CHAPITRE I
TOPOQRAPHIB HISTORIQUE DE OALATA-PÉHA.
Noos avons va plus baat les motifs qui détermiaèrent Michel Paléologue à reléguer la colonie génoise d'abord à Héraclée de Thrace, puis dans la XIII" Région, celle de Fera, sur le rocher de Galata; mais si cette concession fut en quelque sorte noavelle, 11 n'en résulte pas cependant d'une manière absolue, que les Latins qui avaient déjà un palais dans Péra, au temps de la domination franque, et qui défendirent cette ville contre Paléologue, n'y eussent rien conservé de leurs anciennes possessions. Pachymères rapporte qu'avant de faire aux Génois cette concession, l'Empereur ordonna de raser au niveau du sol, les fortiâcations et les ouvrages de défense élevés à Qalata, tant vers l'intérieur, du cdté du marché, voisin de la mer, qu'en dehors du bourg; puis il prescrivit aux Génois d'habiter dans une série de maisons.étendues en longueur le plus possible ' . Mais les mesures que l'Empereur avait cru devoir prendre pour assurer sa sécurité, ne tardèrent pas à lui laisser entrevoir des résultats tout différents de celui qu'il avait recherché. En effet la République génoise, par cette concession, parvint à la réalisation de ses visées politiques : sa prépondérance dans les contrées du Levant fut assurée, du moins pour un certain temps, et Galata devint, pour ses possessions d'outre-mer, la succursale de la métropole-. Gènes, il est vrai, procéda avec autant d'habi-
1 Sauli. Tom. I. Î63. — ' Id. II, 15.
leté qae de prudence, tantôt victorieuse, tantôt vaincue ; mais sachant toujours profiter des circonstances, ellefit deGalataune place forte qui pins d'une fois se déclara en état d'hostilité avec les empereurs, et traita avec eux de puissance à puissance. Noas allons assister au développement progressif de cette cité.
La dénomination de Oalata attribuée au rocher s'élevant visà-vis de Byzance, a donné lieu à de nombreuses conjectures, sur lesquelles nous nous abstiendrons de nous étendre, la lumière ne s'étant pas encore faite sur ce point : nons nous bornerons k consigner ici les sentiments des auteurs les plus autorisés, laissant à la critique le soin de se prononcer en dernier ressort.
D'après Denys de Byzance, cet emplacement fut dit à certaine époque, Sykai, ou Sykaena, à cause des nombreux figuiers qui s'y trouvaient'.
Plus tard, à l'époque de Etienne de Byzance, cet endroit prit le nom de Jncundiana, ou Justiniana, parce que Justtnieo y avait élevé plusieurs édifices. Puis, à une date que nous ne pouvons déterminer, ce dernier nom fit place à celui de Galata. Dans l'opinion des Constantinopolitains, rapporte Pierre Grylles, cette appellation viendrait de ce qa'on tirait on vendait du lait (gala), à cet endroit^.
Au reste, une localité de l'Épire porte aussi le nom de Galata. On le trouve appliqué à un village près de Varna, et on pourrait peut-être rattacher & cette nomenclature le nom de Galatz, ville du bas Danube.
D'après Tzetzès, poète et écrivain connu, né à Constantinople en 1120, mort en 1180, cité par Pierre O-ylles, les Gaulois, dits Galates par les Grecs, ayant, sous la conduite de Brennus, traversé le Bosphore en cet endroit, lui laissèrent leur nom. Ce point qui était appelé Fera, (en face ou vis-à-vis) ou plutôt Pérama, Cle passage), fut nommé finalement, suppose notre auteur, Galata, en souvenir de la grande invasion celtique ^. Le patriarche Gonstantius rapporte cette opinion mais ne semble pas lui être favorable.
' Pierre GyUea, de Topografla. 317 t 32Ï, 40S.
' Etienne de Byzance dans son Dictionnaire d'hitloire et de géogro^hU. Justioîen occupa le trOne 525-565. '
3 Pierre Oylles, 33J.
L'invasion celte, conduite par Brennus, sortit en 378, avant notre ère, des pays du haut Danube, et après être descendue jusqu'il Delphes, d'où elle fut repoassée elle se divisa: une partie rentra dans la Gaule, à l'ouest de Lyon, et une autre colonne s'étant dirigée vers la Thrace, arriva jusqu'aux portes de Byzance ; pais ayanttraversé le détroit passa en Asie Mineure. Les trois principales tribus dont elle se composait, les Trocmes, les Tolistoboiens, et les Tectosages, s'établirent dans cette partie de l'Asie Mineure qui forme aujourd'hui la Province d'Angora, et qui d'après eux fut nommée Oalatie. Les Gaulois d'Asie Mineure sont désignas exclusivement sous le nom de Galates, Galatai, Keltai, Kelti, chez les écrivains grecs, etOalli nom emprunté aux Romains. St Paul a écrit, d'Éphèse, une do ses épitres ad Galntas.
Léon le grammairien qui écrivait son Histoire des empereurs d'Orient vers 1013, mentionne le Fort de Galata. Le Livre de la conquête de la Principauté de Morée ' dit que « Mikhailli Paleologo donna aux Genevois le lieu de Galata »... adonc les Genevois reçurent le lieu de Galatas et habitèrent illec. >
Les divers auteurs des mémoires sur les croisades, Villehardouin entre autres, écrivent Galathas, Galatas, Galatat etc.
Le chrysobulle de 1303, mentionne lalocalité s apudGalatim » et le même diplôme, comme celui de l'année suivante, cite le f Castrum Galathai; > le privilège de 1353 décrit la donation faite par l'empereur c communi Janue de Oallata ou Galathe > .
Enfin le voyageur Ibn Batouta, qui visita Constantinople au xii' siècle, donne la description de Ghnlatha etc. D'autre part le Juif Benjamin de Tudèle, qui visita Constantinople à peu près vers le même temps, nous dit : • il n'y a point de juifs dans la ville de Constantinople ; le lieu où ils habîtetit s'appelle Péra. »
Il semble que pendant qne le nom de Galata fut conservé par les Byzantins, les colons Génois au contraire le délaissèrent pour celui de Péyra, Peyre, vis-à-vis, en face de Constantinople, vocable qui indique d'une façon générale les collines sises en face de Constantinople, de l'autre côté du port. Sous les Otto-
' Bucbon édit. Paris 1845, I, £6.
mans, la dénomination de (ïalata prévalut et s'étendit jusqu'à l'emplacement de l'ancienne caserne des Pupilles des Janissaires, devenue plus tard le Lycée de Galata-Séraï.
