Circulaire de novembre 1901 {Le mot et la chose
lettre a un sens, c'est là un caractère commun à toutes les langues philosophiques (voir notamment Letellier et Sotos
OCH.VNDOj.
Nous ne nions pas l'ingéniosité de ce système, ni la science do son auteur : ses théories sur le sens naturel primitif des lettres, sur la correspondance symbolique des mots et des idées sont séduisantes et curieuses; elles rappellent certaines spéculations de Platon et de Leibniz; elles peuvent être intéressantes pour la philosophie du langage, pour son histoire ou plutôt sa paléontologie; mais elles ne peuvent servir de base à une langue internationale pratique.
HILBE : ZAHLENSPRACHE^
Le projet de M. Hilbe est (loul)le. Il comprend, d'abord, une langue a priori l'ondée sur une traduction des concepts en nombres; ensuite, une langue a posteriori, succédané provisoire et transitoire de l'autre. Ces deux langues auraient la même grammaire, et ne différeraient que par le vocabulaire.
L'idée directrice de làuteur a été de fonder la langue universelle sur une base scientifique inébranlable. Or, dans tout le domaine des sciences, « nous ne trouvons rien qui reste éternellemenl invariable, en dehors du nombre ». Pour construire une langue universelle définitive et immuable, il faut donc lui donner pour base le système des nombres.
La première idée de l'auteur était de former, par la combinaison systématique des voyelles et des consonnes, des noms ûo nombre internationaux, comme le sont déjà les nombres écrits en cliitTres. Les 10 chiffres sont traduits par des voyelles : 012345678 9
èaeiouàôô à
Prononcez : aï a é i 6 ou è eu o bref aom Ces voyelles représenteront le chiffre des unités.
1. Die Zahlensprache. Neue Weltsprache aitf Griind des Zahlens'jstems, mil einem unabhûmjiqen Worlschatze von Millionen unverdnderlicher th'undwôrfer, |)ar Ferdinand Hilbe. 32 p. in-8" (Fcidkirih, 1901). Voici la tra duction du tilro: Summerlingve, nnuidlinçive neod sull base enummersisteme lioll v'irôrike tindepandrintpd laverem-lu fundamùnlvurben linvariabled multe mHlidne. L'auteur est •< Kaiscrlicher kônigliclier Kanilei-Direktor ».
Le chiffre des dizaines sera représenté par une des consonnes : 10 20 30 40 50 60 70 80 90 bd fgkmnpv
Ainsi l'on dira : 10, bè; 11, ba; 12, be; 13, bi; 20, de; 21, da;
.... 30, fè; ... 40, gè; 90, vè; ... 99, va.
Les centaines seront représentées par les syllabes : 100 200 300 400 oOO 600 700 800 900 la le li lo lu là lô lô là
de sorte qu'on dira : 101, laa; 102, lae; 110, labè; 999,
làvà.
Le chiffre des mille sera représenté par les syllabes : sa, se, si, so, su, sa, sa, sô, sa.
Par exemi)le : sala = 1.100; salabè = 1.110; saline = 1.372; salôno = 1.874.
Les nombres de mille se représenteront comme les nomlircs d'unités, en y ajoutant la lettre s. Ainsi : bès = 10.000; das = 21.000; fes = 32.000; las =: 100.000; laas = 101.000; laasa =: 101.001; lakusdi = lao.023; lapislage = 183.142. De môme : les =: 200.000; lis = 300.000; los =400.000, etc., jusqu'à : làvàs làvà = 999.999.
Après cela, rar = 1 million; rear = 2 millions; riar ^ 3 millions, etc. A partir de 10 millions, les nombres de millions s'expriment comme les nombres d'unités, en y ajoutant -rar : laspirare = 100.083.000.002.
rer = 1 billion '. On compte les billions comme les millions, de 1 à 999.909.
rir := 1 trillion ou le cube d'un million (l.OOO.OOO^j ; et ainsi de suite : le nombre encadré entre les deux r désigne \a puissance du million. On va ainsi jusqu'à la millionième puissance du million, qu'on désigne par qar. Ce nombre serait représenté par 1 suivi de 6 millions de zéros; c'est-à-dire qu'une personne qui écrirait un chiffre à la seconde sans s'arrêter mettrait 107 jours à écrire ce nombre dans le système décimal.
