‹ Histoire de la latinité de ConstantinopleChapitre 49 sur 74 · ŒUVRES DES RR. PÈRES JÉSUITES · texte numérisé non relu

ŒUVRES DES RR. PÈRES JÉSUITES

i* Le Collège de Ste-Pulchérie. On connaît le talent déployé par les PP. Jésuites dans l'ëducation de la jeunesse et les succès qu'ils ont obtenu partout. A Constantinople ils se sont trouvés en présence d'une difficulté locale qui leur a fait modifier leur manière accoutumée. La population levantine n'apprécie pas une instruction qui n'est pas immédiatement utilisable, et par suite, les études classiques proprement dites n'y trouvent pas une grande faveur : il a donc fallu joindre qq cours com-

mercial aux cours littéraires, et donner nne place prépondérante aux langues vivantes sur le latin et le grec antique. C'est là ce que demandent la plupart des parents pour leurs enfants. Sauf cette remarque, nous pouvons dire que le collège de Ste-Pulchërie marche suivant les mêmes règles que tons les autres de la Compagnie.

Us ont établi parmi leurs élèves les Congrégations ordinaires de la T. Ste-Vierge, et de St-Louis de Gonzague. Ces Congrégations sont présidées, sous la direction d'un Père, par un préfet élu par les confrères.

Ils ont également établi parmi leurs élèves la Congrégation instituée par le Pape Pie IX sous l'invocation de St Jean Berchmans, ayant pour but de dresser les enfants an s^-vice des offices sacrés.

2* La mission. Les Pères Jésuites ne sont pas seulement instituteurs, ils sont aussi missionnaires. Ils ont en cette qualité une église ouverte au public et fort fréquentée par les âdèles. Ils s'y adonnent à toutes les fonctions du ministère ecclésiastique, qui ne sont pas paroissiales. Ainsi de fréquentes prédications en diverses langues, les catéchismes, les réunions pieuses de tout genre, etc.

Ils ont fondé l'association de la Ste-Famille, si recommandée par le Pape Léon XIII, pour introduire ou maintenir dans les familles les pratiques de la vie chrétienne, spécialement celle de la prière en commun.

Enfin ils ont créé à Péra, avec l'approbation du Vicaire patriarcal, r « association de N.-D. des Bons Livres ». Elle est formée de dames et de jeunes filles pieuses. Elle a son siège an collège même de Ste-Pulchérie, et possède une bibliothèque bien choisie, de plusieurs milliers de volumes. La contribution annuelle des membres de l'association est de soixante piastres, (15 fr.).

Un Père Jésuite est chargé de l'enseignement religieux au collège national austro-hongrois de Constantinople, établi dans les dépendances du palais d' Autriche.

Personnel. Pour toutes ces œuvres les Pères Jésuites sont au nombre de douze, deux scolastiques, et quatre coadjuteurs.

Les élèves du collège sont au nombre de quarante-deux in-

ternes, dont trente-sept latins et trois arméniens catholiques et huit schismatiques : les externes sont au nombre de soixantequinze, dont trente-sept latins, quinze arméniens et un melchite catholique et vingt scbismatiques.

3° Les Jésuites de la Province de Lyon, ayant été chargés, en 1881, de la mission d'Arménie, ont une procure àConstantinople et ordinairement un Père pour veiller à leurs intérêts.

Les Pérès Augustîns de l'Assomption. .

Fondés depuis une cinquantaine d'années seulement, les Pères Àugustins de l'Assomption forment une des milices ecclésiastiques les plus jeunes, mais aussi les plus actives de notre temps. Â la prédication, à l'enseignement, et aux autres fonctions du ministère accoutumé, ils ont joint la presse et surtout le journalisme, comme un des moyens les plus efficaces de faire lebien de nosjours. Ils ont pu se faire ainsi une place à part parmi les Ordres religieux. A leur activité, qui se trouvait à l'étroit en France, le Pape Pie IX assigna de plus les missions parmi les infidèles. Il les envoya dans la partie bulgare de l'em-. pire ottoman : c'était en 1862.

Convaincus que pour agir sur l'islamisme, jusqu'alors inconvertissable, c'était à la tête que l'on devait s'adresser, ils désiraient vivement s'établir à Constantlnople même, pour y fixer le centre de leur mission. Mgr Vanuteili, alors Vicaire apostolique patriarcal, non seulement se montrait favorable à ce projet, mais il l'encourageait vivement, et pressait le R. P. Gtalabert, supérieur de la mission de l'exécuter. C'est au mois d'octobre 1882 que le R, Père réalisa cette fondation.