Ce n'est qu'aux deraiers jours de son existence que la colonie génoise fit reparaître, dans l'inscription murale de 1446, le nom de Galata « svburbani, Qalatai cives »/ mais on le retrouve, et cette fois d'une manière définitive, dans le texte grec de la capitulation accordée par le conquérant ottoman à la colonie génoise « les archontes catholiques de Qalata ont envoyé à la Porte de notre Seigneurie etc'. i
Dans la mélodie élégîaque sur la prise de Coostantinople, par un prêtre arménien, on lit: Dans le bourg de Galata,soumis aitœPrancs, les principaux s'étaient enfuis par mer-.
Malgré cela, les procès-verbaux de Ste-Anne. débris de la colonie génoise, n'en continuent pas moins l'emploi du terme de Péra. Galata comme désignation de l'ancienne ville, n'apparait dans les actes que le II avril 1657, deux siècles après la conquête, alors que la distinction entre les deux localités, Galata et Péra, commençait à s'introduire dans les mœurs locales, le premier désignant l'ancienne ville, le second la nouvelle. Vers le même temps les archives de St-Pierre, en plusieurs documents, parlent indifféremment de Galata et de Péra, comme de la même localité. Et un auteur du temps nous dit : c Galata communamente chiamata Pera. > Un autre « Galata, sîve Péra. »
Quant au nom Turc iBeï-Oglou», si l'on en croit une tradition populaire, il désignerait le quartier musulman, compris entre la rue Asraaii-mesdjid et le 'Tekié ; en un mot l'emplacement occupé actuellement par la chancellerie russe, et qui avait été assigné parSultanMahmoudIau troisième fils du dernier empereur de Trèbizonde, qui aurait embrassé l'islamisme. (Cf. Hammer II, 81). Le Tékié des derviches mèvlèvi fut bâti sous Sélim I, et la mosquée d'Âsmali-Mesdjid sous Baiezid II. Un fils naturel du Doge Grilli qui sous sultan Suleiman, fut l'agent de la Porte dans ses rapports avec les puissances, estdésigné par Féridoun, dans le c Journal de la campagne de Sultan Suleiman en
■ Hammer, II, 525.
> Dethler. p. 241.
Hongrie, > comme sait, < le Bei-Oglou franc, gui habite Galata. »
De tout ce qai précède, il résulte donc que la localité qui nous occupe, fat désignée en même temps, pour ainsi dire, par deux dénominations ; l'une officielle, c Galata, > employée dans les actes publics de l'empire, ou dans ceux qui lai étaient adressés, l'autre populaire et intérieure : t. Péra » usitée parmi les étrangers, en vue peut-être de constater leur rupture complète avec le passé et leur indépendance. Il en fut de même après la conquête ottomane, quand la population galatiote se transporta sur l'em- ■ placement de la nouvelle ville, Péra actuel, celle-ci, comme l'ancienne reçut deux dénominations ; l'une officielle « Bei- Oglou » l'autre populaire, < Péra, » adoptée par les étrangers, et dans les docaments, écrits en langue étrangère, de la municipalité de cette ville.
Quoiqu'il en soit de ces controverses étymologiques et topographiques, lorsque les Gténois furent établis à Galata, les Vénitiens ne purent voir leurs rivaux s'installer sur leurs ruines sans un sentiment de vive jalousie ; aussi ayant résolu d'en tirer vengeance, ils envoyèrent une flotte, commandée par Morosini, an début du règne d'Andronic JI, mettre le siège devant Galata, qu'ils réduisirent en cendres. Impuissants dans la résistance, les Génois, avec tout ce qu'ils possédaient, s'étaient réfugiés dans la ville impériale '. Puis la paix intervenue entre les belligérants, ayant rendu un peu de calme à la colonie, elle en profita ponr réparer les dommages soufferts'; et, pour se garantir contre le retour d'une nouvelle attaque, elle entoura ses habitations d'un fossé, qu'elle étendit même au delà du terrain précédemment occapé ^. En outre, en vue sans doute de parvenir à la même fin, certaines négociations étant entamées avec Temperear, elle resta neutre pendant une nouvelle expédition vénitienne qui, sous les ordres de Giustiniani, vint devant la Capitale, et imposa à Andronic de fort dures conditions. Ces négociations avaient pour bat d'obtenir de l'empereur l'autori-
' Du Cange Conêtantinopoli» ehriitiana. 1, 60; atti detla Société ligure eto. II, 355.
• SbhU, m, la.
* CpUê Chriêt. ib.
sation de s'étendre dans Galata et de s'y fortifier. Elles aboutirent en partie ; car peu après l'expédition de Giustiniani, c'està-dire en mai 1303, les limites du bourg génois furent déterminées d'une manière précise, comme l'indique le chrysobulle dont nous traduisons, en partie, le texte latin '.
1303. «... D'ordre de notre très puissant et saint empereur, la localité concédée et donnée, à Galata, à l'illustre communauté génoise est délimitée comme suit : La ligne frontière commence de la marine, près de l'échelle dite de l'ancien arsenal, distante de celle-ci de 27 pas, de 7 palmes l'un, elle monte ensuite vers le nord, laissant à gauche, à 3 pas de distance, les limites de St-Jean, prophète et précurseur; puis entre dans la vigne de Perdlcarios, dont elle prend 4 pas, arrive jusqu'au fossé de cette vigne, ce qui fait, en tout, depuis la marine jusqu'au dit fossé, 90 pas, de 7 palmes l'un.
( Delà elle va directement, vers l'est, à travers cette vigne, dont elle prend 4 pas, et arrive, en ligne droite, à la vigne du monastère de Lipsios, laissant à gauche, à 34 pas de là, l'église du saint et grand martyr Théodnie. Elle passe ensuite à travers cette vigne, à la distance de 54 pas du mur séparant la vigne dite Macropita. Elle passe ensuite par le puits de l'église de Ste-Iréne, ancien cimetiôre, {lieu de sépulture) des Génois- ; puis à travers la vigne du logothète Stratioticos, autrefois Kinami, à la distance de 3 pas j elle se rapproche encore de ce mur, et va joindre celui d'une autre vigne appartenant au même personnage, laquelle se trouve à l'oppostte, en face la porte de l'église du grand et saint martyr, St George, éloignée de là de 28 pas. Enfin cette partie depuis la vigne de Perdicarios, jusqu'au mur de la seconde vigne de logothète Stratioticos, autrefois Kinami, comprend une étendue de 217pas^.
