CHAPITRE IX
ORGAMSA-nON ECXXÊSIASTIQUE DE LA. LATINITÉ DE CONSTANTINOPia.
On a TQ, dans la Première Partie, que les églises et les mo- Dastères de rite latin, qui se trouvaient & CP. pendant tonte la durée du Baa-Empire, étaientsoumis directement à l'autorité du St Siège, qui souvent les confiait à un vicaire pontifical. Puis, lorsque les Cités italiennes fondèrent des colonies sous les murs de la ville impériale, elles y envoyèrent un clergé de leur choix, et eurent des églises nationales dans l'enceinte de leurs concessions. Nous l'avons constaté spécialement pour les Âmalfitains, les Pisaus, les Vénitiens et les Oénots. Les Vénitiens étant les plus nombreux et les plus puissants, il semble que tous 1^ liatins ont été pendant quelque temps soumis à l'autorité du patriarche de cette nation : Âquilèe, Grade, ou Venise, suivant les époques.
Lors de la conquête Franco-Vénitienne, on établit à CP. la hiérarchie ecclésiastique, et, à la tète de l'Église latine, on constitua un patriarche. Nous avons suivi toute la série des patriarches effectif de CP. Après la reprise de la cité par les Grecs, le patriarche avec son clergé, dût abandonner l'empire, où il n'y avait plus de place pour lui ; mais il conserva néanmoins sa juridiction. Il est cependant à remarquer, que, malgré la présence du patriarche local, le patriarche de Venise avait encore des droits sur les églises vénitiennes, et l'archevêque de Gènes sur celles de sa nation.
A partir de 1361, les Vénitiens n'eurent plus qu'une place tout h fait secondaire à CP. : les Génois y sont tout puissants,
surtout dans leur colonie de Galata. L'archevêque de Qènes garda donc sur les églises qui' appartenaient à la Comanità, l'autorité qu'il possédait depuis longtemps } celles des religîeaz étant exemptes ne relevaient guère que de leurs supérieurs, locaux ou généraux, et du St Siège. Les choses n'y marchaient pas toujours d'elles-mêmes, aussi voyons-nous les Souverains Pontifs y envoyer des visiteurs, pour apaiser des diflférends ouréprimer des abus (1421, 1425).
Depuis la conquête ottomane, (1453', la ville de Gènes ayant abandonné sa colonie à son propre sort, nous ne voyons plus son cher spirituel y exercer aucune juridiction. Tout le pouvoir ecclésiastique est concentré entre les mains du patriarche qui l'exerce par un vicaire de son choix ; c'était ordinairement un religieux, le plus souvent, le supérieur du couvent de St-François. Ce Vicaire patriarcal n'était point revêtu du caractère épiscopal : on redoutait même, & certains moments, comme nous l'avons vu, la nomination d'un évêque véritable,
Cependant, à la suite de la visite de l'évêque de Santorin, la S. C. de la Propagande, en 1634), manda au patriarche d'envoyer à GP., outre le Vicaire patriarcal, (qui était alors le R. P. Guillaume Vizzanni, M. Conventuel), an évèque suffragant, qu'il devait entretenir à ses frais, D. Livio, doyen de Candie, fot choisi pour cet office, mais il ne put arriver h son poste et mourut en Crête, en 1645.
L'année d'après, la S. Congrégation, < pour mieux subvenir aux besoins des âdèles, > nomma elle-même et sans aucune ingérence du patriarche, un évêque suflragant de CP., le P. Hyacinthe Subiano, Ord. Praed., qui put prendre possession de son église. Puis après quelques années, des conQits d'attributions a'étant élevés entre lui et le Vicaire pah-iarcal, la S. Congrégation unit les deux titres dans la même personne, (21 novembre 1651). Depuis lors, et jusqu'en 1772, elle nomma des évèques titulaires, (ou in paHibus infidelium), en leur attribuant le titre de Vicaire apostolique, suffragant paU-iarcal de Constantinople. Mais comme les Turcs, ayant envahi l'Ile de Crête, s'étaient emparés de tous les biens du patriarcat, et que le patriarche ne pouvait plus rien pour son suffrf^ant, la S. Congrégation continua de le nommer elle seule. Enfin depuis 1773, elle a supprimé le titre de suffragant patriarcal qui n'avait plus de raison
d'être et elle nomme simplement dee Vicaires apostoliques patriarcaux. Ils sont Vicaires apostoliques pour tout le district qui leur est conâë, et Vicaires patriarcaux pour Constantisople. Cet archevêque jouit de la juridiction t ordinaire », d'après le décret de Benoit XIV, du 15 avril 1752. Enfin le cinq mars 1868, il a reçu le titre de t Délégué apostolique pour les Rites orientaux >,
n est à noter encore que pendant leurs absences ou même sans être absents, quand ils le voulaient, les Vicaires patriarcaux, les évéques suffraganis, et les vicaires apostoliques, se donnaient un vicaire général de leur choix, lequel administrait en vertu des pouvoirs qu'il tenait de lui.
