S. Nicolas (1,55,550) ; S. Ni- 32. S. Vite (I
Ces ('glises, non compris Notre-Dame des Blaquernes, sont au nombre de trente et une"'; elles paraissent avoir été desservies par les Vénitiens relevant soit du patriarcat local, soit de celui de Grade, lequel comptait cinq paroisses, en outre des autres églises relevant de sa juridiction. On verra plus bas^, par le document du âmars 1209,que l'empereur Baudoin avait retenu, de son côté, trente églises, sur lesquelles il avait droit de nomination; et il semblerait également, d'après la lettre d'Innocent III*, qu'il serait besoin de connaître aussi le nombre » des églisps pisanes et autres ne relevant pas de la juridiction du patriarcat local',» pour établir, approximativement, le total des églises desservies par les latins, à Constantinople, pendant la durée de l'empire franco-vénitien.
Après son élection au trône patriarcal, Morosini essaya de placer sous son obéissance l'épiscopat de l'île de Chypre, comme cela existait sous les Grecs ; « cet épiscopat se composait d'un archevêque et de trois évèques latins. Le Pape fit responce que cela ne se pouvait pas faire, l'épiscopat de cette
' Aujourd'hui Enkl-iinaret iljami. (Hadiqal-ul-'ljécdiiiy.) Ce livre, aana entrer m al heureusement dans aucun détail histoiique, donne le ^aorn de 34 églises chrétiennes qui auraient été changées en mosquées à CP.
> D'après las recharches de M. la Dr. Paspati.ce chiffre se serait élevé à 51.
» Fontel, II, 111.
- • L»-. laud., p. 73.
' On verra, d'après un passage de Pachyméres, relatif au couvent latin repris par Andronle, que les Pisans. à cette époque, étaient placés, A CP. BOUS la juridiction apitîtaelle d'un exarque. De nos jours ce nom est donné encore aux chefs spirituels de* Bulgares, séparés du patriarche oecuménique.
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lie ayant été placé sous la juridiction du patriarche de Hièrusalem ', avant que les Français se fussent rendus maîtres de l'empire d'Orient-. »
Un peu plus tard, le S9 mai 1205, Innocent III, s'adressant au doge Henri, condamne sévèrement le partage, fait entre les Vénitiena et les Français, des biens ecclésiastiques, sauf la part réservée pour l'entretien honorable du clergé. Sa Sainteté ajoute que la spoliation du trésor et des biens des églises constitue une faute grave ; que le pape ne doit et ne peut approuver un acte aussi contraire au serment fait par les parties ; que cela serait déroger à l'honneur du Saint-Siège. Le pape adressa le même bl&me à Baadoin.
Le 30 mars même année, Innocent III écrit au patriarche Thomas Morosini, lui conûrmant, à lui et à ses successeurs, la possession des biens actuels et futurs de son église ; il ratifie les privilèges et immunités de cette église, ainsi que ses coutumes raisonnables et anciennes^ il confère le patlîum ^ au patriarche, l'autorisant à s'en vêtir, dans les églises de sa juridiction, aax messes des fêtes et solennités indiquées dans cette même lettre j il lai accorde faculté de le conférer, à son tour, aux archevêques de sa juridiction ; de faire porter devant Jui l'étendard do Seigneur, c'est-à-dire la Crofac, partout où il se trouvera, excepté à Rome et là où se trouverait le pontife romain; comme aussi < ia processionihusj usum nacci*. >
Par lettre de même date, le pape concédait également au patriarche la faculté de conférer les ordres et les dignités ecclésiastiques & tel qu'il en jugerait digne.
■ Encore aujourd'hui un vicaire du patriarche latin de JéniMlem «it admloistrateur spirituel de l'iie, pour le rite latin.
> Famille» d'outre-mer, p. 844.
' \'oîr aur l'origine et le aene lymboliqua de c«t Inaigne archiépiscopal, Le culte catholique, par l'abbé Durand, Paria, 1863. p. ISO.
^ Id. p, 539. D'apréaleDiff. in/". lofinii.de Dncange, mvf uj ou naco» parait £trele caparaçon dont on recouvrait eniiArement lea chevaUK.au moyen&ge, dans les aolennitée publiques. Le privilège de faire u»age du cherai blanc ainsi caparaçonné était donné, par les papes, à certains dignitaires ecclésiastiques. On lit, dans une lettre d'Alexandre III & l'archeréque de Cologne, ■ Insigne quoque festivi equi, quod a quibusdam vulgo naecum vocatur.., confinnainns. ■ Dansla lettre 34 d'Innocent III A l'archsTéque de Piae, id. Tenet., on lit aussi : s Denique ut Pisana civitas... amplius honoretur, eqno albo cum nacho albo in prooeaflionibas uteodi tibi lieenliam damus. »
Encore sous ]a même date, Sa Sainteté dit au patriarche : € Dans le serment que, selon la coutume générale, vous aurez à nous prêter, lors de la réception du palHum, vous devrez stipuler spécialement que vous ne vendrez pas les biens relevant de la mense de votre épîscopat, que vous ne les donnerez ni en don ni en gage, que vous ne les inféoderez ni ne les aliénerez, sans avoir consulté, au préalable, le pontife romain '.
Également à la même date. Innocent III recommande expressément au patriarche qu'à son décès ou à celui de ses successeurs, on ne propose à Rome que le candidat élu selon les règles canoniques. Consacré d'après les usages ecclésiastiques, celui-ci devra envoyer un d^égué à Rome, pour y recevoir, auprès du corps de S. Pierre, le palUum, insigne de la plénitude de la dignité épiscopale ; et, en le recevant, il prêtera le serment prononcé par le patriarche actuel -.
La constitution, à Constaatînople, du patriarcat latin, à cdté de la juridiction antérieure du patriarche de Grade, devant nécessairement amener des conflits entre ces deux autorités ecclésiastiques. Innocent III, eu vue de prévenir les difllcult^s, avait écrit à ce dernier t qu'à la sollicitation de Morosini, il avait accordé à celui-ci la jouissance complète des revenus ecclésiastiques, jusqu'à plus ample information sur l'état de )a nouvelle église '.
Toutefois, et par une déclaration pour ainsi dire contemporaine (elle était datée du 14 mai 1305}, Thomas Morosini, patriarche de Constantinople, muni du consentement du chapitre patriarcal, déclarait exemptes de sa juridiction les églises de la capitale relevant du patriarcat de Grade, ou de tous autres prélats Vénitiens. Cet acte est signé : « Nicolas Tinto, presb. et pleb. Sancti Nicolai, canon. S. Sophiee CP. ecciesite, Nicola Thome, presb. ecclesiœ Sancte Margarite, canonicus suprascripte ecclesie, > et de cinq autres chanoines de Sainte-Sophie'.
L'intéressant recueil auquel nous avons emprunté ce qui précède fournit aussi le texte de l'acte de réception du serment prêté, après leur élection, par les chanoines de Sainte-Sophie,
1 Id. p. 546.
! Id. p. 551.— ' /t(, p. 543. —
Id. p. 544,
DigilizPdbvGoOt^le
aûn d'assurer la possession des canonicats et du patrlnrcat aux Vénitiens ; en voici, în extenso, la vereion française :
1205. 8 mai.
