INTRODUCTION
A LA ^OUVELLE ÉDITION
En 1872 M. Belin, secrétaire-interprète et consal-général près l'ambassade de France à Constantinople, publiait dans le f Ck)ntemporain i une série d'études, intitalées < Histoire de l'Église latine à Constantinople. * Ces articles forent fort remarqués alors, car on ne possédait aucun travail d'ensemble sor la matière; aussi engagea-t-on l'auteur & en faire un tirage à part. C'est ce qu'il fit, en y ajoutant de nombreuses notes complémentaires. Cette brochure fut enlevée en peu de temps, si bien que plusieurs années avant la mort de l'auteur il était impossible d'en trouver un seul exemplaire.
C'est que M. Belin n'était point le premier venu et qu'il était fort bien préparé pour faire un travail sérieux. M, Belin François-Alphonse naquit à Paris le 31 juillet 1817. II appartenait à une ancienne et honorable famille du Vexin français', dont la fortune fut emportée par la tourmente révolutionnaire, et dont les membres quittèrent pour la plupart le pays natal, 11 s'appliqua de bonne heure à l'étude des langues orientales, sous la direction de S.-J. Marcel, et suivit, au collège de France et à l'École spéciale des langues orientales vivantes, les cours
> Belin est un vieux mot français qu'on trouve à diverse! époques soua les Tormes : Belinus, Blio, Balin, lielin, Hellin, Heylin, Bélines etc. VîUehardouin parle d'un eieur de Héline» qui prit la croix en 1200; un sieur Jacques Belin vendait sa maison à Jacques Cœur ; un sieur Belin, maire de Deaune ■ous Henrj' IV conserva cette ville à la France par son courage. — Un sieur Paoio di Belin, vénitien, habitait Oalata en 164.'!. Un sieur Fran<;ois Belin était chancelier de l'ambassade de France à Constantinople ; de 17l:i 4 1717, il remplit trois fois les fonctions de chargé d'affaires de Sa Majesté. Noua trouvons fort souvent sa signature dans nos archives du l.evant.
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d'arabe, de persan, d'hébreu et de turc, de Sylvestre de Sacy, Baynaud, E. Quatremère et Joubert.
Nommé en 1838 répétiteur à l'école des Jeanes-de-Langues, il remplit ces fonction jusqu'en 1843, époque à laquelle il fut nommé Drogman-Chancelier du nouveau consulat de France à Elzeroum (Arménie). Appelé l'année suivante, en la même qualité, à Salonique, il y fut pendant quelques mois chargé de la gestion de ce poste consulaire. 11 passa ensuite au Caire (7 septembre 1847) et géra aussi ce consulat en 1847. Il devint enfin secrétaire-interprète intérimaire près l'ambassade de France à Constantinople. C'est là surtout qu'il continua à utiliser, au service de la France et de l'Église, les rares qualités dont la Providence l'avait doué.
Il fut envoyé à Jérusalem à l'époque de la discussion relative au Lieux Saints et y resta jusqu'en 1853. Il rentra alors en France, pour y contracter mariage avec M"" Virginie Deîaporte, fille de l'ancien consul de ce nom. Peu après il fut détaché, par le ministre des affaires étrangères, en mission spéciale auprès du maréchal de Saint- Arnaud, commandant en chef de l'armée française d'Orient et conserva ce poste de confiance jusqu'en janvier 1855. Dans l'intervalle, en mai 185'», il avait été nommé secrétaire-interprète titulaire. Il obtint en 1862 le brevet de secrétaire-interprète de l'Empereur et fut enfin nommé consulgénéral en 1868. C'est donc à Constantinople et dans ces b:ès honorables fonctions qu'il passa les plus belles années de son utile existence.
