V. Section III, cli. i : Faiguet
11. Considérations philosophiques sur la langue française, suivies de l'Esquisse d'une langue bien faite (1834).
moillcure Ihéoric ûc la langue univorsollc <|\ii ait «Hé publi<'<jusqua ce jour >, et dont les principes et les idées « sont absolument ceux du Comité »; la Génigraphie de Matraya (Lucques, 1831); deux projets anonymes (1837, 1838) de langues a pos<mon. à base de latin, que le rapport considère comme « grotesques » et « ridicules », et traite de « mauvaise plaisanterie » et de t latin de cuisine » ' ; enfin, la Langue universelle de Vidal (1844), qui « n'est qu'un audacieux plagiat » de la Pasigraphie de Maimieux, sauf pour son système de numération, dont on lait l'éloge.
Le premier rapport rend compte de quelques projets ou propositions émanés de membres du Comité, et qui n'ont pas trouvé grâce à ses yeux : il condamne également Letellier (dAmiens), qui croyait que la langue primitive est le celte, et qui prétendait retrouver le sens d'un mot en le décomposant en ses lettres 2; Vaillant (de Bucharestj, qui soutenait « que la langue universell(> existe, et qu'il n'y a qu'à en réunir les éléments épars >, et dont le système « reposait exclusivement sur les racines, les ononititopécs, les étymologies et les syndjoles, c'est-à-dire sur tout ce que le Comité avait rejeté », et Gagne, dont la Monopanglotte, qualifiée de « grotesque idiome », était « composée de mots pris dans toutes les langues mortes ou vivantes, proportionnellement à l'importance des peuples qui les ont parlées ou qui les parlent, afin de ne pas froisser leur susceptibilité et de les faire tous concourir d'une manière équitable à l'édifice universel. » Tous les noms devaient se décliner sur dominus ou rosa, tous les adjectifs sur prudens, et tous les verbes se conjuguer sur amare^.
Enfin le rapport étudie « deux projets sérieux et complets dr langue universelle a priori, projets conformes aux idées du comité », à savoir ceux de Letellier (de Caen) et de Sotos OcriANOo. Il critique le premier comme trop artificiel et trop compliqué, quoique excellent en théorie*; et il manifeste sa
1. Par exemple, l'auteur du second de ces projets proposait les néologismes pi/roballum (obusier) et aeronauta, que le rapport trouve pourtant préférables aux périphrases : tormenlum belliann majus, et per ae.'a pèreqrinalor folle suspensus. L'auteur conservait d'ailleurs ■< les déclinaisons, les conjugaisons avec leurs désinences, ainsi que les règles grammaticales ».
2. Par exemple, rat = animal taré et rongeur; chat = animal charmant et attachant.
3. Exemples de mots : femmea\ hommeua, arbreus, templumus\ grandens; aimerare. Cf. les projets de latin simplifié de MM. Isly et Frôhlich (Chapitre final).
4. Citons cette remarque judicieuse : « On dirait que la Langue universelle
LA SOCIETE DE LINGUISTIQUE; M. RENOUVIER Tl)
préférence pour le second, « qui pourrait presque être considéré comme la réalisation de la savante et judicieuse théorie de M. Le Mesl » ', et qui est « conforme aux idées du Comité > 2. Il conclut que, sans être parfait, le projet de Sotos Ochando est supérieur à tous les autres, et que, en attendant mieux, le Comité doit travailler « à Taméliorer, à le vulgariser et à le faire adopter ».
Nous n'entreprendrons pas de critiquer à notre tour les vues théoriques du Comité et ses conclusions : il suffit d'avoir montré qu'il est systématiquement hostile à tout projet de langue a posteriori, et que son idéal est une langue philosophique et analytique telle que. comme le disait Sotos Ochando 3, « tous ceux qui l'apprendraient apprendraient en même temps les connaissances analysées ». Nous exposerons plus loin (dans la Critique générale) les raisons pour lesquelles cet idéal nous paraît chimérique et illusoire. Ce qui explique et excuse l'erreur du Comité de la Société de Linguistique, c'est qu'à l'époque où il faisait son enquête il n'existait guère que des j)rojets a priori, et que l'idée d'une langue philosophique, si en faveur au xvni'' siècle, avait conservé encore tout son prestige.