€ Là elle descend vers le sud, laissant à gauche, à une distance de 10 pas, l'église des SS. Anargyres.
< Puis elle se tourne un peu vers l'est, laissant cette même église à gauche, pour se diriger à la distance de 14 pas, vers l'hospice du Loghothète Stratioticos.
i Sauli. lof. lau'I. 1, 132. Document" IX.
» Voyez c[-après Ste-Irêne.
s Cette ligne allait probablement jusqu'à la ruelle Hadji-Ali, d'Oii elle allait rejoindra la porte Wolvoda, à Jùksek Qalilirim.
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< Ensuite elle revient vers le sud, laissant à gauche, à la distance de 6 pas, l'église de St-Nicolas ;
t Elie reprend, de nouveau, dans une distance de 30 pas vers l'est, laissant à gauche la même église, dont elle est éloignée de 8 pas;
t Elle redescend ensuite vers le sud, et va, en droite ligne à la mer, laissant Mitre elle et le mur du château de Gnlata une distance de 75 pas. 11 y a aussi au mur de la vigne du loghothète Stratioticos, autrefois Kinami, jusqu'à la mariae, 75 pas. ( De là elle tourne un peu à l'ouest, vers la marine, pour aboutir au point où ellea commencé; cette partie est 339pas. ( Telles sont les limites du terrain donné et concédé comme dessus, à Galata, par notre puissant et saint empereur, à l'illustre commune de Gènes.
< Un espace de 60 coudées (Cubitum) devra rester libre et sans habitations, sur toute l'étendue de ces confins, de même que le long des hospices, où résident des prêtres desservant les églises précitées; grecs ou autres n'auront point la faculté d'élever d'habitations sur cet espace,
« De même l'espace compris entre la mer et cette limite jusqu'au château de Oulata, sera libre de toute habitation, dans toute la largeur dudit château, comme aussi dans l'espace précité, de 60 coudées. Ainsi l'a prescrit et ordonné notre paissant et saint empereur. Fait le 1" mai 6811 ' (1303). »
A la suite de cet édit, les Galatiotes élargirent leur fossé, dans lequel ils pouvaient détourner l'eau de la mer ; ils posèrent des balistes, avec lesquelles ils pouvaient lancer des pierres an loin, et ârent de leurs habitations autant de petites poternes, d'où ils pouvaient combattre en sûreté. La ville était dès lors constituée '.
Ceci acquis et poursuivant toujours leur but, c'est-à-dire V agrandissement de leur cité, et l'autorisation de s'y fortifier, les Génois obtinrent, l'année suivante 1304, du même empereur, Andronic le vieux, un nouveau chrysobulle, confirmatif du précédent, et consacrant l'existence du fossé d'enceinte. Cet acte autorise en outre les Génois, à bâtir des maisons et
' Voir le plan ci-contre de Galata.
* Conttanlinopolit ChritCiana HI, 3.
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autres édifices offrant solidité et sécnrité, et à construire aussi des bains, des marchés, comme aussi des églises, desservies selon le rite latin ; il spécifie de plus le maïutien, sous la juridiction du patriarche, des trois églises grecques du même lieu, qui seront desservies par des prêtres grecs, y célébrant l'office selon leur rite.
Voici la version française du document de 1304 ' :
1304. «... 1" Les Génois auront dans Galata, la localité qu'ils ont désiré être fixée et déterminée, dans une forme quadrangulatre, et qui est entourée par le fossé creusé tout fiutour.
« Nous voulons et ordonnons que, tout autour de cette localité, il soit mesuré un espace de terrain de 60 coudées, qui restera entièrement libre de toute habitation quelconque, comme aussi autour du mtcr du château de Galata, dans toute sa longueur, jusqu'aux confins des Génois ; de même il y aura un espace entièrement libre d'habitations, entre le fossé et la mer, et il ne sera permis à personne d'y élever aucune habitation quelconque. Les Génois auront faculté et pouvoir défaire à leur gré, des maisons, constructions et autres édifices solides, ofi'rant toute sécurité, à l'exception d'un mur de forteresse, (d'enceinte), que nous ne voulons pas permettre audit lieu.
( Item, les Génois jouiront en toute liberté et sans nul empêchement, de ce qu'ils ont et auront audit lieu... Loge, bains, leurs propres églises, un prêtre ou des prêtres génois ou latins...
» Item, comme il y a, danscelieu,iro^j églises grecques, sur lesquelles S.S. le patriarche grec a toute juridiction, les prêtres grecs devront avoir ces églises, y chanter et célébrer selon qu'il sera ordonné par M. S. le Très saint patriarche général.-... »
1 Cf. Sauli, 1, 132, n, 211.
* Quelles étaient ces églises! Il n'existe pas actuellement d'église grecque dans l'ancien Galata as 1303 et 1304. et l'on ne saurait, je penae, les chercher parmi les anciennes églises latines. Pour St-François, on trouvera ciaprés une inscription de 1304, pour St-Paul une autre de I32S. quant A St -Georges cette église servait de aépullure aux Génois avant 1303. Les églises grecques de Galata, au nombre de trois d'abord, puis de quatre ensuite, n'existaient que dans l'enceinte de Marufo Balthasar ; ces églises sont St-Spiridion, cédée aux Chiotes. qui en ont la pleine et entière administration, dite aujourd'hui St-Jcan ; St-Nicolas ; l'église du Christ, et enQn Tëglise de la Vierge de Ca/fa. Les trois piemiéres seraient celles dont il est question ici, la
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Cette nouvelle concession ne répondait pourtant pas encore à l'ambition des Galatiotes ; toutefois s'appuyant sur le chrysobulle impérial ils étendirentles limites de leur ville, la munirent de somptueux et solides édifices, l'entourèrent d'un fossé, et contrairement aux stipulations expresses du clirysobulle, ils élevèrent des murailles et se fortifièrent d'une façon sérieuse t ; puis le premier magistrat qui, selon l'usage du temps, était AiiAbbate âel popolo, se présenta devant l'empereur et lui notifia que lui-même était dans la nécessité de faire alliance avec les Catalans, fortifiés eux-mêmes dans Gallipoli-.
