‹ Histoire de la langue universelleChapitre 228 sur 296 · Mot de M. Valdarnini, loc. cit. (p. 526, note · texte numérisé non relu

Mot de M. Valdarnini, loc. cit. (p. 526, note

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Mciilionnons uiu' cleniiiM-o diriiculU'', colle de la prononciation lia latin, qui diflV'rc beaucoup d'un pays à l'autre. Cette difficulté semble tUre la nicMne pour une langue arlilicielle: en n''alil»'>. elle est beaucoup plus grande pour le latin, parce (jue cha(iue peuple a pris l'habitude de le prononcer comme sa langue nationale; toute tentative pour réformer celte prononciation et la i-endre uniforme dans les divers pays se heurterait à une routine invétérée, à une tradition séculaire et sacro-sainte : qu'on essaie seulement, par exemple, tle i)rononcer les u à l'italienne dans une classe ou dans une église française, et l'on aura un succès d'hilarité '.

('ertains partisans du latin, reconnaissant toutes les difficultés du latin classiiiue, proposent de se contenter du latin du nioyen Age (scolastique et ecclésiastique), qui possède plus de souplesse et de liberté cjne le latin classique, et dont le vocabulaire est à certains égards plus riche et plus moderne^. Ils admettraient, avec les scolastiques, un article défini, l'emploi de quod (qae) au lieu de la proposition infinitive. et quelques autres « modernismes » analogues. Mais le latin ne serait pas rendu sensiblement plus facile; ce seraient des règles différentes de celles de la grammaire classique, mais ni moins nombreuses, ni moins compliciuées.

D'autres vont plus loin : ils admettent la liberté du solécisme, du barbarisme et du néologisme, au moins « pour le peuple », les lettrés contiiuiant à employer entre eux le latin classique. On ol)tiendrait ainsi une série de « dégradations » du latin, à l'usage des diverses classes de personnes qui ont besoin d'une L. I. : savants, ingénieurs, industriels, conunerçants, voyageui*», etc.: et l'on adnu't que la dernière de ces dégradations aurait la simplicité et la facilité de VEsperanto, par exemple. Mais une telle solution n'en est pas une. D'abord, ce que nous voulons, ce n'est pas une gamme de langues internat ioiuiles, mais une L. I. unique et commune ù toutes les classes comme à tous les pays. Comment un savant pourrait-il s'entendre avec les boutiquiers d'un

1. Rappelons encore qu'on n'a pas roussi à modilior, dans nos lyn»os. la jintnoncialion orasmionuo du {rrt'C.qui est tout l)oniioinont barharo et ridicule.

2. Un Hors au moins dos mois omployôs par St Thomas dWquin sont otranjjrors au lalin classique. - C'est nu^mo on francisant tous ces mots latins inci)nnus deCicéron, que notre langue a acquis le pouvoir d'exprimer les idées ahslraitos et de devenir ainsi la rivale du frrec. » (F. Picavet, ap. Uevue inlernalionale de VEnseigneinent, t. \L\, p. 427, 15 mai 1903.)

pays étranger, s'ils parlaient un latin tout différent? En outre, il est facile de décréter la liberté du barbarisme, mais il est plus difficile de prévoir où elle s'arrêterait. S'il prend fantaisie à un latiniste de bas étage de décliner corpus sur dominas, et de conjuguer loqui sur amare, non seulement il blessera cruellement les oreilles du puriste, mais il risquera fort de ne pas en être compris, et encore plus de ne pas le comprendre. Ce serait non seulement l'anarchie, mais la cacophonie parfaite. Si l'on veut « dégrader » le latin, encore faut-il le faire avec entente et suivant certaines règles générales et fixes *.

Enfin, certains partisans du latin, se rendant à toutes les raisons précédentes, et reconnaissant l'impossibilité pratique de faire adopter tel quel, soit le latin classique, soit le latin du moyen-âge, admettent la nécessité d'enrichir le vocabulaire et de simplifier la grammaire et la syntaxe. Pour le vocabulaire, on peut sans doute l'enrichir, en latinisant tous les mots internationaux, comme poste, tabac, café, buffet, sport, etc. On en sera quitte pour braver les anathèmes des puristes. Mais il n'est pas si aisé de simplifier la grammaire, car la moindre réforme entraîne des modifications profondes dont les conséquences sont imprévisibles. Aussi, sur ce point, les partisans du latin sont-ils assez avares d'indications précises. Certains proposent de régulariser la conjugaison, par exemple, de terminer uniformément le futur en -bo : amabo, monebo, legebo, audibo*. Voilà la porte ouverte aux barbarismes. ]\Iais comment ceux qui auront appris cette nouvelle conjugaison pourront-ils comprendre les formes classiques legam, aiidiaml II leur faudra donc apprendre aussi la conjugaison ancienne? C'est doubler leur peine sous prétexte de l'alléger. D'autres proposent de supprimer le passif et les verbes déponents. Cela signifie, sans doute, que l'on formerait le passif avec le verbe sum, et que l'on conjuguerait les verbes déponents

1. Imaginons un géomètre, peu familier avec le latin, qui ait à traduire le mot diamètre. Il pourra hésiter entre quatre formes possibles : diametrus, diameter, diametra, diamelruni. Il a donc 3 chances sur 4 pour ne pas employer la seule forme correcte : diametrus. Ensuite il devra se demander quel est le genre de ce mot, et il conjecturera le masculin, d'après la désinence; en quoi il se trompera encore, car diametrus est du féminin (pour s'en rendre compte, il faut remonter au grec, que nous supposons ignoré de notre géomètre). En revanche, géomètre se traduira par geometra, qui est du masculin. Toutes ces chances d'erreur seraient supprimées dans une langue artificielle où l'on n'aurait à s'occuper ni du genre ni de la désinence.

