‹ Histoire de la latinité de ConstantinopleChapitre 52 sur 74 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

COMMUNiLXJTÊS REUr.IEUSES DE FEMMES. — £C0LE3 DE FILLES.

Si la population de Constant! nople compte peu de catholiques latins, ceux-ci par contre possèdent un clergé nombreux, et les œuvres d'instruction et de zèle sont florissantes parmi eux. Mais les Arméniens catholiques ont un clergé beaucoup plus nombreux encore, relativement à leur nombre. Les Grecs orthodoxes et les Arméniens grégoriens ont aussi beaucoup de prêtres, de docteurs et de moines ; II est cependant un point où les catholiques l'emportent incontestablement, c'est quand II s'agit des Communautés religieuses de femmes. On peut consta> ter que la charité s'y est donné un libre et généreux essort, que tous les besoins de l'ûme et du corps ont été prévus et sont secourus par ces généreuses viei^es. Elles sont, là comme partout une des plus brillantes floraisons du catholicisme. Nous regrettons de ne pouvoir qu'indiquer leurs œuvres et le bien qu'elles font. Pour elles, comme pour les religieux, nous procéderons suivant la date de leur entrée à Constantinople.

Les Filles de la Charité, ou Sœurs de St-Vîncent de Paul.

II y avait eu des religieuses de différents Ordres à Constantinople, dans les temps anciens et surtout pendant la conqnéte latine. Quelques monastères surrècurent à l'empire franco-vëni-

tien. Ainsi nous voyons des Cisterciennes du cAté du Pbanar, des Clarisses à Galata, des Dominicaines, probablement i Mantellate » à St-Pierre, et d'autres encore.

Quelqnes-unes survécurent m&me à l'empire grec: ainsi nous voyons qu'en 1535, lors de la prise de l'église St-Paul par les Arabes grenadins, on donna aux Dominicains, qui se trouvaient sans abri, le couvent de St-Pierre où vivaient encore quelques religieuses de leur Ordre. C'est la dernière mention positive que l'on rencontre de couvents de femmes. Cela se comprend aisément : il n'y avait pas ass^z de tranquillité pour que des religieuses cloîtrées, et vouées â la vie contemplative pussent se développer et même vivre.

Les Instituts de religieuses non clottrées et adonnées aux œuvres de charité sont une floraison toute récente de la grande souche catholique. Si St Vincent n'en a pas été l'inventeur, c'est lui du moins qui en a été le principal propagateur. Quoi qu'il en soit les Filles de la Charité sont les premières religieuses qui sont venues de France à Constantinople.

C'est M. Leleu qui les appela en avril 1838, comme nous l'avons vu à l'article des Prêtres de laMissîon. Il fallut un grand courage aux premières Sœurs qui arrivèrent, pour aller dans les rues de Galata et de Péra, et à plus forte raison dans celles de Constantinople. Les Turcs n'étaient pas encore pénétrés par l'esprit occidental, et gardaient jalousement leurs mœurs antiques. Ainsi l'usage ne permettait pas aux femmes, même aux chrétiennes, de sortir et surtout de paraître devant les hommes, sans être strictement voilées : et ce fut un spectacle étrange et un vrai scandale que de voir ces Sœurs sortir modestement, mais sans voile, au milieu des rues les plus fréquentées. Mais quand on les eut vues à l'œuvre, accueillir avec bonté, et soigner avec une charité infatigable tous les pauvres et tous les malades qui se présentaient, sans aucune distinction de race ou de religion, l'estime publique leur fut acquise, et la liberté leur fut laissée pleine et entière. Les Filles de la Charité ont su conserver et accroître encore cette estime ries premiers jours de leur arrivée. Los épidémies et les guerres y ont laidement contribué, quand on les a vues ne reculer devant aucune fatigue et même aucun danger pour faire un plus grand bien.

Les œuvres des Filles de la Charité ont commencé petitement,

elles se sont accrues rapidement, et anjourd'hui elles sont nombreuses et florissaates. On compte dix Maisons de leur Institut à Constantinople, ou dans les faubourgs, et cent quarante-huit religieuses.

Nous allons d'abord énumèrer les maisons suivant la date de leur fondation : nous parlerons ensuite de chacune à sa place, soit comme établissement d'éducation, soit comme établissement charitable, l' La Providence, 8 décembre 1839. 2* Le Taqcim, 15 juin 1848. 3' Bebek, 1853. 4" N.-D. de la Paix, 19 avril 1857. 5° Hôpital municipal, 1865. a°Tcho(iour-bo3tan,1869.7' L'Artigiana, 1873. 8" St-Georges, 1873-1883. 9' Gerémia, 1881. 10" Scutari, 1883.

1' Maison de N.-D. de la Providence, fondée le 8 décembre i839.

