SCÈNE IL LA>îBERT, PANOUSSA [sa femme
Iau veze que tiu fas des cbastés en Espagne ; Rasounès comme un fat , tiu baltes la campagne. Te cbau pas ton venta , sias couosse per un on , Quan l'on sero passa, te ventaras pas ton
Té meilaras de trop , voudras faire un eximpie
Tout lou Peuy s'en riro, te prendront per un simple ,
Et se tromparon pas. Grei me, fachèspas 'co,
Pouirias, san badina, bien paya toun esco.
Un bouon cop de billou dessoubre ta cervelle
Te fario bé vira ta paoure coucourelle.
Quan sérias estendiu dessoubre lou pava ,
Certes , Moussu Lambert , vous fazen bien gava.
Aqui ce que diron : amai sjayes ea place ,
Te maïles pas d'aco, liu slas una bestiasse, etc. '•
Lambert.
1 EaEn, j'ai le plaisir d'être consul du Puy.— Mes deux chiens et moi veilleront toute la nuit —pour saisir, s'il est possible quelqu'un par les rues — qui fasse du bruit ou qui jette des pierres; — je les arrêterai; et que seulement je dise à mes chiens — courez sus, barhaillaux , ce sonf des coquins— Pourquoi ne se sauvent-ils pas? je prendraiiecorpsde-garde, — les quatre hallebardiers avecleurs hallebardes. — îls ne pourront échapper, ils trembleront de peur, — et de suite je dirai : Jetez-les à la tour. — Ça leur apprendra de courir par la ville; — ils seront tous châtie's, fus5ent-ils mille. — Je veux en perdre mon nom; je ne serai pas Lambert — où il ne se fera pas plus de bruit qu'au milieu d'un désert.
LAMBERT, PANOUSSA {sa femme.) PiNOUSSA.
Je vois que tu fais des châteaux en Espagne; — tu rai-
Parabole de V Enfant prodigue.
Y aviot un homme qu'avio dous garçous. Lou plu djoueine diguet à son paire: Paire, beila me ma part d'aquo que diou me revegnir , et lou paire partadget soun bè a sous efons .
E quaouquoui djours après , lou plu djoueine acampet tout ce qu'avio , per ana dins un pays iiouagnat et lli manjet soun bè en se gala.
Quant aguet atchaba, y aguet una grande tcharestio dins aquei pays et zei aviot fcn, etc.
sonnes comme un fat , tu bats la campagne. — Il ne te faut pas tant vanter , tu es consul pour un an ; — quand l'an sera passé tu ne te vanteras pas tant. — Tu voudras te mêler de trop de choses, tu voudras faire un exemple; — tout le Puy s'en rira, te prendra pour un simple, — Et il ne se trompera pas ; crois-moi, ne fais pas ça, — Tu pourrais, sans badiner, bien payer ton ëcho. — Un bon coup de bâton sur ta tête — Te ferait bientôt tourner ta pauvre cervelle. — Et quand tu seras étendu sur le pavé, — Certes, M. Lambert, vous serez bien joyeux. — Voilà ce qu'on dira , quoique tu sois en place. — Ne te mêles pas de cela , tu es une bête , etc.
{Comédie inédite de Lambert (1767), par ClET.
DE LA LANGUE ROMANlî. 351
PATOIS DE MOfflPELlIER.
Traduction en vers iiatois de Montpellier de la cantate du Nid d'Amour de Métastase <♦
Counoûyssès la bèia Liséta?
Et bé , fugissè-là toujours :
Lou cur d'aquéia bergèyréta Es ûna nizâda d'amours.
Aqui s'en véy dé toûta mena :
Un tout éscas sort dâou cruvél , Un âoutre né couménça à péna , Dé sâoupre bécâ dés per él....
Parabole de V Enfant prodigue.
Ua home aviés dous enfans , lou pu jouiné diguet à
1 Communiqué par Paulin Crassous à M. Charles de Belleyal , qui l'a insérée tout entière dans sa notice sur Montpellier» '
îl y a un recueil imprimé de poésies patoises de Da^'ià Sage f natif de Montpellier. Elles sont intitulées: Las Fouliès cVâoH sage dé Moun-pélié.
soun pèra : Moun pèra , donna mé lou ben que mé déou révéni per ma part : è el yé faguet lou partagé dé soun bén. Quaouques jours après , lou .pu jouiné empourlet enb'el tout ce que aviè é s*en anel vouyagea din un peys eslrangè, ounté déspensèt tout soun ben en dèbaousas, etc.