Ces préliminaires étant posés, et ces distinctions bien faites, il nous sera plus facile de nous reconnaître au milieu de toutes les confusions de notre histoire locale '.
Avant l'établissement régulier des Vicaires patriarcaux, nous trouvons que l'archevêque de Gènes avait son vicaire à CP. Il parait avoir résidé à l'église de St-Michel de Galata, mais nous ne trouvons pas de traces de son administration.
En 1421 le patriarche d'Aquilée et l'archevêque de Gênes, avec d'autres évëques, sont chargés d'examiner une question relative aux lieux-saints ; le jugement fut rendu le 7 janvier 1421, mais il ne semble pas que les prélats soient venus en Orient pour l'examiner.
Si l'on en croit les Négociattons iT. I, 303.) un patriarche d'Aquilée serait venu à GP., en 1532 i?)
D'an autre cdté Crusius nous dit que < Paptstœ, in oppido Galata sive Fera, generalem antistitem totius orientis habent, cui titulus patriarchae est (1584). >
En 1437, Fr. Francesoo Spinola de Gênes, avait la mission de visiter Chypre, Chio, Fera, Caffa et autres lieux, comme nous l'avons dit ailleurs.
La < Comunità *, sans fixer de date, parle d'an évëque de Nona qui aurait été envoyé à CF., comme visiteur apostolique, antérieurement à 1609. Les mémoires des Conventuels nous rapportent une lettre de la t Comunità > qui cite les procës-
1 Cr. la première éd. p. 108 et 109. Ces ptëlimiiiairea Mnt cODBrméi par la rcoueîl officiel de la S. C. De la Propagande, Miiaionei Catholicte, Rome im, p. 115, IIG.
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verbaux d'une visite faite à CP. par l'évôqne de Tiue, en 1540 et en 1588.
En 1609, l'évêque de Tine est encore choiai pour faire la visite de CP. mais en 1633, c'est l'évêqne de Santorin, Fr. Pietro de Marcbis 0. P., qui est chargé de cette mission.
Nous aurons à citer encore plusieurs visiteurs apostoliques dans le cours de notre énumération des chefs religieux de la Latinité de CP. Nous en venons aux vicaires patriarcaux proprement dits*.
LISTE DES CHEFS BELIOIEOX DE LA LATINTFÉ DE CONSTAKTINOPLE.
Vicaires Patriarcaux.
R. P. N. N. Vie. Patr. (on ne sait pas son nom) ; Il reçoit une instance de la c Magnifica Coniunità > qui affirme ses droits sur huit églises de OP., droits reconnus par l'évêque de Tine dans sa visite. En 1684, il publie un décret de Grégoire XIII qui établit la préséance des Conventuels sur les Observantins à CP.
1599. Mgr Bonaventura Secusi, da Caltagirone, in Sicilia, mintstro générale des FF. MM. Observants, créé patriarche de CP. par Clément VIII, meurt à Catane.
1604. Fr. Cherubîno da Macerata, M. 0. Custode de la Marche, Vicaire patriarcal de CP. La S. C. des Évêques et Réguliers déclare qoe l'Ordinaire ne peut sans de graves raisons enlever aux curés la célébration des mariages et des baptêmes, etc. pour se les réserver personnellement.
1616. Le P. Fr. Jean-Baptiste Sangallo, da Monte Barocchio, Vicaire patriarcal, et Min. Prov. des FF. MM. Conv. est mis à mort dans sa prison par les Turcs. Les uns disent qu'il fiit étranglé, les autres qu'il fut jeté à la mer. Une lettre de la ( Comunità » à la S. G. de la Propagande, dit que le Vicaire Patriarcal fut mis en prison et condamné à mort par' le grand vizir.
1618. Fr. Gluseppe de Bruni, da Venezia, M. 0. gardien de
' La Bérie chronologique des ordinatrea de CP. eat prise d'une copie manus' crit« du mémoire'préHeDté à Mgr Coreesi, vie. apoat. patr. de CP. par le R. P. Barbleri, en 1SI7. Elle est conservée dans les archives des Conventuels, et reprodoito dans celles du Vicariat.
