CHAPITRE VIII
LES ÉGLISES, ADJODRD HO] DISPARUES, DÉPENDANT DE LA ( MACNIFICA COMUNTTA DI PERA.
U est diflîcile, presque impossible même, de fixer le nombre de ces édifices pour la période antérieure à la conquête ottomane. Il parait indubitable que les Latins, pendant leur courte domination, ont dû s'emparer de plusieurs églises de Galata appartenant aux Grecs, mais ils durent en abandonner la plupart quand se fit la restauration byzantine ; toutefois il est de tradition locale que, postérieurement à la conquête, ils. avaient conservé new/" églises dans Galata.
Crusius en cite huit, savoir : Ste-Ânne, St-Benoît, Ste-CIaire, St-François, SWîeorges, St-Jean, Ste-Marie, St-Pierre ; avec les deux églises de Constantinople, on aurait un chiffre égal à celui indiqué ci-après par Pierre Gyllcs (1546).
t Les Francs, » dit le même Pierre Gylles, « ont environ dix églises (h Galata?) j » mais ce voyageur n'en donne pas la nomenclature.
M. de Brèves, dans la Relation de ses voyages*, dit sans, du reste, donner le détail des noms : * En la ville de Pèra, il y a environ six ou sept églises, servies et habitées de religieux latins. »
Du Cange (1680) cite seulement trots églises latines h Galata : St-Benoît, St-François, St-Pierre.
' Page 12 d'une édition à laquelle le litre manque, mais que je crois ôtre
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La Comitnità di Pera, dans une lettre au doge de Venise, parle de douze églises, qu'elle ne dénomme pas : mais sa correspondance en cite onze, savoir : deux pour Constanttnople : San Nicolo, Ste-Marie ; neuf pour Gaiata : Ste-Anne, Sant'Antonio, San Benetto, San Francesco, San Giorgio, San Giovanni de i'Ospedale, Santa-Maria, San Pietro, San Bastiano.
Les Atii délia Soeietà ligure font mention d'une église de St-Clément, dont nous n'avons trouvé aucune trace, jusqu'à présent, dans les documents locaux.
Nous pouvons cependant arriver k savoir le nombre et le nom de toutes les églises de Péra. Dans une instance de t la Magnifica Gomunità > au Vicaire patriarcal, di 1 8 nov. \ 583, elle réclame la propriété de huit églises, à savoir : St-Nicolas et Ste- Marie à CP., Sta-Anna, S. Benedetto, S. Giovanni, S. Sebastîano, S. Antonio, et S. Georgio de Péra. Si à ces six églises de Fera, existant en 1583, nous ajoutons celtes de St-Michel, de Ste-Irène, lie Ste-Claîre, dont l'existence nous est indiquée par' les monuments, et les églises des religieux, St-Paul, puis Sts Pierre et Paul des Dominicains et St-François des Conventuels, nous aurons, je crois, toutes les églises laissées aux Latins par la capitulation de 1453.
Plusieurs de ces églises existent encore, mais la plupart ont disparu et l'on connaît à peine l'emplacement de quelques autres. Par contre quelques églises neuves sont venues prendre la place des anciennes : nous traiterons de chacune en particulier consacrant ce chapitre aux églises, aujourd'hui disparues, de la Comunità.
Ste-Anne.
Les documents de la Comunità di Pera, qui, d'ailleurs, pour le présent, ne remontent pas au delà de 1603, parlent de Ste- Anne' comme d'une église particulière édiCée sous ce vocable.
' • L'Abbaye de Ste-Anne, près ta porte dite de JoMphat, en la ville de Hiénisalem, et la piscine probatique, auquel' lieu on tient que la ^'ierge prit
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Crusius [Turco-Grœcla) et Hammer' en font aussi une église distincte. Pierre Gylles, dont le voyage ea Orient s'effectua de 154G à 1549-, n'en fait nulle mention. Du Gange-* cite deux temples de ce nom h Constantinopte, et un autre à Galata, ce dernier d'après Crusius, sans dire que ce fût une église latine.