PATOIS DE MARSEIllE.
LA TARGO.
( La targo ou joute de mer est usitée à la dotât. Cassis , Marseille , Martigues, Arles et Tarascon, )
Qu'a gagna la targo? i
N'es patroun Cayoou; De vin de la Marego Bughen tous un coou; A-n aque ou targaïré, Dur coum'un peyrar , Qu'a munda leï fraïré Buouré din la mar.
1 Qui gagne la Targue? — C'est patron Caillou;— Devin de la Malgue — Buvons tous un coup. — Pour lui vidons lios verres, — Lui qui d'un bras de fer — Envoya les frères — Boire dans la mer.
Les troubadours originaires du Languedoc et de la Provence sont plus nombreux encore dans ces provinces que dans aucune autre. Nous citerons :
Pour îe Languedoc : .^Garins d'Apchier qui fut , selon nos manuscrits , savant et brave gentilhomme d'une ancienne famille an Gévandan, bon troubadour, courageux chevalier, seigneur galant et fort prodigue. C'est à lui qu'on attribue généralement l'invention du descort ^ — Pons de Capdeidl, célèbre par ses chants d'amour et ses sirventes militaires. Le tendre poète passe ses jeunes années à chanter la belle Azalaïs. Son château est le rendez-vous de toute la noblesse du pays. Les joutes, les tournois, les joyeux banquets, les fêtes magnifiques se succèdent en l'honneur de la reine de ses pensées; mais Azalaïs vient à mourir;
< Gnvins dyépchier , du Gevaudan. MUlot , t. », p 39, I. 23
55i HISTOIRE
alors Capdeuil désespéré prend un cillée, quitte ses riches habits pour une cuirasse, et court se faire tuer dans les expéditions lointaines ^ — Azaldis de Porcairas^ues qui vivait dans le xii^ siècle, était d'une famille distinguée du pays de Montpellier; elle aimait Gui Guérujat, fils de Guillaume Yï, et fît en son hc-nneur plusieurs chansons qui eurent beaucoup de succès ^. — Pierre Raymond, esprit lin et délié , homme sage, poète distingué. Il visita plusieurs cours-", entr'autres celles d'Alphonse ïî, roi d'Aragon, de Raymond V, comte de Toulouse, de Guillaume YIÎÎ , soigneur de Montpellier j partout il fut bien accueilli. Il se retira enfin à Pamiers , où il se maria ^ — Guillaume de Balaun et Pierre de Barjac, amis inséparables, dont la vie est un roman de
1 Pons de Capdeuil ^ du Velay. Millot , tome !, p. 43.
2 Jzalaïs de Porcairagiies , du pays de Montpellier, i lo. 5 Pierre Raymond , de Toulouse. Millot , tome i, p. xi4.
rinvention sans doute du chroniqueur provençal \ — Gîraud Leroux, poète par amour. Ses vers, inspirés par la belle Faidide, fille d'Alphonse Jourdain, comte de ToLilouse, sont faciles et corrects* quoique les pensées qu'on y rencontre semblent à peu près les mêmes que celles
de tous nos troubadours amoureux ^.
Per^digon , fils d'un pauvre pêcheur de l'Esperon, sut par l'éclat de son talent sortir de la position la plus humble pour s'élever au rang de chevalier, frère d'armes du dauphin d'Auvergne. Il gagna une fortune considérable et fut successivement recherché par Pierre II, roi d'Aragon, Guillaume de Beaux et Ravmond-Beranger ^ — Nat de Mons, élevé sans doute dans un cloître où il puisa toutes ses
i Guill. de Balaun et P, Barjac , du pays de Montpellier. Millot (Hist. des Troub.), tome i, p. 119. 2 Giraud Leroux^ de Toulouse. Id. 2o5.