* Au nom du Dieu éternel; amen.
c En présence de seigneur Raniero, Ûls de Henri Dandolo.par la grâce du Très-Haut, doge de Venise, Dalmatie et Croatie, régent ; des sages membres du Conseil, savoir : comte Petro Ziant, Henri Navigaioso, Petro Barboni, Laurentio Quirino, Giovanni Tomaso, Philippe, curé de Sainte-Luce ; maîtres Frederico et Philippo, chanoines de Saint-Marc ;
f Les clercs ci-après nommés, savoir :
Adam, prêtre de Saint-Sylvestre,
JeanBelon, prêtre de Saint-Martin>
OtoQ et Marino, prêtres de Saint-Jérémie,
Pierre Sferminus, prêtre de Saint-Apollinaire,
Jacob Mariano, diacre de l'église du château,
Mathias Magliano, prêtre de Saint- Siméon, prophète,
Léonard Balluo, prêtre et curé de Saint-Jean-Chryaostôme,
Nicola Tinto, prêtre et curé de S. Nichola,
Nicolas Thomas, prêtre de Sainte-Marguerite,
Pierre Salinbeen, prêtre de Saint- Pan taléon,
Jean Marao, prêtre de Sainte-Lucie,
Pierre Ruibalo, clerc de Saint- Marc ',
< Ont prêté, sur les saints évangiles, le serment d'accomplir fidèlement ce qui est inscrit dans les capituiaires, savoir :
c Moi N-, élu chanoine de l'église Sainte-Sophie, je fais serment de n'élire et de ne recevoir, en ce qui me concerne, dans ladite église de Sainte-Sophie, comme archidiacre, archiprètre, prévôt, [prepositus), decan, trésorier ou tout autre dignitaire de ladite église, et comme patriarche de Constantlnople, qu'un candidat, Vénitien de nation, ou ayant servi pendant dix années dans une église vénitienne. Je jure de faire prêter, après son élection, un serment semblable à quiconque sera élu et reçu, de mon temps; et je ne permettrai jamais que ce principe soit enfreint ou violé.
' Toutes ces églises sont indiquées dans la liste, rapportée ci-dessus, des églises desservies par tes Latins.
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c Le présent serment sera inscrit dans les actes publics, et transmis, sans altération, aux mains du procureur de Saint- Marc,
Fait dans l'église de Saint-Marc, prés le palais ducal '.
Moi, Jacques Mariano, diacre et clianoine de Sainte-Sopliye, m. m. ss.
Moi, Pierre Ruibalo, sous-diacre et chanoine de Sainte-Sophye, m. m, ss.
Moi, Jean Belon, prêtre et chanoine de Sainte- Sophye, m. m. ss.
Moi, Mathias Magliano, prêtre et chanoine de Sainte-Sophye, m. m. ss.
Moi, Otto, prêtre et chanoine de Sainte-Sophye, m. m. ss.
Moi, Adam, prêtre et chanoine de l'église constantinopolitaine de Sainte-Sophie, m. m. ss.
Moi, Pierre Stermînus, prêtre et chanoine de Sainte-Sophye, m. m. ss.
Moi, Jean Marao, prêtre et chanoine, id.
Moi, Nicola Tinto, prêtre et curé de Saint-Nicola, chanoine de l'église de Sainte-Sophye de Constantinople, m, m. ss.
Moi, Nichola Thomas,prêtre et chanoine de l'église de Sainte- Sophye de Constantinople, id.
Moi, Marinus Vitalis, prêtre et chanoine, id.
Moi, Philippe de Lupriolo, curé de l'église de Sainte-Luce, tt. ss. (testis subscripsi).
Moi, Philippe Russo, sous-diacre de l'église de Saint-Marc, tt. ss.
Moi, maître Frédéric, chanoine de Saint-Marc, tt. ss.
Léonard, curé, et Pierre, requérants ;
Moi, Jean Kardiaga, prêtre et notaire, de ce requis, j'ai écrit, parachevé et donné force légale à ce que dessus, selon ce que j'ai vu et entendu.
< Pour copie conforme : Vivianus, écrivain, notaire et juge'. »
' U est curieux de remarquer que ce serment était prtté dont Saint-Marc et non point dans Sainte-Sophie. Un autre acte du même genre, ooua la date du 14 mai mime année, fut rédigé « in caméra camb«llarla du(»iUs au- )e venetiane. »
I Fontes, II, p. 545.
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Mais, ces dispositions exclosives ne furent pas i^réées du pape : Innocent III recommanda au patriarche de ne pas maintenir ce serment, en faveur uniquement des Vénitiens ' et, tout en ne s' opposant pas, formellement, à ce que le patriarche fût vénitien, sous réserve, toutefois, des droits du Siège apostolique, le pape insista énergiquement pour que cette condition ne fit pas l'objet d'un acte écrit, de telle sorte que le canonicat et le patriarcat ne devinssent pas ainsi une sorte de patrimoine héréditaire, possédé seulement par certains individus, mais soient accessibles à quiconque observe la justice et se rend agréable à Dieu. Un ordre pontifical, du 25 août 1206, enjoint même au patrîarclie et à son chapitre de recevoir, comme chanoine, la personne recommandée dans cet ordre.
L'établissement du patriarcat latin à Constantinople avait créé dans cette ville, nous l'avons dit, une situation nouvelle, notamment en ce qui touchait l'ancienne juridiction du patriarche de Grade ; ceiui-ci déjà en avait ressenti les effets ; aussi, pour corroborer l'existence de cet ancien patriarcat, le doge prescrivit-il à son podestat, à Constantinople, de faire dresser l'acte suivant, destiné à confirmer et à renouveler les donations faites, antérieurement, au patriarcat de Grade.
1206 février'.
« An nom de Dieu, etc.
€ Voulant augmenter de plus en plus l'importance et la considération du patriarcat de Grade,
* Nous, Marina Geno, podestat des Vénitiens à Constantinople, et d'ordre de seigneur Pietro Ziano, par la grâce du Dieu très glorieux, duc des Vènétie, Dalmatie et Croatie, seigneur du quart et demi de l'empire romain, assisté de nos juges et sages conseillers, nous vous donnons à perpétuité, ainsi qu'à vos successeurs, à vous Benedicto Faletro, par la grâce divine, patriarche de la sainte église de Grade, primat de Dalmatie :
* Toutes nos échelles, autrefois dites de notre commune
> On a vu plus baut en etTet, qu'en 1215, un Français remplis*ait In ohaige de décan (jloyeii) de Ste Sopbie.
> Loc. laa-l., tl, p.