En 1585, la confrérie de Ste-Anne, déjà qualifiée d'antienne à cette époque, existait t en l'église des Mineurs conventuels de St-François. » La confrérie était enrichie d'indulgences, et jouissait du privilège d'accomplir, dans cette église, certaines cérémonies, à des jours marqués de l'année: tElle avait aussi le droit d'aller au baiser de la Sainte-Croix, le vendredi sainct, où ils sont accoustumés de tout temps, vestus comme ils sont de leurs sacz et cappes de confrérie, immédiatement après les religieux, avec torches en main, au baiser d'icelle croix*. » Wadding*, dans sa description de St-François, cite la chapelle Ste-Anne, où se trouvait l'inscription funéraire d'Albert de Wyss, ambassadeur impérial, décédé en 1569^.
La Comunitd parle, en 1611, de la perte que fit Ste-Anne de divers immeubles, à la suite du différend survenu entre l'ambassadeur de France et le représentant hongrois, lora de la fermeture de St-François'' ; et elle donne, comme suit, en 1614, l'inventaire, dressé par !e prieur, des reliques existant dans c l'église de Ste-Anne, » savoir : c dans une petite botte d'argent, placée dans une petite armoire dans le mur, prés le grand autel : un morceau de la vraie croix, reliques de St André,
naissance, estoit de religieuses de l'Ordre da St-Benolt, et dépendait immé' diatement du patriarche de Hiérusalem. n (l.es Familles d'outre-mer, de Du Cnnge. publiées par M. Ray. Paris, I8fi9, p. âlâ.)Devcnu oMedrècé.collége », sous l'islamisme, cet édifice a été donné à la France par le gouvernement olloman, à la suite de la guerre d'Orient. Cette église, fort bien restaurée, est aujourd'hui cleaservie par les Pérès Blancs, ou missionnaires de N.-D. d'Afrique ; elle est un séminaire de Grecs Melchites.
'£w. laud., VU, 139.
* Selon te rapport do Pierre Belon, son compagnon de voyage, cité dans les Xi'g'K-iatiùnt, 1, 622.
' Constant, rkrintiana.
I Xi'ijoeiation», \\\ 369.
" Tome VI, 55.
« Voyez notre Compte-rcn-lu du cimet. latin île CP. 1805, 23.
' St-t'ran;oiB resta fermé de 1586 à 1593; durant cette période de sept années, la chapelle de âte-Annele fut également.
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de St Christophore, de St Barthélémy, de Ste Euphémie, des SS. Fabien et Sébastiea, de Ste Agnès, de St Nicolas, de St Antoine, de St Georges ; cendres de St Jean-Baptiste, reliques de St Ignace, etc. ' >
Ste-Anoe avait ses procurears ; « et il était d'usage, dît un procès-verbal du 3 mars 1637, que les procureurs de Ste-Anne fissent la quête, tous les dimanches, à la porte de St-François, la tire-lire en mains, pour l'église de Ste-Anne ; > la Comunttà maintint cet usage-.
Le conseil de Ste-Anne, composé de douze memlfres, avait coutume de se réunir en Ste-Anne, le 12 janvier de chaque année, pour assister à la procession usitée en ce jour. Nous n'avons pu recueillir de renseignements sur cette cérènionle, qui d'ailleurs n'a plus lieu ; nous trouvons seulement, dans le mémoire du P. Barbléri, déjà cité, le passage suivant : c le 29 jaur vier 1673, le Vicaire patriarcal ofHcia pontificalement dans St- François et rétablit la procession de Ste Anne; le SI mars suivant, il bénit la nouvelle église de Ste-.^nne, élevée dans les cloîtres de St-François, et officia à cette occasion, i Par décision du 20 juillet 1799, Mgr Fonton prescrivit d'observer comme fête de précepte, (ainsi que cela avait lieu avant la conquètel, le 26 juillet, en l'honneur de Ste Anne; mais la S. C. de la Propagande ne donna pas son approbation à cette mesure.