L'emplacement choisi fut Stamboul où ne se trouvait, depuis des siècles, aucune communauté latine. Il faut reconnaître, pour être impartial envers les anciens religieux de CF., que depuis que les turcs avaient pris, pour en faire des mosquées, les églises de N.-D. du Rosaire et de St-Nicolas, il aurait été

impossible d'ouvrir une chapelle, ou d'établir une commanauté dans Stamboul. Les Filles de la Charité qui l'avalent tenté aa moment de la guerre de Oimëe, avaient été contraintes d'abandonner la position en 1860, au moment des massacres du Liban. Le choix de cet emplacement poar la nouveUe mission cansa donc beaucoup d'étonuement : on considérait comme hardie, et même imprudente, une installation dans l'intérieur de la cité musulmane.

On commença par les religieuses. EHles s'établirent dans une inaison de location et ouvrirent une école et une chapelle, (décembre 1883). Avant la fin de l'année, le nombre des élèves s'élevait à quarante-deux. Bientôt quelques familles latines perdues dans Stamboul, sans prêtres, sans églises, sans sacrements de leur rite, obligés pour avoir la messe de traverser la Corne d'or ou d'aller dans les églises arméniennes, commencèrent à fréquenter la chapelle et à se grouper autour de la nouvelle communauté. Depuis ce temps-là î'école n'a fait que prospérer, elle est maintenant fort bien établie, non loin de la station de CoumcapoQ et compte de nombreuses élève». Mais ce qui est le plus apprécié, c'est le dispensaire et les consultations gratuites, ce sont surtout les visites des malades à domicile. Ces visites sont toujours regardées par les familles malheureuses comme une véritable bénédiction.

Un an plus tard, en octobre 1883, le H. P. Joseph Maubou arrivait avec sept religieux. La première maison qu'avait louée le P. Galabert étant insufRsante ponr la nouvelle communauté et ponr les œuvres grandissantes, on chercha un nouveau local et on s'installa en plein quartier turc. Il y eut une grande explosion de colère de la part des musulmans : ils lançaient de grosses pierres à travers les vitres et leur fureur alla même jusqu'à essayer de poignarder un religieux. Celui-ci fut préservé providentiellement, car la lame de l'arme, dirigée vers le cœur, rencontra la montre, en perça la première boite et s'arrêta sur la seconde, où était collée une petite image du fondateur de la Congrégation, le R. P. d'Alzon. Les religieux apprirent depuis que les deux assassins avaient été excités par les discours tenus dans une école voisine.

Cette tentative, jointe à des tracasseries journalières, obligea les PP. Assomptionnistes à quitter cette maison : ils s'instal-

lëreot, noa loin de là, mais dans un quartier où domine l'élément chrétien. C'est là que l'œuvre s'est affermie. Les difficultés ne lui ont certainement pas manqué, et elles durent toujours,quoique avec moins de violence. Les grecs et les arméniens qui entourent les Pères, sont peut-être les plus opposés à une installation déûnitive de la mission. Les Pères coutinueot avec courage et persévérance à leur faire tout le bien

lElJVRES DE LA. MISSION.

1* École. Ici comme partout, il faut commencer par les écoles. I^es Pères ont donc ouvert nne école qui est (réqnentée par autant d'élèves qu'elle en peut contenir, cent à cent quinze, dont nne trentaine de catholiques.

Trois fois la semaine, une classe du soir réunit une vingtaine d'adultes.

Il y a aussi dans la maison une section d'internes, plus ou moins nombreux, qui se destinent à la vie religieuse ou ecclésiastique, il y en a en ce moment douze.

Chapelle. La chapelle est fréquentée par une trentaine de familles catholiques, quelques-unes latines, les autres des divers rit«s orientaux. On y administre les sacrements, qui ne sont pas paroissiaux : les catéchismes s'y font régulièrement, et un petit patronage réunit chaque dimanche les enfants catholiques de cette région.

Enfin la maison de Coum-capou est le centre de la mission et c'est de là que part le développement de toutes les œuvres des Pères de r.\ssomptioQ.

