HENDERSON : LINGUA
Il in(ii<|iic la n'^glc i\o formation dosmo/x composés, qui ont pour lui !'avaiiliij?o <lr so ((«''finir pnx-nj«'*nios (xelf-dfjlnintf. l.r mot «Irtcniiiriaiit. doit |>n>r«>(i(M' !<> (ItMrnniii*', cnnimc <>ii ullrmnnti o{ on anglais. Kx. : ferro-strata via (»u ferro-via, chemin ih jer. La lAïujim m* doit imiter cxrlusivcmrnl ni le systi'mo syntlwMiquc 4l<> composition à ontranct* de rallemand. ni \o système lanalytiquc) <le locutions form«Vs par des propositions, comme en français: elle devra les employer tous les detjx, suivant les cas. comme en ancflais'. L'auteur remaripie que les prépositions évitent parfois l'équivoque de certains mots conqiosés : ainsi jire-eiujine (machine ù feu) peut signilier une machine mue par h- feu ('macllina per igni) ou un engin contre V incendie (machina contra incendio).
N'oici qu«>lqiies éclianlillons de l.inijua :
Non tu mitt num le es-impera-tu mercs ante proximo hebdomad {nexfn'die: pus les marchnndises eitniiunndées nrant ht seinnine itn>chaine). — Mesiur. me recipi-tum tuo epistola hic mane gratissimé. et me propera num mitt meo gratias u tu ob tuo accepto imperios... Id es num verisimili sic. le mercs adveni-qum in Berlin circa le fini 0 le proximo hebdomad, quia ils es mitt qum per express transfer. Me mitt-num le pretio-nota cum hic epistola, non cum le mercs.
Critique.
On ne peut qu'approuver les principes généraux sur lesquels M. Henderson propose d'établir le vocabulaire de la L. L; tout au plus peut-on «liscuter la part presque exclusive qu'il y lait au latin, et regretter «pi'il ne l'ait pas plus explicitement justifiée au nom du principe de rinternationalité.
Mais c'est surtout dans rappli<*ation de ses |uincip««s «pie la l.imjua prête à la crifi«pie. Kt d'al)«)r«l. son alpliahel est trop < <>nq)lexe et trop peu international; sa prononciation (ilans les v«>yelles surtout) se ressent trop de son origine anglaise. La r«">gle suivant laqui'lle les mots nationaux ilevront être irpr»»- «luits «lans leur phonélisme phd«.\t «]ue dans leur graphisme est IVioIieus«v attendu que le graphisme est plus international «pie
I. K.vciiiplt» : là où l'alItMunnd dit. en an soûl mot : Thier-achuli-verrin, rniig:ljus dit (l'uiniiic le frnn«;nis) • Society for Ihe l'rotection of Animah.
le phonétisme, et que celui-ci les dénature souvent (en particulier en anglais).
La tendance analytique de la grammaire est louable; mais elle n'est qu'imparfaitement observée, dans les degrés de comparaison, par exemple, et surtout dans la conjugaison, qui est la partie la plus défectueuse du système. Ici, l'auteur a dépassé le but, et, par excès d'analytisme, il est retombé dans les procédés de langues agglutinatives. On aboutit à des formes ver baies longues et encombrantes, aussi peu claires pour l'esprit que ])aroques à l'uni et à l'oreille. Exemples : nos neces-faci-num quod nostro parents impera-num = il nous faut faire ce que nos parents nous commandent; potes-es-para-num = peut être préparé: Roma neces-es-relinqu-num = il faut quitter Rome. Ces formes verbales si différentes de celles auxquelles les langues européennes modernes nous ont habitués, avec leurs désinences à peu près arbitraires ', suffisent à donner à cette langue un aspect barbare, et à la rendre impraticable. Elles sont d'autant plus choquantes, qu'elles contrastent vivement avec les formes latines \ auxquelles elles sont juxtaposées "^. Ajoutons que; même en théorie, la conjugaison est trop compliquée : la distinction des qualités du verbe est inutile (c'est un idiotisme anglais, et la preuve en est qu'elle est intraduisible dans les autres langues); et les nuances de sens que ces qualités traduisent seraient mieux exprimées, en cas de besoin, par des auxiliaires ^.
Dans la formation des mots, il y a une grave lacune : l'auteur ne donne pas de règles générales ni d'affixes de dérivation. Il semble admettre tels quels les dérivés (irréguliers) des langues vivantes : actris, archiepiscopo, artist, artistic, capitalist, dévotion, European, Fransé, juventut, national!, naturali, nobilitat, politi clan, regina (de reg), scientifico, etc. Dans d'autres cas, il forme régulièrement des mots dérivés ou composés : contiona = prêcher, contionation = sermon ; aegro = malade, aegrota = être malade, xgTOia.tion = maladie : panifici = boulangerie; corio = cuir.
