule Perfection, le rythme ternaire est le rythme par excellence, on peut dire par essence. Il va de soi que si les théoriciens ont disserté sur la dignité de Trois, ce n'est pas eux qui ont créé la fortune de ce Nombre. Depuis longtemps Aristote l'avait dit : de tous les mètres l'iambe est celui qui, dans le discours journalier, frappe le plus souvent notre oreille ; et il avait appelé le trochée « coureur et danseur ». Le langage usuel et la danse populaire passaient donc dès l'Antiquité, pour les créateurs de la ternarité. Or la rythmique du Moyen Age est issue du langage et de la danse du peuple. Elle est instinctive.

LA NOTATION ET LA RYTHMIQUE agS

Il y a beau temps que les combinaisons de la Rythmique gréco-latine sont lettre morte !

11 est impossible d'admettre que tous les rythmes primitifs soient ternaires: les rythmes les plus simples sont issus de la marche [cf. p. 109]. Mais on peut concevoir que le bas latin, par l'échelonnement régulier de ses accents dynamiques, ait provoqué la ternarité (3o5) à (Soq) . Le fait est que, d'après les travaux de Beck, elle paraît, tout le long du Moyen Age I, avoir été la normale.

La notation des durées, florissante au xiii'' siècle, est le reflet de cette ternarité. En principe, les signes fondamentaux dans lesquels survivent la uirgael le pimctum ont des durées établies dans le rapport de 3 à i. La « longue », la « brève », la « semibrève » s'étagent comme il suit :

Longue valant

Fig. 355. ■ ■ ■ ni BRÈVES

rV^ ♦♦♦♦♦♦ IX SEMI-BRÈVES

Cette figure exprime, à tous ses étages, la Perfection : du haut en bas le principe de la ternarité y reçoit son application pleine.

L'unité de temps est la Brève, dont la Longue est le triple et la Semibrève le tiers.

Les prescriptions suivantes obligent à modifier les durées, lorsque leurs signes se mélangent :

1° La longue est « parfaite » et vaut trois temps quand elle est suivie d'une autre longue ou de deux ou trois brèves également suivies d'une longue.

2° La longue est « imparfaite » et vaut deux temps lorsqu'elle est précédée ou suivie d'une brève ou de sa monnaie.

3" La brève est simple ou double : elle vaut un ou deux temps. Simple, elle est l'unité de temps, par définition. Elle sera ici représentée par la croche.

4° Lorsque deux brèves sont entre deux longues, la première vaut un teraps, la seconde en vaut deux. Dans ce cas, cette seconde brève, double, vaut autant qu'une longue imparfaite ; elle était dite brevis altéra.

3° Trois brèves entre deux longues valent trois temps égaux.

6° S'il y a plus de trois brèves consécutives, on doit diviser la série en groupes de trois, ayant égale valeur; s'il reste deux brèves, la première vaut un temps, la seconde deux.

7" Lorsque deux semibrèves se trouvent intercalées entre des signes de durée plus longue, la première vaut i/3, la seconde vaut 2/3 de temps. Cette règle n'est pas générale : les Anonymes les tiennent pour égales.

S" Trois semibrèves dans les mêmes conditions valent chacune i/3 de temps.

9° Lorsqu'il y a plus de trois semibrèves consécutives intercalées entre des signes de durée plus longue, on doit diviser la série en groupe de trois, ayant égale valeur; s'il reste deux brèves, la première vaut i/3 de temps, la seconde 2/3 de temps.

Applications graphiques simples de ces prescriptions :

4° 1 ■ ■ 1 = r- jr ^' ^^^■'^'- 60 -.-.-.- -LIT CLTPr

9° ♦♦♦♦•♦♦♦ =^ ffi fi

Dans la pratique, les figures correspondant aux règles 5, 6, 7, 8, 9, se compliquaient souvent de « ligatures ». Cela se produisait dans la musique vocale, chaque fois

^ Plusieurs autres solutions sont possibles ici [7°], selon le contexte.

Page 1