Nous aurons une idée exacte de ce qu'était Ste-Anne et de sa situation, si nous réunissons toutes les données ci-de.ssus k celles que nous trouverons dans le chapitre in, de St-François. Dans l'enceinte (Recinto), dite de Si-François, beaucoup plus grande que la cour actuelle de la mosquée A'Iéni-djami, se trouvaient : 1" l'église de St-François, proprement dite, 2" le
' Du Cange fConslanlinopoli» Chrittiann) fournil de précieux rotiseignemenls sur le nombre considérable de saintes retiques recueillies dans la ville de CP, (Mégnlopoli».) et qui faisait dire 4 Pierre le Vénérable, abbé de Cluny : > plaise d Dieu qu'il me soit donné de visiter un Jour cette jurande capitale, et d'y vénérer les reliques des martyrs et des saints qui sont réunies là comme dans un vaste cimetière. » (Voir la Ihte ilonnce fuir M. Riant, citée plus haut.) Une seule église aujourd'hui pourrait rivaliser avec ces églises Je CP., celle de St-Sernin de Toulouse.
• Des quêtes sont encore faites, de la sorte, pour certaines œuvres, les jours de dimanches et fAtes. à la porte dea diverses églises ; des quétt.'s du même genre sont faites encore aujourd'hui, mais pour certaines œuvres de bienteisance.
couvent des Conventuels et les cloîtres qui en dépendaient, ces deu^i monuments appartenaient aux religieux, â^ l'église de Ste- Anne, appartenant à la « Magniftca Comunità, ■» 4" une église de St-Antoine, qui fut prise par les Turcs avant tnëme te dernier incendie de 1(>96. Il semble même que la Comunità avait aussi des locaux, non pour ses réunions générales, qui se tenaient publiquement dans l'église même, mais pour les archives et certaines réunions privées. [La casaccîa diS. Anna.)
M. de Brùves {Relation de ses voyages) nous donne de ces choses une notion fort claire, quand il nous dit : « Joignant cette église (de St-François), il y en a une autre qui en dépend, nommée Ste-Anne, oii les chrétiens du pays font leurs assemblées, et y ont une confrérie fort dévote. >
La population catholique était organisé&en confrérie, suivant l'usage du temps, et les membres de la < Magnifica Comunità » étaient les prieurs de la confrérie. Lorsque, comme il arriva plusieurs fois, l'église de Ste-Anne était ruinée par un incendie, ou fermée par la force, la confrérie se réunissait ailleurs, ordinairement à St-Benoit, (jui appartenait aussi à la Comunitii, mais aussitôt que l'église de Ste-Anne était restaurée ou rouverte, les réunions de la t Magnifica Comunîlà » et celles de la confrérie recommençaient à se tenir à leur siège régulier.
Ainsi Ste-Anne devint, comme St-François, la proie des flammes en 1660, elle ne fut complètement reconstruite qu'en 1674, et pendant ce tem,ps la confrérie, comme nous l'avons dit, célébra ses réunions à St-Benoît, elle retourna alors chez elle, et y restajusqu'en 1697. Elle fut alors définitivement transférée dans l'église de St-Benoit où elle se trouve aujourd'hui.
Cette confrérie est dite actuellement, des Chioies; mais on sait qu'un grand nombre de Pérotes s'étaient enfuis à Chio, lors de la conquête ottomane (Sauli, II, 173.), d'où certains seraient revenus ensuite à Péra et auraient donné leur nom à la confrérie de Ste-Anne. Ainsi que nous l'avons fait remarquer, cette confrérie n'est plus qu'une réunion de dévotion,qui reçoit aussi des femmes parmi ses membres. Elle a été transfèrée,de no3Jours,à St«-Marie.
La Comunità donnait naturellement la priorité à Ste-Anne sur les autres églises ; on lit dans un de ses procès-verbaux, citant le nom de diverses autres, i anco la chîesa dt Sta Anna, che doveoa dire prima » (que je devais citer la première).
Comme il est dit au ch. m, cette église fut comprise dans la cou&scation du couvent de St-François. Sur l'emplacement qu'elle nous parait avoir occupé s'élèvent une petite mosquée et une école qui a donné son nom à la rue MedresséSoghaky .
St-Michel, église.
