‹ Histoire de la langue universelleChapitre 76 sur 296 · Cf. VEsperanlo · texte numérisé non relu

Cf. VEsperanlo

D" NICOLAS : SPOKIL 89

Le pronom réfléchi est si = soi.

Les adjectifs possessifs dérivent des pronoms personnels : mio, tio. sio: nio, vio, lio.

Lof^ pronoms possessifs sont : le mio, le tio, etc.

Le pronom relatif est : koe.

Vacljectif démonstratif est : lu (3 genres).

Les pronoms démonstratifs sont : el on lo = celui, ella on la = celle, los ou ellos = ceux, las ou ellas = celles; lo do = celui-ci, lo fo = celui-là, etc.

Le verbe est invariable en personne et en nombre; il varie suivant le temps, le mode et la voix.

Les temps principaux se distinguent par les suffixes -ai (présent), -ei (passé), -oi (futur) et -ui (conditionnel) soit ajoutés au radical verbal, soit mis à la suite de Tinfinitif et précédés de 1-; dans ce dernier cas, ils forment une sorte de verbe auxiliaire. Exemple : arbe ^= travailler.

Indicatif présent : mi àrbai ou arbe lai.

— passé : mi arbei ou arbe lei.

— futur : mi arboi ou arbe loi.

Conditionnel présent : mi arbui ou arbe lui.

Les temps secondaires se forment au moyen du suffixe -iz (du l)articipe passé actif) précédant le suffixe temporel :

Imparfait : mi arbizai ou arbe lizai.

Plus-que-parfait : mi arbizei ou arbe lizei. Futur antérieur: mi arbizoi ou arbe lizoi. Conditionnel passé: mi arbizui ou arbe lizui.

On peut aussi les former au moyen de l'auxiliaire de (avoir) aux temps principaux, suivi du participe passé (arbiz).

L'impératif ne ûii'îî^ve de l'indicatif qu'en ce que le pronom se place après le verbe, excepté à la 2'' personne sing. où on le supprime : arbai = travaille: arbai vi = travaille:.

Le subjonctif ne difière de l'indicatif que par la conjonction ko (que) qui le précède.

Le participe présent se forme au moyen du suHixe -az : arbaz = travaillant: il devient adjectif quand on y ajoute un -o: adverbe quand on ajoute un -u : arbazu := en travaillant.

La voix passive diffère de l'active par le suffixe -en intercalé entre le radical verbal et les suffi.xes tem})orels. Ex. : move = aimer, movene ^ être aimé; mi movenai = je suis aimé; mi movenizoi = j'aurai été aimé. Le participe passif qs[ moveno = aimé.

On peut aussi former le passif en suhslitnant ce participe passif à rinfinitif de l'actif : mi moveno lai, mi moveno lizoi.

On peut enfin former le passif au moyen du verbe auxiliaire ve (être) suivi du participe passif : mi vai moveno. mi vizoi moveno.

V interrogation se marque en plaç:anl le pionom npirs le verJje, et surtout par le ton.

Pour la syntaxe, il n'y a pas de. règle absolue : l'adjectif peut se placer avant ou après le substantif, ladverbe avant ou après le verbe. Il y a seulement un ordre normal recommandable : sujet, verbe, régime direct, régimes indirects.

V0C.\DUL.V1RE.

Le vocabulaire est construit presque entièrement a priori. « Les mots du Spokil ne sont pas formés en vue de synthétiser une définition de l'objet..., mais simplement... d'en rappeler la nature, en en faisant ressortir telle ou telle propriété saillante, et en choisissant des traductions qui. autant que possible, ne conviennent qu'à Vobjet... que rappelle le mot » (p. 11).

Tout le vocabulaire est fondé sur la « valeur conventionnelle attribuée aux consonnes ou doubles consonnes, et précisée par la voyelle ou double voyelle ».

Si l'on met à part la consonne 1 et la voyelle i qui ont surtout un rôle euphonique, et les consonnes m et n, qui désignent les contraires (le positif et le négatif], toutes les autres voyelles et consonnes ont un sens symbolique plus ou moins vague, consigné dans deux tableaux. Citons-en seulement quelques-unes, comme exemples.