des Vénitiens, et nos terres vagttes, sises hors des murs de la ville de Gonstantinople, avec tout le rivage ; les petites échelles et leurs revenus, à partir de l'angle oriental de la tour du couvent de Saint-Georçes le Majeur,... jusqu'à une distance de treize pieds au delà de la tour de Sainte-Marie, à l'ouest ; le tout comprenant une étendue de quarante-deux pieds et demi, en longueur ; auxquelles échelles les Vénitiens ont pouvoir d'aborder, avec leurs navires, de les y ancrer, de les y charger et débarquer, en un mot, d'y faire leurs opérations, de laisser là leurs barques et d'y habiter, selon leurs convenances '. »
« Au milieu de ces propriétés se trouve l'église de S. Akindin ', avec ses dépendances. « Nous vous concédons, en outre, les propriétés, terrains et maisons sis près de l'église de St. Jean de Comibus, comme auprès du portique de cette église auquel aboutit, d'un côté, la voie publique percée entre ces propriétés et I Simionem >, l'une des extrémités aboutit à une rue allant des propriétés de Ste Hérine à ladite voie, l'autre au quartier des Lombards (in Lombardis). »
« Nous vous concédons encore la propriété des terrains sis, avec deux arcades, (cuni duabusvoltis', auprès de la cour, [curtem , de Ste Hérine, hors des murs, jusqu'à ladite église de Ste Hérine, vers les propriétés, qui jadis, furent aux Allemands... >
c Nous vous donnons également toutes nos propriétéSjCOtitierf gj et non couvertes, nos terres et maisons, sises sous [infra) le mur de Gonstantinople, appartenant à la co^mnunedes Vénitiens, aboutissant, d'un côté, à l'ancienne muraille de Sevastocrator, et de l'autre au mur de la ville ; se terminant, d'un bout et en ligne droite, à la rue allant, de la porte Ebrayhy, au mur du Sevastocrator, « in cuva Stœ Mariœ de Carpiani, n puis, traversant le mur et allant à la mer j le tout, aussi bien la partie hors du mur de la ville que celle dite sous le mur de la cité, a
■ Dans un acte d'octobre 1296 {Fonte»- II, 43), Renedicto de Salmaza se ■erait engagé Â payer un loyer de... pour un terrain de 30 pieds <Ie long Bur 12 de large, « sis à Gonstantinople, en dehors des murs, à la Sikala inojor, «ur la rive de Perama, et qui relève du patriarcat de Grade. «
* Le curé (pltbanu») de Saiat-Akindin, arant d'entrer en fonctions, prêtait •erment de fidélité au patriarche de Grade ; un acte de ce genre, dressé au palais patriarcal, le 4 août 1250. est rapporte dans les Fo/tfes. tome II, p. 449.
été déterminé par nous et Jufredus, maréchal de l'empire, de ce mandé par l'emperem-. »
A. la suite de ces donations se trouve inscrite la liste nominative des propriétés du patriarcat de Grade, à Constaiitinople, rangées sons les sept titres suivants :
€ 1° Iste sunt case extra, juxta murum'civitatis Constantinopoli....
2" Aput Drongarium...
3° Iste sunt case de ripa secus mare.,.
4" Infra civitatem apud S. Akindanum...
5° Ante S. Akindanum...
6° Apud S. Johannem de Cornibus....
7" Scala de Drongario.... »
Le pape, on l'a vu, s'était réservé de donner des instructions au patriarche latin de Constantinople, après plus ample information snr l'état de son Église ; la lettre do 2 août règle les point» snivants :
< Les possesseurs des églises et biens ecclésiastiques relèveront delà juridiction patriarcale de Constantinople, à l'exception de celles de ces églises qui, avant la prise de la ville royale, auraient été distraites K'guliêrement de la juridiction patriarcale. *
Le Pape ne trouve pas juste, non plus, de faire aucun tort, soit par jugement soit par contumace, à ceux dont ces églises relèvent; t la prudence conseille aussi,dit te Souverain Pontife, de ne pas exciter contre l'empire, les Pisans, Vénitiens ou tous antres ayant, dans GP., de ces sortes d'églises ; » il engage le pafa'iaiche à user de conciliation, jusqu'à ce que l'empire soit solidement établi; alors, si le patriarche juge équitable de poursuivre la revendication de ses droits, le Pape lui fera rendre justice.
ï Dans les églises habitées seulement par des grecs, le patriarche devra placer des évoques grecs, si l'on en peut trouver de lidèles et dévoués au Siège apostolique, et consentant à être sacrés par le patriarche ; dans les églises mixtes, habitéas par des grecs et des latins, le patriarche devra donner la préférence . aux desservants latins sur les grecs, i
€ Quant à la question de laisser les grecs officier dans leur rite ou de les pous-ter à adopter le rite latin, le patriarche devra
les maintenir aussi longtemps que possible, dans leur rite, jusqu'à ce que, après mûre réflexion, le Saint-Siège eu ait décidé autrement >.
» En ce qui touche les mouastères grecs à convertir en canonicats séculiers, le patriarche n'en devra rien faire tant que ces monastères seront* occupés par des réguliers, grecs ou latins ; il ne devra y placer de clercs séculiers qu'an défaut de réguliers'. »
Comme il l'avait annoncé,le pape envoya un légat à Coustantinople ; l'intervention de ce haut dignitaire ecclésiastique se produisitdans la convention intervenue le 5 août 1206, entre ce prélat et le patriarche latin, d'une part, l'empereur Henri, les barons, l'armée et le peuple, d'autre part, au sujet des annexions et conquêtes pouvant être faites dans l'avenir.
« L'empereur, du conseil et consentement des princes, barons, de l'armée et du peuple, fait don aux églises, sises en dehors des murs de Constantinople, de la quinzième partie des terres, habitations, forêts, champs, vignes, salines et autres propriétés, de quelque nature qu'elles puissent être, sauf, bien entendu, ce qu'elles possèdent déjà, près des murs de Constantinople (t a porta Aurea itsqtce ad portam Blachemam,inf^a murum ipsius et mare. »
f Sur la douane à percevoir, sous et hors des murs de Constantinople, au nom de la aille, il leur accordait franchise du quinzième. *
« Les clercs, toutes les églises, les propriétés en dépendant, les individus y demeurant, les religieux grecs ou latins, les séculiers, habitant avec eux le cloître des églises, ceux qui s'y réfugieront, seront affranchis de toute juridiction laïque, selon la coutume de France ; faisant réserve, toatefois, de l'autorité de l'Église romaine, de celles du patriarche et de l'empereur-. »
Comme complément à cette lettre, et sur l'exposé qui lai en avait été fait par le /patriarche, que certains évêques, tout en faisant acte de soumission au patriarcat et ayant prêté serment d'obéissance et de fidélité au Siège apostolique, refusaient
I Fonte», II, p. 19.
» Fonle», II, p. 31.
d'être sacrés, selon l'usage latin, Innocent III répond que, t si les évèques déjà sacrés, refusent de recevoir une nouvelle onction, le patriarche devra, sur ce point, fermer les yeux; mais que ceux qui devraient être sacrés ultérieurement, ne pourront Tètre que d'après l'usage latin, pai'ce que, dit le pape, nous ne pouvons sacrer, même les grecs, que selon nos propres coutumes'. >
Malgré la prépondérance dont ils jouissaient sur Ste Sophie, l'église patriarcale ; les Vénitiens se rendirent pourtant coupables de la violation de cette église. Le patriarche fit au Pape le récit détaillé de cet événement dont voici les circonstances : le podestat fit enlever violemment l'ff^one sur laquelle, dicitur, S. Luc avait, de sa propre main, reproduit les traits de la sainte Vierge ; placée autrefois, avec certaines reliques, dans la chapelle du grand palais ", l'empereur Henri aurait fait don de cette image à Sainte-Sophie. Les Vénitiens, ne voyant pas la réalisation des promesses qui leur avaient été faites avant le couronnement de Henri, voulurent alors en assurer eux-mêmes l'exécution ^ ; le podestat envoya à Sainte-Sophie des agents qui brisèrent l'une des grandes portes de l'église ; et ils se disposaient k en faire autant de celle du sanctuaire où Vtmage était déposée, lorsque le patriarche, informé de se qui se passait, ac> courut sur les lieux •-, voyant l'imminence du sacrilège, il menaça les envahisseurs de l'excommunication ; n'ayant pu les arrêter, le prélat, c candelis accensis, » frappa publiquement et solennellement d'excommunication le podestat, son conseil et les exécuteurs de leurs ordres. Les foudres ecclésiastiques n'arrêtèrent pourtant pas les violateurs du sanctuaire ; ils en brisèrent les portes, s'emparèrent de l'image, et la portèrent dans Véfflise du Pantocrator''. Le patriarche s'étant ensuite rendu
' FonUi. II, p. 68.
