Tievue de Paris, 15 juillet 1901, p
2. Cette interprétation est confirmée par l'assertion suivante de M. Regnaud : « L'intervention du latin doit se borner à fournir des radicaux auxquels s'adjoindront des suffixes dont la forme est à déterminer. » {Discours cité, p; 28.)
3. M. Regnaud demande « qu'une Commission officielle internationale soit chargée d'élaborer un système de langage ».
4. « A vrai dire, le mot de langue artificielle est une sorte de tautologie, car il y a de l'art dans la langue la plus grossière. » Michel Bréal, art. cité, p. 242.
5. « 11 ne s'agit pas seulement de galvaniser le latin, mais de le ressusciter >., écrit M. Regnaud.
humanilrs avec les «Huiles scientifiques et utilitaires, et « développer, par la connaissance des chel's-d'oMivre de ranti<|uité, l'amour du bien et le goût du beau ». El en môme temps ils proposent de faire subir au latin classique des modifications telles, que ce serait une langue nouvelle et artificielle! Comment ne voient-ils pas que leur pseudo-latin achèverait de tuer le latin classique, loin de le ressusciter? Ce ne serait pas restaurer les études classi<pu^s, mais au contraire les ruiner irrémédiablement, que de les faire reposer sur l'étude d'une langue • barbare » qui n'aurait que le nom de commun avec celle de Virgile et de Cicéron. 11 y a là une inconséquence palpable qui détruit tous les arguments des partisans du latin. En somme, ils sont pris dans ce dilenuuc : ou bien ils veulent restaurer les études classiques, et alors c'est le latin classique dont il faut développer, et, s'il se peut, faciliter l'étude; ou bien ils veulent une langue internationale pratique et scientifique, et alors il est inutile de déformer et de dénaturer le latin pour en faire une langue nouvelle, qui sera toujours moins simple et moins fa<il<» qu'une langue artificielle proprement dite. Ce sont là deux fins bien distinctes, sinon opposées: et il est contradictoire de vouloir les atteindre toutes deux au moyen d'une seule et même langue*.
Au surplus, les partisans du latin sont forcés de reconnaître (|u'on aurait, tôt ou tard, deux langues au lieu d'une : le latin classi(iue pour les savants, et le néo-latin pour le commun des mortels. Mais ce serait là une conséquence très grave : comment les savants pourraient-ils s'entendre avec les profanes, s'ils ne parlaient pas la même langue? 11 faut éviter à tout prix une dua-
1. Certaines personnes, reconnaissant la difficulté que l'on éprouve ncluolloiiHMil ù se servir pratiquement «lu latin, proposent de l'enseifrner par la inelliode directe, eoinnie une langue vivante ; «)n l'apprendrait ainsi plus vite, et on le nianiernit plus facileuieiU. .Mais, d'abord, celle ri'fonne dans la mi'lhode d'enseijrnement ne su|ipriinerait pas les difllcult«^s inlrinst^iut's du latin, tant (jue l'on conserverait toul«^s l«'s complications «'t exceptions de sa jrranimaire; ensuite, elle enK'verait ù l'étude du lalin son f^aractère littéraire et sa valeur «'dut-ative. Un prof«»sseur <|ui en a fait l'expérience le déclare U'xtuellement : - Ce n'est pas par de tels proct^d«''s «ju'on peut obtenir la connaissance littéraire des auteurs latins. • (Lévy-Wogik, Une expérience de méthode directe dans l'enseignement du latin, ap. Heiue internationale de l'Enseignement, 15 mai UH)3.) Ainsi, toujours et partout reparait la même antinomie : ou bien le lalin est considéré comme un instrument de culture litU'raire, comme une initiation ù l'antitiuité, ou bien il est considéré comme une langue auxiliaire et utilitaire. Il faut choisir, car suivant le cas on devra adopter l'une ou l'autre méthode.
lité de langue absolument contraire, non seulement aux besoins pratiques, mais aux intérêts de la science elle-même. Du reste, on peut être tranquille : la langue vulgaire aurait bientôt fait d'éliminer la langue savante, c'est-à-dire le latin classique. Quoi qu'il en soit, les partisans du latin admettent qu'on aurait deux langues à apprendre : l'une, qui serait la vraie L. I. utilitaire et pratique; l'autre, qui serait le pur latin des lettrés, et par laquelle on s'initierait aux auteurs anciens. Ce seraient deux langues distinctes, aussi différentes que le latin et le français; sans doute, la connaissance de l'une faciliterait l'acquisition de l'autre; mais on n'en aurait pas moins à l'apprendre, de même qu'un français est obligé d'apprendre le latin. Seulement, on ne voit plus alors quelle nécessité il y a que la L. I. ressemble au latin. Au contraire, il y aurait bien plutôt des raisons pour qu'elle n'y ressemblât pas trop, afin d'éviter toute confusion et toute fusion entre les deux langues. Car rien ne serait plus perfide pour les novices, et plus choquant pour les lettrés, qu'un néo-latin qui aurait l'air d'un « latin de cuisine » et qui rappellerait le latin du Malade imaginaire. Pour permettre au lecteur d'en juger, nous allons analyser deux projets tout récents de ce genre : le Linguum Islianum et le Reform-Latein *.
ISLY : LINGUUM ISLIANUM^
Le Linguum Islianum est l'œuvre de M. Fred Isly, rédacteur du journal humoristique Le Pêle-Mêle, qui « s'est appliqué, tout en conservant le fond de la langue » latine, « à en retrancher les difficultés », les irrégularités et les exceptions. Tous les substantifs masculins se déclinent sur dominas (ex. : patrus,7)ère), tous les féminins sur rosa (ex. : matra, mère), et tous les neutres sur templum (ex. : rosum, rose). Comme on le voit, le genre est toujours naturel.
Les adjectifs suivent cette triple déclinaison suivant le paradigme bonus, bona, bonum (ex. : fortus, forta, fortum). Les pronoms personnels sont : egus, tibus, illus; nobi, vobi, illi.
Tous les verbes actifs se conjuguent comme amare. Il suffit de