‹ Histoire de la langue universelleChapitre 39 sur 296 · DALGARNO · texte numérisé non relu

DALGARNO

On voit que cette classification comprend à la fois les noms et les verbes. L'auteur avait inventé des mots spéciaux pour servir de pronoms, de particules et de flexions grammaticales.

On a pu remarquer que dans cette liste les mots se succèdent dans un ordre déterminé, correspondant à l'ordre constant des voyelles et des consonnes. Lorsqu'il n'y a pas assez de voyelles ou de consonnes simples, on emploie à leur suite des voyelles ou consonnes doubles.

Cet ordre constant établi entre les voyelles, d'une part, et les consonnes, d'autre part, correspond à leurs valeurs numériques. En effet, Dalgarno a inventé, pour traduire les nombres en mots, la méthode suivante. A chacun des 10 chiffres il fait correspondre une voyelle (ou diphtongue) et une consonne :

Un nombre écrit dans le système décimal se traduira par un mot contenant autant de lettres (voyelles et consonnes, alternativement) qu'il a de chiffres, chaque lettre correspondant au chitïre de même rang (toutes ces lettres sont précédées de Tinitiale caractéristique V). Ainsi :

Vel signifie 30

Vado — 154

Vendo — 3234

Ventura — 32861

Dans les mots ordinaires de cette langue, chaque lettre n'a pas un sens logique déterminé, attendu que ce sens varie du tout au tout d'une classe à l'autre; elle n'a qu'un sens numérique : elle indique le numéro d'ordre de la sous-classe dans la classe, ou du mot dans la sous-classe. Mais comme, d'autre part, l'ordre des sous-classes et celui des mots est presque toujours absolument arbitraire, il en résulte que pour connaître ou

CouTURAT et Leau. — I.anfruo univ. ^

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retrouver le sens d'un mot il faut savoir par cœur toute la clas sification logique, c'est-à-dire tout le dictionnaire. Par exemple :

N^ika signifie Éléphant.

Nr,kTi — Cheval.

Nr.ke — Ane.

Nïiko — Mulet.

Pour retenir le sens de chacun de ces mots, si semblables de forme, il faut se rappeler exactement l'ordre dans lequel les animaux correspondants sont rangés, sans en omettre un seul. On voit par cet exemple combien une telle langue est artificielle, et par suite difficile à apprendre, à retenir et à pratiquer.

P.-S. — Dalgarno avait eu pour précurseur un autre Écossais, sir Tliomas Urquhart (ou Urchard) de Cromarty (1611-1660), connu surtout par sa traduction de Rabelais, devenue classique en Angltterre, qui avait publié Logopandecteision, or an Inlroduclion to thc Universal Language (London, in-4°, 1053). Ce projet tout théorique ne compi^enait ni vocabulaire ni grammaire. Il y avait 12 parties du discours; les noms avaient 11 genres, 11 cas et 4 nombres; les verbes, 4 voix, 7 modes et H temps; enfin chaque mot devait avoir au moins iO synonymes. L'indication la plus intéressante est celle-ci : chacune des lettres d'un mot devait avoir un sens, de sorte qu'on pourrait les intervertir sans inconvénient. Cela suffit à caractériser une langue philosophique analogue à celle de Leibniz. — Un autre projet a été conçu vers le même temps par le marquis de WoR- CESTER {Century of thc Names and Scantling of... Inventions, 1663 -, mais ce n'était qu'un « caractère universel », c'est-à-dire une pasigraphie que chacun pourrait lire dans sa propre langue. V. John WiLLCOCK, Sir Thomas Urquhart of Cromartie (Edinburgh and London, 1899).

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