2° Maison de Fener-baghtché. En 1886) les religieux de l'Assomption achetaient à Fener-baghtchè, sur la côte d'Asie, dans une très l>elle position, un terrain sur lequel se trouvait une chapelle publique, un moment desservie par un P. Capucin. Ce fut le centre d'une nouvelle mission. Non seulement les Assomptionnistes continuèrent le service de cette chapelle, mais à côté il ont construit une vaste maison dans laquelle ils ont un noviciat pour la Congrégation, qui compte trente novices, un

séminaire pour les enfants pauvres qui se destinent à la vie ecclésiastique ou religieuse, de six élèves.

En même temps ils ont ouvert une école externe pour les enfants catholiques, de vingt élèves.

Personnel des deux maisons. 1° Coum-capou, quatre prêtres, sept clercs, deux laies j 3° Fener-baghichê, quatre prêtres, trente clercs^-l laie.

S" Maison des Sœurs Oblates de l'Assomption. En même temps que les Pères, les Sœurs s'établissaient aossi à Fenerbaghtchè. Elles y ont un dispensaire et une école, comme à Conm-capou.

4° La mission en Asie Mineure. Le Vicariat a chargé les PP. Âssomptionnistes de la paroisse latine de Brousse, et de plusieurs stations apostoliques. Nous noterons seulement Cartal, où ils ont une station fixe, avec école, Ismidt, ou Nicomédie, Elski-chéir, où ils ont aussi écoles et dispensaires. Ils se bornent àvisiter an certain nombre d'autres endroits où se trouvent quelques catholiques. La S. Cong. de la Propagande leur a confié

5 IV

Les Frères Mineurs Capucins de Paris. 1890.

k la suite des mesures prises contre les communautés religieuses, en 1880, les supérieurs songèrent à procurer à leurs jeunes gens des abris sûrs et tranquilles où ils pourraient faire leur éducation religieuse et achever leurs études théologiques. Us ne purent trouver qu'à l'étranger ces abris dont ils avaient besoin. C'est ainsi que les Capucins de Paris, après avoir erré en différents paya, vinrent enfin se fixer à Constantinople, où les attiraient du reste puissamment les religieux de leur province, déjà établis à St-Louis.

Ub ont acquis, sur le bord de la mer, et dans une magnifique position, une grande propriété et y ont bâti un couvent, con-

forme aux traditions de leur Ordre. Us y suivent les exercices de leur règle et se livrent à l'étude. Cependant les Pères rendent à la paroisse et aus communautés les services qui sont compatibles avec leurs occupations. Ils n'ont pas de chapelle ouverte au public.

Personnel : prêtres six, clercs trente, frères lais six, novices quatre.

IjCs Frères des Écoles Chrétiennes. 1842.

L'Église catholique a toujours regardé l'instruction des enfonts comme un de ses devoirs les plus sacrés. Elle a imposé aux prêtres préposés aux paroisses l'obligation d'y donner les soins les plus consciencieux, par eux-mêmes ou par des hommes de leur choix. Aussi a-t-on vu partout s'élever, à l'ombre de DOS églises, des écoles de tous les degrés : universités dans les grandes villes, collèges dans les plus petites, écoles élémentaires jusque dans les plus petits villages. A Constantinople elle n'a> vait pas manqué à son devoir : les Jésuites et les Capucins avaient des écoles florissantes, tous les autres couvents en avaient aussi de moindres. Quand la rëvolation française eut, même en Turquie, bouleversé l'ordre ancien, il fallut du temps pour relever les ruines du passé et rendre florissantes les écoles nouvelles. Les Prêtres de la Mission qui remplaçaient les Jésuites à St-Benolt, avaient ouvert leur collège dès 1804, et le soutenaient au prix de grands sacrifices. Mais il manquait des écoles élémentaires pour le peuple.

Or il existe dans l'église plusieurs instituts destinés spécialement à donner aux petits enfants l'enseignement élémentaire, surtout celai du catéchisme. Parmi ces instituts le plus ancien et le plus répandu est incontestablement celui des Frères des Écoles Chrétiennes, fondé par le Bx J.-B. de la Salle. Aussi c'est à eux qae M. Leleu, préfet de St-Benolt, s'adressa, quand il Toulutétablir à CP. des écoles pour les garçons, comme il venait d'en ouvrir pour les filles avec les Sœurs de St- Vincent de Paul.

