‹ Histoire de la langue romane (roman provençal)Chapitre 24 sur 41 · II · texte numérisé non relu

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fois avec éloge dans son traité de l'éiocjuence vulgaire j il le cite encore à la fin du 26^ chant du Purgatoire et dit que nul poète ne maniait mieux sa langue. Pétrarque le place en tête des écrivains provençaux et l'appelle le grand maître d'amour j tandis que le moine de Montaudon, son contemporain, dit que ses cliants ne valent pas une aiguille et que personne ne les entend. Les éloges , comme le blâme , semblent exagérés. Sur dix-sept pièces qui nous restent d'Arnaud, on trouve à côté de pensées souvent obscures quelques traits assez poétiqvies. Il dit : « Le retour » du printemps m'invite à chanter, et » l'émail des prairies, à colorer mes chan- » sons de toutes les nuances que m'offrent M les fleurs. Mais les fleurs que je cueillerai » auront pour fruit l'amour, comme elles « ont la joie pour graine, et leur parfum M surpassera celui que le mois de mai ré- » pand dans les campagnes !... ^i'^Amanieu

des Escas ^ , dont les poésies sont pleines de curieux renseignemens sur les usages de son époque. — Bernard de Venzenac ^, qui nous a laissé quatre sir ventes contre les mœurs de son siècle. — Hugues de Penna 3, qui se rendit célèbre par la beauté de sa voix. Il était jongleur, et pour gagner sa vie dans les premiers temps, s'en allait de château en château, apprenant aux grands seigneurs la généalogie des plus illustres gentilshommes de la province. Nous n'avons de lui que trois médiocres chansons de galanterie. — Elias Fonsaîada^, mauvais poète, mais excellent romancier.

— Giraud de Salagnac ^ , dont nos manuscrits ne disent presque rien.

"J Amanieu des Escas ^ de la Gascogue. Millol (Histoire des Troubadours), t. Ill , p. 193*

2 Bernard de Kenzenac , du Rouergue. III , 225.

3 Hugues de Penna ^ de Messac (Agenois). III, SoQ,

4 Elias Fonsalada, de Bergerac (Périgueux). III, 3y8.

5 Giraud de Salagnac , du Quercy. III, /\0^.

330 HESTOIRE

LANGUEDOC. - PROÎENCE.

£ozm j 'Sarn. — iSassfs-^lpes, i30«fljfe-îrxi-ÎRI)àne, t)ar.

Toulouse, ancienne capitale du royaume des Visigots , passa au pouvoir de Clovis l'an 507. — Le pays conquis fut gouverné pendant un espace décent vingt-trois années par des comtes , au nom des rois français. Ce ne fut qu'en 63 o que le royaume de Toulouse et d'Aquitaine se trouva rétabli , jusqu'en 877, époque à laquelle Louis-îe- Bègue , qui en était souverain et qui devint roi de France , le joignit à ses nouveaux états. — Les comtes ou ducs de Toulouse, qui depuis Cliarlemagne n'avaient cessé de gouverner soit en leur nom , soit en celui de leur clief , continuèrent alors à exercer l'autorité jusqu'en i36t. — Cependant dès l'année 1216 la croisade sanglante contre les Albigeois avait brisé cette nationalité toulousaine et proscrit à jamais des états

de Raymond VI la langue des anciens troubadours.

En Provence, il faut distinguer les rois de Provence, les rois d'Arles et les comtes de Frovence. — Les premiers commencent en 855 ^ $ les seconds prennent à partir de Rodolphe lî, roi de la Bourgogne transjurane qui réunit la Provence à ses états et prit le nom de roi d'Arles , et se poursuivent jusqu'en i t 25 ; les troisièmes , enfin , que nous commencerons à Boson (premier comte propriétaire), en 926 , se terminent à Charles III jCn 1481, époque à laquelle cette province devint définitivement française ^c

^ L'an 855, Lothaire, fils deLouis-le-Débonnaire , pat-» lagea, quelques jours avant sa mort, ses états entre ses trois fils. Louis y le premier, prit le titre d'empereur, et eut le royauûae d'Italie ; Lothaire eut la couronne d'Austrasie (depuis la Lorraine) ; enfin Charles , le dernier fils, f

vit la Provence érigée pour lui en royaume (pays renfermés entre la Duracce, les Alpes, la Méditerranée et le Rhône, avec le duché de Lyon).