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Ste Marie, Vie. Patr.. Il ordonne sous les peines canoniques au R.P. Turoli, 0. P., de rendre les clefs de l'église de St-Georges, que sa communauté possédait depuis dix ans. En 1631,1a t Magnifica Comnnità > fait la même réclamation pour l'église 3t- Pierre, desservie par les Dominicains. Elle réclame au moins que l'on reconnaisse son droit de patronage. En 1622, Grégoire XV, de Bologne, établit la S. C. de la Propagande. 1622. P. Benedetto da VeronS, M. 0. Vie. Patr.
1636. P. M. F. Andréa Gislanti, da Firenze, min. Prov. d'Orient tenant place du Vie. Patr. au spirituel et au temporel, n fit la visite du patriarcat, et renonça à son ofBce.
1637. P. M. Fr. Guglieimo Foca da Perugia, M. Conventuel Prov. d'Or. Vie. patr. La S. C. du St Office déclare que l'on ne peut permettre le mariage avec des sebismatiqaes que si la partie schismatique promet d'abjurer ses erreurs et de se faire catholique. Il se démet en 1639.
1629. P. M. Fr. Giovanni Mauri délia Fratta, M. C. Prov. d'Or. Vie. Patr. Il publie les nouvelles constitutions des FF. MM. Conventuels, et se démet en 1631.
1631. P. M. Fr. Giovanni Francesco d'Anagni, Cirehi, M. C. Prov. d'Or, Vie. patr. Il fait la visite du diocèse et laisse en chaque église des ordonnances, suivant les besoins. En 1633, il prescrit la tenue d'un registre des mariages, à conserver à la chancellerie. Il détermine les Fêtes- de précepte à Fera. H commande, sous peine d'excommunication, aux procureurs laïques des églises de rendre leurs comptes à la fin de chaque année au Vie. patr. selon les ordonnances antérieures. Il commence une longue lutte contre les représentants de la France et les religieux français, au sujet des prières que l'on faisait k la messe pour le roi de France.
1635. P. M. Fr. Guglieimo Vizzani da Bologna, M. G. Prov. d'Or. Vie. patr. Il établit des régies de droit relativement à l'accomplissement du devoir pascal, dans une des trois églises paroissiales. Il meurt de peste et il est inhumé aux Grands-Champs, 17 oct. 1637. Ses restes et la pierre funéraire qui les recouvrait ont été transportés en 1864, de l'ancien cimetière des Grands- ChampSj à l'église de St-Autoine à Péra.
1637. P. M. Fr. Angelo Petricca da Sonnino, M. G. Com. gén. d'Or. Vie. Patr. C'est sous son administration que le patriarche
grec Veni tint un synode où fut décrétée l'union des Grecs aux Latins. Le patriarche fat empalé, et le Vicaire patriarcal fut obligé de prendre la fuite, en chrétienté. D obtint de la t Magniâca Comunità > l'augmentation du subside qu'elle donnait aux Conventuels.
1641. P. M. Fr. Francesco Castogna, da Staffolo, des Marches, M. C, proT. d'Or. Vie. patr. D mourut de peste en 1641 ; ses restes et sa pierre tumulaire ont été transférés des Grands- Champs à St-Antoine en 1864.
1641. P. Bac. Fr. Andréa Ridolfl, délie Fratte, d'Urbino, M. C. n était secrétaire du précédent j à sa mort, il fat fait commissaire général d'Or, et vice-vicaire patriarcal-, il fut après son remplacement, l'année suivante, nommé préfet apostolique de Transylvanie, puis commissaire à Vienne et à Raguse. ëd la même année le P. Archange des Fossés, préfet des Capucins, fut nommé, par la S. Congrégation, Vie. général.
1642. P. M. Fr. Giovanni Mercredini da Fanano, de Modène, M. C. prov. d'Or. préf. de Valacbie et Moldavie. Il arriva peu après la restauration de l'église de St-François, ensuite de l'incendie de 1639. Nous avons vu ce qu'il fit pour l'aggrandir et lui procurer des ressources. Il mourut de peste et fut inhumé aux Grands-Champs.