C'est en 1842, que les Frères ârent leur première apparition à CP. sous la conduite du Cher F. Urin. Ils n'étaient alors que cinq, dont an pour les offices temporels. M. Leieu les établit à St-Benoltj où ils constituèrent une communauté distincte de celle des Lazaristes, qui leur donnaient une généreuse hospitalité.

Les Frères ouvrirent quatre classes, qui furent aussitôt au complet. Les enfants catholiques de toute nationalité se pressèrent pour recevoir un enseignement catholique et français. Il n'y a pas de doute que c'est en grande partie aux classes des Frères qu'est due la diffusion de notre langue et l'inQuence que la France exerce dans le Levant. Avant les écoles populaires des Frères et des Sœurs, la langue italienne était celle de la majorité des catholiques, celle de tout le clergé, et aussi celle du commerce : elle perdit peu à peu du terrain et fut remplacée par la langue française. La guerre de Crimée acheva l'œuvre, en lui ouvrant les portes des grandes administrations civiles et des écoles de l'État.

Mais les classes de St-Benolt étaient bien éloignées de la plus grande partie des enfants catholiques. Les Frères durent donc, en 1848, ouvrir une école de quartier dans Péra, prèaduTaqcim. Cependant les Frères ne faisaient qu'un seule communauté résidant à St-Benolt.

Des raisons multiples amenèrent dans la situation des Frères un changement radical : en 1851, ils quittèrent St-Benolt pour vivre d'une vie complètement indépendante. Sans rien changer, pour le moment, à leur école du Taqcim, ils installèrent leurs classes dans nne maison louée de la rue luksek-qaldirim, et la communauté s'établit dans la maison Jacob, auxPetitsChamps: quelque temps ils résidèrent aussi dans une des maisons de St-Louis, et dans d'autres locaux de location. C'est depuis leur établissement à Péra que les Frères, ayant leur pleine indépendance, purent donner libre champ à leur zèle.

En 1854, ils transportèrent leurs classes, de la rue luksekqaldirim à celle de Perchembè-basar, chez les PP. Dominicains, qui leur cédèrent d'abord une partie de leur couvent, et ensuite une de leurs maisons : ils n'y furent vraiment installés néanmoins qu'en 1857 quand, l'intendance militaire leur ayant donné les débris des barraquements de l'année française, ils en firent

construire, sar le terrain des Dominicains, des écoles convenables, qui durèrent jusqu'en 1877.

Cette même année 1857 vit s'opérer un progrès réel dans la situation des Frères : ils louèrent dans la rue Imam, au-dessus d'Aga-djamici, une maison assez vaste où ils ouvrirent un demipensionnat, destiné à faire faire des études plus complètes aux enfants des familles du commerce : la communauté put aussi s'y établir. Ils fondèrent ensuite une école arménienne, sur la demande de Mgr Hassoun ; mais elle n'ent qu'une bien courte durée.

Enân en 1863, les Frères purent sortir de l'état précaire et provisoire où ils se trouvaient depuis plus de vingt ans et ils acquirent, presque en même temps, deux immeubles, l'un rue Camavoula pour les écoles primaires, l'autre à Kadi-keui, pour y fonder un pensionnat. Ils ne parent pas néanmoins construire immédiatement le pensionnat, mais ils en ouvrirent les cours dans de vastes bâtiments situés à Hoda, et occupés aujourd'hui par les Pères Mékitaristes : ils y restèrent quatre ans.

L'incendie de 1870 qui consuma le pensionnat de la me Imam et les écoles de la rue Carnavoula et qui rainait absolument les Frères, fut au contraire le commencement de leur prospérité. Ils en prolltèrent pour construire le collège de Kadi-keui, et avec la suite du temps, tons leurs autres établissements. Aujourd'hui ils possèdent à Constantinople cinq communautés florissantes, dont nous allons parler en détail.

1" Kadi-keui. Co lié ffe français de St-Joseph. 1870.