2 Les rois de Provence , à l'exception du premier , avaient

D'après ce rapide exposé chronologique , on voit que la croisade , qui vint frapper les états languedociens dans les premières années du xiii^ siècle, détermine d'une manière précise le moment où commença la décadence du langage dans tout le sudouest de la France méridionale. — Depuis ce temps , la marche est lente , mais continue. Les troubadours , chassés sur un point, ne s'avouent pas vaincus; plus d'un royal asile leur resta ouvert. Ils se réfugient dans la Provence, puisqu'ils chantaient à la cour du bon roi René ; ils franchissent les Pyrénées, passent la mer; les princes de Sicile, de Castille etd' Aragon, leurs constans protecteurs , les accueillent

d'abord été comtes ou ducs du pays, lis en nommèrent d'autres à leur place, lorsqu'ils eurent usurpé la royauté; mais ceux-ci profitant de la faiblesse de leurs maîtres, affectèrent insensiblement l'indépendance , et parvinrent enfin à convertir leur bénéfice en hérédité. On les appelait comtes d* Arles , parce que celte ville était la capitale de la Provence {Art de vérifier les dates , page 757),

dans leurs royaumes et favorisent longtemps encore leurs chants patriotiques.

INous l'avons déjà dit :1e provençal dénationalisé 5 le centre des intérêts méridionaux déplacé, les populations virent se briser lentement le lien commun qui jusquelà les avait unies. Dans beaucoup de localités , surtout aux pays pauvres et montagneux , la langue resta long- temps ce qu'elle était ; mais peu à peu les règles disparurent, des solécismes s'introduisirent sans que rien rappelât des principes oubliés, perdus. — Ailleurs, au contraire, dans les grandes cités , un travail de recomposition ne tarda pas à suivre ^ et l'on vit renaître le vieil idiome, modifié volontairement, enrichi de tournures, de pensées, d'expressions empruntées au wallon septentrional j et bientôt, par les soins innovateurs dont il devint incessamment l'objet, perdre tous les jours les traces de son origine.

Le toulousain , cultivé avec tant de

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succès, est, sans nul doute, entre les patois modernes , un des plus harmonieux comme un des plus riches en souvenirs; toutefois son vocabulaire, sa prosodie et sa grammaire diffèrent essentiellement de ceux employés au moven-âge par les troubadours Rajmond , Pierre Vidal et les autres de ce pays.

Malte-Brun considère le languedocien comme un langage particulier qu'il subdivise en variétés distinctes , telles que les idiomes de l'Aude et de l'Hérault, celui de ]Nîmes, celui des Cévennes, etc. Nous ne saurions admettre rigoureusement cette manière étroite d'envisager une langue qui fut si long-temps universelle dans tout le midi , ou alors il faudrait reconnaître autant d'espèces qu'il y a , pour ainsi dire , de communes dans les provinces de ce côté de la Loire; car il est très-ordinaire de rencontrer, à moins d'une demi-lieue de distance , des hameaux parlant des patois difFérens les uns des autres. D'ailleurs,

îe Limousin, l'Anvergnat, le Daiipliinois, le Poitevin, ne sonl-ils pas tout aussi bien des variétés de la romane des xii^ et xiii^ siècles, que d'autres qui, grâces aux soins des poètes des âges postérieurs , souvent ressemblent moins à des fîîles dégénérées du vieux provençal qu'à des idiomes nouveaux et plus riches.

On lit dans une notice sur Montpellier ^ une observation , du reste applicable partout; c'est que l'usage du patois du peuple de cette ville se restreint de jour en jour. « Il est, dit Fauteur, non-seulement parlé M par moins de bouches, mais il perd in- 3) sensiblement sa physionomie et s'assi- » mile de plus en plus au français. — Il » y a à peine un demi -siècle que les » femmes les plus distinguées ne parlaient » guère d'autre langue , au moins dans M l'ordinaire de la vie. — Ce patois~est un

■1 JYolice sur Montpellier, par M. Charlea DE BELLEV^t , page x6.

» des dialectes de la Gasconne ^ , par con- » séquent son vocabulaire se trouve com- » posé de mots latins, grecs et celtiques. » Astruc 5 dans ses Mémoires sur l'histoire naturelle du Languedoc , prétend qu'on n'a , pendant long-temps, enseigné dans la faculté de Montpellier d'autre médecine ni d'autre botanique que celles qu'on puisait dans les auteurs arabes , familiers au moyen-âge dans toute cetta portion de la France méridionale.

PATOIS DE TOULOUSE (poésie du xiv. siècle),

CANCON DITTA LA BERTAT,

Watta sur la guérra d'Espagm'a, fatta pel génêroso Gnesclin , assistât des nohles mundïs de Tholosa.

