INTRODUCTION
Il nous reste à expliquer et à justifier brièvement le plan que nous avons adopté. L'histoire de la langue universelle ' est l'histoire des diverses tentatives qui ont été faites pour instituer une telle langue, et principalement des divers projets de langues artificielles qui ont été proposés pour cet office. Pour classer ceux-ci, l'ordre chronologique paraissait, au premier abord, le plus naturel dans un ouvrage historique. Mais, si nous l'avions rigoureusement suivi, il nous eût amenés à entremêler des projets de nature et d'esprit très différents, ce qui eût laissé au lecteur une impression de confusion et de chaos. Au contraire, leur succession en apparence irrégulière s'éclaire et s'ordonne, si l'on distingue trois familles de projets. Il y a, d'une part, des projets qui, pour des raisons diverses, ne tiennent aucun compte des langues naturelles, et qui sont des langues originales, construites de toutes pièces : nous les appelons systèmes a priori. Il y a, d'autre part, des projets qui, prenant pour modèle les langues naturelles (particulièrement les langues européennes), s'efforcent de les imiter et leur empruntent presque tous leurs éléments : nous les appelons systèmes a posteriori. Entre ces deux groupes, radicalement distincts par leurs tendances, il existe un certain nombre de projets qui s'inspirent à la fois des deux principes opposés, et qui offrent
1. Nous prévenons le lecteur que nous employons l'expression de langue universelle comme synonyme de « langue internationale auxiliaire ». En effet, d'une part, « langue universelle » ne veut pas dire « langue unique de l'humanité » ; et, d'autre part, nous pouvons affirmer, après enquête, qu'aucun des auteurs modernes de « langues universelles » n'a prétendu supprimer ou supplanter les langues nationales : la plupart l'ont môme déclaré explicitement. L'interprétation contraire est donc injuste et fausse