1. Car pourquoi tum signiflernit-il le passé, et quum lo futur, ces deux particules latines étant corrélatives, et signifiant alors que'!
2. Si l'auteur voulait conserver à sa langue le caractère néo-latin, il n'avait (|u'ii adopter des formes analogues à celles de l'Idiom neutral : scribav, scribero, av scribed, etc.
3. Par exemple, les « imparfaits » et les « parfaits » peuvent se rendre au moyen du verbe cire et des particijjes présent ou passé, comme en Espéranto : mi estas (estis, estes) skribanta (skribinta).
HENDEnSON : LATINE8CB 389
coriario =^ corio fabrica ^^ tannerie. Ailleurs, il smililr iiti con- Iraiio ne se soiiricr nnllctniMit de la <lrrivali<ni : nnb = se marier, conjugio = mariatje: accurato -- précis, presision: equit chevalier, shivalri = chevalerie. Soniinc tout»', vu (>iu|ii'untaut ' es mots loiit faits nu latin (ou aux langues vivantes), la Linyua M' fomiaiinie à la siérililr des langues nuu-les, et en outre h I irréffularité de toutes les langues naturelles.
En général, le vocabulaii'e inan(|ue d'homogénéité : à crtté de gossypium =: co/o/i, on trouve les mois mushvor — »io«r/ioir. hat rhapean, gun = canon, hôtel, cann, montr, keller (L>.) = rtive. shampyn ^= Champagne, etc., dont la modernité contraste désagréaMenient avec, la latinité elassif|ue de la plupart des mots, l/auteur n"n même pas évité les homonymes, comme dam- tiame • t damm i D.) = digue.
En résumé, la Lintjaa est nu>ins un projet complet et vialde (|u'tuu^ éltauehe contenant des suggestions intéressantes. Il convient de rappeler, du reste, que l'auteur ne la présente que romme un simple essai;- et il faut surtout lui faire un mérite (lavoir appelé île ses vœux la formation d'une conMuissi«»n internationale qui aurait le dernier mot dans le choix de la future langue internationale.
Du reste, on doit lui rendre celt«« justice, qu'il a fait prouvée l'égard de son projet d'iui détachement complet, car il en a élnl)oré ou proposé d'autres, notamment V .\nglo-Franca (publié en 18S9 sous le pseuilonyme de P. Hui.Nix), (|ue nous étudierons dans le Chapitre suivant.
LAtlNESCE
Toutefois. M. Henderson n'a pas renoncé à l'idée d'une « langue ;iilifici(»lle néo-latine », qui lui paraît toujours être In meilleui-e --"•lution. parce qu'il croit, pour des raisons d'harmonie et (riiomogénéilé, que le vocabulaire doit être emprunté à une seule langue naturelle. Il y voit en outre cet avantage, que le dictionnaire de la langue internationale serait ainsi tout prêt. 1' qui dispenserait du travail énorme qui consiste à choisir des mots et à fixer ensuite leur sens. C'est pourquoi, reconnaissant les tléfauts de sa Lingua, il lui a substitué un auti^e projet, inspirt* des mêmes idées, le Latinesce. Il l'a conçu dés 1890, mais il n'en
a publié que récemment une esquisse sommaire *, f[ue nous allons analyser.
Grammaire.
La prononciation serait la prononciation italienne, parce que celle-ci est « harmonieuse et claire ». Seul, l'-e final serait mimuet (comme en français dans le chant et la déclamation).
La grammaire se réduit à sept flexions :
-s pour marquer le pluriel des substantifs. Les adjectifs seraient invariables.
-iore pour marquer le comparatif, et
-issime pour marquer le superlatif des adjectifs et des adverbes ^.
-re pour l'infinitif présent des verbes, qui servirait aussi de futur et de conditionnel présent. Ex. : amare, monere, regere, audire. L'indicatif présent et l'impératif seraient obtenus en supl)rimant cette désinence : ama, mone, rege, audi.
-te (substitué à -re) marque le passé et le participe passé passif : amate, monite, recte ^, audite. Le participe passé passif sert à composer les temps secondaires de l'actif, avec l'auxiliaire habere (avoir), et tous les temps du passif avec l'auxiliaire essere (être).
-nte marque le participe présent actif : amante, monente. régente, audiente.
-é ou -ee marque les adverbes dérivés d'adjectifs : claré =r clairement.
Syntaxe. L'ordre des mots suivrait les mêmes règles qu'en anglais : l'adjectif avant le substantif, l'adverbe avant l'adjectif qu'il modifie.
Dans les propositions indicatives, l'ordre est : sujet, verl)e. régime direct, régime indirect.