A DOM CLAIENCA.

Dona Cîamença, se bous plats,

^ M. Court de ^Gébelin divise la langue gasconne en cinq dialectes : — le Gascon, — leLimousin , — le Toulousain , — le Provençal, —le lYimois, C'est, dit-il, ce dernier qui est parlé à Montpellier ayec quelques changemcne.

lou bous dire pla las bertats De la guérra que s'es passada Entre pey lou rey de Léon , Henric soun fray, rey d'Aragon, E d'ab Guesclin soun caraarada.

E lous moundis qu'éren anats , E les que nou tournen jamas , S'es qu'yeu demande recompença , Perço que nou meriti pas D'abe de fious de bostos mas :

Suffis d'abe bost' amistança.

L'an mil très cens soixante-cinq , Déu boule déu rey Charles-Quint , Passée en aquesla patria Noble seignou , Bertran-Guesclin , Baron de la Roquo-Clarin , Menan amb'et gentdarmaria.

L'bonor , la fé , l'amor de déus , Eron touts lous soulis motéus Qu'ets portavan d'ana fa guerra Contra lous cruels Sarrazis ^ etc.

1 Jean de Casaveteri fait mentioQ de cette expëditioa dans son livre imprimé à Toulouse, ea i544} par Coîomiez.

— Le manuscrit de ces vers , e'crit en lettres fort anciennes , a été tiré du cabinet deM, de Jossé, conseiller du roi au

(poésie du xvn^ siècle, par goudelih.)

Hier , tant que le caûs , le chot é la cabéco Tratabon à l'escur de lours menuts afas , E que la trislo néyt , per moustra sous lugras , Del grand calel dél cél amagabo la méco , — Un pastourel disio : — B'é fayt uno grand péco De douna moun amour à qui nous la bol pas , A la bélo Liris , de qui l'armo de glas Bol rendre pauromen ma persuto buféco.

Mentre que soun troupél rodo le communal, Yeu soun anat cent cops parla-li de moun mal ; Mes la cruélo cour à las autros pastouros*

Ah I soulél de mous éls , se jamay sur toun se Yeu podi fourrupa dous poutets à plaze , Yeu faré ta giaîet, que duraran très houros! *

parlement de Toulouse. Las obros de P. Goudeliu (Toulouse, 1811 ).

1 Hier, taudis que le chat-huant , le hibou et la chevêche s'entretenaient dans l'ombre de leurs petites affaires, et que la triste nuit cachait la flamme de la grande lampe du ciel pour montrer ses étoiles; — un berger disait : — J'ai fait une grande faute d'avoir donné mon cœur à qui n'eu veut pas, à la belle Liris dont l'ame de glace veut rendre pauvrement ma poursuite inutile.

Parabole de V Enfant prodigue.

Un home abio dous fils. — Lé pus jouènè diguèc à souû payrè; dounats mè so que me diou fèbèni de bostrè bè, et ]è payrè Jour fèc le partatgè de soun bè.

Paouc de jours aprèp , aquel jouèn homô en abèn amassât tout so que abio sèn anguec dins un pays èstrangé fort éloignât ount èl dissipée tout soun bè en fan excès et in dèbauchos,...

PATOIS DU GÉVAUDAi

Romance de Clotilde,

N'erouat très fraïres [Bis).

N'haut qu'une sor à marida (Bis),

Pendant que son troupeau paît dans le communal , je suis venu cent fois l'entretenir de mon mal , mais la cruelle s'est enfuie vers les autres bergères.

Hélas! soleil de mes yeux, si jamais je puis prendre sur ton sein deux baisers à mon aise, je ferai si bien qu'ils dureront trois heures.

L'haut maridado

Al pus méchant d'aquel pays.

IIÎ.

L'ha tant battudo

Emb'un baston de berl poumia

Lou san li coula

De la teste jusques ai pes.

Lou li accampoun

Dine une tasse d'argen fi.

Aco's bilene

Aco's lou bin que tu biouras.

Sa camisetto

Sembr à la pél d'un blan moutoun.

N'i baï à l'aïguo

Per sa camisetto laba.

Pendent que l'iero

N'i beï béni très cabaîiês.

DE LA LANGUE ROMANE. ^5i7

— HôIa sirbanto ,

Où qu'est la dame du caslel?

— Suis pas sirbento,

Je suis la dame du casteL

— Ah 1 ma surette ,

Qu'est qui vous a fait tant de mal?

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