C'est en 1863 que les Frères firent l'acquisition d'une magnifique propriété, sise à Kadi-keui, rue Ligori-tchechmèci, pour y construire un collège. Leurs ressources avaient été épuisées par l'acquisition, ils ne purent donc songer à construire tout d'abord; mais quand l'incendie de 1870 les eutdépouillès de tout, ils n'avaient pins à hésiter, il leur fallait une maison pour s'abriter eux-mêmes et pour recevoir leurs élèves. Leurs ressources n'étaient pas considérables, mais ils se décidèrent quand même à bâtir sans retard un premier corps de logis sur un plan qui pourrait être continué plus tard. Le 16 août, le curé de Kadikeui, bénissait la première pierre de la nouvelle construction :

le 1" novembre suivant Mgr Pluym bénissait solennellemeot le nouveau collège : en soixante-quinze jours l'œuvre avait été menée & terme, et cela grâce au dévouement et à l'activité des Frères. Ce n'était qu'une construction provisoire, partie en bois, mais solide et capable de durer longtemps : elle dure encore après vingt-deux ans. Le but essentiel était obtenu : on pouvait recevoir les élèves.

Depuis cette époque les bâtiments se sont peu â pea accrus, OD a ajouté une chapelle, deux corps de bâtiments, des bangards, des dépendances de tout genre, en un mot c'est [aujourd'hui le plus grand et le mieux installé de tous les établissements d'édacation que les catholiques possèdent à CP. : il n'a aucune prétention au grandiose, mais il. ne manque ni de beauté, ni de majesté. Avec le temps on le complétera en reconstruisant le corps de logis ancien et la façade principale.

Le collège est la résidence du F. Visiteur de l'Orient, et le lieu ofi les frères viennent faire leurs retraites, et se reposer de leurs fatigues.

Le service religieux est assuré par une convention conclue entre le P. Provincial des Capucins de Paris et le F. Visiteur. La mission de St-Louis donnera un aumônier au collège, et les Frères se chargeront de loger, non seulement l'aumdnier titulaire, mais aussi les religieux quilui seront adjoints pour former une petite communauté, jusqu'à ce qu'il en ait été arrangé autrement. Le collège des Frères à Kadi-keui, ressemble, dans la plupart des points, aux autres collèges que nous voyons en France ; sons d'autres rapports, il s'en sépare sensiblement. Il faut donner aux enfants les notions de tontes les sciences, sans lesqaelles il n'y aurait pas aujourd'hui surtout d'éducation sérieuse j il faut insister en particulier sur l'instruction religieuse au milieu d'une population où toutes les religions se coudoient, et oit ce mélange constant met en grand danger la foi des catholiques ; mais à Constantinople les sciences qui ont trait à l'industrie, à l'agriculture, et à la littérature ancienne, doivent être mises de cété, comme complètement inutiles pour une génération qui ne sait s'appliquer qu'au commerce, ou bien aux diverses fonctions civile.^ des administrations gouvernementales ou financières. Les langues vivantes surtout sont indispensables. La situation géographique de CP. sa population mélangea

de tant de peuples, les exigences de son commerce demandent impérieusement que tous ceus qui veulent y tenir une place ou y faire leur chemin sachent plusieurs langues. Tous les élèves doivent donc, outre le français qui est k langue de l'école, apprendre le grec, le turc, l'anglais, l'allemand, etc. Il est ordinaire pour eux de se servir dans la même conversation de quatre ou cinq langues différentes. Ils le font avec une grande facilité, comme du reste tous les orientaux. Cependant les vrais amis des Frères, et ceux qui connaissent mieux les besoins du pays regrettent que dans leurs collèges et leurs écoles élémentaires, ils ne donnent pas une place plus sérieuse encore aux langues ofiicieUes du pays c'est-à-dire au grec, et surtout au turc, car leurs élèves ne peuvent, sans elles, être admis dans les administrations officielles.

Ce genre d'éducation répondant mieux aux besoins et aux goûts de la population levantine, il n'est pas étonnant que les écoles et collèges des Frères ne reçoivent un très grand nombre d'enfants. On peut même dire que les autres établissements doivent se modeler sur eux s'ils veulent avoir des élèves.

Parmi les beaux-arts, un seul est apprécié et cultivé dans ce collège, « la musique. » Beaucoup d'élèves apprennent le violon et le piano. On a formé dans le collège une bande, plus ou moins fournie suivant les années, mais qui obtient de vrais succès.

Personnel : Religieux trente ; Aumôniers; les Pères Capucins de la mission deSt-Louis.