La lettre r, seule, correspond aux idées suivantes : occlusion, cacher, retendent, peau, couverture, autour; la lettre s, aux idées suivantes : notion, science, encéphale, raison, pensée, donc; la lettre k, aux idées suivantes : division, outil, main, pouvoir, mécanique, avant.

Parmi les consonnes doubles ou triples, on remarque rb, qui correspond à l'idée de travail; rg, à l'idée d'énergie; rk, à l'idée de cercle; gn, à l'idée de feu; dr, à l'idée d'eau; br, à l'idée d'aliment; gr, aux idées de gravure et d'imprimerie; pn, à l'idée d'air; kl, à l'idée d'éclatement; kr, à l'idée de guerre; ktr, à l'idée d'électricité; tr, à l'idée de richesse; fr, à l'idée de fruit; sp, à l'idée de parole; skr, à l'idée d'écriture; str, à l'idée de voyage.

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Les voyelles, soit simples, soit associées h d'autres voyelles ou h (les consonnes, expriment ù leur tour des nuances de pensée très générales.

Cela posé, voici comment on forme les mots. Les racines s'obtiennent en juxtaposant une voyelle (simple ou double) et une consonne (sim})le ou double). Ex. : ikr exprime Tidée d'arme parce que kr = guerre, et que i indique le moyen; de même ikl signifie explosif: iktr, aimant; istr, véhicule, etc.

Les mots primitifs s'obtiennent en préposant à une racine une consonne (simple ou double). Ainsi ov signifiant affection, inclination, mov signifiera Vamour, et nov la haine.

Ces mots se complètent par les suffixes grammaticaux : ikra = arme; ikro = armé: mova = amour, move =: aimer. De ab = fiant on forme : aba = le haut; abe = hausser: abi = en haut; abo = haut (adj.); abu = hautement.

Les mots dérivés se forment à l'aide de suffixes lexicologiques, dont les principaux sont :

-al, qui désigne la généralité ou collectivité: -el, — l'auteur de l'action : arhel =^ travailleur:

-il, — rinstrumentde l'action : kahe^ lever. kahil^^ levier;

-pi, — la condition de l'action, les corps (en chimie),

les arbres ; -ul, — le résultat de l'action, les pi-oduils, les fruits :

grul = livre.

-ella sert à former les féminins, et -inna les diminutifs : felisella = chatte, lupusinna = louveteau.

Il n'y a pas de différence entre les mots dérivés et les mots composés, puiscpie chaque élément de mot a sa significalion propre et indépendante. Par exemple, si l'on combine str (idée de voyage) avec igd (idée d'enduit), on forme le mot strigda = nsplialte. De même, en combinant ga (sol) avec stab {niveau liant) on obtient galstaba = plateau (avec un 1 euphonique).

Enfin le Spokil s'incorpore les mois étrangers, quand ils sont internationaux, ou les mots latins qui appartiennent à la nomenclature scientifique (comme felis, lupus). Mais pour les distinguer des mots propres au Spokil, on leur réserve les suffixes exotiques : is, es, os. us, ais, eis. Les mots ainsi incorporés engendreront régulièrement leurs dérivés. Ainsi de l'ilalieny/au/o on fait le mot flautis =^ fïùte, d'où flautise = jouer de la Jhite; flautisel = fldliste.

Pour donner une idée de la physionomie du Spokil, il suffit den citer une phrase : Meona val le tsael di le veol = l'homme est le roi de la nalure.

Critique.

Le Spokil est, comme on le voit, une langue a priori, mais non une langue philosophique. C'est, suivant l'expression même de l'auteur, « une langue absolument artificielle, c'est-à-dire qui, faisant table rase de tous les vocabulaires actuels, cn'^e de toutes pièces ses racines et ses dérivés ». Il a par suite le défaut capital de toutes les langues a priori, qui est, dun seul mot, Varbilraire. La grammaire est arbitraire, et n'a même pas le bénéfice de la simplicité et de la régularité absolues : témoin la place facultative de la marque du pluriel, et les formes doubles ou triples dans la conjugaison.