S Perdigon, du Ge'vaudan. Id, 4'28.
inspirations, car les six pièces qui nous restent de lui sont comme autant de traités de philosopliie , hérissés de divisions , de subdivisions pédantesqoes \ — Durand , tailleur de Paernas (Pernes). Les sirventes qui nous restent de ce troubadour prouvent une extrême indépendance et offrent à l'histoire d'utiles révélations *. — Aimeri de Feguilain , qui dut à la poésie et îa noblesse et la fortune^. — Lombarda^ dame de Toulouse , noble , belle , bien apprise , dit l'historien, et qui savait composer de tendres couplets en faveur de Bernard-Arnaud, frère du comte d'Armagnac \ — Pierre Fidal y le don Quichotte des troubadours. Ses compositions le placent au premier rang de nos poètes mé-
1 lYai de Mons , Je Toulouse. MUlot (Hist. des Troub.), tome II , p. i86,
2 Durand f de Pernes. Id. t. Il, p. 226.
3 Aimeri de Peguilain y de Toulouse. Id. II, 233,
4 Lombarda f id. Id. II, 248.
DE LA LANGUE ÎIO.^IANE. 557
ridionaux , et ses aventures romanesques en font un des plus intéressans héros de la chronique provençale. Obligé de quitter sa patrie, il dit: « Je trouve délicieux l'air qui vient de la Provence -, j'aime tant ce « pays! Lorsque j'en entends parler, je » me sens toujours joyeux, et pour un » mot qu'on m'en dit, mon cœur en » voudrait cent. Mon amour est tout en- » tier pour cette aimable nation, car c'est » à elle à qui je dois ce que j'ai d'esprit, » de savoir, de bonheur et de talent ^ » — Guillaume Fîgueira, célèbre par la violence de ses sirventes contre la cour de Rome et les abus du clergé ^ — Arnaud de Carcasses, dont il ne nous reste qu'une assez longue nouvelle d'un goût singulier et d'une morale plus qu'équivoque '.
1 Pierre Vida! ^ de Toulouse. Milîot (Hisl. des Troub.), t. lî, p. 266.
2 Guillaume Figueira ^ de Toulouse. t. ir , {i. 44^*
3 Arnaud , de Carcassone, ir, Sqo,
Raymond de Mlravals, poète très-recherché de son temps. Pierre îî, roi d'Aragon, le vicomte de Béziers , Bertrand de Seissac et les premiers barons du pays , en firent grand cas, dit l'historien provençal. Le comte de Toulouse, Raymond VIÎ, le chérit particulièrement; il lui donna des armes, des chevaux, des terres, des habits, et l'honora comme son maître en poésie \ — Austan Doj^lhac, qui n'est connu que par une pièce contre les croisades ^. — Guillaume de St-Didler , troubadour vellavien dont il nous reste plusieurs sirventes militaires et un charmant recueil de chansons d'amour en l'honneur de la vicomtesse de Poiignac. La chronique assure que le mari de la dame ayant acquis la certitude de sa trahison, l'enferma dans une tour et l'y pendit avec des chaînes de fer ^ — Pierre
< Raymond de Miravals , de Carcassone. Millot ( Hist. des Troub.), t. il, p. 3y6.
2 Austan Dorlhac ^ du Velay. Id. l II, p. /{So.
3 Guill. de St -Didier, id. Id. lH, 119.
Cardinal^ siirnomnié le Ju vénal de son siècle. Nul poète ne mania le sarcasme avec plus d'amertume , de philosophie et Je talent ^ — Pons de Montlaiir , dont il ne nous reste qu'une tenson amoureuse ^.
— Bernard Sicart de Marvéjols , qui nous a conservé une pièce historique sur les ravages de Tarmée française en Languedoc pendant la guerre contre les Albigeois \— Clara d'Anduse, femme et poète tendre, distinguée, vive autant que spirituelle '^j eie.
Pour la Provence , nous citerons : — Fol quel de Marseille, évêque de Toulouse. Jeune homme, il écrivit les vers les plus passionnés en l'honneur de la belle Azalaïs de Roquemartine et de bien d'autres encore 3 plus tard 5 il reparut sur la scène en prêtre fanatique, prêchant les perse-
Pierre Cardinal. Millot {Risi. des Ti\), Lui, p. 236. 3 Pons de Montlaur , du Vivarais. Id. m, 626.
^Bernard Sicart , du Gévaudaii. Id. t. III, p. 394.
Clara d'Anduse , id. Id. t. II, p. 477.