Toutefois, il est intéressant de constater qu'à cette même époque, un penseur qui devait exercer une influence durable et profonde sur la philosophie française, M. Charles RenouviER *, émettait sur le pro])lème de la langue universelle des vues plus justes et plus profondes, que l'avenir devait vérifier et réaliser'. Partisan de la langue universelle pour des raisons philosophiques «, et ne connaissant que des projets de langues
de M. Letcllier n'a pas été faite pour Hrc parlée, mais seulement pour analyser les langues connues, mortes et vivantes, d'une manière plus complète qu'on ne l'a fait jusqu'à ce jour, et permettre de saisir leurs moindres différences. » Tribune, p. 140.
1. Remarquons à ce propos, avec le rapport, que ni Letellier ni Sotos Octiando ne connaissaient aucun de leurs prédécesseurs.
2. Cette rencontre involontaire et imprévue des idées de Le Mesl, de Sotos Ochando et du Comité parait à celui-ci une marque de vérité.
3. Dans le journal El Heraldo (1843); cité ap. La Tribune, p. l.")8.
4. Aujourd'hui membre de l'Académie des sciences morales et politiques.
5. De la question de la langue universelle au XIX* siècle, ap. La Revue, t. II, p. 50-83 (août 1853).
6. « Le signe est l'instrument nécessaire des développements de la raison.... De là cette conséquence, (|ue 4a raison en pleine possession d'elle-même peut instituer un langage réfléchi pour exprimer des idées correctes et positives, au lieu de se contenter des symboles imparfaits et variables, souvent
philosophiques (ou prétendues telles), il dénonçait avec clairvoyance leur caractère factice, superficiel et précaire, et leur opposait un autre programme, qu'il formulait ainsi : La langue universelle doit être « philosophique par sa grammaire, empirique par son vocabulaire »; c'est-à-dire que la grammaire devait être fondée sur l'analyse logique de la pensée, et le vocabulaire emprunté aux langues vivantes (par exemple, composé de racines romanes). Cette langue serait constituée définitivement quant à sa forme, qui est la grammaire, attendu que celle-ci répond aux formes invariables de la pensée; et provisoirement quant à sa matière, qui est le vocabulaire, attendu que l'esprit humain forme sans cesse des idées nouvelles et crée des objets nouveaux. Ainsi la langue serait indéfiniment perfectible, et ouverte à tous les progrès. M. Renouvier traçait même le plan du manuel de cette langue; il devait comprendre : 1° une syntaxe générale (analyse de la parole); 2° une explication des signes catégoriques * des rapports grammaticaux, suivie de l'emploi de ces signes pour composer les mots dérivés de chaque famille et construire régulièrement la phrase ; 3° un vocabulaire de racines usuelles. Dans ces quelques lignes, passées inaperçues et depuis long temps oubliées, M. Renouvier avait, avec sa pénétration de philosophe logicien, dressé d'avance le plan des langues a posteriori, qu'il ne connaissait pas, et dont il n'existait à cette époque que des projets informes; d'autres sont venues depuis illustrer et justifier ce programme prophétique.
faux, et toujours puérils, qui formeront le fond des langues primitives, et qui bientôt affaiblis, altérés, mêlés, effacés, n'ont laissé après eux que désordre et arbitraire dans nos idiomes les plus vantés. »
1. C'est-à-dire : qui expriment les catégories ou formes générales de la pensée.
BYER : LISGUALUMINA^
Le Lingualumina prétend être à la fois une langue philosophique et une langue internationale. Son nom {langue de la lumière) veut dire qu'elle sera une langue instructive par ellemême, un véhicule des connaissances scientifiques et philosophiques, parce quelle est « fondée sur les éléments logiques de la pensée humaine ». En fait, voici comment l'auteur trace le programme de son œuvre :
1° Classification logique-scientifique de tous les objets (concrets et abstraits) de l'esprit humain ;
2° Classification systématique de tous les sons (voyelles et consonnes), et formation de toutes les combinaisons monosyllabiques prononçables;
3" Application des syllabes aux idées, les idées semblables étant représentées par des syllabes semblables ;
4° Représentation des idées complexes par des combinaisons de monosyllabes (représentant des idées simples).