Dans les temps composés, les adverbes s'intercalent entre l'auxiliaire et le participe.
1. Article en Latinesce, intitulé : Latinised Engllsli Ihe best •< Linr/un Franca », dans le journal The Référée (London, janvior 1001), roprodiiil dans la brochure : Tlie Linqua Franca of the Future (mai 1902). Exposi' llu'oriijue dans The lAngua Franca of Ihe Future, n" 1 (mars 1003).
2. L'auteur admet des formes exceptionnelles en -lime, -rime.
3. En réalité, cette forme est le supin latin, où l'on a clianpé la finale -um en -e. Elle aurait donc toutes les irrégularités du supin latin.
HENUERSON : LATINESCE 391
Dans les propusitiniis iiilcrro^^ntivos, lo sujet se place apr^s le vcrix'. Kxemple : Habe me satis claré explicate iste méthode 7
Vocabulaire.
< I. Tous les mots dt^jà internationalement connus sont •Mjiploy«^8 de prt'férencc aux mots tirés du latin. Ces mots comprtMUKMiJ :
» 1" Toute la terminologie scientifique gréco-latine qui a été «lalion^o (huis les temps modernes ; comme : électricité, téléyraphe. Ii'li'ithone, pholo(jraphe, ijéuloijie, pliysiolofjiste, etc.
» 2*» Tous les mots qui sont liovenus internationaux en vertu (Ic'i relations commercinles ou sociales entre les nations; comme Ihêùlre, bal, concert, soiint»'. pûino. eluir-ohsnir, opéra, fuilel. retlanmut, chèque, banque, cic.
» 11. Tous lesaulrcs moisson! «Miiprunlés direclenjenl au laliu. de sorte que le dictionnaire latiu. joint à la liste des niols internationaux autorisés, constitue tout le vocabulaire » du Latinesce.
On (Muploie i pour Varticle défini, et nne pour Varticle indéfini (^invariable).
Les radicaux des substantifs et des adjectifs prennent pour llnalo le ini-muet au lieu de leur voyelle finale. Les autres radicaux cl les mots invariables sont admis sans modification.
\'oici la traduction du Pater en Latinesce :
Nostre Paire qui esse in cœle. sanctificate esse tue nomine: veni tue règne: facte esse tue voluntate. ut in cœle, ita in terre. Da ad nos hodie nostre quotidiane pane : et remitte ad nos nostre débites, sicut et nos remitte ad nostre debitores : induce nos non in tentatione, sed libéra nos ab maie.
Critiqi-e.
Le Latinesce n'est, jusqu'ici du moins, (ju'un simple projet théorique. Tel quel, il est fort supérieur au Limjua par sa simplicité et son esprit pratique. La grammaire est même trop simple : elle ne permet pas île distinguer l'iulinitif. le futur et le conditionnel, ni l'indicatif présent et l'impératif, ce qui est une source d'équivoques. On peut en dire autant de la confusion du parfait
avec le participe passé, malgré l'exemple de l'anglais, qui confirmerait plutôt notre critique. Toutefois il ne faut pas se faire illusion sur cette simplicité apparente ; elle cache des difficultés très réelles, car elle n'exclut l'irrégularité, ni de la formation du comparatif et du superlatif, ni surtout de la conjugaison, où chaque verbe aurait, en somme, deux radicaux : celui de l'infinitif et celui du supin. On pourra répondre que les deux radicaux sont indiqués dans le dictionnaire latin. N'importe : il faudrait toujours les apprendre par cœur, si irréguliers qu'ils fussent ', au lieu de pouvoir tirer mécaniquement du radical verbal le parfait et le participe passé. Même le participe présent ne dérive pas régulièrement de Tinfînitif (audire, audiente) ^. En somme, cette grammaire serait assurément très facile pour ceux qui savent le latin, mais pour les autres elle serait plus difficile qu'une grammaire un peu moins simple, mais absolument régulière.
D'autre part, l'adoption du vocabulaire latin tel quel, avec toutes les irrégularités de la dérivation (tant pour la, forme que pour le sens des mots), aurait de graves inconvénients, que ne compensent pas ses avantages pratiques. Pour ceux qui ne savent pas déjà le latin (et c'est à ceux-là surtout que la L. I. est destinée), ce serait en réalité une nouvelle langue à apprendre (surtout pour les peuples non romans), alors que la régularité des dérivations permet de réduire considérablement (des neuf dixièmes peut-être) le nombre des mots à apprendre ^.