1643. P. M. Fr. Giovanni Battiata Siroli da Lugo, M. C. prov. d'Or, préfet des deux Valachies. D s'occupa surtout de la discipline intérieure et de l'administration économique du couvent de St-François. Il se retira en Italie en 1644
1645. P. Bac. Fr. Gregorio de Magistris, d'Alatri. M. G. Comm. d'Or, pro-vic.
1646. Mgr. Hyacinthe Subiano, Ord. praed. archev. d'Edesse. n est nommé sufCragant du patriarche de CF. On lui reproche de s'être montré trop facile à laisser introduire des abus contre le cérémonial, c'est à dire à permettre les prières officielles et publiques pour le roi de France. Ce fut la source d'une infinité de discussions entre ses successeurs et les Jésuites.
1648. P. M. Fr. Giovanni Francesco Cirehi, d'Anagni, pour la seconde fois. Il prescrivit sous les peines les plus sévères la fidélité aux règles canoniques relatives à l'accomplissement du devoir paacal. Il obligea les procureurs laïques des églises, à rendre compte au Vicaire patriarcal, une fois cbaqae année, de
leur administratioD financière : en plusieurs visites saccessives il insista sur ce point avec la plus grande énergie. Il ânit par excommunier les procureurs des églises et couvents de Péra, pour irrégularité dans leur administration. A l'occasion de la guerre, il renonça & sa cliarge et rentra en Chrétienté.
1651. P. M. Fr. Filippo Severoli, de Faenza, M. C. prov. d'Or. Vie. patr. Les membres de la < Magnitlca Comunità > se justifièrent devant lui des charges qui leur avaient été imputées par son prédécesseur ; il leur donna l'absolution des censures, et les loua même de leur administration. Cependant on raconte qu'il laissa à son successeur un mémoire p£tr lequel il justifie son prédécesseur le P. J. F. Circhi. Du reste les Jésuites, par plusieurs mémoires, ayant établi que les procureurs de St-Benoit touchaient 36.000 aspres des revenus de leur église et ne leur en donnaient que 8.000, il les obligea à en donner au moins 14.000; quant au reste il devait être appliqué aux besoins de l'église. II eut encore divers ennuis et comme la guerre rendait son administration plus diflicile, il renonça à son office et se retira en chrétienté.
Vicaires apostoliques, suffragants patriarcaux.
1652. Mgr. Hyacinthe Subiano, 0. P., du couvent de St-Pierre, le même que plus haut, réunît en sa personne les deux titres de sufFragant et de Vicaire patriarcal, il reçut de Rome ses patentes et les fit lire à St Pierre le 3 aoilt 1 (jô'-i ' . Mais il rencontra tant d'opposition qu'il se retira bientôt à Mmyme, après avoir établi son vicaire le P. Thomas de Paris, capucin.
165;î. Mgr. Bonaventura Teoli, da A'elletri, M. C. Arch. de Mira, Vie. Apost. suffragant patriarcal de CF. Il prit possession en 1653 ; après de longues discussions entre la « Magnifica Communità > et la famille Drapéris relativement à la procure de St Pierre, il établit qu'il y aurait désormais deux procureurs pour cette église, l'un toujours de la famille Diapéris, l'autre choisi par la « Magniflca Comunità >. Il renonça à la charge et rentra dans sa patrie en 166'^.
' Archives ai St Loais.
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1663. Mgr. Andréa RmolfideileFratte,d'Urbino,M. Conventuel érëque de Calamine, Vicaire apostolique patriarcal, sufTragant d& CP. Il avait été déjà, en 1641, Vie. patr. Il arriva à CP. en nov. 1663, et fat hébergé dans la maison qu'avaient les Conventuels aux Vignes de Péra. Il arrivait en des circonstances difliciles, le grand incendie de 1660 avait détruit toutes les églises, sauf St-Benoit, et toutes choses semblaient désorganisées :de plus il fallait lutter contre la <: Magnifîca Comunità i fort catholique, mais tenant beaucoup à ses attributions anciennes et à son patronage sur les églises : enfin il avait à s'opposer aux prétentions exhorbitantes des ambassadeurs des puissances qui exigeaient des honneurs refusés par les lois ecclésiastiques. Heureusement c'était un homme intelligent, actif et ferme : son passage à CP. laissa de longues traces. Cependant une vie de luttes perpétuelles le fatiguait ', il donna donc sa démission et pria le Gard. Altieri de la faire accepter par le Pape. II revint plusieurs fois à la charge, si bien qu'en 1(575, on lui nomma comme successeur Mgr Piluzzi, en lui demandant de rester à sonposte en attendant. Le successeur ne put pas venir, et Mgr Bidolfi dut se résigner à demeurer à CP- Il y mourut le 15 avril 1677. Voici l'épitaphe que l'on grava sur sa tombe:
FRATEK ANDREAS RIDOLFI.