D'autre part la République, sous Andronic III, le Jeune, avait enlevé à l'empire les lies de Chio et de Mételin ; aussi, enfiée de ce succès, la colonie galatiote, qui d'ailleurs s'était beaucoup augmentée par suite de l'extension de son commerce, fit creuser it, une plus grande profondeur le fossé entourant la ville, et, sous prétexte d'habitations particulières, elle fit élever peu h peu de grosses tours, pouvant servir à la défense ; enfin par ses intelligences à la cour, {Imperit procuratoribus larf/llime comiptis), le gouvernement colonial obtint la pleine faculté d'obtenir les Vignes des alentours, en dehors des limites fixées par le traité, comme aussi de bâtir sur les hauteurs voisines {in vicino colle), de splendîdes habitations qu'on eut soin de fortifier pour le cas d'hostilité avec Byzance.
Mais l'empereur ayant à cœur de se venger de l'affaire de Mételin, (qui avait été occupé par la flotte génoise) et d'a'53urer la sécurité de sa capitale contre ses ambitieux voisins, avant de partir pour l'Archipel, parcourut les hauteurs de Galata, détruisit les édifices, (Casamentf), récemment construits, enleva les approvisionnements de guerre qui s'y trouvaient accumulés, et
quatrième paraissant, d'après sa dénomination ir.Sme, devoir Être poht prieure à la conquête musulmane. Certains supposent toutefois qu'il en fut de Galata comme de Coustautinople où les églises latiues étaient autrefois grecques: les inoriplions que nous venons de citer ne permettent pas d'adojjter cetto conjecture ; le patriarche grec Tonstantius doute m6me que St-l(enolt fut tlans le principe une église orthodoxe. Quoi qu'il en soit, il me i>arail ),lus naturel de penser que les G<''nois, devenus plus indépendants, n;l<^guèrent les trois églixes grecques ta où elles sont aujourd'hui, eu leur conservant leur ancien vocable. M. Paspati me dit que jusqu'en 1804, il n'y avait pas d'éjjlise grecque dans Péra. et que celle de la Vierge de Caffa, à Galata, était la paroisse orthodoxe de Péra.
> SauU, 1, 159, — * Id. aoâ.
sans vouloir enteeprendre le siège de la ville même, il en fit le blocus rigoureux, de telle ftçon qu'au bout de six jours, le peuple contraignit ses magistrats de solliciter la paix. L'empereur la leur accorda, à la condition de se maintenir dorénavant dans la limite des traités < .
A la mort d'Andronic III, arrivée le 15 juin 1341, les Galatiotes se sentant assez forts pour intervenir entre les compétiteurs à l'empire, et pour peser aussi peut-être, par l'effet de leur décision, sur le rétablissement de l'ordre, résolurent, avant de se prononcer, de procéder à une enquête ; ils chargèrent de cette mission deux religieux, dont l'un, le Père c Enrico, {Sabaudus), supérieur du couvent des Observantins de Galata » avait en outre des liens de parenté avec l'impératrice Anne, veuve d'Andronic m. S'étant rendus au camp, ces religieux découvrirent les manœuvres artificieuses d'Apocampe, l'adversaire du Régent Cantacuzëne, et ils instruisirent l'impératrice du résultat de leur mission. Apocampe voyant son crédit eh déclin, s'abandonna à de tels excès que bon nombre de Constantinopolitains durent quitter la capitale et chercher un refuge dans (lalata-. A la suite de ces événements Cantacuzène fut revêtu de la dignité impériale ; mais ce prince ayant voulu reconstituer la marine grecque pour lutter avec quelque avantage contre ses ennemis, vit bientôt ses efforts neutralisés par les Génois, jaloux de conserver leur supériorité navale. Ils lui créèrent d'incessantes difficultés et sollicitèrent de nouveau l'autorisation d'occuper les collines de Galata. Pénétrant leurs desseins, Cantacuzène ne " manquait pas de leur opposer des refus, mais pendant ce temps les Galatiotes ne cessaient pas d'amasser les matériaux destinés à commencer les travaux, dès que l'autorisation attendue leur serait accordée. Aussi l'empereur, après une expédition enThrace contre les Turcs, ayant dû différer son retour dans sa capitale, les G-alatiotes crurent l'occasion favorable : ils armèrent leurs navires, et interdirent tout trafic entre Constantinople et le dehors. De leur côté les Grecs murèrent les portes de leur ville, et à leur tour rompirent toute communication avec Galata. Cette ville habituée à vivre de ses relations avec la capitale, se hâfa d'envoyer des députés à l'impératrice pour solliciter son pardon, tout en lui de-
1 Sauli. I. 252. — « Id. ib. 275.
mandant de s'abstenir de réparer et de reconstituer sa flotte. L'impératrice en ayant référé à l'empereur, celui-ci ordonna de donner l'assaut & Galata. Instruits de cette résolution, les Gialatiotes se préparèrent à la résistance. Tout d'abord ils mirent le feu à des galères impériales et à quelques autres navires ancrés dans le port, et empêchèrent tout navire chargé d'y entrer. En même temps la population de tout flge, de tout sexe et de toute condition, employée auztravauz des fortifications, creusait les fossés, murait les bastions et travaillait partout avec la plus grande activité. L'impératrice de son cdté soutenait et encourageait les efforts des siens. Son fils Manuel rendaitauz Galatiotes tout le mal qu'ils faisaient k la capitale, et incendiait leurs maisons et les constructions élevées en dehors de l'enceinte du bourg. Enclins à ne pas faire grand compte des Grecs, les Galatiotes ne s'inquiétèrent pas grandement, tout d'abord, de ces hostilités ; mais la ténacité et la persévérance de leurs adversaires finirent par les engager à faire des propositions de paix ; et ils trouvèrent l'empereur disposé à les accueillir, à la condition toutefois que leurs tours seraient rasées, ainsi que les fortifications élevées par eux en dehors .des limites tracées par ses prédécesseurs. Rentré dans sa capitale pour y suivre ces négociations, Cantacuzène se trouva en présence des plaintes de son peuple, et surtout du patriarche Isidore, qui le poussèrent à tirer vengeance des Galatiotes. Quels que fussent ses efforts pour calmer cette irritation, et faire tenir ua langage plus conforme à la raison et aux vrais intérêts de l'empire, il fut obligé de céder à l'opinion publique et de se préparer au combat ■.