» Cf. plus haut, tarmenCde» chanoine», 8 mai 1205.
' Voyez ci-dessue, chap. i.
' M. le Dr. Dethier, dans une note insérée au Lûeunt-Hfifil'l du 2i avril lt<T6, dit : > Lorsque Ibr croisÊa I^tiiK a.ssi(-gârcat et prirent CP., l'empereur flt faire une eorlie contre eux, avec l'image de la madone « Odi([hitria» conduisant 'à la victoire. » La sortie fut malheureuBe. l'image tomba au pouvoir de* Croisés, et fut envoyée en Italie. Sa raprorfuction est donnée par d'Adncourrt, dans son Histoire de l'art par les monument», pi. 27. I,e comte ttiani, (des Dépoitilleii i-eligieii»et etc. p. 36). dit : ■ la cé-
auprès du légat pontîQcal, celui-ci conûrma rexcommunication et l'interdit lancés contre toutes les églises du quartier habité par les sacrilèges. — Dans sa lettre du 15 janvier 1207, au patriarche, le pape conSrnia les censures prononcées dans cette circonstance '.
Ces scènes de désordre, qui présentaient des symptômes qu'on ne saurait méconnaître, ne furent sans doute pas les seules de ce genre, car le pape enjoignait, le 7 mai'S 1308^, aux membres du clergé de toutes les églises de Constantinople, non distraites de la juridiction patriarcale, « d'obéir aux ordres du patriarche, de le reconnaître comme le père, l'évêque de leurs âmes, et de lui rendre les honneurs et l'obéissance canoniques; il recommandait, en même temps, à l'empereur, de prêter aide et assistance à ce prélat, afin que les grecs, clercs et séculiers, rendent hommage à la très sainte Église romaine, à son vénérable frère le patriarche de Constantinople, et le reconnaissent pour leur père et leur pasteur. »
Les marques d'insubordination se manifestaient, d'ailleurs, sur plus d'un point : malgré la défense pontificale relative au serment d'exclusivité, prêté par les chanoines de Sainte-Sophie, après leur élection, cette formalité, comme le prouvent les actes de novembre 1207 et d'avril 1308, ne continuaitpas moins d'être accomplie^.
D'autre part, le patriarche se plaignait, de son côté, au pape, en mars même année,du refus dea Pisans, Lombards, Amalfitains,
lébre anacoine tomba entre les mains d'Iienri il'Anjoii, à l'embuscade de la Philée, elle fut attribuée à l'abbaye de Citeaux. Puis il ajoute en note : » l'î- ' dentification exacte de cette image (décrite par Clari, Albéric et Co^eehale) avec l'une des trois ou quatre Iconea miraculeuses de la Vierge, conservées à CF., est presque impossible. Cette ancoiane ne parait pas d'ailleurs être venue en Europe. » Cf. Hiant D^poaiUe» •■eîigleutet e'deofeu à CP. au XUltiirie par le» Lntira. p. 53.)
' Fonlea, 72.
' Il semblerait résulter Je ce passage, qu'il y avait encore A Constantinople d'autres juridictions ecclésiastiques que celle du patriarche de Grade, ne re- 'eTant pas de l'autorité patriarcale du lieu, n Vicarius patriarchsGradensis bnrgenses venetos liabitatores civitatis ejusdem. sive maneaDt in quinque paiTOCchiJB ejusdem patriarchee Gradeusis, sive se transférant ad parrochias ^bi Bubjectat seu ad parrocbias Pisanorum nec non etiam ad parrochias îllorum. qui Constaotinopolitano non aunt subditi patriarchffi, ecclesiastica dlatrictione compellit... >• (ForUet. II. 73.) 3 /r/. II. p. 75.
Danois, Anglais et autres, résidant k Constantinople, d'acquitter, dans leurs paroisses, les taxes respectives ' ; et, ce n'est pas non plas sans motif que le pape recommandait, le 8 mars 1208, au patriarche de Grade et aux siens d'éviter tout contact ou relation avec les excommuniés, et de leur refuser les sacrements '.
Enfin, un diSférend vint à s'élever aussi entre le patriarche et l'emperenr, au 'sujet de la nomination {pt^œposilurœ) à trente Églises, et des meilleures de [infra] Constantinople, échues aux ïYançais, que l'empereur Baudoin aurait retenues comme donation personnelle, et dans lesquelles il pourvoyait k la nomination des supérieurs et àécans. Le patriarche demandait que ces églises fissent retour à sa juridiction, d'autant pins que le légat apostolique se seraitadjugë vingt-trois de ces églises, sans se prononcer sur les sept autres, pour lesquelles il attendait la décision du Souverain Pontife.
L'empereur, de son c6të, demandait au Siège apostolique de lui conlirmer le droit de nomination sur ces églises, prétendant n'avoir pas, en cela, moins le droit que les princes occidentaux sur les églises de leurs contrées.
En l'état, le pape déféra l'examen du conflit & une commission d'enquête, formée d'un archevêque et d'un évêque, qui auraient ensuite à lui transmettre leur rapport^.
Une autre commission du même genre, composée de deux évêqnes et du décan de Sainte-Sophie, fut chargée d'examiner un antre conflit survenu entre le patriarche de Constantinople et celui de Grade. Le premier s'était plaint au pape, de ce que, malgré l'autorisation à lui donnée par le Siège apostolique, de prélever certaines taxes sur les Vénitiens, le vicaire du patriarche de Grade voulait contraindre les bourgeois vénitiens résidant dans la circonscription des ctnq paroisses de son patriarcat, OH de celles en relevant, ou bien domiciliés dans le district des paroisses des Pisans, ou tous autres non soumis au patriarche de Constantinople, d'acquitter ces taxes entre ses mains, ne leur permettant pas de recevoir la bénédiction nuptiale ailleurs que dans les églises de sa juridiction, c'est-à-dire
' îd. II. p. 68, » /./. II. p. 69. * fwilw, II, 76.
là où ils ne résidaient point, et cela même, quelquefois, sous peine d'excommunication. Le pape chargea des conunisaaires de prononcer canoniquement^ sauf appel, sur le point en litige.
Revenant ensuite sur les faits déjà frappés de son blflme, Innocent III, sous la date du 23 avril 1208, adressa au patriarche de Constantinople des reproches sévères sur l'oubli de ses promesses ; il condamna de nouveau le principe d'exclusion aux canonicat de Sainte-Sophie, appliqué à tous autres que les Vénitiens ou les prêtres ayant desservi, durant dix années, une église vénitienne ; et il termine en avertissant le patriarche qu'il prescrit à ses commissaires de prononcer sa suspension. Une autre lettre, de même date, enjoint aux chanoines de Sainte-Sophie d'abjurer le serment fait par eux à cet égard, faute de quoi ils seront également suspendus.
A son tour, et revenant sur l'affaire des églises à sa nomination, l'empereur Henri porta plainte au pape de ce que le patriarche, sans prendre son avis, nommait, de son libre arbitre, et sans le consulter, aux églises relevant de son autorité ; et il manifestait le désir d'éviter le scandale de voir les supérieurs et le clergé de ces églises Frappés d'excommunication. Il parait que l'affaire aurait été jugée en faveur des prérogatives de l'empereur, car le pape écrit, le 2 novembre 1209, qu'il a enjoint au patriarche de mettre fin à ces injustes prétentions, et d'éloignei' de ces églises les dignitaires nommés par lui *.