C'est le premier établissement et le berceau des Filles de la Charité à Constantinople. C'est encore la résidence de la supérieure régionale ou visitatrice.

La maison de la Providence s'élève dans l'enclos de St-Benoit sur l'emplacement de l'ancien couvent et de l'église de N.-D. de la Miséricorde, qui fut uni à celui de St-Benolt en 1449, et donné à la Congrégation du Mont-Cassin. Après la conquête musulmane les Frères Mineurs de l'Observance y trouvèrent an abri jusqu'à la constructioù de St-Marie Drapéris en 1583. Les premiers Capucins y furent reçus en 1585, et St-Joseph de Léonîsse y fut conduit par un ange. Les Jésuites y établirent une partie de leurs œuvres, pais la conMrie de la charité et l'bdpital général. Le site avait donc toute une histoire, quand les Lazaristes y installèrent les Filles de la Charité. La vénérable Sœur Lesaeur, dont la population de CP. conserve religieusement le souvenir, trouva bientôt dans son intelligente et communicative charité les ressources nécessaires à l'extension rapide des œuvres confiées à son zèle et à son expérience. On y établit successivement une école externe, un pensionnat, un orphelinat, une pharmacie et un dispensaire. La maison était fort justement nommée la Providence, car tous y venaient chercher et y trouvaient les secours dont ils avaient besoin dans leurs misères physiques et morales.

Le feu s'étant déclaré dans cette partie de l'enclos de St-Be- Dott, dans la nuit da 20 au 21 février 1865, la sœur Caroline (Renaat), qui, à peine revenue du Mexique, où elle avait dirigé le service des ambulances de l'armée française, avait; été appelée à remplacer, comme visitatrice, la mère Lesueur, défunte, s'occupa tout d'abord des orphelines ; on fît lever et babiller, en hAte, ces jeunes allés que les Sœurs dirigèrent sur divers points, afin de les mettre en s&reté ; pois, la sœur Caroline courant à la chapelle, prit le tabernacle qu'elle emporta dans ses bras et sauva des flammes, ainsi que le tableau de la Vierge, placé aujourd'hui à l'entrée de la nouvelle maison ; ce furent les senls objets dérobés & la fureur du feu !

Ne voulant pas que le malheur dont les Sœurs venaient d'être frappées arrêtât le cours de leurs bonnes œuvres, MM. les Lazaristes placèrent ces saintes filles, ou mieux leurs classa et leurs orphelines, dans le bAtiment qu'Us venaient de construire pour le séminaire ; quant aux Sœurs, elles se logèrent dans les combles des misérables maisons de l'enclos ; et l'on ne saurait dire quelles misères les courageuses filles de St-Yincent ont endurées dans ces pauvres réduits I

On ne peut se rappeler, sans une vive émotion, le spectacle qui s'offilt aux yeux des catholiques, quelques mois à peine après l'incendie, le jour de la Fête-Dieu ! Confiante dans sa foi, la Sœur visitatrice voulut que le premier reposoir de la procession de St-Beaott s'élevât sur les ruines, presque encore fumantes, de la maison de la Providence l Toutes les pauvres Sœurs, agenouillées là, demandaient à Dieu de bèoir et d'exaucer leurs fervent«s prières pour la restauration de cet asile de la charité I Leur vœu a été exaucé : le gouvernement français, la colonie et le gouvernement du sultan lui-même, leur sont venus en aide ; et moins de deux ans environ après sa destruction, c'est-à-dire en avril 1857, la nouvelle maison de la Providence rouvrait ses portes, comme par le passé, à tous les malheureux. Toutes les anciennes œuvres y ont été rétablies (externat- ou vroir, catéchuménat, dispensaire), sauf l'orphelinat, porté à Tchoqour- Bostan, et dont il sera parlé plus bas.

La Maison de N.-D. de la Providence réunit un grand nombre d'œuvres différentes.

A, LesŒuvres de la Jeunesse. l'Asile des garçons. 3° 'Asile des ûlles. 3° Classes des petits garçons. 4* Classes des filles. 5' Ouvroir de filles. 6° Atelier d'ouvrières. 7° Associations des Enfants de Marie. 8^ Association des Enfants de Marie mariées.

B. Les (meures de Charité. 1° La crèche. 2° Le dispensaire, â* Visite des pauvres et des malades. 4° Association des Dames de Charité. 5° Association des Patronnasses de l'oeuvre des enfants trouvés.

ŒUVRES DE Là JEUNESSE.

1° Moyenne annuelle des dix dernières années.

i" Garçons. 120.

Filles. 395.

Total 515, 3' Crèche.

Enfants recueillis. 50.

« entretenus. 109.

3° Pauvres et malades.

Secours au dispensaire. 36.050.

Secours à domicile, visites. 500.

Portions aux enfants des classes. 16.435. 4° Associations.

de Charité. 200.

de Piété. 150.

Enfants de Marie mariées. 60.