Une galère de Rhodes, envoyée en mission par le Grand Maître, chercha à interposer ses bons offices j l'empereur ne voulut ou ne put consentir à entendre aucune proposition, avant la démolition des ouvrages de défense élevés par les Galatiotes, tant dans leur ville que au delà des terrains à eux régulièrement concédés. Ne pouvant consentir à ces conditions, les Galatiotes se préparèrent à combattre, après avoir rais sur la galère rhodienne leurs femmes, leurs enfants et leurs trésors. L'armée grecque occupait les hauteurs pour fondre ensuite sur Galata
1 SauU, ih., 203.
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dès que l'attaque par mer aurait commencé ; mais l'Inhabileté et surtout rindiscipliue des marins de la flotte grecque l'obligèrent à se retirer. Sur ces entrefaites le bruit s'étant répandu de l'arrivée aux iles des Princes d'un gros navire génois, deux trirèmes impériales furent envoyées à sa rencontre j le navire génois se défendit si vaillamment qu'il s'empara des trirèmes et les ramena prisonnières & Galata. La flotte impériale se décida pourtant à prendre la mer et offrir le combat, mais elle fut dispersée par un vent violent qui fit évanouir toute espérance de succès. Une paniqua s'empara des équipages et gagna les troupes postées sur les hauteurs, aussi bien que la population accourue sur les murs de Constantinople. II eût été facile aux Galatiotes, au milieu d'un tel désarroi, d'entrer dans la capitale ; ils se bornèrent à solliciter la paix*.
Cette modeste attitude leur fut peut-être commandée d'ailleurs par des instructions que des messagers spéciaux apportaient de Gènes aux magistrats de la colonie. La métropole blâmait hautement la conduite antérieure des colons; elle leur enjoignait d'abandonner le terrain usurpé, de réparer le tort fait par eux aux habitants de la capitale, et de s'engager par serment à ne plus renouveler dans l'avenir de pareils faits. Ces envoyés se rendirent ensuite auprès de Cantacuzène, lui déclarèrent être prêts à remettre aux mains de son fils les fortifications nouvellement élevées, et lui comptèrent une somme importante, à répartir, comme indemnité, entre ceux de ses sujets qui pouvaient y avoir droit. L'empereur répondit qu'il avait entrepris cette lutte plutôt en vue de conserver les droits mêmes de la métropole que pour la minime parcelle du terrain injustement
■ Ibn Batouta ^i, dans la longae sârie de ses voyages, accomplis entre 1325 et 1354. visita Constantinople, fait de GaUta U de»criptioD suivante : « Cialata située sur la rive occidentale de la rivière, /a Corne rf'Or, est affectée particulidremenl à la résidence des chrétiens francs, génois, vénitiens, romains at français. L'empereur de Constantinople est leur suzerain, il leur donne un chef appelé Cornes, (comte), qui paie un tribut à l'empereur ; tbutefoia ils se mettent souvent en état de rébellion contre l'empereur qui les châtie, et l'accord ne se rétablit que par l'intervention pontificale. lia font tout le commerce, leur port est vaste et contient plus de cent gros navires, quant aux petits on ne saurait les compter; les marchés (souqs) sont beaux, mais sales, une petite rivière dégoûtante les traverse : leurs églises sont aussi fort ■aies et n'offrent rien de beau. * Ed. Defrémerj-, Paris 1854, II, I, 32.
Qsurpèe, et qu'il était disposé à l'accorder de bonne grâce aux envoyés de la République '.
A cette même époque une flotte vénitienne, sous les ordres de Marino Ruggieri, ravagea toutes les colonies génoises d'Orient, et vint aussi devant Galata qu'elle surprit. Depuis leurs succès les Ctalatiotes négligeaient de fermer, la nuit, les portes de la ville : les envahisseurs entièrent donc sans coup férir ; mais au lieu d'en occuper les points principaux, ils se livrèrent au pillage, et de la sorte, ayant laissé aux. habitants le temps de se reconnaître, ces derniers finirent par se défendre et même chasser les Vénitiens. Ceux-ci recherchèrent alors l'alHance de l'empereur, mais Gantacozène redoutant les uns aussi bien que les antres, laissa traîner les choses en longueur, se bornant à offrir aux Vénitiens le renouvellement de leurs privilèges abrogés -.
Gènes agissait vis-à-vis de l'empire, avec plus de sagesse que sa colonie galatiote. Celle-ci croyant que l'alliance avec Venise n'avait manqué que par l'effet du peu d'avantages des propositions de ses rivaux, recommença les hostilités contre Constantinople et an moyen de ses balistes, lança une énorme pierre dans la ville même. L'empereur fit des plaintes dont le podestat ne tint aucun compte. Le lendemain il y faisait lancer une autre pierre. Devant de telles insolences, Cantacuzène regretta de n'avoir pas accepté les propositions vénitiennes, et déclara aux Galatiotes que tout étant dès lors rompu entre eux, il leur donnait huit jours pour enlever leurs marchandises de Constantinople et régler leurs comptes. Au même temps, la flotte vénitienne étant rentrée dans les eaux de Constantinople, Cantacuzène se mit en rapport avec son chef, et conclut le traité d'alliance recherché par la République ; il prit ensuite ses dispositions pour assiéger Galata du côté de terre. Ses troupes mirent encore le feu aux habitations galatiotes bâties hors des murailles ^, et formant de la même façon que de l'autre cAtë, (à Constantihople) un quartier dit de la Marine*. Puis faisant sortir en même temps sa flotte de la Dersana des sept échelles, il la divisa en deux escadres, l'une destinée i
> Sauli, ib., 313. Vincens Wi*(. de la Riip. de Cinet. f. 484 et seq.
• Sauli, 330. — » Id. 337.
* C'est là qu'on voyait encore, avant la démolition des murailles, la douane, l'intendance militaire, et les boutiques des marchands dont le commerce avait spécialement rapport A la marine.
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opérer devant Galata, l'autre chargée de ruioer les établissements génois de la Mer Noire. L'empereur et l'amiral vénitien reTinrent pour attaquer Galata que les troupes impériales devaient battoe par terre. Gênes ayant envoyé un secours de 60 galères, l'amiral vénitien se porta à sa rencontre et fut battu ; l'amiral génois voulant profiter de ce succès, fit aussitôt voile pour Galata ; mais un vent contraire l'obligea à relâcher dans le port d'Héraclée de Thrace, afin d'éviter un désastre '.
