‹ Histoire de la langue universelleChapitre 124 sur 296 · Lih. 4. p · texte numérisé non relu

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3. Os deux dornièros llcvions violent le principe de l'invariabilité des radicaux, adopté par l'auteur.

CouTURAT et Leau. — Langue univ. lO

des mots, et, môme au commencement d'un mot, il a un sens tout différent suivant la nature de ce mot. De même, les autres voyelles (a, e, i, o) ont un rôle grammatical différent comme suffixes et comme préfixes. Or il est très difficile de savoir, à l'audition, si une voyelle est l'initiale d'un mot ou la finale du mot précédent.

Sans doute, l'auteur édicté pour la prononciation des règles très sévères; mais elles sont inapplicables dans la pratique. € Marteler » les syllabes, séparer tous les mots par des pauses, c'est bon pour des novices qui épellent et ânonnent; mais pour peu qu'on soit familiarisé avec une langue, on est irrésistiblement entraîné à lier les mots entre eux. Seul, l'accent peut marquer et conserver l'individualité des mots, et par suite les distinguer dans la prononciation courante. Aussi est-il chimérique de vouloir le supprimer : on ne peut pas parler, et penser ce qu'on parle, sans accentuer involontairement les mots principaux du discours '. Une telle suppression n'aurait qu'un résultat : c'est que chaque peuple placerait inconsciemment l'accent suivant ses habitudes nationales, ce qui aboutirait à une confusion complète.

Quanta la règle de la Marguerite, outre qu'elle est sans exemple dans nos langues ^, elle est très équivoque dans son application : les 4 voyelles signifient tantôt un degré de comparaison (plus, le plus, moins, le moins), tantôt un degré absolu (beaucoup, très, peu, pas du tout) 5, tantôt enfin un sentiment plus ou moins quantitatif. C'est là une cause d'équivoque et d'obscurité.

La formation des participes contient une grave inconséquence. Alors que les 4 voyelles (a, e, i, o) servent à former les temps de l'actif, les terminaisons correspondantes (ad, ed, id, od) ont, deux le sens actif, deux le sens passif: et chacune des deux voix est ainsi privée des participes de certains temps, contrairement à l'analogie et à la symétrie *.

1. M. BoLLACK veut même supprimer l'intonation spéciale des phrases interrogatives et exclamatives.

2. Quoi qu'en dise M. Bollack : le préfixe a- (anormal, acéphale) est l'a privatif grec; et le préfixe e- (dans échauffer, élever-) est la préposition latine e ou ex.

3. M. Bollack pourrait citer à son appui l'exemple du latin, qui emploie le comparatif et le superlatif dans les deux sens, relatif et absolu. Mais si le latin est équivoque, ce n'est pas une raison suffisante pour que la L. I. le soit.

4. Ajoutons que la terminaison -ad confond deux idées bien différentes,

D'autre part, le Bolak a, comme le VolapCik, le tort de former tous ses adjectifs au moyeu d'un suffixe de dérivation uniforme; comme lui aussi, il n'admet comme racines que les sulisfanlifs. Cela est contraire à l'ordre naturel des idées : bonlé, beauté dérivent de bon et beau, et non pas bon et beau de bonlé et beauté. Un autre inconvénient est l'incommutabilité des parties du discours (par exemple, l'interdiction de dire : le boire et le manger, les bons et les méchants), alors que toutes les langues naturelles l'admettent, et cela d'autant plus qu'elles sont plus riches et plus souples.

Mais l'erreur la plus grave consiste à subordonner le vocabulaire à la grammaire, et à édicter a priori des règles de structure restrictives pour chaque classe de mots. Rien ne montre mieux à quels résultats détestables peut conduire un principe excellent, quand l'application en est arbitraire. L'idée de distinguer les parties du discours par la forme (idée qui n'appartient pas en propre au Bolak, comme on l'a vu et le verra dans cet ouvrage) est assurément louable : mais il y a bien des moyens de réaliser cette distinction, et l'auteur a choisi les plus mauvais. D'abord la longueur : si l'on peut compter à l'œil les lettres d'un mot. peut-on distinguera l'audition un mot de 3 lettres et un mot de 4. et a-t-on le temps de remarquer si le mot de 3 lettres se termine par une voyelle ou i)ar une consonne 1 Ensuite la sonorité : assigner aux mots-cadres la voyelle a, aux connectifs les voyelles i et o. et aux (lésignalifs les voyelles a et e, c'est faire tout ce qu'on peut pour confondre tous les mots-cadres entre eux, tous les connectifs entre eux et tous les désignatifs entre eux, d'autant qu'ils ne se distinguent plus entre eux que par une ou deux consonnes. Le lecteur le plus attentif s(> rappelle-t-il vn ce monuMit les sens de stu. sku, fku, ou ceux de ib, to, sti, flo, ou ceux de spa, ste. kla. ske? Il est vrai qu'il a la ressource d'employer, dans l'embarras, les connectifs généraux io, oi. et les désignatifs généraux ae, ea: heureux encore s'il se souvient exactement de leurs rcMes respectifs!

Il est inutile d'insister sur l'arbitraire qui a présidé au choix des motules : l'auteur le reconnaît lui-même: mais il importe de montrer qu'il ne règne guère moins dans le choix des gran-

In possiliilitc et In dipnilé : spegad := respectable veut dire : qu'on doil..., H non : qu'on peut resperler. Antre inconséquonco : speged = respecté (sens passif): ot spegeq = respectueusement (sens actif).

mots. Ici encore, les règles de structure et l'exclusion de la voyelle u l'ont empêché d'adopter la plupart des radicaux internationaux comme théâtre, université, etc. L'idéal de la syllabe close constitue un lit de Procuste d'où les mots les plus connus sortent mutilés et défigurés, comme stit cfui provient de constitution (pourquoi pas d'institut, institution, instituteur, etc. * ?). L'auteur allègue, il est vrai, que les prétendus mots internationaux ne le sont pas autant qu'on le croit, du moins par la prononciation : ainsi le mot théâtre, que les Anglais prononcent à peu près zîteuh ^. Mais en quoi cela rend-il le mot tatr préférable à teatr? Celui-ci se rapproche davantage du mot international tliéâtre, au moins par le graphisme.

Cela nous amène à signaler une autre erreur de M. Bollack : dans le choix des sens de ses mots fabriqués d'avance, il a tenu compte uniquement du phonétisme, et nullement du graphisme ; il a érigé cette préférence arbitraire en principe ^ Or c'est là tourner le dos à l'internationalité, car le graphisme est bien plus international cjue le phonétisme *.

Aussi l'auteur fait-il bon marché du « vocabulaire soi-disant international » ; il prétend en revanche à la neutralité absolue. Son vocabulaire n'est pas inter-national, mais bien extra-national, et par là il croit supprimer toute question d'amour-propre national. Et en effet, « le dictionnaire de la Langue bleue a pu être construit tout entier sans connaître aucun des sens attribués aux fantômes de mots hypothétiquement créés " » : et c'est, l'auteur s'en flatte, t la plus grande originalité » de ce vocabulaire, et probablement de la langue elle-même. Fâcheuse originalité, si elle interdit à l'auteur d'emprunter ses vocables aux langues existantes, et le force à former arbitrairement des mots, })our leur imposer ensuite, non moins arbitrairement, un sens. Ce procédé est d'ailleurs moins original cjue ne le croit l'auteur : car toutes les langues a priori construisent, elles aussi, leurs mots par des combinaisons régulières de lettres; et parla, le Bolak se

1. Pourquoi philosophie devient-il flof, et non flosf, qui signifie voleur?

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