Il y avait dans la ville de CP. un grand nombre d'églises dédiées à St Michel; les documents nous en signalent une de chaque côte de la Corne d'Or, près des extrémités de la chaîne qui fermait l'entrée de ce port. Était-ce en vertu de cette sorte de dédoublement de la cité que nous avons signalé, ou simi»lement de la dévotion de ses habitants, nous ne saurions l'afTirmer. Quoi qu'il en soit, l'église de St-Michel & Qalata dut avoir une certaine importance primordiale, l'Archange étant un des principaux i protecteurs de la colonie galatîote, Peyrœ protector et patromis. » Son image se trouvait sur une pierre encasb-ée dans la muraille de la première tour du fossé d'enceinte, près de la tour du Christ, en allant vers l'arsenal ; elle était placée entre deux écussons, l'un aux armes de Gènes, l'autre à celles du podestat d'Aurla (1387); la tête de l'archange est . nimbée ; il tient dans la main droite une épée dont le fourreau est dans sa main gauche, il porte une tunique courte, un man> teau militaire recouvre ses épaules, ses pieds sont chaussés de sandales à la romaine.
Où se trouvait cette église de St-Michel? Du Cange, sans donner d'autre renseignement, se borne k dire qu'elle se voyait dans Galata. Le patriarche CDnstantius (p. 161) dit : c sous les em- ))ereurs grecs, Galata renfermait... l'église de St-Michel., > sans dire si elle était de rite grec ou latin. L'auteur de la Notice sur les fortiâcatioua de Galata pense que cette église était sur l'emplacement de Khaviar-Khan, à gauche de la rue de Qara-keui conduisant au pont. Un autre document nous la représente dans le bas de Galata, dans la plaine, près de la mer.
Les archives de la Comunità sont entièrement muettes h l'en-
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droit de St-Michel ; nous n'y avons trouvé aucune mention de cette église, dont l'importance, pour l'époque génoise, ne peut faire l'objet d'un doute ; il faut peut-être dire pour expliquer ce silence, que la chute de la colonie mit probablement en oubli le grand Archange et son église, pour s'attacher surtout à S. Georges le patron de la mère-patrie. Mais les Atti délia Società ligure dî storîa patria(\ol. II, p. 354),nou3 permettent de suppléer dans une certaine mesure à l'insuffisance de nos renseignements locaux.
Il paraîtrait, d'après les Atti, que Michel Paléologue aurait accordé aux Génois la faculté d'ériger dans Pôra des églises leur appartenant en propre, et dans lesquelles leur clergé exercerait les fonctions du culte selon les usages latins. Les Actes génois, lit-on dans le même recueil, font mention des églises St-Clément, St-François, et plus souvent St-Michel. Le chef, ou Prévôt {Preposto, ou Prœpositus) avait pour la colonie, au moins à certaines époques, le titre de vicaire général de l'archevêque de Gènes, de qui dépendait Galata, au spirituel comme an temporel.
Heyd dit aussi de son cAté : c in riguardo religioso, la colouïa genovese dipendeva dell'arcivescovo . di Genova, il cui vicario générale, almeno nei 1335, fù it preposto di San Michèle in Fera'.
Toutefois l'église St-Michel disparut bientôt par le fait des rivalités Véneto-génoises- : «en effet, irrités et jaloux des concessions faites aux Génois par Michel Paléologue, et plus encore de ce que Andronic II suivait, sous ce rapport, les traces du restaurateur de l'empire, les vénitiens envoyèrent une escadre devant Peyra (Galata). Les Génois s'enfuirent â CP., où ils trouvèrent un refuge ; mais l'amiral Ruggero Morosini ravagea les environs et mit le feu à tous les édifices de la colonie. L'église de St-Michel dont, trois années auparavant, la cure avait été donnée par l'archevêque de Gènes, Jacques de Voragine, au prêtre Pagano di Caranza, ne fat pas épargnée et devint la proie des flammes (1396). Après cet événement les galatiotes ayant résolu de
' Voyez le Colonie eommereiali degli Italiam in Oriente, nel madio eao, disaertazione (tel prof. Heyd. Toriao e Venezia. 1866, 1[, 357, et d-apréa, Hiérarchie ëpiscopaU!.
' Atlt délia Soeiefà ligure, et mémoire de M. Belgrano, L. L.