2. Delacour, Le Latin langue universelte, p. 9 (Bruxelles, 1894).

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('oiuino (les verbes aclils : imitare. loquere seraient des infinitifs, et non plus des impératifs; imitatus sum sifjrnilierail .je suis imilà, et loqui .j'ai parlé. Seulenienl. eoninienl les adeptes de ce nouveau latin pourraient-ils déchilTrer un texte de latin classique? 11 est probable qu'ils y feraient de nombreux contresens.

D'autres, encore plus barilis. déclarent que le latin, pour devenir langue internationale, doit subir une refonte complète. Voici, par exemple, les « modifications essentielles » qui semblent indispensables à M. Paul HEGXArn. professeur de sanscrit et de grammaire comparée h l'Université de Lyon :

< 1» Suppression de la déclinaison ' et des marques du genre là où elles sont inutiles:

« 2° Conjugaison ramenée aux formes strictement suffisantes ' :

€ 3" Substitution, surtout à l'aide des prépositions, de la syntaxe analytique et logi([ue des langues modernes à la construction synlliétique du latin classique;

« 4° Réduction à l'uniformité des suffi.xes affectés à l'expression des mèuies fonctions grammaticales ^:

« "i"^ Application de Tyrtliographe phonétique*;

« (>o Admission des néologismes nécessaires, en leur donnant une forme adaptée à l'esprit du système. »

Voilà au moins un plan logique et systématique, qui laisse bien loin derrière lui les timides propositions de réformes superficielles et partielles du latin classique. Seulement, on peut se demander si la langue quon obtientlrait ainsi serait encore du latin. Elle en différerait, non pas seulement comme le grec uu)derne difïère du grec ancien, mais comme une langue romane moderne difïère du latin classicpie. C'est d'ailleurs l'avis de M. Michel Bré.\l : « Je suis porté à croire que ce latin, saturé de

1. Certaines langues nrlillcielles s'écartent moins du latin, car elles conservent In déclinaison, ou tout nu moins l'accusatif.

2. Quel en est le nombre? L'exemple de VEsperanlo prouve que 12 flexions sont strictement sunisanles. Or sur ce point il a l'approbation de .M. Recnaii»: Les conditions cVétablissemi'nt d'une langue internationale, à propos de l'Espéranto: discours prononcé à In séance de rentrée de l'Université de Lyon, le 4 novembre 1001, p. 31 (Paris. Le Soudier, iUOI).

3. Cette réforme est tellement radicale, (|u'elle n'est même pas réalisée dans toutes les laujîHies artilicielles.

4. Cetle condition est ambiguë : rendra-l-on l'orthographe conforme à la prononciation? Mais alors, à (juelle prononciation? Ou bien rendra-t-on la prononciation conforme à l'orthographe? De toute façon, cela parait être la condamnation du p/i, du th, du c/i. et même du c, sifflant et chuintant.

termes modernes, ou de mots anciens avec des significations nouvelles, plié à une syntaxe plus analytique, ne tarderait pas à ressembler beaucoup à du français' ». Tranchons le mot : ce serait une langue romane artificielle, analogue aux divers projets de néo-latin que nous avons étudiés dans la Section III ^

Ainsi, lorsque les partisans du latin veulent sortir des généralités vagues et des faciles lieux communs, et tenir compte des conditions pratiques d'une langue internationale, ils aboutissent nécessairement à l'idée d'une langue artificielle ayant pour base le vocabulaire latin : et, en effet, tous leurs arguments prouvent tout au plus qu'il convient d'emprunter au latin et au grec la nomenclature scientifique et technique, parce qu'elle est la plus internationale. Bien plus, ils admettent la nécessite d'adjoindre au vocabulaire latin les mots internationaux, môme étrangers au latin et au grec. Leur langue ne différerait donc pas sensiblement des langues a posteriori fondées sur le principe de l'internationalité.

Cela étant, on comprend mal la répugnance qu'ils manifestent à l'égard des langues artificielles en général. Ils les qualifient de « barbares » ; ils oublient que la langue qu'ils proposent serait tout aussi barbare. Ils leur reprochent de n'être pas vivantes, d'être fabriquées de toutes pièces; mais leur « latin » n'a jamais vécu, puisqu'il n'existe pas encore, et qu'il faudrait, lui aussi, le fabriquera En réalité, il n'y a là qu'un préjugé ou une question de mot : leur rêve est une langue artificielle décorée du nom de latin *.

Mais ce que l'on comprend encore moins, c'est qu'ils se flattent de « ressusciter » le latin et de restaurer les études classiques ». En effet, s'ils préconisent le latin comme L. I. et proposent de l'introduire jusque dans les écoles primaires, c'est, disent-ils, pour renouer une tradition séculaire, réconcilier les

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