Élèves internes : cent vingt-trois, dont catholiques, soixantedix-hait; schismatiques, vingt-cinq; protestants, deux;- Israélites, douze; musulmans, six. Externes : cent vingt, dont catholiques, trente-deux; schismatiques, soixante dix-sept; protestant, un; Israélites, huit; musulmans, deux.

Tous les élèves chrétiens suivent tous les exercices des classes et de la chapelle : les musulmans et les Israélites ne suivent pas les cours de religion et ne vont point à la chapelle. H en est de même dans tous les établissements d'éducation de CP.

2° École gratuite paroissiale de Kadi-keui. 1878.

Depuis plusieurs années Mgr Grasselli, vicaire patriarcal, et M. l'abbè de Negri, curé de Kadi-keui, sonpiraient après une

école paroissiale, où les enfants du pays pussent apprendre leur religion et les éléments âea sciences usuelles. Us voyaient avec une grande peine ces enfants catholiques abandonnés à euxmêmes, ou obligés de fréquenter les écoles schismatiques. Mgr Qrasselli insista auprès du F. Visiteur pour obtenir des Frères, promit de leur faire un traitement suffisant, et de leur trouver un local pour les classes : à ces conditions les Frères commencèrent les classes le 2i octobre 1878. Ceux qui les tiennent appartiennent à la communauté du collège.

Personnel : Frères, trois.

Elèves, tous externes : cinquante-trois, dont catholiques, trente et un ; schismatiques, vingt-deux.

Cette école donne de bons résultats.

3". Écoles de Péra et Galata.

1" Ecole de St-Pierre de Oalata. Lorsque les Frères durent quitter St-Benolt où leurs œuvres se trouvaient trop k l'étroit, la communauté alla s'établir à Péra, mais on conserva encore des classes à Galata. Elles étaient installées dans la rue luksekqaldirim; mais elles y étaient mal. Après quelques années, le nouveau supérieur de St-Pierre, sur la paroisse duquel elles étaient, les reçut dans le couvent même des Dominicains,* au rez-de-chaussée, puis comme ce n'était commode, ni pour les Frères ni pour les religienx, il leur assigna quelques petites maisons dépendantes du couvent. Enfin, en 1857 l'intendance française donna aux Frères les bois des barraquements qui avaient servi à l'armée pendant la guerre de Crimée. On en fit des bâtiments assez grands pour contenir trois classes, sur un terrain que les Pères Dominicains leur laissèrent poar un très faible loyer. Les Frères y établirent leurs classes de Oalata en 1857.

En 1870, les Dominicains ayant compassion de la pauvreté des Frères qui avaient tout perdu dans l'incendie du 5 juin, -cessèrent même d'exiger tout loyer.

Le 9 février 1877, un grand désastre vint fondre sur cette maison, un jour de congé, en l'absence de tous les Frères, le feu consuma tout, sans qu'il fût possible de rien sauver. Sans perdre ■courage, les Frères se mirent immédiatement en mesure de ré-

tablir leurs classes, mais sur un pied meilleur et plus solide. A certaines conditions déterminées d'avauce, les Pères Dominicains prêtèrent le terrain en haut de leur jardin, et les Frères y construisirent, à leurs frais, une grande et belle maison qui pouvait recevoir quatre classes et de plus une petite communauté indépendante. Ce ne fut pas sans quelques discussions parfois assez vives, même devant le tribunal du Consulat de France, et devant celui du Vicariat, que ces fondations furent achevées; mais depuis cette époque le bon accord n'a pas cessé de régner entre le couvent et l'école. Ce sont les enfants de l'école qui font le service de l'église, et ce sont les Pères qui donnent aux enfants l'iastruction religieuse et tous les secours spirituels.

Les classes sont gratuites et la maison est entretenue par le Vicariat patriarcal, au moyen des allocations de la Propagation de la Foi.

Personnel: Frères, six.

Enfants : deux cent trente-huit, dont lalins, cent soixantequinze ; grecs orthodoxes, cinquante-huit ; arméniens, deux ; israélites, trois.

2° Classes du Taqcîm, rue Parmaq-capou. Cette école représente les plus anciennes que les Frères ont eues à Péra, nous n'avons donc pas à en faire l'histoire. Dans sa forme actuelle elle ne remonte qu'à l'incendie de 1870. En allant s'établir & Kadi-keui, les Frères ne pouvaient songer à abandonner les enfants de Péra : ils ne pouvaient plus y avoir de pensionnat ; mais ils y conservèrent des classes externes. Elles sont bien établies sur un terrain qui appartient à l'institut et ne dépendent d'aucune paroisse.