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relever ce temple dans le même emplacement qae l'ancien, le même archevêque, pour constater son droit de juridiction, s'empressa de nommw, comme administrateur futur de ladite église, et pour le terme de dix années, le prêtre AJdobrando di Corvara (1397), à charge par lui de compter une redevance de 30 à 50 lires par an, tant que la trêve ne serait pas rompue entre les communes génoise et vénitienne. Le texte de ce document et l'acte d'ampliation d' AJdobrando sont datés tous deux du 22 janvier 1297. Toutefois le titulaire de la nouvelle église n'en conserva pas longtemps l'administration ; un nouveau f Preposto ï, le prêtre t Gualterio de Vezzano, preposilus ecclesiœ Sti Mtchaelis de Peyra, et in dicto loco pro Domino archiepiscopo Januensi, in spiritualibus vicarius générales, > intervint à la rédaction de l'acte de délimitation de Galata, en
Le premier document qualifie Aldoln^ndo de < Capellanus ecclesîie Januensis » et plus loin de t rector et administrator ipsius ecclesiœ de novo edificandse. >
A ces actes interviennent aussi comme témoins deux Frères Prêcheurs, un clerc de l'archevêché et le Prévôt de l'église de Ste-Marie-Magdeleine de Gênes.
L'église de St-Michel fut-elle reconstruite ? Il le semble bien puisque Wadding, sous l'année 13S6, et à propos d'une contestation avec les Frères Mineurs de St-François, cite le « Rector ecclesiœ Sancti Michaelis de Peyra, > mais elle fut détruite plus tard, car en 1584, Pierre Gylles rapporte (Topographia, 334) qu'on avait bâti sur les fondements de l'église St-Michel, un Xenodochium, < hospice » qui existait encore & son arrivée àCP.
En somme le caractère prédominant et politique de l'église de St-Michel, sous les Génois et antérieurement à la conquête ottomane, est suffisamment attesté par le passage suivant, emprunté à Depping (L. L. II, 3) : c les consuls et marchands de Fera avaient coutume de tenir leurs audiences auprès de l'église de St-Michel. > St-Michel était donc comme le patron de la colonie j et son église était la basilique de ses habitants, qui se réunissaient dans ce temple.
Quant à la desservance spirituelle de l'église, les renseignements fournis par les c MU > permettent d'afSrmer qu'elle
appartenait à des prêtres sécaliers, à la nomination de l'archevèque de Gdnes, qae les docaments appellent parfois le Patriarche, ou le Légat du St-Siège pour le Levant.
Depuis, St Michel n'a pas cessé d'êlre invoqué, spécialement par la Nation française : c'est en son honneur que Louis XI institua l'Ordre de St-Michel, affectô plus tard à la récompense des services civils, lequel avec celui du Saint-Esprit, fondé par Henri III, donnait & celui qui en était revêtu, le titre de Chevalier des Ordres du Roi. Malgré le malheur des temps St Michel est encore invoqué aiUourd'bui comme un des patrons et protecteurs de la France.
§in.
St-Jean-Baptiste (église et hôpital.)
Cette église ou chapelle, citée par Grtisius comme la huitième des églises latines de Galata, parait avoir été la chapelle de l'hépital du même nom : < la chiesa di S. Giovanni, dove l'ospedale, > dite aussi < chiesa e ospedale di S° Zuane di Përa. > On a vu dans la première partie, les donations faites par Manuel Comnène aux chevaliers-hospitaliers de St-Jean de Jérusalem ; St Jean-Baptiste était le patron de cet Ordre militaire, dont l'hospice était destiné au soulagement des pèlerins. Cet hôpital fut-il transporté de CP. à Fera, après k restauration bj-zantine, pour conserver, de ce côté du port, ce qu'on avait perdu de l'autre, ou bien y avait-il deux établissements distincts? On ne sait. Hammer rapporte seulement , qu'un couvent 'de St-Jean- Baptiste existait à CP. au quartier dit « Petriion » et qu'il fut pillé à la conquête ottomane.
Cet hôpital possédait divers immeubles, dont une partie fut aliénée, à la suite de la fermeture de l'élise de St-François (1586), aSn de produire des fonds pour obtenir la réouverture de cette église.
Comme les autres établissements religieux, celui-ci avait ses procureurs, chargés annuellement de l'administration de l'hôpital et de l'église.
Nous avoDs va (cb. vn) que la c Comunità >, sur la demande de M. de Césy, ambassadeur de France, avait offert aux Capucins & leur arrivée à GP., le cboix entre l'église de St- Cleorges et celle de StJean. Les Capucins optèrent pour SIh Ceorges, quoique très délabrée.