C'est laque nous l'avons connu : homme de devoir avant tout, appliqué^ malgré sa santédébiJe, aux travaux incessants que lui imposait sa charge et les soins que demandait l'éducation de ses enfants. Dans l'intervalle il trouvait le moyen de s'occuper des bonnes œuvres, si nombreuses à Constantinople. Membre actif des conférences de Paint Vincent de Paul, il faisait souvent, à la fm del'année, des rapports très remarqués sur les travaux de cette institution. Mais son œuvre de prédilection fut à proprement parler la fondation, l'organisation, le développement et l'entretien du cimetière catholique de Féri-Keuï. Délégué par
l'ambassade de France pour s'occuper de la création de ce cime- Uère en 1S59, il fut, en 1862, nommé secrétaire de la commission qui l'administre et c'esten cette qualité qu'il a fait chaque année an rapport, non seulement intéressant au point de vue des faits, mais encore tout rempli d'érudition et de science et écrit avec cette pureté de style, cette élégance sobre et cette concision antique gui le caractérisaient. Il ne cessa ses fonctions laborienses qu'en 1875, sa santé ne lui permettant plus de les remplir.
Il semble qu'avec toutes ces occupations il devait lui rester peu de temps pour les travaux littéraires, et cependant, quand nous parcourons la liste de toutes ses publications, nous en trouvons un si grand nombre qu'elles pourraient remplir la vie la mieux occupée et la plus longue. Presque toutes sont relatives aux questions orientales. Nous n'en citerons qu'un petit nombre; beaucoup ont paru dans le Journal asiatique : Notice sur tes Chrestoinathtes orientales, 1843. — Fétoua relatif à la condition des Zimmis Zêumuts, 1852. — Ce travail fait très bien connaître la situation civile et politique des sujets non musulmans de la Porte. — Mémoire sur l'usage et la constitution fies biens de ^nain-morte, en pays mtisulman, 1853. — Lettre sur un document relatif à Mahomet; dans ce travail M. Belin établit l'authenticité d'une lettre adressée par Mahomet à Marauc»s vice-roi d'Egypte pour l'empereur Héraclius. Cette publication produisit une profonde impression dans tous les pays musulmans. — Ètiides sur la propriété foncière en pays mustilman et spécialement en Turquie, 1862 (248 pages). — Essai sur l'histoire économique de la Turquie, 1865. — Du régime des fiefs militaires dans l'Islamisme et principalement en Turquie, 1870. — Des capitulations et des traités de la France, en Orient, 1869, indispensable à tous ceux qui veulent connaître l'histoire des rapports extérieurs de la Turquie. — Et enfin le travail dont nous donnons au public la 9^ édition : Histoire de l'Église latine de Constantinople, etc., etc.
Tous ces travaux avaient attiré sur M. Belin l'attention du public lettré et lui avaient obtenu de flatteuses et innombrables distinctions. — Officier de la Légion d'honneur, décoré d'un
grand nombre d'Ordres étrangers, meml^e de beaucoup de Sociétés savantes, il était consulté avec £ruit par tous ceux qui s'occnpent des questions orientales et leur donnait un concours que son incontestable compétence rendait infiniment précieux.
Il avait, avons-nous dit, publié son Histoire de l'Église Latine en 1873 ; mais il ne s'était pas pour cela désintéressé deson travail : il lui avait même conservé one affection spéciale. Il ne se diasiihulait pas qu'il s'y trouvait de nombreuses et im- portantes lacunes, n continua donc de fouiller les archives, d'écrire à tous ceux qui s'occupent de l'histoire du Levant, réunit tous les livres qui paraissaient sur ces sujets ; il amassa ainsi une quantité considérable de documents et s'en servit pour préparer une douxiëme édition beaucoup plus considérable et iplus complète que la première. Lorsqu'il mourut, le IBavril 1877, dans la soixantième année de son âge seulement, son œuvre était presque achevée, et n'eût été le désir de la perfectionner encore, il l'eût imprimée depuis longtemps.
Sa veuve et ses enfants conservèrent, avec un soin religieux, non seulement sa mémoire et l'bonorabilité de son nom, mais encore ses manuscrits et ses notes etspécialement cette Histoire da la Latinité de Constantioople. Pourquoi ne fut-elle pas publiée plus tât ? C'est que la manière de travailler de M. Belin réclamaitde l'éditeur de son œuvre un travail assez considérable. Respectueux de l'exactitude jusqu'au scrupule, ami des plus petits détails, avide des indications les plus diverses, il réunissait quantité de citations, en surchargeait ses pages, de telle sorte qu'il était difficile da s'y reconnaître sans une étude assidue.De plus les trois chapitres entre lesquels il avait partagé son travail primitif et qui convenaient à peine à une brochure de 1 50 pages, ne pouvaient suffire à encadrer la masse des documents qu'il avait réunis ; enfin embarrassé pour ranger certaines parties de son histoire, il avait classé les églises simplement selon l'ordre alphabétique, sans aucun égard à leur antiquité ni à leur importance. Il follait donc de ce chef un grand travail pour mettre dans cette histoire un ordre capable de satisfaire le lecteur.