L'auteur invente un nom, xar, pour la qar'"'-« puissance de qar; un autre pour la xar'""^ puissance de xar, et ainsi de suite. Cette nomenclalurc des nombres est pratiquement illimitée.
Cette nomenclature fournit en même temps un répertoire indé-
1. C'est-à-dire, comme l'entendent (fort logiquement d'ailleurs) les Allemands : 1 million de millions, ou 1.000.000 2.
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fini de vocables. Au lieu de traduire les concepts par des « mots sans contenu » comme les langues naturelles, voici comment la langue des nombres les traduira : on fera correspondre par exemple les oO premiers nombres aux idées fondamentales ou catégories (Urbegriffe). Ceux de 51 à 100 correspondront aux mêmes idées (dans le même ordre) ; ils sont réservés pour combler les lacunes de la première nomenclature. Pour les autres concepts, on déterminera leur degré d'affinité (Verwandtschaftsgrad) par rapport à rune des catégories. On rangera ceux qui dépendent d'une même catégorie en série linéaire, suivant leur degré d'affinité, et on les numérotera. Soit U le numéro de la catégorie, g le numéro du concept (mesurant son degré d'affinité avec la catégorie); son expression numérique sera déterminée par la formule :
et du même coup sera trouvée son expression verbale, grâce à
la traduction des nombres en mots. Soit, par exemple, un concept
qui ait le degré d'afAïiité 13 avec la catégorie 47 (gô), son nom
sera :
47 + 15 X 101 = 1562 = salume.
Grâce à cette formule, deux concepts différents ne peuvent pas avoir le même nombre, parce que U est toujours inférieur à 101. Et réciproquement, un nom, c'est-à-dire un nombre donné, ne peut appartenir qu'à une seule catégorie, par rapport à laquelle il représente un degré d'affinité déterminé.
On obtiendrait ainsi le répertoire des radicaux, dont la valeur numérique serait toujours inférieure à qar. Pour former les mots dérivés, on aurait besoin d'une centaine d'affixes de 3 lettres, quon clioisirait parmi les noms de nombres supérieurs à qar. Bien entendu, dans le choix de toutes ces racines, tant principales qu'accessoires, on ne tiendrait aucun compte des sens qu'elles peuvent avoir dans telle langue naturelle. La langue des nombres peut et doit être bien plus parfaite que les langues naturelles, et son vocalnilaire sera construit entièrement a priori.
Pour l'instituer, l'auteur appelle de ses vœux une « commission internationale > de savants compétents de toutes les spécialités, qui auraient : l»» à dresser la liste des 50 ou 100 catégories; 2° à déterminer le degré d'affinité de tous les concepts par rapport à leurs catégories respectives; 3° à choisir et à définir une centaine d'affixes.
CouTURAT et Leau. — Langue univ. <
Pour apprendre la langue des nombres, il suffirait do connaître ces trois séries de données, .... et de savoir additionner et multiplier les nombres. Un dictionnaire serait inutile à qui posséderait la science du calcul linguistiqite (die sprachlicho Rechnimgswissenschaft), qui s'enseignerait dans les écoles comme aujourd'hui la grammaire.
