CHAPITRE XXIII
LE LINGUIST
Divers projets de langue universelle ont donné naissance à des journaux spéciaux, consacrés en général à la propagande de l'un d'entre eux; nous les avons mentionnés à propos de chaque projet. Mais, outre ces journaux, il a existé plusieurs revues indépendantes, destinées à étudier la question de la langue universelle, à propager l'idée de cette langue, et à en déterminer les conditions et les principes théoriques. La première. en date fut Ylnterpretor {Internationale Zeitschrift fiir Weltsprache) , fondé par Karl Lentze (un ci-devant Volapïikiste), avec le concours de MM. Julius LOTT (Wien), Fricke (Wiesbaden), Reyen (Nantes) et Baker (New- York). Cette revue mensuelle était rédigée en trois langues (allemand, anglais, français). Elle eut 12 numéros en 1889 et 2 numéros en 1890, après lesquels elle cessa de paraître, sans doute faute d'abonnés.
Un autre journal fut lancé bientôt après par M. Julius Lott à Leipzig sous le titre : Le Kosmopolit, Gazette pro l amikes de un lingue universal. Pablikat de l international Société de l mondolingue. Mais, malgré les intentions libérales de son auteur, il paraissait trop inféodé à un projet particulier pour réunir beaucoup de partisans, et il n'eut que trois numéros {l"'^ décembre 1892 — 1er février 1893). La « Société du Mondolingue » ne réussit pas à se constituer.
Une revue plus importante fut le Linguist, Gazette indépendante pour tous les amis d'une langue universelle *, fondé par Max W aiirex, à Hannover. Cette revue mensuelle eut 12 numéros en 1896 et
1. Ce sous-titre était imprimé en allemand, français, anglais, Volapuk et Espéranto. Toutes ces langues étaient admises dans la revue.
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deux en 1897 '. Elle eut pour collabora tours Heintzeler ', Lott,
ROSENBERGEK, BeERMANN, BOKL, VON WaHL, GraROWSKI, KœNIG,
ScHACiiEHL, etc. Comme on le voit, elle réussit à réunir un certain nombre de personnes compétentes et d'opinions assez variées. Aussi contient-elle beaucoup d'articles intéressants, où sont discutées les principales questions théoriques relatives à la forniation dune langue universelle. Nous croyons donc devoir en donner une analyse succincte.
Le but du Linguist était d' « unir tous les amis de la langue universelle dans un travail commun », et d'arriver à la constitution définitive d'une telle langue. On y rendait justice au « mérite immortel » de Mgr Soulever, mais on considérait le Volapûk comme absolument défectueux (il était d'ailleurs tout à fait tombé). On lui reprochait deux défauts principaux : l'arbitraire dans le choix des mots et des llexions, et le manque de base scientifique et objective. On se proposait, au contraire, d'exclure autant que possible l'arbitraire, et de donner à la langue une base scientifique, c'est-à-dire historique et philologique, en se conformant aux princii>és suivants. Pour le lexique, on devait se rapprocher le plus possible du vocabulaire international commun aux langues européennes et déjà connu de tout homme instruit. Pour la grammaire, on devait tenir compte autant que possible de la tendance (analytique) des langues modei*nes. L'idée commune à tous les collaborateurs du Linguist était donc le principe du maximum d'internationalité. Selon l'expression de M. Bôkl, la langue universelle doit être la langue « internationale », en entendant par là, non pas seulement une lingua inter nationes, mais une lingua internationalisa c'est-à-dire formée d'éléments internationaux. Bien entendu, il ne devait être question que de l'internationalité européenne : c'était une chimère que de prétendre, comme Schleyer, faire une langue pour tous les peuples: la langue internationale de l'Europe serait par là même la langue internationale de toute la terre, et les peuples non européens y trouveraient encore leur avantage.
Mais comment définir l'internationalité européenne? Pour préciser, on considérerait comme international tout mot commun aux six principales langues européennes (D., E., F., L, R., S.): ce