Personnel : Frères 6 ; aumdnier : un prêtre séculier.

Enfanta : 246, dont 144 latins, 14 arméniens- catholiques, 86 grecs orthodoxes, 3 arméniens grégoriens.

3° Classes de Pancaldi. École paroissiale du St-Esprit. Dès que l'augmentation de la population catholique eut rendu nécessaire la construction d'une église et l'érection d'une paroisse sur les hauteurs de Pancaldi, on songea à y établir aussi des écoles pour les enfants des deux sexes. Ce ne fut cependant que Mgr Pluym qui, sur un terrain appartenaat au vicariat, fit

élever des classes convenables. Les Sœurs de SioQ se chargèrent d'instruire les filles, et des Frères venaient chaque jour dn Taqcim faire la classe aux garçons. Les choses marchèrent ainsi pendant des années, assez peu commodément pour les uns comme pour les antres; mais enfin Mgr Vanutelli M construire, sur le même terrain, une fort belle maison pour les classes et pour les Frères, et abandonna toute l'ancienne aux Sœurs de N.-D. de Sion qui purent y étendre leurs œuvres.

Cette école est exclusivement catholique : elle est entretenue par le vicariat, à l'aide des allocations de la Propagation de la Foi. Les élèves font le service de la paroisse et de la cathédrale. On y donne un soin tout particulier aux cérémonies et aux chants. On y a organisé une musique instrumentale qui se fait entendre dans les grandes cérémonies et qui relève l'éclat des pompes religieuses.

Personnel : 6 Frères.

Élèves : 313, dont 172 latins et 41 arméniens, tous catholiques. C'est le clergé de la paroisse qui s'en occupe.

4" Deini-pensionnat de Péra, 'me Agha-hammam. Les écoles gratuites étaient organisées partout dans la ville et mar~ chaient bien : il semblait donc qu'il n'y avait plus rien k faire qu'à maintenir ce qui existait ; cependant il y avait beaucoup d'enfants à Péra qui demandaient une éducation plus soignée et une instruction plus complète que celles que l'on reçoit dans les écoles populaires. D'un autre câté les parents ne pouvaient pas tous mettre leurs enfants en pension à Kadi-k(^i ; il fallait donc aviser. C'est en 1886, le 20 septembre, que le T. C. Frère Jonathan- Amédée ouvrit, rue Agha-hammam', le demi-pensionnat, ou externat payant, sous la protection de St Michel archange. La première année, 38 enfants suivirent les cours, depuis il a été toujours eu progressant, avec lenteur. Les classes y sont sérieuses, et les enfants qui y passent toute la journée, ont en même temps les avantages de la vie de collège et ceux de la vie de famille.

Personnel : 7 Frères ; aumôniers ; les Pères Capucins de St- Louis.

Élèves : 93, dont 71 catholiques, 32 schLsmatiques.

De tout ce qui précède il résulte donc que les Frères, aujour-

d'hui au nombre de cinquante-cinq, ont dans leurs classes à peu près onze cents enfants (1086) auxquels ils donnent une éducation chrétienne et française : on ne peut donc nier qu'ils ne fassent ainsi un très grand bien. Ne serait-il pas possible de faire encore davantage? Comment se faitril, par exemple, que les Frères n'aient pas une seule œuvre de persévérance pour leurs élèves ? Les catholiques y sont au nombre de sept cents, il en sort en moyenne cent cinquante par an : que deviennent ces enfants, et encore une fois comment se fait-il que personne ne s'en occupe, à cet âge où ils auraient un si grand besoin d'une protection efficace? Les Frères ont à leur tète comme Visiteur un homme remarquable et qui connaît parfaitement le Levant, puisqu'il l'habite depuis plus de trente ans et qu'il y a fondé partout des maisons de son institut; je me permets de lui signaler cette lacune. Son œuvre ne sera complète que quand il l'aura comblée.

Mais en regardant en arrière et en nous rendant compte du chemin parcouru, nous ne pouvons que constater que les Frères des Écoles chrétiennes, par leur modeste et persévérante action, ont contribué largement à répandre l'instruction chrétienne et la langue française dans la ville de Constantinople, et qu'ils y tiennent une place très honorable.

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