A la nouvelle de l'arrivée de l'escadre génoise, l'emperenr s'était mis en état de défense, et de leur cdté, les confédérés vénitiens et catalans, ayant pu s'avancer par suite d'un vent favorable, ils se portèrent sur Galata. La rencontre eut lieu de nuit; mais le vent ayant changé, le désordre se mit parmi les alliés qui éprouvèrent de graves dommages. Les galères catalanes capturées furent envoyées à Gênes ■.
Malgré cela et en présence des ennemis contre lesquels il avait à faire face, l'amiral génois, Paganino Doria, rechercha l'ai* liance de Sultan Orkhan, qui se disposa à faire passer des troupes en Europe. De son côté Cantacuzène pressait l'amiral vénitien d'agir ; mais au bout de quelques jours celui-ci mit & la voile et quitta Constantinople pour n'y plus revenir. Dès lors, se trouvant privé du secours sur lequel il avait compté, l'empereur se décida à traiter avec les Galatîptes, et à accéder à leurs demandes. Le traité fut conclu le 16 mai 1352. Il renouvelait les anciennes capitulations, tout en laissant valables celles conclues entre l'amiral Paganino et Sultan Orkhan'. Voici les principales dispositions de cet acte :
1352. ï Pour nous, confirmant les conventions anciennes
et nouvelles, existant entre l'empire et la commune de Gènes, avec la réserve toutefois, que la paix et les actes passés entre le seigneur amiral et l'émir Orkhan-Beï seront maintenues, nonobstant les dites conventions. Item, notre empire fait gracieusement don, par ce pacte, à la commune génoise de Galata, du terrain avec fossé, se dirigeant jusqu'au château de la Ste Croix, [Castellum. Sanctœ CtnLCts.)^. Ni latins ni grecs
' Sauli. 3G0. — ' Id. 368.
' Sauli, 359. Cf. Conniantiniailo. p. 160.
* Cest probablement au;: environs de ce château qu'on pourrait rechercher Vemfiolo lii Santa Crore, dont parle M. De Simoni, Gi'ornale liguiUco,
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ne poarront b&tir maison ou aatre édifice nouveaD, jusqu'à la distance de 100 coudées, à partir dudit fossé. AiDsi cet espace de 100 coudées existera à partir du commencement de Galata, jusqu'au château de la Ste Croix, et, de ce château, jxtsqu' à la Tour de Tracerios...
c Dressé par Thomas Aelan, notaire de la commune génoise de Constantinople, au saint palais de Blaquemes, en présence des témoins, grecs et génois, l'an 6860 de la création du monde, selon l'ère des Romains {Romèon) : mats 1352, selon l'ère des latins [de l'Incarnation de N.-S. J.-G.) '. >
Depuis lors la colonie ne cesse d'étendre et d' augmenter ses moyens de défense: aussi put-elte soutenir des luttes fréquentes et sanglantes contre Jean Paléologue, Ûls de Manuel, et ût-elle plus d'une fois le siège de Constantinople.
Il parait également d'après ce que rapporte Froissart, {cité par Du Gange), année 1385, que dani; l'intervalle compris entre cette date et le chrysobulle de 135S, la colonie avait pris possession du château de Galata, lequel dans les précédents chrysobulles, était maintenu sous l'autorité impériale, c Et (les Galatiotes) tiennent, dit Froissart, la ville et le châtcl de Père, qui sied en mer devant Constantinople (ancien castrum Sanctœ Cruels), et la font garder h leurs frais et dëpent, et )a rafroichissent trois ou quatre fois l'an de tout ce qui est nécessaire. Les Tartares, les Tores ont aucune fois essié comment ils le penssent avoir ; mais ils n'en peuvent venir k chef ; ainçois quand ils i sont venus ils î ont plus pris que mis, car Père sied sur une roche, et n'i a qu'ime seule entrée, les Genevois l'ont grandement forti&ée'-. >
Débarrassés dès lors de toute entrave, les Galatiotes reprirent lenrs anciens projets qu'ils mirent à exécution. Ils entourèrent leur ville d'une enceinte fortifiée, qu'au fur et à mesure des circonstances, et selon les besoins, ils portaient plus loin, jusqu'au
p, 149, 155 : Embolitm et arnlam itwlea* habera in Contlanlinopoti... et êi ibi non pouefi. in Fera êtwlcat ha/ierc ; ([nslructions d'Amico di Murât) 159, 160. Ces citations iniuisent & supposer que le rhàleau êîê au bord île la mer, portait le oom de Catlrum .Slot C.rivi*. et la principale tour à laquelts fl fut relié par une muraille, au sommet de la ville, Chriiieam turrim, tur laquelle flotta ensuile l'étendard de Gènes, à l'elligie du Christ.
• V. le texte complet de ce document. Sauli, II, 316, N- XI.
' Du Cange.
point où nous l'avons vue nous-mêmes il y a peu d'années, c'està-dire entourant l'ancien et le nouveau Galata, depuis l'arsenal militaire d'une part, jusqu'à Top Khané de l'autre; et en&n se terminant, pour la partie supérieure à la tour de Galata. (Ces murailles ont été démolies par la Muoicipalilé de Péra, en 1864.)
Le gouvernement de la colonie, d'après M. Promis dans sa préface des Stàtuli délia colohîa çenovese di Pera ', était formé de la manière suivante :
» Le Podestat, envoyé de Grênes chaque année, avec le titre de Pûtestas Januensis in imperio Romanice, ayant le gouvernement et l'administration suprêmes de la colonie ;
< Il était assisté d'un grand conseil composé de 34 membres, dits probt honiines, et d'un petit conseil de 6 membres, composé par moitié de patriciens et de plébéiens.
< II avait la qualité de ministre résident auprès de l'empereur.
( Le podestat rendait la justice par l'entremise d'un vicaire, et il expédiait les affaires par celle d'un chancelier envoyé de Gènes, ou choisi parmi les notables de la commune.