Poursuivant le cours de ses démarches antérieures en vue d'établir l'indépendance de sa juridiction, le patriarche de Grade requit et obtint de Mathieu, patriarche de Constantinople, le 81 janvier 1321, la rédaction d'un acte public par lequel celuici déclara et reconnut l'exemption de sa juridiction, tant au spirituel qu'au temporel, comme au temps des grecs pour les églises vénitiennes existant dans l'empire romain; il s'engageait de plus, pour lui et ses successeurs, et en cas de violation de cette promesse, à payer au patriarcat de Grade une amende de cent marcs d'ai^ent-.
" Fontet, p. 111.
1 Fonies, II, 422. Cf. ci-dc»suB 14 mai 1S05. I.c pape Alexandre coDflrma cette exemption le 11 juillet 125G (Fonte», III, 16.)
C'est vers cette époque, en 1219, que nous voyons apparaître pour la première fois en Orient des rellgîeus nouvellement institués, les Frères Mineurs, appelés plus communément Franciscains, du nom de St. François d'Assise, leur fondateur (1183-1224). Les religieux ne manquaient pasàCP. : nous avons TU que les Bénédictins, des diverses branches de l'Ordre, s'y étaient établis dès le commencement. Les Cisterciens, qui avaient eu ane si large part dans l'organisation de la croisade, avaient eu aussi unepartcorrespondante dans la distribution des églises^ les religieux de Cluny, ceux du Mont Cassin, avaient aussi leurs monastères, et nous avons même signalé un couvent de religieuses Cisterciennes. Nous avons noté aussi la présence des Ordres hospitaliers ou militaires. Tous ces Ordres entraient fort bien dans le système féodal que la conquête imposait à l'empire d'Orient; ils ne se trouvaient pas déplacés dans les conseils, à cdté des Barons bardés de fer ; ils s'y étaient même si bien unis et inféodés qu'au jour où l'empire fut renversé, non seulement le clergé séculier qui faisait partie du système politique, mais encore les religieux, furent renversés avec lui et disparurent des terres redevenues grecques. Les Frères Mineurs et les Frères Prêcheurs ou Dominicains, au contraire, plus indépendants des circonstances extérieures, parce qu'ils n'avaient pas de bènéficeB ou de biens territoriaux, destinés, en vertu même de leurs régies, à se mêler au monde, organisés pour vivre sous toutes les latitudes et s'accommoder à tous les régimes, restèrent à leurs postes, non seulement sous les empereurs grecs, mais aussi sons les Sultans. Us furent pendant des siècles, presque le seul clergé latin de CF., comme nous le verrons plus tard.
Le premier Frère Mineur que nous voyons cité à propos de CP. est un certain Fr. Lucas d'Apulie qui est nommé provincial de Romanie, ou de Grèce (la dixième des provinces de l'Ordre), au grand chapitre de 1319, dit Chapitre des Nattes. Il ne vint peut-être pas à CP. ou du moins 11 n'y resta pas bien longtemps, car en 1220, il y était remplacé ijar F. Benedetto d'Arezzo, un grand et saint religieux, qui organisa cette province et la ât reconnaître par l'empereur Robert de Conrthenay. Cette province de Grèce comprenait tout le littoral de la Méditerranée, depuis rniyrie, jusqu'à CP., et même l'Asie-Mineure. Elle semble'avoir été presque dès le commencemeut séparée de celle de Syrie^oa
de Terre Sainte. Fr. Benedetto resta longtemps en Orient et y travailla beaucoup.
Les Frères Prêcheurs ou Dominicains, vinrent à CP. presque en même temps que les Franciscains; mais il semble que leur mission ne fut complètement organisée que par S. Hyacinthe, qui y arriva vers 1332. Il continua en Romanie, ce qu'il avait fait en uu grand nombre d'autres pays qu'il avait évangélisés, recevant des novices et fondant des couvents, partout où il passait.
Dans quels endroits furent installés ces premiers religieux ? Les chroniques et les archives sont muettes à cet égard. Toujours est-il qu'ils furent activement employés par les empereurs latins. Ainsi nous voyons qu'on leur confie les missions les plus importantes, soit auprès des princes, soit auprès des èvêques et des conciles, dans toutes les tentatives qui furent faites pour l'union de l'Église grecque à l'Église Romaine.
Par telles circonstances que nous ignorons, l'abbé et le couvent de Saint-Georges le Majeur, des Vénitiens, donnèrent en location, par acte du 15 octobre 1344, à l'archevêque d'Héraclée, l'église Sainte-Marie de Embolo et le monastère de Pantepopti, ainsi que les propriétés en dépendant. L'archevêque promettait de conserver lesdites églises, propriétés et dépendances, dans l'état ofi il les recevait, et mieux si possible, de les défendre « ad opus ipsius monasterii, > de faire desservir Sainte- Marie par un prêtre et des clercs, et, selon l'usage, d'y faire célébrer solennellement la fête de S. Marc. Il promettait, en outre, de payer à l'abbé ou à ses successeurs et au couvent, trente yperperis d'or, de juste poids, à Constantinople, en septembre ou en mars, ou bien au départ des convois de navires de commerce, ou comme on disait, aux passages de chrétienté en Levant ' .
Cependant l'empire Latin d'Orient n'était pas né viable. Baudoin I, qui avait été élu empereur du consentement commun, ne put jamais néanmoins exercer une autorité sérieuse, même sur la ville de CP. ; le doge de Venise se disait Seigneur du quart et demi de l'empire ; les autres grands Barons s'étaient fait des principautés presque indépendantes, et s'y maintenaient
I Villehardouin, éd. Buchon, p. 33 et nos Capîialationt de la Franre Orient, p. 43.
& grand peine : les Vénitiens s'établissaient dans les lies et sur les côtes. Tous relevaient nominalement de l'empereur ; mais occupés chacun de leur cdté, ils le laissaient seul et affaibli, en face des intrigues des Grecs, et des attaques des Bulgares. On sait comment après des prodiges de valeur, Baudoin alla se faire prendre à Andrinople, et mourut en captivité. Ce prince était remarquable à tous égards ; sa vertu égalait sa bravoure, mais les circonstances étaient plus fortes que lui.
Il eut pour successeur son frère Henri de Flandres (Élu le 30 août 1206, après 16 mois de régence.) Il arrivait au trdne au milieu de dllTicultés inextricables. Ses belles qualités, ses vertus, sa vaillance ne purent néanmoins lui permettre de consolider son empire, en ses 10 ans de règne. Il mourut sanspostérité en 1316.
Il y eut de grandes difficultés pour lui donner un successeur; mais enlln l'atTaire fut portée devant le Pape Honorius III qiii donna droit à Pierre de Courtenay, comte d'Auzerre, qui pouvait revendiquer les droits de sa femme Yolande, sœur de Baudoin et d'Henri. Le Pape le sacra lui-même, mais h St. Laurent, hors des murs de Rome, pour qu'il n'y eut pas d'atteinte portée à la prérogative, reconnue au patriarche de CP., de sacrer les empereurs, (avril 1217). Dans son voyage pour aller prendre possession de son empire, Pierre tomba dans une embuscade dressée par Théodore Comnène, il fut fait prisonnier avec le Légat du Pape, pendant que toute leur suite était massacrée. Il mourut dans sa captivité et fut remplacé par son flis, Robert de Courtenay, en 1318.