En outre la Latinité de Constantinople a été mieux coDiiiie depuis 20 ans et les progrès qu'elle a faits depuis cette époque ont été considérables : il fallait donc compléter certains chapitres et continuer cette histoire jusqu'à nos jours. C'a été le travail de réditeur.
Il avait connu M. Belin en 1876 et avait conservé de lui un excellent souvenir : il avait apprécié le travail publié en 1873 et regrettait vivement que la seconde édition qu'on lui avait annoncée ne fut pas publiée. Aussi quand la pensée de se charger de préparer et de mener à bien ce travail lui fut suggérée, il y consentit volontiers. Ce n'était pas du reste pour lui une chose nouvelle et inconnue, car il était familiarisé avec l'histoire ecclésiastique de la Constantinople moderne et ses recherches dans les archives des couveilts de l'Orient l'y avaient préparé, II se mit donc résolument à l'œuvre et c'est le fruit de son labeur qu'il ofTre aujourd'hui au public.
Son œuvre consiste d'abord en une révision complète du texte et des notes qu'il fallait mettre en ordre, une division ratîonelle du livre en parties et de chaque partie en chapitres homogènes et bien ordonnés. Chemin faisant il s'est permis d'ajouter au texte de M. Belin certaines pages qui lui ont paru nécessaires pour le compléter : ainsi la liste des empereurs et des patriarches latins, ainsi le récit des efforts tentés à diverses reprises pour amener l'union entre les deux Églises etc.
Dans la deuxième partie les changements paraissent plus nomiH'eux et plus importants, cependant, c'est toujours l'œuvre de M. Belin qui reste. Le premier chapitre lui appartient tout entier, le 3* a été complété et on y a ajouté la liste des ambassadeurs de France à Constantinople ; ils ont eu trop d'influence sur l'histoire de la Latinité pour qu'on puisse les négliger. Il eût été même utile d'ajouter quelques détails sur le rôle qu'ils ont joué, mais cela nous eût entraîné trop loin. Les chapitres qui concernent les Églises et les Ordres religieux à Constantinople sont aussi de M. Belin, seulement l'éditeur les a rangés suivant leur ordre historique et les a complétés par les documents trouvés dans les archives qae les chefe des diverses Communautés ont
graciensement mises à sa disposition. Mais il a fallu ajouter encore davantage au chapitre qui contient la série des chefs de la hiérarchie latine et essayer de faire connaître le rôle très effacé qu'ils ont rempli.
Dans la troisième partie l'éditeur a nne plus grande part il a complété et continué l'œuvre de M. Belin et l'a menée jusqu'au commencement de 1893. Il a donné un soin tout spécial à la statistique des œuvres catholiques et du clergé latin. Enfin dans un chapitre linal il a essayé de résumer toute cette histoire et de faire connaître l'état actuel de la Latinité Constantinopolitaine.
Nous nous sommes demandé s'il fallait marquer par une dictinctioQ typographique, ou par d'antres indications, ce qui appartenait à l'auteur et la part modeste de l'éditeur; mais nous nous sommes déterminé à ne faire qu'un seul texte. L'auteur et l'éditeur n'ont eu qu'un seul but, faire connaître la vérité et apporter leur part à ce grand travail historique duquel doit sortir une plus grande gloire de Dieu et une connaissance plus approfondie de l'Église catholique et de son influence bienfaisante dans le Levant. Ce sera en même temps une contribution à l'histoire de la France, dont le rôle a été si important dans ces contrées.
Comme il était juste l'éditeur a soumis son travail à ses supérieurs : c'est avec leur bénOdiction et leur approbation qu'il le fait paraître,
Constantinople le 15 janvier 1893.