Selon une lettre de la < Comualtà >, en date de 1618, San Giovanni était desservie par les Domioicains, qui l'occupaient «ncore en 1643; époque où elle fut conâée à un prêtre cbiote. En somme, comme elle disait dans une lettre (de 1588], la < Magnitlca Comunità * la faisait desservir comme elle le voulait, ou miens, comme elle pouvait.
Cet hdpital servait surtout eu temps de peste, ce qui était fréquent, et l'on y transportait ceux qui étaient atteints du fléau. Ainsi on 1642, le P. Joseph, tbéatin, y fut transporté, il en fut do môme en 1649, pour Mgr Subiano : se trouvant mal et soupçonné de peste, le suffragant fut emporté, de St-François où il logeait, A l'hôpital St-Jean.
Cet établissement périt comme les autres dans le grand incendie de 1660. En 1664, le ^rrain et les ruines de l'hospice et de l'église furent rachetés des Turcs, mais, d'après les mémoires des Conventuels, St-Jean n'était pas encore reconstruit en 1666, car le 31 juillet de cette année les FF. MM. Riformati sollicitèrent de la Propagande l'autorisation de construire leur couvent sur le terrain de l'église incendiée en 1660. Cette demande renvoyée au Vicariat de CP. ne fut pas accueillie favorablement par Mgr Ridolfl, pour la raison que ce local < servait d'asile aux pestiférés et aux inQrmes, sous le titre ancien de ospedale asststito dai Domenicani. >
Plus de deux siècles s'étaient écoulés depuis la chute de sa puissante colonie, lorsque Gènes songeant à reprendre ses relations avec la Turquie, envoya, en 1666, selon Hammer (XVH, 443) le marquis de Durazzo à CP. pour rouvrir les négociations & ce sujet. L'arrivée de ce personnage, si l'on en croit les actes de la Comunità ût sensation à Galata, le conseil en prit occasion pour adresser à la République une supplique en faveur de son hôpital, non encore reconstruit : < la Comunità et les anciens de Péra, dit-elle dans ce document daté du 13 mars 1669, ont été comblés de joie à la vue, dans cette échelle, de l'étendard de la République ; et cette joie s'est encore accrue, si c'était
possible, par les promesses de. son ambassadeur, touchant la reconstruction de son bdpital ; aussi en présence du fléau qui désole sans cesse cette malheureuse cité, la c Comunità > s'estelle décidée, encouragée par ces espérances, de commencer sans retard, avec l'assistance de la Sérënissime République, l'exécutioa de cette œuvre pie, et de prendre ses dispositions pour que l'établissement contienne diverses petiteschambres pour recevoir les malades frappés de peste, et en même temps pour loger un prêtre qui leur administrerait les secours de la religion. » Le projet ne paraît pas néanmoins avoir été réalisé, du moins sur l'emplacement primitif, car dans le courant de la même année, 1669, l'hôpital fut transféré à Péra. Il parait que les Dominicains continuèrent à le desservir, comme l'attestent les archives du couvent sous la date des années 1674 et 1675.
Le 31 octobre de cette dernière année, la i Comunit;\ :> de Péra écrivit à Rome, pour demander que le chapelain de l'église et de l'bâpital incendiés, de St-Giovanni des pestiférés, fût regardé comme curé, et pût exercer son ministère envers tous les malades qui y seraient apportés.
Où l'hôpital de St-Jean fut-il enfin reconstruit, que devint-il? n existait encore en 1744, puisque nous voyons que le P. M. Ginseppe Danè, Mia. Conv. et commissaire général de son Ordre, était chapelain de l'hâpital de St-Jean-Baptiste des
Il semble avoir été un moment sous la protection vénitienne, car le Journal de la Résidence de St-Benolt des Pères Jésuites nous dit que t le baile y fut reçu avec tous les honneurs dus aux puissances protectrices (en 1667). Nous verrons, III* partie, comment les hôpitaux de Péra furent transformés. Comme souvenir de l'église et de l'hôpital St-Jean, il existe encore aujourd'hui à Ste-Marie, une confrérie de St-Jean-Baptiste, unie à celle de Ste-Ânne.