3o0 HISTOIRE
cutioaset les supplices contre les Albigeois. Sa vie et ses écrits appartiennent trop intimement àFhistoirede ces temps malheureux pour ne pas être étudiés avec intérêt V — Bertrand ctAlamanon , gentilhomme du diocèse d'Aix, est surtout remarquable par ses satires contre Charles d'Anjou, roi de Kapîes, ccmre le pape Boniface VIII, contre Henri YII et contre rarchevêcrue d'Arles. INostradamus, seul biographe de ce troubadour, prétend qu'il est auteur d'un traité en rimes provençales intitulé les Guerres intestines, et , d'après le moine des îles d'or, le représente aussi distingué par son courage , par son habileté en affaires, que par son talent poétique ^- — Blacas et Blacasset son fils , furent deux gentilshommes illustres par la noblesse de leur maison et la supériorité de leur es-
1 Folcjuet de Marseille. Millot (Hist. des Troub)., t. I, I». 390.
^ Beriiand d\4lanîanon (diocèse d'Aix). Id. t/ 1 , 179.
prit. S'il faut en croire l'historien provençal , Blacas fut le héros le plus accompli de son temps. Le poète Sordel a laissé une complainte sur sa mort qui justifie tous les éloges ^ — Boniface IIÎ de Castellane fut un des plus violens satiriques du XI H® siècle. D'après Kostradamus , le moine des îles d'or cite plusieurs de ses chansons, ayant toutes pour refrain : Bocca, quas dich? (bouche, qu'as-tu dit?) comme pour se reprocher la hardiesse de ses paroles ^* — Granet , poète provençal qui vivait du temps de saint Louis , à en juger par une pièce contre Charles d'Anjou , frère de ce prince et qui se trouve consignée dans l'ouvrage de Grescimheni ^ — Rajmond Beranger V, comte de Provence, mis au rang des troubadours par Nostradamus et
^ Blacas et Blacasset (diocèse d'Aix). MUlot (Hist. des Troub)., t. I, p. 447* .2 Boniface de CasteUatie , là. id. t. II, p. 34*
' Granet , It^, id. t. II, p. i3.5.
oG2 HISTOIUR
le moine de Montmajour. ^ — La comtesse de Provence) sans cloute femme du précédent, et qui ne nous est connue que par un
fragment très-court^ Richard de Noves ,
dont il nous reste dix-huit pièces, presque toutes historiques '.^i^e7'^7"(7^(f Carbonel y ingénieux poète dont les écrits , remplis de gracieuses images, méritent d'être distingués \ — Guillaume de Montagnagout , a laissé un grand nombre de poèmes remarquables par d'utiles détails sur les hommes
et les choses de son temps ^ Paulet de
Marseille est encore un troubadour historique dont les vers réclament une attention spéciale , tant à cause de la gravité des sujets, que par la manière facile et
■î Raymond Beranger V, MUlot ( Hist, des Troub. ) , t.ir, p. 212.
2 La comtesse de Provence y id. II, 223.
3 Richard de JYoves , id. II, 377* * Bertrand Carbonel (diocèse d'Aix). id. t. II , 4^*' 5 Guill, de Montagnagout, id. Id. t. HI, p. 92.
correcte dont il écrite — Jean Estève n'a laissé que peu de pièces , presque toutes adressées à Guillaume de Lodève. Ce troubadour est surtout célèbre par ses pastourelles. ^ — Natiboi^s ou madame Tiberge^ dame provençale, du château de Séranon dans la viguerie de Grasse. Elle était courtoise, bien apprise, rapportent nos manuscrits, avenante , fort habile et faisait bien les vers. Il ne nous reste d'elle que quelques fragmens de peu d'intérêt ^ — Raymond de Salas'', — Giraud Riqider , dont les charmantes pastourelles peuvent servir de modèle, car nul ne le surpassa dans ce genre. Il nous reste un nombre considérable de ses poésies, et tontes dénotent un talent élevé , digne d'une étude particulière ^
i PaiiletdeMarseille. Millot (liijt. des Tr.), t. IH , p. i38.
'^ Jean Estève , de Béziers. Id. ifl, »^77«
3 JVatihors f id, Id. Ilf , 32 t.
'i Raymond de Salas, id- Id. lir , 323.
5 Riquier, id. Id. III, Sug.
— Arnaud de Tintignac on de Cotignac , cité par Nostradamus et Crescimbeni comme un gentilhomme provençal qui s'adonna avec succès à la poésie \ — Bertrand de F a jet , auteur de deux chansons et d'un sîrvente assez médiocre,..., etc. ^
1 Arnaud de Tintignac. Millot ( Hist. des Troubad. ), tome m , p. 375.
' Bertrand de Pujet ^ Id. id. III, SgS.