Robert n'avait pas tes mêmes qualités que ses prédécesseurs. Plus adonné aux plaisirs qu'aux soins de son empire, il se laissa dépouiller d'une partie de ses possessions : le despote d'Épire, après avoir conquis le royaume de Thessalonique, vint s'emparer d'Andrinopie (1224) et se proclama empereur. Le Pape Honorius III faisait cependant son possible pour lui procurer des secours : ainsi il écrivait ù la reine Blanche de France ' c Dieu a livré la couronne de Remanie aux mains des Francs. Ils ont fondé là comme une France nouvelle. Mais à présent BOUS l'empereur Robert, cousin de votre mari, la puissance des
1 Honor. Epirt, V!ir, 1542.
Francs a été diminuée, et déchoit de jour en jour. Les progrès de leurs ennemis font craindre, si l'empereur ne reçoit immédiatement des secours, qu'une ruine irréparable ne frappe les Latins, qu'un coup terrible ne soit porté à la prépondérance firançaise. Il serait contraire, non pas seulement aux conseils de la Foi, mais aussi à tous les sentiments d'humanité, que le Roi de France, que tous les Latins d'Orient appellent « leur Roi ï, laissât périr sous les coups des ennemis de Dieu, et l'empereur et les Francs de CF., quand il lui est facile de secourir cet empire, dont la conquête fut une des gloires les plus pures du règne de son père, et dont la perte serait une honte ineffaçable pour lui-même et pour la mère-patrie. »
Mais la parole du pape ne pouvait pas conjurer les progrès des ennemis, et d'un autre côté les fautes de Robert paralysaient la bonne volonté de ses partisans. Il ^t enfin chassé par ses sujets eux-mêmes et alla mourir en Achîde {1328). Il fut cependant aimé et soutenu jusqu'au bout par le saint Fr. Benedetto d'Arezzo, qu'il avait établi à CP. et qui n'épai^nani voyages ni fatigues pour lui procurer des seconrs.
Son successeur était un enfant, Baudoin II, son fils. Les Latins de CP. voyant les difBcultéa dans lesquelles se trouvait l'empire, ne crurent pas pouvoir faire mieux que de mettre à leur tète le vieux Roi de Jérusalem, dépouillé de ses états, Jean de Brienne. Ils le prièrent de monter sur le trône, à la condition qn'il donnerait sa fîlle en mariage <\ Baudoin, quand ils seraient d'âge, et qu'à 20 ans, ce dernier serait investi du royaume de Nicée avec ses dépendances. Jean de Brienne était octogénaire, mais la pureté de ses mœurs et sa constitution athlétique semblaient lui promettre encore de nombreuses années de vie et de luttes. Voici le portrait qu'en fait un Chroniqueur contemporain : ( n était grand et fort, de très haute stature, et si habile dans les combats, qu'on aurait dit un autre Charles- Martel. Quand U était au milieu de la mêlée, il frappait si bien à droite et à gauche, de sa masse de fer, que les sarrazios fuyaient devant lui comme s'ils eussent vu le diable ou un lion prêt à les dévorer. En vérité il n'y eut pas en son temps on chevalier plus brave qne lui dans tout le monde. On a fait en son honneur une chanson partie en latin, partie en français, que j'ai chantée bien souvent. Cependant quand ses écuyers l'armaient avant le
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combat, ils le voyaient trembler comme un jonc dans le courant du ruisseau, et comme i\s lui demandaient comment, lui si brave en face de l'ennemi, il pouvaittrembler ainsi, il répondait : «: je n'ai cure de mon corps; mais je crains pour mon âme^ qui peutêtre n'est pas bien avec Dieu. » c Mais après cela, il allait au combat et ne redoutait aucun ennemi. ' » Malgré son Age Jean de Brienne continua tant qu'il piit cette vie de combats incessants, souvent heureux, mais au fond l'affaiblissant toujours. Enfin le vieux héros senfit le besoin de repos ; en 1237, il renonçait au monde et prenait l'habit franciscain des mains de son ami le Fr. Benedetto d'Arezzo, provincial de Romanie. Il ne put le porter que peu de temps et mourut saintement. Son corps fut transporté en Italie et ses restes reposent fi .\ssise, auprès du tombeau de S. François, où on lui a élevé un monument digne de lui.
Il laissa à son successeur Baudoin II un trône chancelant et les lambeaux d'un empire, que des ennemis de tout genre se disputaient avec acharnement. Il aurait fallu un autre esprit et un autre bras que les siens pour les maintenir. Malgré les secours que lui fournirent les Papes Grégoire IX, Innocent IV, et Alexandre IV, il ne put se soutenir, et encore bien misérablement, qne jusqu'au 25 juillet 1261. Ce jour-là les Grecs entraient par trahison dans CP. : Baudoin s'échappait ù grand peine, et s'en allait mourir obscurément en Italie. (1273.) -
La conquête de CP, avait amené la réunion de tous les chrétiens d'Orient sous un même pasteur ? Ce grand but des efforts de tous les Papes avait été atteint ; cependant la manière dont s'était effectuée cette soumission ne pouvait contenter tout-àfait Innocent, ni le rassurer sur l'avenir. II témoigne donc à tous sa joie du retour de l'Église grecque à l'obéissance du Saint Siège; mais comme il voyait bien que si l'union s'était faite extérieurement, il n'en était pas ainsi en réalité, il envoya pour k procurer un Légat, le Cardinal évèque d'Albano, Pelage, avec des lettres de recommandation très pressantes (1313). Pelage manqua de savoir faire, ou même il se montra dur, orgueilleux et violent. Il gt fermer les églises, et emprisonner les moines
) Salimbéné cité par P. Panfllo da Mag'.ianoT, I, p. 458. » Hittoire ecclétieutigut, pa»iim.
et les prêtres qui ne voulaient pas se soumettre, et reconnaître la primauté du Pape. Devant ces mesures la désolation fut grande à CP. , les principaux de la Nation recoururent à l'empereur et lui écrivirent : t Etant d'une autre nation et aj-ant un autre pontife, nous nous sommes soumis à votre puissance quant au corps ; mais non pas quant à l'àrae et aux choses spirituelles. Nous sommes obligés de combattre pour vous à la guerre, mais il nous est impossible de quitter notre religion. Délivrez-nous des maux qui nous menacent, ou laissez-nous aller en liberté rejoindre nos compatriotes. > L'empereur ne voulut pas se priver de tant de braves gens, et, malgré le Légat, il fit ouvrir les églises des Grecs, et mettre hors des prisons leurs moines et leurs prêtres : il apaisa ainsi pour le moment cette tempête ; ce qui n'empêcha pas un grand nombre d'ecclésiastiques d'aller trouver l'empereur Lascaris et le patriarche, Michel Antorien, réfugiés à Nicée, qui les reçurent bien, et leur donnèrent des monastères et des églises '.
