Lib. 4, p. CL
BOLLACK : LA LANGUE BLEL'E 229
rapproche de ce genre de langues, et se sépare radicalement des langues n posleriori, l)ien qu'il semble emprunter, comme elles, ses matériaux aux langues vivantes '.
Quoi qu'il en soit, cette neutralité même dont il se vante, ou dont il se contente, n'est nullement assurée par sa méthode a priori, qui consiste à couler des sens dans des moules préparés à l'avance; car le sens choisi dépend des langues que l'auteur connaît. Il ignore, dit-il, le russe: qui répond que beaucoup de mots russes ne seraient pas venus se couler dans certains moules qu'il a remplis arl)itrairement ou avec des mots d'autres langues? S'il n'avait su que le français, il aurait simplement rempli ses moules avec des mots français plus ou moins dénaturés: sa langue non serait ni plus ni moins neutre.
1. "auteur se soucie si peu de rinternalionalité de ses radicaux, qu'il emprunte parfois leur sens à l'argot, qui est essentiellement national, et. qui pis est, incom])réliensil>le pour les autres nations. (Juel autre qu'un Français devinerait jamais (pu* bigr signifie admirah'oa, ïiik,- mouchard, et trim, faux-semblant -1
Mais souvent on n'a nuhne pas cette rossourre, car la plupart des mots ont des sens aussi arbitraires que leur forme, et ne rappellent, même de loin, aucun vocable d'une langue connue. Pour le prouver, il suffira de citer une vingtaine de mots pris à la suite au commencement du dictionnaire Français-Bolak :
Abaissement (moral) snarp
Abaisser (action d') basp
Abandon left
Abandonner (action de s') mlasp
Abal-jour kosn
Abattement (moral) knir
Abattre (action d') fkarf
1 . L'nutour titMit à distinguer sa métliode lo.xicologiquc de celle du Vohtpûk qu'il (|unlill(' iVarbitraire (Lib. I, p. 430); cl. en olTot, Mjrr Schueveb comnuMicail par emprunter ses mots aux Innjrues vivantes, (juilte à les estropier ensuite; tandis <jue M. Boll.\ck commence par créer (J^s mots sans savoir s'ils existent dans une langue quelcon<|ue, et leur donne ensuite un sens d'après leur analogie plus ou moins lointaine avec des mots existants, ce qui déllgure bien davantage ceux-ci. .\insi sa méthode est encore plus arbitraire et a priori (|ue celle du Volapiik. En revanche, elle ressemble étonnamment à la • Combinatoire » em|)loyée lunr n.vCER. (Cf. le Spelin de celui-ci. p. 37 : Mathe>nalische Komhinatorik.)
2. Voir, dans Lib. 4, le sens des mots gob, gog. gos, gaf, gag, gars, kavl, pegr, begn, tof. bavr.
Abcès
flimt
Abdication
pnabs
Abeille
bepv
Abîme
pfos
Abîmer (action d')
dorp
Abjuration
smads
Ablatif
plavs
Ablation
krelv
Ablution
slalv
Abnégation
nirl
Abois (être aux)
spamt
Abolition
pivs
Abominable (état)
mnabl
Abondance
dab
Abonder (action d')
mrolm
Abonnement
bomt
M. BoLLAÇK croit excuser le choix arbitraire du sens de la i)lupart de ses racines en déclarant avec désinvolture que « les mots sont indifférents par eux-mêmes, parce qu'ils sont les signes conventionnels de nos pensées », et il va jusqu'à dire qu'après tout, si les Français convenaient d'appeler désormais les fenêtres des portes et les portes des fenêtres, ils s'entendraient tout aussi bien qu'avant*. Pour réfuter ce paradoxe, il suffît de le pousser à l'extrême : on pourrait numéroter tous les mots du dictionnaire français : 1" en commençant par le commencement (A), 2^ en commençant par la fin (Z), et convenir de donner désormais à chaque mot le sens du mot qui aurait le môme numéro dans l'ordre inverse (au !'='■ le sens du dernier, au 2« le sens de l'avant-dernier, etc.). Croit-on que les Français arriveraient aisément à s'entendre dans cette nouvelle langue? C'est que, quand même il serait vrai (en gros et dans l'état actuel des langues) que le sens des mots est conventionnel, il est devenu naturel en vertu d'une association invétérée. En outre, l'auteur oublie tout bonnement qu'il n'a pas à créer « une langue nouvelle » de toutes pièces, sans tenir compte des langues existantes, mais une langue internationale auxiliaire, qui a intérêt à «e rapprocher autant que possible des langues vivantes, et par suite à leur emprunter le plus grand nombre possible de ses élé-