Enfin, l'adoption de l'-e mi-muet comme finale des substantifs et des adjectifs est fâcheuse, car elle engendrerait une monotonie insupportable. D'ailleurs, cette lettre risquerait fort d'être prononcée différemment par chaque peuple (les Français ne la prononceraient pas), ce qui n'arriverait pas avec des finales sonores. Celles-ci (par exemple a et o) auraient en outre l'avantage de distinguer, soit les deux genres (comme M. Henderson le propose subsidiairement), soit les adjectifs et les substantifs, comme en Espéranto.
1. Voir les exemples cités dans le Chapitre final : Les lanqves mortes.
2. Cf. les discussions du Linguist sur ce sujet (chap. XXIIl).
3. Cela est si nécessaire que même des partisans du latin (M. Regnaud) proposent d'uniformiser les afflxes de dérivation (voirie Chapitre final : Les langues mortes).
CIIAPITHE XIV
I'. llolMX: AS'GLO-FRANCA^
LWnglo-Franco, dont l'auteur, caché sous le pseudonyme de I*. HoiNix (Ph(iMiix) est M. George J. Henderson, est, suivani le sous-titre de l'opuscule, « un compromis-langue english-franrais ». I/auteur est toujours aussi hostile au VoUipûk, cette langue forgée de toutes pi('»ccs qui, sous prétexte d'être universelle ci neutre, est également difficile pour tous les peuples de la terre. 11 préconise au contraire une langue mixte ou de compromis, qui imite, avec plus de régularité, les sabirs nés en divers pays (lune formation naturelle et spontanée. L'anglais lui-même n'est-il pas une langue composite, un « jargon » (sic) franco-germani(|ne formé {\ la suite de la conquête de l'Angleterre par les Normands?
Pour hase de sa langue mixte, l'auteur choisit le français et l'anglais, parce que ce sont, selon lui, les deux langues les plus internationales (malgré la supériorité numéricpie de l'allemand sur le français). 11 remarque que, l'anglais misa part, les langues romanes sont aux langues germaniipies dans le rapport de 3 à 2: et comme les deux tiers du vocahulaire anglais sont d'origine latine, il fait encore pencher la balance du côté des langues romanes. La langue internationale doit donc être en grande partie, sinon entièrement, néo-latine. D'ailleurs, l'allemand luimême es| pleki de radicaux latins, de sorte que les Allemands connaîtront d'avance une bonne part du vocabulaire, tandis <Iu'on diminuerait l'internationalité de celui-ci en y introduisant des radicaux germaniques inconnus des autres peuples.
i. Anglo-Fi-anca, an nouvtau plan for Ihe facilHation of inlemationat communication, hy P. Hoinix, 48 p. in-12 (London, Trubner, 1889).
VAngloFranca serait donc une langue plus facile que l'anglais pour les Français, plus facile que le français pour les Anglais, et plus facile que les deux langues pour tous les autres peuples. Et s'il était adopté d'abord par les Français et les peuples de langue anglaise, il s'imposerait bientôt au reste du monde. En tout cas, tandis que celui qui apprend le Volapûk perd sa peine si cet idiome n'est pas universellement adopté, celui qui apprendra VAnglo-Franca n'aura pas travaillé en vain, car il aura toujours appris du français et de l'anglais. L'auteur insiste d'ailleurs sur la nécessité d'une Académie ou d'un Congrès international pour décider de l'adoption d'une langue internationale quelconque, et approuve l'initiative prise en ce sens par ÏAinerican Philosophical Society en 1888 (malheureusement sans succès) '.
Voici comment l'auteur résume la méthode de VAnglo-Franca :
I. La grammaire est la grammaire anglaise, mais simplifiée et régularisée : parce que : 1° la grammaire anglaise est un compromis entre les systèmes grammaticaux du français et de l'allemand; 2" elle est la plus moderne et la plus analytique; 3o elle est la plus univ^erselle et la plus souple.
II. Le vocabulaire est le vocabulaire français, à l'exception de 130 mots empruntés à l'anglais; parce que : 1° le vocabulaire français est le plus universellement connu, et celui dont les éléments ont le plus pénétré dans les autres langues; 2'^ la restriction de la base lexicologique à deux langues offre des avantages de simplicité.
Gr.\mmaire.
L'alphabet est celui du français, ou plutôt de l'anglais (avec w = ou). La voyelle u se prononce ou; Vu français est figuré par ù; l'y a deux sons (i comme en F., aï comme en E.). Les diphtongues ai, ei, eu, ou, ont le son simple qu'elles ont en français; quand on veut leur donner un son composé, on écrit aï, eï. Le c et le g ont deux sons : 1° dur devant a, o, u; doux {ts, dj, comme en E.) devant e, i. Le x final a le son de s. Le ch a le son du ch anglais {Ich), et çh celui du ch français. Le th se prononce simplement comme t. Il n'y a pas de voyelles nasales comme en français [an, en, in, on, un).