Une autre tentative fut faite sous le gouvernement de Jean de Brieone. En i2B2, cinq Frères Mineurs de la province de Romanie, étant allés en Xatolie pour prêcher la Foi, furent arrêtés par les Turcs et retenus en prison pendant quelque temps. Mis en liberté, ils arrivèrent à Nicée où le Patriarche Germain et l'empereur Vatace faisaient alors leur résidence. Les cinq Frères furent reçus humainement par le patriarche, édiAé de leur pauvreté et de leur zèle. En reconnaissance ils travaillèrent à les rapprocher de l'Église romaine, et ils réussirent si bien que le patriarche et l'empereur, (pressés d'ailleurs très vivement par Jean de Brienne,) se décidèrent à écrire à Grégoire IX, qu'ils appelaient dans leur lettre « l'excellentissime Pape de l'ancienne Rome, le recteur du Siège apostolique; » ils se réjouissent de l'espoir que leur ont donaé les cinq Frères Mineurs, de remettre enfin l'union entre les cinq grands patriarches. Le Pape répondit à leur lettre et il leur envoya, comme Apocrtsiaires,qiia.iiQTeligieux, deux Frères Mineurs, Aymon de Faversham, Anglais, (qui devait devenir bientôt général de l'Ordre,) et Raoul de Reims, et deux Frères Prêcheurs, Hugues et Pierre. Leur lettre
' Georgei AcropoUte, N. 17, Htit. Bg»anl. CiW par Robibaoher t. Vil, p. 36S.
de créaDce est datée de Rome, 17 mai, 1233. Les conférences commencèrent, en janvier 1234, et se continuèrent longtemps, à Nicèe d'abord, ensuite à Nymphée ; mais après de longues discussions où les nonces se montrèrent étonnants par la science et l'iiabileté avec lesquelles ils répondirent aux arguments astucieux de leurs adversaires. Ils furent enfm obligés de repartir, (mai 1233) sans avoir obtenu un résultat définitif •.
Innocent IV (en 1247), renouvela ces tentatives et envoya comme Légat en Orient, son pénitencier, le Franciscain F. Laurent; mais comme l'empereur Vatace, et le patriarcbe Emmanuel Garitopoulo, avaient entendu parler du Général des Frères mineurs, Fr. Jean de Parme, ils envoyèrent au Pape les deux Franciscains grecs F. Tiiomas et F. Salimbéné, pour le demander en qualité de Légat. Innocent IV se rendit volontiers à leur désir et Fr. Jean de Parme reçut l'ordre de partir pour le Levant. Il resta en Grèce deux ans entiers et s'y fit une grande réputation de science et de sainteté ; il aurait amené la réunion complète, si elle n'avait pas été rendue impossible par l'esprit astucieux et orgueilleux des Grecs.- Fr. Jean de Parme voulut plus tard reprendre ces négociations, mais il mourut en route. L'Église l'iionore comme bienlieureux (1289).
Nous verrons encore d' autres tentatives d'union, même après la restauration Bj-zantine, toujours avec un grand désir de succès et avec une pleine bonne foi de la part des Papes, pendant que le plus souvent les empereurs n'avaient d'autre but que de se procurer des secours en hommes et eu argent, dans leurs luttes incessantes contre les Turcs,
A. tous ces détails sur l'empire Latin de CP. nous croyons devoir ajouter, pour être aussi complets que possible, la série des Patriarches latins, queltpie restreint qu'ait été leur rôle et quelqu'éphémère qu'ait été leur gouvernement. Nous l'empruntons à l'ouvrage de Le Quien, Oriens Christîanus, T. ZIl. 1° Tkomds Morostni. D'après l'accord conclu avantla conquête, entre les Français et les Vénitiens, l'empereur étant d'une nation, le patriarche devait être de l'autre. Les croisés avaient
1 p. Panfllo da Magliano Storia eotnpenl. di S, Franccico e di Franccani T. I, P. 579 ; Roihbac. Vil, p. 56W75. I P. PanBlo da Msgltano. Loe. 'wid. p. 572.
commencé par mettre un chapitre daas l'église de Ste-Soptiie, et l'avaient composé des clercs séculiers qui avaient suivi l'armée, pour la plupart Italiens. Lorsque Baudoin eut été proclamé empereur, les chanoines et les barons s'y assemblèrent, et ils élurent patriarche Thomas Morosini. C'était un noble vénitien, d'une vertu réelle, qui était allé, jeune encore, s'enfermer dans an monastère (Portuense), et y donnait l'exemple d'une grande régularité. 11 n'était encore que sous-diacre, et n'avait pas suivi la croisade.
Innocent III, ayant appris comment l'élection s'était faite, la déclara nulle, comme provenant de prêtres qui n'avaient aucune mission, et de laïques. Cependant peu de temps après, il consentit à la ratifier, à cause du mérite personnel de l'élu. II le consacra même de ses propres mains, (1206).
Le nouveau patriarche passa par Venise pour aller prendre possession de son siège ; mais là il tomba entre les mains des astucieux et habiles conseillers de la Sérénissime Seigneurie, et soit faiblesse, soit impéritie, il s'engagea par serment à ne conférer de bénéfices ecclésiastiques qu'à des sujets vénitiens. Le pape Innocent Itl veillait, il apprit cet accord irrégulier et le cassa [21 juin 1306). Thomas Morosini fut assez mal accueilli par la population, et surtout par la portion française du clergé ; mais il ne se laissa pas effraj'er, et il lança l'excommunication contre les opposants. Heureusement le Légat du Pape, Benoit, était encore là, il s'interposa et amena la réconciliation entre les membres du clergé latin.
Quant aux indigènes, Georges Acropolite, écrivain du temps, nous apprend qu'une proclamation des conquérants avait permis à tous les habitants de rester à CP., s'ils voulaient accepter la loi des vainqueurs, se soumettre à leur pouvoir et reconnaître la Suprématie du Pape. Ceux qui ne voulaient pas subir ces conditions avaient la liberté de quitter la ville. Beaucoup de Grecs, et des principaux, profitèrent de cette liberté et allèrent se grouper aatoar de Théodore Lascaris et du patriarche grec réfugiés à Nicée.
L'aspect du patriarche latin n'avait du reste rien qui parlât à leur imagination. Il portait des vêtements si collants qu'on les eût dit cousas sur son corps; et, comme il se rasait complètement, il avait l'air d'un jeane homme efféminé. On l'accepta
néanmoins, et ce fut lui qui sacra empereur Henry de Flandres, élu pour remplacer son &ëre Baudoin, mort dans sa captivité d'AndrinopIe. Il fit ensuite avec lui un accord sur les biens ecclésiastiques, les dîmes, la discipline intérieure de l'Église, etc. Après un pontiâcat fort affairé et peu fécond, Thomas Morosini s'en fut mourir à Thessalonique (Juin 1311).
8° Gerçais, ou Gérard, ou ^cer'ïrrf. Bientôt après la mort de Thomas, le clergé se réunit suivant les formes indiquées par le droit pour lui donner un successeur; mais les chanoines ne purent se mettre d'accord. Les uns voulaient pour patriarche le curé de S. Paul de Venise, les autres l'archevêque d'Héraclée. L'affaire fut donc dévolue au Souverain Pontife, qui évinça les deux concurrents et nomma un prêtre toscan dont le nom s'écrit de trois façons différentes : Gerrasius, Gerartius,Everitrdus. Il assista au concile de Latran (1215) et en souscrivit les actes, en qualité de patriarche de CP.