En attendant que cette science soit constituée, l'auteur propose une langue a posteriori dont voici les principes. Dans le vocabulaire immense formé par tous les noms de nombre (jusqu'à qar) on choisira les radicaux qui rossemblont à dos mots des langues naturelles, ot ou leur attribuera le sens qu'ils ont déjà dans ces langues. On adoptera : 1° les radicaux internationaux (communs à toutes les langues européennes); 2° les radicaux communs à 2 ou 3 langues européennes; 3° les radicaux latins; 4° les radicaux qui rappellent des mots romans ou germaniques, do préférence les plus courts et les i)his harmonieux. Ce choix naura naturellement aucun égard à la valeur numé-rique des radicaux. Seulement, tous ces radicaux seront soumis à certaines conditions de forme, parce que tout mot doit correspondre à un nombre entier. Par suite, tous les radicaux (substantifs) commenceront par une consonne ' ; aucun no sera terminé par une consonne des dizaines (b — v) et aux autres on ajoutera un e, de manière que tous les radicaux finissent par une voyelle. On emploiera les voyelles comme préfixes et les consonnes comme suffixes grammaticaux; en sorte que tout mot qui commence par une voyelle ou finit par une consonne est un mot modifié.
Valphabet comprend les 10 voyelles que nous connaissons, et 22 consonnes, qui sont : b, d, f, g (dur), k, m, n. p, v; 1, y (j allemand), s (2), ss, sz, szs2. j (français), c (dj) ^. t ; r, q (kv), h (ch allemand), x; plus deux lettres, u et z (ts), qui n'entrent pas dans les radicaux et ne servent qu'à la grammaire.
1. Aux radicaux naturels qui commencent par une voyelle, on ajoute un I initial. Ex. : linvàntoro, lindepândànted.
2. Nous n'entrons pas dans le détail de la prononciation de ces trois s, parce que leur son, d'ailleurs peu différent, dépend de leur position ou de leur voisinage.
3. Le double ce se prononce tch, ce qui viole la règle de l'uniformité du son des lettres.
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Nous ne reproduirons pas les règles d'accent, qui sont trop compliquées.
Les substanlifs (radicaux) se terminent par une voyelle qui est (Ml général -e. Pour indiquer le genre (naturel), on la change en -0 (masc.) ou on -a (féminin). Les mômes lettres servent aussi «à distinguer le fruit (-0) de l'arbre (-a)'. Ex. : filyie, enfant; filyio. fils; iilyia, fille ; sinyoro, monsieur; sinyora, madame; porno, pomme: poma. pommier.
L'article défini est lo, la, le; Varlicle indéfini est luno, luna. lune.
La déclinaison s'effectue au moyen des préfixes e- (génitif), i- (datif), 0- (accusatif), attachés soit au substantif, soit à l'article ou au pronom qui le précède.
Ex. : pane (pain), epane, ipane. opane; la pane, ela pane, ila pane, ola pane.
Le pluriel est indiqué par le suffixe -n ajouté, soit au substantif, soit à l'article. Ex. : lan filyie = les filles.
Du substantif on déinve l'adjectif, le verbe, l'adverbe et la préposition au moyen des suffixes respectifs -d, -m, -k, -p. Ex. : lamore, amour; lamored. cher; lamorem, aimer; lamorek, avec ainour; lamorep, pour l'amour de.
L'adjectif est donc terminé par -d. 11 est invariable, et se place après le substantif.
Le comparatif se forme en répétant la dernière syllabe (-ed devient -eded), et le superlatif en la remplaçant par -essed. On peut aussi employer les préfixes plu et most : boned, bon, plu boned. most boned.
Nous connaissons déjà les noms de nombre. Les nombres ordinaux eu dérivent par l'adjonction de -d (-tid, -zûd); les adverbes ordinaux par ladjonction de -k(-iik, -ztik);les nombres de fois, par l'adjonction de -f (-ùf, -zûf); les nombres multiplicatifs, par l'adjonction de -g (ùg, -ztig); les nombres d'espèces, par l'adjonction de -m (ùm. -ziim); les /rac/ions, par l'adjonction de -n; les nombres distributifs. par l'adjonction de -p; les verbes multiplicatifs (ex. : décupler) par le suffixe -iimirem; et les substantifs numéraux (ex. : dizaine) par le suffixe -umare.
Les pronoms personnels sont : mi, ti, hi ou luy ; noy, voy. soy. Le pronom de politesse (vous) est vu (sing.) et vuy (plur.). Le pronom