Ainsi les monosyllabes représenteront les idées générales et principales, et le nombre de leurs lettres (2 à 5) sera proportionnel à la complexité des idées correspondantes. Inutile d'ajouter que cette langue sera absolument différente et indépendante de toutes les langues connues, ce qui, selon lauteur, garantit sa neutralUé. .
1. The Linqualumina, or language of lifjht. a philosopliical language for inlernalional communicalion. A now vcliiclc of sciontidc and pliilosopliical pxpression, îind of intoicommunicatioii l)et\vecii ail tlio nations and varied peoplos of tiio cartli. Foundod on tiie Logical Elcmonls of Ihiinan Tlioiight, by Frodorick William Dyeu. Part. I : Goneral and Inlroduclory. 27 p. in-8" (London, 1889). Gonféionco donnée le 9 juillet 1887; mais la 1" édition do de co projet date de 1875.
78 SECTION I, CIIAPITUE XII
Nous n'entrerons pas dans le détail de la classilication, inijé nieuse mais compliquée, que l'auteur donne des idées et demots correspondants. Qu'il suffise de savoir quil attribue aux 16 consonnes les significations suivantes:
quantité;
espace;
existence;
état :
personnalité;
relation;
espèce ou classe;
c interchange » ;
Pf:
qualité;
variation;
Th
ordre ;
aspect ;
association;
objet de désir;
action;
objet de conimissance
On forme les radicaux en adjoignant à ces consonnes diverses voyelles, soit avant, soit après. En particulier, les mots obtenus en intervertissant l'ordre de la consonne et de la voyelle désignent des idées contraires. (N. B. Les lettres n et a sont purement euphoniques, et ne comptent pas i)()ur la signification du mot.) Exemides :
li =z espace; lee =; ligne; lai := angle; lah z^aire; loh ^ volume;
eil = limite; cela = point; alla =^cdlé; ahla ^= contour; ohla = surface ;
loo = sur/ace (comme ohla).
Il y a trois manières de combiner les radicaux pour former des dérivés et des composés :
i° l^' agglutination. Exemples : Etant donnés les pronoms personnels : inza = je, anza = tu, onza := il; eeza ^= nous, arza =: vous, orza = ils, on forme : izanza = moi et toi ; izarza := moi et vous ; et ainsi de suite.
2° La coalescence. Ex. : delta =: mou.'ement {parce que d = variation, 1 = espace, t = temps).
3" L'inflexion, au moyen de suffixes. Ainsi, man signifiant beaucoup, et min peu, de ri ^ pouvoir on forme rimang = fort, et rirain = faible.
Los verbes se composent de 3 lettres significatives : la 1™ indique si le sujet est une personne ou une chose (rappelons que z = personnalité); la 2° indique la personne (les brèves i, a, o, pour le singulier, les longues ee, ah, au pour le pluriel); la 3® indique le temps : b, le passé; d, le présent; g, le futur. Ainsi le verbe être
DYEll : LLNGUALUMINA 79
se conjugue au i)résont : zinda, zanda.zonda: zeeda. zahda, zauda : je suis, tu es, etc. Au passé : zimba. zamba. zomba, elc. Au liilur : zinga. zanga, zonga. elc. Il y a en outre un parfait, ol)lenu en (liircissant la consonne du temps: zimpa. zampa, zompa; zeepa, zarpa. zorpa.
L'auteur complique encore cette conjugaison par d'autres « subtilités ». Comme on le voit, ce système soi-disant logique est le comble de l'arbitraire, de la fantaisie et de Tirrégularilé. 11 a en outre un défaut qui tient à la nationalité de l'auteur : jamais un Anglais ne pourra concevoir une phonétique coi-rectc et internationale, à cause de la détestable prononciation à laquelle sa langue l'habitue. Quoi de plus absurde que de prononcer une lettre simple i comme 2 voyelles (aï), et de rendi-e un son sinn)le i par 2 lettres {ea, ee)1