Mort le .3 mai
critérium, proposé par l'America/i Philosophical Society , était adopté par Beermann. A défaut de cette internationalité complète, on devait adopter les termes communs à la majorité des lanpfues susdites. Une conséquence de ce principe était que les radicaux latins devaient se trouver en majorité, car ils sont les plus internationaux, à cause de l'influence et de la pénétration du latin dans les langues germaniques et slaves. M. Beermann augmentait encore la part ainsi faite auxéléments latins en proposant d'emprunter les mots non internationaux, soit aux langues mortes (latin et grec), soit aux langues romanes (surtout à litalien). Certains auteurs, comme Grabowski, voulaient aller plus loin encore dans ce sens pour avoir un lexique homogène, et prendre pour base du vocabulaire tous les mots latins existant dans les langues modernes (spécialement en français) ' ; à quoi Beermann répondait avec raison que cette méttiode violait à la fois l'internationalité et la neutralité : si l'on doit adopter les mots latins, c'est comme mots internationaux, et non comme mots latins. La latinité du vocabulaire ne doit pas être le principe, mais la conséquence du principe d'internationalité.
Sous quelle forme devait-on employer les mots internationaux? Certains tenaient pour l'orthographe phonétique; et Kônig (d'ailleurs partisan de l'anglais comme langue universelle) proposait d'écrire najn pour nation et krw pour croix. Mais de quel droit, répondait Bokl, adopter la prononciation d'un peuple plutôt que celle d'un autre? L'orthographe phonétique défigurerait les mots internationaux, détruirait la relation visible qui unit les mots d'une même famille (ex. : nation, nature, natal, natif), et rendrait la langue beaucoup plus difficile à apprendre ; car il est plus facile d'apprendre à prononcer un mot suivant une orthographe connue que d'apprendre à la fois une forme et une prononciation nouvelles : dans le premier cas, on profite de l'habitude visuelle, d'autant plus que la L. L s'apprendra bien plutôt par l'œil que par l'oreille. Pour découvrir la véritable forme des mots internationaux, Grabowski préconisait le principe de l'analyse élémentaire, qu'il se flattait d'avoir inventé, mais qui avait été déjà appliqué plus ou moins consciemment par d'autres auteurs. Ce principe prescrit de décomposer le mot en tous ses
1. Grabowski proposait d'appliquer la philologie romane à découvrir la forme primitive des radicaux latins : et il poussait le respect de Tétymologie jusqu'à écrire : àl'hor le mot F. alors (1. allora).
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éli'monts, au moyen do l'étymologie et de l'analogie ' ; comme exemple d'une telle analyse, Grabowski citait le mot nal-ur-al-isat-ion, et comme exemple de violation de son principe, il citait les mots prLr (^l precios, admis par LoTT, et nasioon, natiiv, naluar, admis par Heermann. En somme, il préconisait V invariabilité des éléments, telle qu'elle est appliquée en Espéranto. A quoi von Waiil objectait qu'il est impossible de construire une langue agglutinante avec des éléments empruntés à des langues kjlexions. On se trouve en effet très souvent en présence de deux radicaux correspondant à la même idée (ex. : senl-imenl, sens-uel). Ce fait se présente surtout dans les radicaux des verbes latins à supin irrégulier : on trouve à la fois corrig et correct, leg et lect, scrib et script, pon et posit, cognosc et cognit. Selon von Waiil, il fallait conserver les deux radicaux de l'infinitif et du supin, dont l'un engendre les noms d'action (am-or) et l'autre les noms d'acteur {amat-or) ^. Et Grabowski proposait d'inscrire les deux radicaux dans le dictionnaire, c'est-à-dire d'obliger tous ceux qui ne sauraient pas le latin à apprendre deux radicaux, au lieu d'un.
Pour la formation des mots (dérivés et composés), une grave question se posait : fallait-il les fabriquer suivant des règles systématiques avec des éléments invariables (aussi internationaux que possible), on bien les emprunter tout faits aux langues vivantes, en raison de leur internationalité? La première méthode (qui est celle du Volapiik et de VEsperanto) était préconisée par RosENBERGER (qui l'appliquait dans l'Idiom neutral); la seconde était préférée par la plupart des collaborateurs : Lott, Grabowski, lîEERMAXN, BOkl. Grabowski reprochait à l'Espéranto ses * volapukismes » : pourquoi dire komunikigo au lieu decomunicasion. legigi au lieu de legalizer? D'autre part, Rosenberoer reprochait à Julius LoTT de sacrifier la régularité en admettant trois conjugaisons (amare, kredere, finire) et en employant divers affixes pour des dérivations de même sens (klarifikare. egalisare. agrandire) : dans une telle langue, on ne peut plus fabriquer les mots dont on a besoin, il faut les chercher dans le dictionnaire, comme dans une langue naturelle. Bôkl répondait que cette facilité de former des mots autonomes est inutile et illusoire, carlesigno-
1. Un corollaire de ce principe est qu'on doit chercher le radical d'un mot dans ses dérivés. E.\. : œil, ocul-iste ; fable, fabul-eux.
2. 11 citait cet exemple curieux d'un verbe latin dérivé du supin d'un autre verbe : canercy cantum, canlare.
rants ne sauront pas les former, et quant aux savants, ils connaissent déjà les mots internationaux, et les préféreront à des néologismes réguliers, mais barbares (comme lektator, tradukasion). D'ailleurs les dérivés internationaux ne paraissent plus irréguliers, à cause de l'habitude. On allait jusqu'à soutenir l'inutilité de toute dérivation logique, en vertu de ce dilemme : Ou bien on connaît le mot dont on a besoin, ou bien on le cherche dans le dictionnaire *. Et l'on invoquait comme argument de fait le succès de Y Espéranto chez les Russes, qui seuls en possédaient un dictionnaire complet ^. En somme, on se trouvait acculé à cette antinomie : les mots internationaux ne sont pas réguliers, et les mots réguliers ne sont pas internationaux; l'opinion dominante était qu'il fallait sacrifier la régularité à l'internationalité dans la formation des mots. Julius Lott concluait qu'on ne peut pas éviter les irrégularités des langues naturelles, et VON Wahl, qu'on ne peut pas donner à la L. 1. plus de simplicité et de régularité que n'en comportent nos langues.
La même antinomie se posait dans la grammaire, bien que, par une heureuse inconséquence, Beermann réclamait pour les flexions grammaticales la régularité absolue dont il faisait bon marché dans la dérivation. Bôkl reconnaissait que l'idéal était d'avoir une conjugaison unique et absolument uniforme; mais pour la réaliser il fallait passer entre Charybde et Scylla : ou bien on dénaturait les formes internationales (comme Rosenberger), ou bien on admettait plusieurs conjugaisons (comme Grabowski). 11 proposait d'emprunter le radical verbal aux participes, qui sont les formes les plus internationales; de donner au participe actif la terminaison -nt, au participe passif la terminaison -t '. Von Wahl était du même avis; seulement il proposait pour l'infinitif deux terminaisons : les verbes à voyelle de liaison prendraient -r : les verbes sans voyelle de liaison prendraient -re. En outre, la voyelle de liaison devait changer ou disparaître à certains modes; et l'auteur se flattait d'obtenir ainsi une conjugaison unique et simple, qui réalisât la fusion des quatre conjugaisons latines.
1. Ce dilemme pourrait justifier n'importe quelle langue a priori, si fantaisiste qu'en fût le vocabulaire.
2. A cet argument on peut opposer un fait tout contraire, à savoir le succès de YEsperavlo chez les Français, qui n'en ont pas encore de dictionnaire complet.