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C'est ce que montre bien le projet de Grosselin

2. Remarquons en passant que la réciproque n'est pas vraie; comme nous venons do le dire, deux mots qui ne diffèrent que par leur initiale peuvent navoir rien de commun pour le sens. Cela enlève toute valeur pratique au principe en question.

mots qui les expriment doivent cHre différents. En effet, plus le sens de deux mots est voisin, plus on est porté à les confondre; et, au contraire, il y a moins de danger à avoir deux mots semblables pour désigner deux idées très différentes i. Si, comme dans les langues philosophiques, on désigne les idées d'un même genre par des mots qui ne diffèrent que par une lettre, cela les rend d'autant plus dilTiciles à ajjprendre, et dautant plus faciles à confondre. Sans doute on retiendra aisément leurs formes; mais on se rappellera avec peine leurs sens. Pour se retrouver, par exemple, dans la nomenclature des corps simples d'après Sotos Ochando, il ne suffit pas de savoir la série de vocables : Âbaba, ababe, ababi.... mais il faut savoir par cœur la suite des noms correspondants : oxygène, hydrogène, azote,... sans en omettre ni intervertir un seul. Si Ion en oublie un, on est perdu; le nom de chacun dépendant de son rang, on se trompera fatalement sur tous les suivants. Il y a donc fort peu de chances pour qu'on arrive au bout sans erreur, et il y en a beaucoup pour que l'on confonde le ruthénium et Vosmium; d'autant plus que l'ordre assigné aux idées d'une même classe est toujours plus ou moins arbitraire ^. D'ailleurs, l'ordre assigné aux lettres de l'alphabet est également arbitraire, et, dans certains systèmes, diffère de l'ordre alphabétique, de sorte qu'il prête, lui aussi, à des erreurs de mémoire. Et c'est en juxtaposant, par une correspondance arbitraire, deux ordres dont chacun est déjà par lui-même arbitraire, que l'on prétend constituer un vocabulaire logique et naturel !

Aussi, quand les auteurs de ces langues prétendent que leur vocabulaire n'est pas plus long ni plus difficile à apprendre que la numération, ils se trompent lourdement : apprendre un tel vocabulaire, cest sans doute apprendre d'abord un système de numération; mais c'est ensuite apprendre le sens de milliers de nombres, c'est-à-dire les idées qui leur sont associées en vertu d'une correspondance doublement arbitraire.

En résumé, les langues a priori supposent, comme fondement

1. C'est ce qui permet, dans nos langues, de distinguer les homonymes et les paronymes d'après le contexte, c'est-ù-dire par le sens général de la phrase; cela diminue tout au moins les risques d'équivoque et de confusion.

2. C'est ici qu'on voit combien l'analogie des nombres est trompeuse; le sens de chaque nombre est exactement déterminé par son rang même dans la suite, ce qui n'est pas vrai pour toutes les autres séries.

logique, un ('tat d'achèvement ou tout au moins d'avancement des sciences qui est et sera longtemps encore chimérique; et dans l'application de la classification des idées (fût-ello parfaite) à la rorniation des mots, elles procèdent par un arbitraire complet, que cache mal l'emploi systématique et monotone de cornl)inaisons mathématiques. Ainsi, dune part, elles reposent sur un i)rincipe tout subjectif, essentiellement précaire et caduc; et d'autre part elles offrent un vocabulaire entièrement conventionnel, et par suite extrêmement difficile à apprendre. Elles n'ont donc ni valeur scientifique, ni utilité pratique.

SYSTÈMES MIXTES

LE PUOGRAMME DE J. von GRIMM

Les systèmes mixtes comprennent principalement le Volapiik (>t ses dérivés. Toutefois, bien avant l'apparition du Volapiik, l'illustre philologue Jacob von Grimm avait publié, non pas un projet, mais le plan d'élaboration d'une langue universelle que nous croyons devoir classer dans cette section, car, comme on va le voir, si par beaucoup de points la langue idéale qu'il conçoit est a posteriori, par quelques-uns elle se rapproche des systèmes a priori. Comme ce document est très intéressant et assez court, nous le traduisons in extenso^.

Programme pour la formation d'une langue universelle

A l'égard du grand public, il sera utile d'exposer :

1° Les avantages extraordinaires qui résulteraient pour tout le

genre humain de la formation et de l'adoption d'une langue

universelle ; 2« Les raisons pour lesquelles aucune des langues connues

jusqu'ici ne peut être employée à cette fin;

1. EiCHHORN, Die Weltsprache, p. 8-15 (Bamberg, 1887); Hans Moser, Grundtiss einer Geschichle der Weltsprache, p. 20-24 (Berlin-Neuwied, 1888).

3° Les causes pour lesquelles tous les essais faits jusqu'ici dans ce sens ont nécessairement échoué;

4" Les difficultés attachées à l'exécution de ce projet.

A regard des penseurs, ce serait prendre leur temps et perdi<' son temps, et comme le présent écrit leur est exclusivement destiné, je commence sans autre préambule l'exposé de mon plan.

Le programme devrait poser à peu prés les principes suivants : Quelles propriétés doit posséder la langue universelle?

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