< Un ttffizio di mercanzîa, composé de huit des principaux habitants, était chargé des affaires commerciales ;
( Un clavario, i trésorier > était chargé de la garde du trésor et des archives.
c Par imitation, sans doute, de ce qui avait lieu dans la métropole, un abate del commune e popolo di Pera, existait aussi dans cette ville, aux xiv* et xv' siècles, conjointement avec le podestat ; iMChino Ptetrarossa, exerçait cette charge en 1427'.
c Lé cbef religieux était le recteur de l'église de St-Michel, patron de Péra, en sa qualité de vicaire de l'arcbevêqae de Gènes. »
Les Génois avaient des ateliers monétaires dans leurscolonies de Theodosie, (Caffa), d'Ammokhosto, de Chypre et de Chio ; mais on ne connaissait pas de monnaies frappées par eux à Péra.
1 Turin 1871, dont nous devons la communication à l'obligeance de M. da Simoni.
• M. Promis et Lobero, Memorie Storiche del Banco di S. Giorgio. Geao-
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Grâce à M. Paul Lambros ', nous possédons l'empreinte de deux monnaies d'or, frappées, ahustoement, dit cet auteur, à Péra, et trouvées la premiôre à Smyrne, la seconde à Constantinople.
La première de ces monnaies frappée sous Philippe-Marie Visconti, duc de Milan, porte d'un côté, l'image de l'apôtre St-Pierre, tenant dans sa main gauche un livre, et, de sa main droite, remettant au Duc agenouillé devant lui, l'étendard à la croix de Gènes : on lit en exergue, cette inscription : F. M. MEDIOL. D. ET CÔIS. lA. < Philippus-Marta Mediolani aux, et communitatis lanuœ. » Sous le Mton de l'étendard, on voit le Différend, ou marque de l'atelier monétaire, P. (Péra), en caractère gothique. Au revers se trouve l'image du Christ bénissant de la main droite, et tenant l'évangile dans la main gauche. Dans l'ellipse, à droite sont placées quatre étoiles, et à gauche . cinq : enfin on lit en exergue : SIT. T. XTE. DAT. Q. T. REGIS. ISTE. DVCTVS. < SU tibf, Christe. datus. quem tu reffis tste ducatus. »
La seconde monnaie porte à l'avers : T. G. DVX. lAN. « Thomas Campofregoso , dux lanuœ. »" Au centre est placée l'image de S. Laurent^ tenant dans la main gauche un livre, et de la droite, remettant au duc, agenouillé devant lui, l'étendard à la croix de Gènes ; au-dessous la marque P. (Péra), en lettre gothique. Le revers est semblable à celui de la monnaie précédente.
Selon M. Delaunay, archiviste du bureau, technique de la municipalité du VI' cercle, (Galata-Péra-Pancaldi) qui en a fait le relevé géométrique, les murailles de Galata s'étendaient sur un parcours de 3800 mètres. Leur démolition a laissé à la voie publique un espace libre de plus 9000 mètres, soit à peu près la 40° partie de la cité génoise ^. Elles étaient percées de cinq portes et flanquées de vingt^uatre tours, y compris celle du Ghrist,dite
■ Anef-lata aitmitmata etc. Athènes 18T2. (en grec) La fabrication âw moDoaies ne fut pas toujours permise dani les colonies génoises, elle fut même interdite aous dea peines aâvéres, comme le porte l'acte Z7I îles Sta- Uiti dcUa rolonia genovt.se di Pera. déjà cité^.
■ S. [.surent martyrisé, sur la gril, est le patron de la cathédrale de Génca. > Pierre GijUen dît que le périmètre de Galftta s'étend aur-un parcours de
1 40!) pas, que six j>ortes du mur d'enceinte ouvraient sur la mer ', qu'entre la muraille et la mer se trouvait un espace vague, occupé par des auberges, deataveTTies et des magaaios, et employa également pour le déchargemeot dea navirea.
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abusivement tour de Galata '. L'enceinte extérieure renfermait quatre sections, séparées entre elles par ane muraille fortifiée ellemême de tours intérieures, et indiquant les développements successifs de la colonie ^. Les inscriptions historiques des murailles, relevées par M. Delaunay, et rapportées dans s^Notice précitée, établissent la date de la construction ou de la réparation des différentes parties de ces fortifications 3. Les pierres originales déposées d'abord dans l'enclos d'un petit cimetière turc, aux Petits Champs, ont été ensuite transportées, sur les démarches de l'ambassade de France, provoquées par nos sollicitations, dans la partie inférieure de la Tour de Galata, et finalement dans la partie du Vieux Serai, sur le sol environnant Tchinibiii- Kiochk, oii est placé le Musée impérial ottoman *. A l'aide de . ces précieux monuments, on peut suivre pas à pas les développements successifs de la colonie galatiote et il est permis de supposer que bien que la démolition de ces murailles ait été ordonnée par les empereurs, à la suite des luttes survenues entre eux et la colonie, il en fut de même alors que plus tard, à l'époque de la conquête ottomane, c'est-à-dire < que le supérieur ou l'ancien ne les fît pas abattre complètement; et qu'après avoir fait acte d'autorité sur une partie, le vainqueur laissa le reste subsister. »
Nous donnons ici la description sommaire de ces monuments pour lesquels nous avons suivi, sauf quelques corrections indiquées par l'inspection des photographies, la recensio de son premier travail, donné par M. Delaunay dans l'Univers, revue orientale^ cahiers de novembre 1874 à mars 1875.
Du côté de la ville de Galata, vers l'arsenal, au-dessus delà porte d'Azab-capou, donnant entrée de la mer dans la muraille
1 Contlnntiniaih, p. 1G2, Notice aur le oieua: Galata, (Pèra des Génoit) pur M. Delaunay.
* Voir le plan ci-dessus.
* A la demande de la Sor.ietà di utoria palria, la municîi)alité de Gènes, moyennant l'assistance du Ministère flegli afjari eileri a fait relever, jiar les soins de la légation d'Italie à Constantinopla la photogra[>hie de ces monuments (juillet 1ST5) préservés ainsi de toute destruction ou disparition ultérieure. La col'ection de ces monuments s'élâve au chifTre de di\'buit planches.
* Ce kiosque d'après la belle inscription qui en décore l'entrée, a été cOD»truit en 877 de l'Hégire (1471) par sultan Méhemmed le conquérant.
d'enceinte, à partir du Vehtt Tersana de 1804, laquelle mnraiUea'arrôteen équerresurlarue Yanyq, dont elle forme l'angle, se trouvaient les trois Poussons ci-dessous, aujourd'hui disjoints, mais autrefois rénnis l'un à l'autre sur l'emplacement primitir.