Le vocabulaire aussi est arbitraire, tant dans ses éléments que dans sa composition. En vain alléguerait-on que les sens choisis pour les consonnes sont plus ou moins suggérés par elles, soit par une association d'idées naturelle*, soit par l'évocation de racines naturelles où elles figurent (nous avons cité précisément celles de ces consonnes pour lesquelles cette suggestion est la plus manifeste). Dans les langues aryennes, tout au moins, jamais une idée n'est associée à une consonne ou combinaison de consonnes, mais toujours à une syllabe complète. L'idée d'écrire n'est pas attachée à la combinaison (imprononçable séparément) skr, mais à la syllabe skrib. La voyelle a beau changer et quelques-unes des consonnes aussi, la syllabe demeure l'élément fixe et irréductible du mot. 11 en est de même des affîxes de dérivation : ce ne sont jamais de simples lettres (v^oyelles ou consonnes), mais des syllabes; l'instrument pour écrire ne se dira pas iskr, mais écritoire ou Schreibzeug (D.).

Ainsi le Spokil a le même vice rédhibitoire que les langues philosophiques : ses racines sont composées de lettres dont chacune a un sens propre; m^is pratiquement, elles se présentent

1. Dans la recherche de ces significations, l'auteur ne craint pas de faire appel à des considérations de symbolisme ou d'occultisme fort peu scientifiques, comme pour z, qui évoque par sa forme l'idée de sinuosité, de zigzag. On remarquera qu'il est fâcheux de choisir deux lettres aussi aisées à confondre que m et n pour désigner et distinguer les contraires.

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comme des combinaisons arbitraires dont le sens purement convenlionnel est imposé i> la mémoire. En veut-on un exemple? Soit le mot primitif jeb : j signilie privation, vide, lacune, absence, sans; e indique le sens fondamental du symbole suivant; b exprime les idées de priorité, volonté, tête, causalité, en haut, (Vabord. Qu'on essaie, d'après cela, de construire le sens du mot jeb... 11 signifie hésiterl

L'auteur prétend que son système offre des ressources mnémotechniques parti(udières et possède une grande facilité d'assimilation. C'est là une étrange illusion, que nous avons déjà signalée pour les langues philosophiques. Nous allons en faire le lecteur juge par quelques exemples. Pne = respirer; pna = soupir; pni = haleine; pno == souffle; pnu -= branchie (pourquoi pas poumon"!). Stre ^= parcourir; stra = voie; stri = charrette; stro = pavage; stru = gare (stra signi(ie-t-il donc chemin de fert). Eilj = cube; eimj = prisme, einj = pyramide; eilz ^= cercle, eimz = cylindre, einz = cône; eilp = carré. Le lecteur est-il bien sûr de ne jamais confondre le cylindre avec le cône, ou le cube avec le carré, ou même de ne pas confondre ces figures géométriques avec les vers (eilb), les pierres brillantes (eild), les arômes (eilf) ou le sucre (eilv)? Nous le laissons répondre à cette question de l'auteur : « Ne pensez-vous pas que la série de ces mots du Spoldl s'assimilera plus facilement et se fixera mieux dans la mémoire... que les mots correspondants de n'importe quel Sabir ' ? »

Enfin l'auteur revendique pour son système le privilège de donner à tous les éléments du mot un sens propre et indépendant : son principal avantage, dit-il, est que toutes ses racines peuvent servir d'afflxcs. Nous croyons pouvoir affirmer qu'il se trompe sur cette question de l'ait. Nous n'avons pas à discuter ici les critiques qu'il adresse aux langues a posteriori, qualifiées dédaigneusement de Sabirs; mais il les méconnaît, quand il avance que les « Sabirs n'ont pas de racines et n'incorporent que des mots »-. Il oublie que VEsperanto (qu'il parait viser particulièrement) emploie précisément comme affixes des racines <pii possèdent un sens individuel et qui peuvent devenir des mots. Oue si l'auteur veut dire que dans les mots de sa langue chaque

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