§ IV
Ste~ Irène.
Pierre Gylles ' parle de trois églises de ce nom dans CP. ; Crusius (1584), ne fait nulle mention d'église latine sous cette âénomination ; mais il en existait certainement une au moins, dans Galata, sans parler de celles qui se trouvaient en CP. : nous lisons en eO'et dans le chrysobulle de 1303, qui ûxo les limites de la concession génoise au bourg de Galata - : « transit post^ (la ligne de frontière) per puttieum quod est in templo sanetœ Irence, quod priùs habebant Januenses pro cimitero ^. > Où était cette église ? on ne peut faire à cet égard que des coiyeetures plus ou moins douteuses.
La ligne frontière montait au nord, de la * Vêtus Tersana >, jusqu'au fossé, c'estrà-dire quatre-vingt-dix pas, de sept palmes
l'un Elle va ensuite à l'est et à la distance de deux mille
quatre cents cinquante-quatre pas elle rencontre le puits de Ste Irène, ancien cimetière des génois ; elle continue, et à la distance de vingt-huit pas, elle se trouve en face de la porte de l'église du grand et saint martyr St Georges, etc.
Malgré ce texte, plusieurs voudraient identitier les deux églises de St-Georges et de Ste-Irèae, surtout à cause du puits sacré que nous voyons encore à St-Georges, et qui est consacré à Ste Irène. D'après eax le changement de vocable ne se serait produit qu'à l'époque oii les Génois s'établirent à Galata : ils auraient donné à leur cimetière le même patron qui protégeait la mère patrie, St Georges. Mais il se rencontre une grande difSculté à ce système, c'est là simultanéité, d'après le texte du chrysobulle de deux églises, dédiées l'une à Ste Irène, l'autre à St Georges, assez distantes l'une de l'autre. Nous laisserons la solution à d'autres plus habiles.
Une autre question intéressante se pose encore ici : à quelle
1 Topographiii, p. 244,
■ Sauti, 1<K. lawi., II, documenta.
* Voir U texte, t'n extengo, G. II, c. i.
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époque les Génois commencèrent-ils à être inhumes à Ste-Irène? Cet usage remontait-il à la première concession faite aux Génois, dans la ( grande ville x, en 1169? Elle comprenait des églises et des cimetières; mais eu égard à l'étroitesse de ces concessions, ne peut-on pas supposer que les inhumations avaient lieu sur k colline de Péra? C'eût été la continuation de l'usage ancien, de faire passer l'eau aux morts pour les conduire h leur dernière demeure. Plus tard l'islamisme continua cette tradition : sur la rive gauche de la Corne d'or, à l'extrémité des anciennes murailles de Galata, du cdtè de l'arsenal, près de la porte dite Âzab-capou, se trouve une échelle dite Meit-iskéléci, t l'échelle des morts » citée déjà dans le Hadyqat-uldjévarai, à propos de la mosquée de Djubalï. Là venaient aborder, en imitation de la tradition payenne conservée à travers les siècles, malgré la transformation des croyances, et après avoir simulé ainsi le passage des âmes à travers le Styx, la plupart des morts de CP. (du moins ceux de ce versant des collines), pour être inhumés sur les hauteurs de Péra. On doit peut-être rattacher à cette tradition la défense de faire passer les morts sur les ponts reliant Galata à CP. Du reste, c'était aussi par eau que les morts de Chalcédoine devaient passer pour aller se reposer à Hieriae, actuellement Fener-baghtché.
Quoi qu'il en soit il ne reste rien de l'église de Ste-Irène, s'il faut y voir un édifice distinct de St-Georges, comme noua le croyons,
II ne reste rien non plus d'une autre église de Ste-ïrène, jadis temple antique que Constantin transforma en église, et que Justinien décora brillamment. Elle était située à l'entrée de la Come-d'or à l'endroit appelé aujourd'hui t Top-Kbanè » (Constantius, p. 161).
StSébastien (autrement San-Bastlano), chapelle.