L'ècusson du centre aux armes de Gènes avec les quatre B contournés, indiquant la suzeraineté des Paléolognes qui avaient donné ces armes à la colonie génoise, à titre d'honneur, et en même temps comme signe de sa vassalité à l'empire ; les deux autres écussons, le deztre et le sénestre, sont celui de la sérénissime République. Ces écussons ne sont accompagnés d'aucune inscription explicative, ni de date; mais la position de l'ècusson de vassalité en abtme, c'est-à-dire à la place d'honneur, indique sufOsamment qu'elle date des premiers temps de la colonie.
1335. Sur la tour carrée de la rue Woïvoda, en avant de la porte de même nom ouvrant autrefois dans l'intérieur de la même rue, en entrant par la montée de lùkcek qaidyryra, en face du corps de garde central de police, dit encore de nos jours i le Woïvode » M. Delaunay a relevé l'inâcription suivante, surmontant deux écussons de cette forme.
t M. CGC. XXX. V.
Ici on peut croire déjà h des velléités d'indépendance : quoique se trouvant encore à la place d'honneur, l'ècusson de vassalité n'est plus comme en 1335, en abîme ; bientôt on le verra disparaître tout à fait. Cette pierre, qui ne se trouve pas dans la collection des photographies, serait de la même année que celle que nous donnerons plus bas, en fac-similé, au Chapitre m St-François.
1349. Parvenae quelques années plus tard, à porter ses murailles jusqu'à la Tour du Christ, la colonie, tout en gardant
«QCore un semblant de vassalité k l'empire, se croit pourtant assez puissante déjà, pour rejeter à la seconde place le signe qui en est le témoignage. Ainsi sur la haute tour carrée dominant la porte de Galata, ouvrant sur Péra, au sommet de la montée dite lùkcek qaldyrym, elle place au-dessus d'une fenêtre grillée, à la hauteur d'environ 18 mètres au-dessus du niveau du sol, une pierre sur laquelle je crois bien lire :
t M. CGC. XXX. VIIII.
Au-dessous on voit à dextre (la gauche du spectateur) l'écus-' son de Gènes, puis, en abime, une image de Saint, que M. Delaunay croit être celle de St Nicolas, dont il croit lire le nom à droite et à gauche de la tète du Saint : à sénestre (la droite du spectateur) i'ècusson de la colonie, contourné des quatre B, des Paléo- I I ('\ [~â pn logues, relégué k la deuxième place.
1 i . \ 1 Cette pierre n'est pas accompagnée
V / Lu' \.^ ^/ d'inscription explicative, mais le \^| y \^ y^ fait seul de la position respective
des écussons indique sulTisamment la situation nouvelle qu'elle s'était faite vis-à-vis de l'empire. A l'angle droit du second écusson se trouve un trigramme ou tétragramme, que M. Delaunay propose de lire ainsi P. S. R. Per Serenissima Republica.
Ici s'arrêtent dans nos monuments les traces de vassalité de la colonie : dorénavant l'écusson de la République figure seul avec ceux de son premier magistrat ou du Podestat, sur les murailles de sa puissante colonie.
Les efforts de Cantacuzène, malgré leur énergie, furent impuissants à la maintenir. Ce prince fut obligé de se résigner k ce sacrifice, et l'acte de 1353 ouvrit pour les Galatiotes une ère de complète indépendance, qui devait durer tout un siècle, jusqu'à la conquête de Constantinopic par les Ottomans. Depuis cette époque en effet, l'enceinte de la ville génoise reçut d'importants compléments, que les podestats tinrent à honneur de constater par des inscriptions, (ci-après), où ne figurent plus désormais que leurs propres écussons et ceux des doges de la métropole.
1387. Côté de terre N. 0. sur la première tour de la muraille d'enceinte, à partir de celle du Christ, en allant vers l'arsenal :
pierre aor laquelle on lit cette inscription, tracée en caractères gothiques assez grossiers :
t M. CCG. LXXX. VII. HOC, OPS.
FACTAVIT. TEMPORE NOBrLIS. DNI. RAFAËL DAVFÛA
PTS. PEIRAE.
Au>des30QS et au centre, l'image d'un archange, ailé, nimbé, Têtu d'une tunique courte et d'un manteau militaire : il est chaussé de sandales à bandelettes, et tient, dans sa main droite une épée nue, et dans la gauche, le fourreau. Cette Image estelle celle de St Michel, «: le protecteur de la colonie i ou celle de l'archange Raphaël, en l'honneur du podestat Rafaël Doria qui l'érigea ' ? A droite de l'archange, au-dessous de l'inscription, se trouve l'écusson de Gènes, à sénestre, celui du podestat, aigle couronnée, aux ailes abaissées.
1397. Sur la dernière tour, sise au bord du fossé, du côté de Cassim-Pacha, on a trouvé une pierre commèmorative, portant comme suit en grands et beaux caractères gothiques, la date de sa construction.
t M. CGC. LXXXX. VII.
« au-dessous l'écusson de Gênes en abime, à dextre et à sénestre, an écusson barré de sept pièces ; à cette date Gênes n'avait pas de duc : elle était gouvernée par Vallerand de Luxembourg, comte de St-Pol et de Ligny, pour le roi de France, Charles VI. L'écusson n'étant pas celui du gouverneur français, appartient certainement au podestat de Péra, qui aura voulu de la sorte, protester contre la domination étrangère ^. »
1400. Côté de la mer, rue Moum-khané, au bas de la muraille, se trouvait une pierre portant une inscription, et des écnssons : en voici la description : f M. CCCC.
(U y a peut-être une lacune, la pierre étant très fruste) : au-dessous trois ëcussoDs, celui du centre à la croix de Gènes, ceux de
< L'imago représeote assurément St. Michel : l'archange Raphaûl n'étant jamais armé. Ed.
* Delannay, loe. laud. déo> 1874, p. llS.Vo^'ez sur la critique de ces inacriptiont le P. Vigoa : Alli delta Societd ligurv. Dr Déthier et Delaumy ISGa.
dextre et de sénestre sont méconnaissables. Au-dessous on lit l'inscription suivante tracée en caractères gothiques élégants :
ITALICVM. JVBAR. LVXR. R (eipublicie). DVX. MED (iator)