5° Sommes dépensées depuis dix ans.

par les Dames de Charité. 77.380.

par les patronnesses de la crèche. 125.766. Pour toutes ces œuvres les Sœurs sont au nombre de trenteaix.

Les Prêtres de la Mission en sont les aumôniers.

3' Maison du Taqcim, fondée en 1833.

L'hôpital civil et militaire du Taqcim appartient à la France et il est administré par le consulat de France. Les Sœurs y

furent appelées en 1846 par l'ambassade française. (Nous en parlerons dans un autre chapitre). Peu de temps après leur installation au Taqcim, les Sœurs adjoignirent à l'hôpital l'œuvre des écoles, celles des pauvres malades délaissés, celles des Enfants de Marie et du patronage, etc. Ces œuvres, qui sont aujourd'hui dans un état très prospère, font d'autant plus de bien qu'elles sont placées dans un quartier très populeux, et qu'il n'y a pas à proximité d'autre centre catholique pour les jeunes Ûlles. Personnel : vingt Sœurs ; aumôniers, les Prêtres de la Mission.

A. Œuvres de la jeunesse. 1° Classes de petits garçons. 2° Classes des filles. 3° Ouvroir et atelier d'ouvrières. 4° Patronage des jeunes filles. 5° Association des Enfants de Marie. — B. Œuvres de Charité. 1" Hôpital. 2° Dispensaire. 3° Visite des malades pauvres et délaissés. 4° Patronage des enfants pauvres des classes.

Moyenne annuelle des dix dernières années.

1° Cla-sses et ouvroirs.

Garçons. 30.

Filles. 416.

Total. 446. 3° Enfants pauvres assistés par le patronage. 120. 3° Malades.

Soignés au dispensaire. 7.300.

Traités à l'hôpital. 604.

Visités à domicile. 150.

Secourus par l'association. 120.

4* Associations.

de Piété. Enfants de Marie. 410.

f < mariées. 50.

de Charité. 250.

5* Sommes dépensées depuis dis ans.

par l'association des pauvres malades. 87.004.

par les patronnesses des enfants pauvres des classes. 36.396.

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Ea somme, il est passé h l'hApital, depuis que les Soeurs y sont, dix -sept mille quatre cent soixante-quatre malades, dont douze mille deux cent trente-huit catholiques, quatre mille cinq cent soixante-dix-neaf iiétérodoxes et six cent quarantesept infidèles.

Il est passé dans les classes environ six mille enfants dont Latins deux mille, Arméniens catholiques deux mille six cents, Arméniens grégoriens huit cents, Grecs orthodoxes six cents.

3° Maison Sl-Josepk de Bebeh, fondée en 1853.

Cette maison a connu des jours plus prospères. Toute réduite qu'elle est, par le malheur des temps et des circonstances, elle continue à rendre des services précieux : elle instruit la jeunesse, elle forme des ouvrières, elle visite les malades et secourt les pauvres dans la mesure de ses ressources. La chapelle sert d'église paroissiale aux Latins et aux Arméniens catholiques du voisinage. C'est le seul centre catliolique de ce côté du Bosphore. Personnel : Sœurs, cinq ; aaménier, un prêtre séculier.

A. Œuvres de la jeunesse, l" Pensionnat. 2' Orphelinat. 3° Atelier de dentelles et ouvroir. 4° Classes externes. 5' Association des Enfants de Marie. — B. Œuvres de Charité. \' Un petit dispensaire. 3° Visite des pauvres et des malades.

Moyenne annuelle des dix dernières années.

1° Œuvres de la Jeunesse. Quatre-vingts élèves de diverses nationalités et religions.

S' Œuvres de Charité. Suivant les ressources et les besoins. Conversions : Musulmam, un; Arménien, un.

4° Maison de N.-D. de la Paix Ouverte. 1879.

Après la guerre de Crimée, le gouvernement impérial ottoman, raconte-UoQ, voulant reconnaître les services rendos par les Sœurs de St-Vincent de Paul, dans les ambulances de l'ar-

mëe, soDgea à leur offrir des décorations. Il fut répondu que la meilleure manière de récompenserles Filles de la Charité était de leur procurer le moyen de faire plus de bien. A la suite de cette réponse, sultan Abdul-Medjid, sur la requête de l'ambassade de France, coucéda aux Sœurs, le 19 avril 1857, aux portes de Constantinople, un vaste terrain, où elles construisirent un Mpital, qui en souvenir de son origine fut appelé N.-D. de la Paix. Cette Maison, commencée avec dix malades, a vite grandi. A l'hôpital primitif, diverses œuvres sont venues s'adjoindre, et aujourd'hui c'est à la fois une des maisons les plus considérables et ies plus prospères de Constantinople.

Personnel ; Sœurs vingt-trois ; auméniers : les Prêtres de la Mission.

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