L'emplacement de cette église ou chapelle, dite par la Comunità « San-Bastiano », est inconnu; les uns le fixent entre la porte de Tophana et Moum-khâuè, d'autres dans le Péra d'au-
jonrd'hai. Od a vu plus haut (ch. v, St'Benoît) que, sur les difUcaltés opposées à la rëinstallation des Jésuites dans St-Benoit, qui, disait-on, était ( éloigné de la demeure de France ', » et écarté de la résidence des Latins, M. de Salignac avait loué uae maison sise au milieu du quartier habité par ceux-ci, et voisine c de quelque cinquante pas, d'une petite église ou chapelle, dite St-Sébastïen, où l'on n'officiait qu'une ou deux fois l'an', i Il résulte d'une lettre écrite par la Comunità à M. de Brèves, le 17 octobre 1609, que cette maison, appartenant à un sieur Giorgio Mamoretto, était bâtie dans le jardin acheté par celui-ci du sieur Dané.
On a vu également plus haut que les Jésuites officièrent, dans cette église, pour la première fois, le 20 septembre 1609, et la desservirent jusqu'à leur retour & St-6enolt, dans la dernière semaine précédant le carême de l'an 1610.
St-5ébastien avait été fermé, en mars 1586, sous Murad III, t en même temps que SUFrançois et Ste-Ànne ; et, comme ces églises, il fut question de le changer en mosquée, mais ce projet ne fut pas exécuté ^. >
St-Sébastien avait aussi des procureurs, chargés de l'administration de ses biens.
Cette église est mentionnée dans une lettre de la ComunUà au pape, en date du 14 mai 1619. Un acte de la même origine, signé par le procureur de cette église, atteste encore son existence au 1" janvier 1636.
S. Bastiano contribua, de ses deniers, au renouvellement des capitulations pérotes, obtenu par l'entremise de l'ambassadeur impérial Schmidt (1653).
EijRn, cette chapelle brûla en 1660, comme les autres églises de Qalata. ainsi que l'atteste le procès-verbal de la Comunità du 6 juin 1661. St-Sébastien se trouvait donc, certainement, dans Galata, et non pas à Péra. Que devint-fl depuis? Les démarches constantes faites en faveur des Trîni-
■ Voyez ci-desBus St-Denolt, chap. v.
• CarayoD, (or, Icuid.. p. 27. Cf. St-Fntncoia ei St-Elenolt.
> HammeT VU, 130, l'auteur de VHiitoire île l'Empiré Ottoman place ce fait en 15âl, bous rambaisade de M. de Germigny; la correspondance de cet agent n'en parle pas ; Jouannin, la Targuie, p. 173, l'inscrit avec plus de raison sous l'année 1SS6.
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taires, dont la mission était consacrée t à la rédemption des captifs; > comme aussi l'établissement de ces religieux à Péra, en 1733 seulement; et enfin, les pratiques de ceux-ci, touchant la fête de SI Sébastien, qu'ils célébraient dans leur église de Péra, n'offriraient-ils pas autant de raisons pouvant faire supposer que cette congrégation fut, dans le principe, établie à Galata, dans le couvent-église dé St-Sébastien, relevé d'une façon plus ou moins durable, après l'incendie de 1660?
Dans une note sans date, et qui, malgré des conjectures mal fondées, fournit cepeudant un renseignement intéressant, on lit : ( Les Jésuites furent établis, provisoirement, dans la petite maison de 3t-Sébastien, à Péra, qu'on suppose être dans le terrain qu'occupent aujourd'hui les Trinitaires, lesquels sont tenus, cbaque année, de célébrer la fête de St Sébastien '. >
Les archives des Capucins nous fournissent un renseignement qui nous permet d'élucider le fait, en apparence inintelligible de ce double établissement des Jésuites à Galata-Péra.
t Les Pères Jésuites Polonais, appuyés par le représentant de Pologne, demandèrent, le 30 avril 1653 ou 1654, l'église de St-Sébastien pour s'y establir, et servir aux c esclaves de leur nation. La reyne de Pologne, voulant, disent-ils, fonder ladite mission, au nombre de dix. Leur ambassadeur la voulait obtenir d'autorité par un Cat-chérif du 0. S.; mais M. l'ambassadeur, de la Haye, le faisant proposer k l'amiable à la Communauté des Pérotes, la résolution d'une commune voix a esté négative... l'ambassadeur polonais a présenté Ars au vizir pour obtenir St-Sébastien ; mais le vizir l'a décliné •. »