A peine arrivé dans sa ville, il se laissa griser par la dignité dont il était revêtu, et voulut trancher du Pape. Ainsi il en- ' voyait des Légats à Latere dans les provinces de la Romanie, avec des lettres de pouvoirs copiées sur les bulles des papes; il empiétait sur la juridiction des évèques et des archevi^ques, et voulait empêcher tout recours à Home. On aurait dit que l'esprit des Grecs s'était emparé de, sa personne. Honorius III qui avait succédé à Innocent , s'éleva très fermement contre ces prétentions etcassa toutesces ordonnances (1218). (Cf. Raynal. N"28, p. 281). On ne sait pa» au juste la date de sa mort, ce fut en 1219 ou 1220 : toujours est-il qu'en 1221, il avait pour successeur 3° Mathieu ou Mathlas. Thomassin, (De veterl et nova eccles. disciplina. Part. I,Ltb. I, Crt/». 26.) nous dit : t Après la mort d'Everard, les électeurs n'ayant pu s'entendre pour lui élire un remplaçant, furent obligés de recourir au pape Honorius III, pourlui demander un patriarche. Honoriusnomma un vénitien, Mathieu ou IMathias (eptscopus Aquilanus ou mieux Equiltnus). Il lui confirma toutes les anciennes prérogatives patriarcales, entre autres celle de couronner l'empereur et de le revêtir des insignes de la dignité suprême ; mais il faisait bien remarquer en même temps que l'on ne devait rendre les honneurs royaux à l'empereur, qu'après qu'il aurait reçu la consécration solennelle. >
Nous voyons, le 15 mars 1221, Mathias couronner à Ste-Sophie Robert de Courtenay, qui succédait à sou père, mort sans être arrivé à CP.
Ce Mathias donna encore plus de sujets de plaintes au Pape que ses deux prédécesseurs.Une lettre d'Hoaorlus II[(rf« i 7 juin 1222) lui dit en substance : * Nous regrettons vivement de vous avoir élevé à cette haute dignité. Nous espérions que vous donneriez le bon exemple et que vous seriez comme un flambeau dans la maison de Dieu, et voilà que vous êtes pour beaucoup une occasion de scandale. Vous deviez être le Bon Pasteur, qui donne sa vie pour ses brebis, et voilà que vous cherchez uniquement à leur extorquer de l'argent. Nous vous croyions pieux et nous apprenons que même vous ne célébrez que rarement la messe; nous vous pensions zélé pour les lois de l'Église, et au lieu de cela vous communiquez avec les excommuniés, et vous leur donnez l'absolution contre toutes les règles. Nous vous avertissons paternellement, revenez à de meilleurs sentiments, et corrigez-vous. » Cette monition si ferme produisit-elle quelque eflfet? Nous ne le savons pas exactement.
Une des mesures les plus importantes par lesquelles il marqua son passage fut l'ordonnance qui établit que toutes les églises des Vénitiens seraient exemptes de la juridiction patriarcale de CP. et ne relèveraient que du Patriarche de Grade ou de Venise. Elle eut, comme nous le verrons ailleurs, de très sérieusea conséquences. Il mourut en 1226.
4° Jean d'Abbeville, {élu, non installé). Shnon. Cette fois encore les électeurs ne purent s'entendre pour choisir un successeur au patriarche défunt, et Honorius III, à qui par suite le choix fiit dévolu, nomma Jean d'Abbeville, d'abord doyen du chapitre d'Amiens, puis Archevêque de Besançon. Ce prélat arriva à Rome au temps de la mort de Honorius. Le Pape Grégoire IX, son successeur sur le siège de S. Pierre, retint auprès de lui le patriarche nommé, le créa cardinal évèque de Sabine, et en fit un de ses principaux conseillera. Il lui donna pour remplaçant Simon, archevêque de T}t. On ne sait ni le nom de famille ni même la patrie de ce prélat. On sait peu de choses de ses actes : on le voit seulement apparaître quelquefois auprès de Jean de Brienne. Il était mort vers 1233.
5° Nicolas. Ce patriarche, né à Piacenza, de la famille de
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Castro Arqaato de Porta, d'abord archevêque de Spolète, et chanoine de Latran, fut nommé en 1234, ou 1235 ; uiaia il n'arriva à GP. qu'en 1236. Malgré la vaillance et les grands coups d'épée du vieil empereur, les affaires d'Orient pliaient fort mai. Nicolas, qui ne pouvait se battre, aida son prince de tous ses revenus, bien diminués du reste par les conquêtes ou les déprédations des Grecs. Il se vit donc réduit presque à la misère ; alors le pape Grégoire IX écrivit aux évêques du Péloponèse de lui venir en aide, et de lui donner les moyens de vivre convenablement, et de soutenir la dignité patriarcale.
En 1243, Innocent IV l'envoya comme L^at en Europe pour y prêcher la croisade. Nous le voyons à Paris en 1244 ; il assiste au premier Concile de Lyon en 1245, et continue ensuite sa mission. Il mourut à Milan, en 1251, et fut inhumé dans l'église des Frères Mineurs.
6" Pantaleo Qitistîniani. Sur la demande des Vénitiens, Innocent IV nomma patriarche Pantaleo Giustiniani, d'une des plus nobles familles de la République, 1253. Comme les affaires d'Orient allaient de mal en pis, sous le gouvernement faible de Baudoin II, Innocent l'envoya lui aussi prêcher la croisade; mais comme les aumônes des fidèles n'étaient pas abondantes, il l'autorisa ft hypothéquer les biens de l'église pour garantir un emprunt destiné à couvrir les frais de la guerre. Arrivé à CP. il se trouva si pauvre, que le pape Innocent chargea Fr. Benedetto d'Arezzo, provincial ^es Franciscains de Grèce, d'engager les prélats et les abbés de Remanie à lui assurer un revenu de 500 marcs d'argent, pour qu'il eût de quoi vivre tranquille et remplirhonorablement ses fonctions. Enfin en 1261, quand CP. fiit reprise par lesGrecs, il fut obligé de partir avec Baudoin IL Certains chroniqueurs disent que leur vaisseau fut pris par les Sarrazins, que le Soudan d'Egypte les garda prisonniers 7 ans, et ne leur rendit la liberté qu'après avoir reçu pour eux, d'Alphonse de Castille, une rançon de 20.000 livres d'argent. Cependant ce récit ne semble pas exact, car le Pape Urbain IV, en 1369, écrit au provincial des Frères Mineurs de France, pour le charger d'aider Baudoin et Giustiniani, occupés en ce moment à promouvoir une croisade nouvelle. Il assista au Concile de Lyon, en 1274, et mourut en 1286.
7' Pièrrel. Comme il y avait encore des catholiques latins.
et même des principautés latines dans le Levant, oa continua quelque temps encore de donner des successeurs à Pantaleo Giustinianl. Le premier fut Pierre I qui résida ordinairement en Crète. Il fit acte ^e juridiction en excommuniant, par deux fois, Fr. Friincus Libératus, et ses compagnons, Frères Mineurs qui ne voulaient pas reconnaître l'autorité de leur Général. Il mourut en 1301'.
8° Léonard, son successeur, fut élu en des circonstances spéciales. Jusqu'à lui les chanoines de Sainte-Sophie, chassés de CF. et réfugiés en Chrétienté, formaient une sorte de corps ; mais en 1302, il n'en restait plus qu'un seul : alors Boniface VIII déclara que désormais la nomination du patriarche était réservée au Souverain Pontife.
Le dernier patriarche ayant une juridiction réelle fut le cardinal Bessarion, mort en 1492. On continua jusqu'à nos jours à nommer des patriarches latins de CP-, mais alors ce ne sont que de simples dignitaires de la Cour PontiHcale, sans aucune autorité. Cependant quand on établit une nouvelle autorité ecclésiastique h CP. on respecta cette fiction et le prélat qui administre le diocèse de CP. n'a que le titre de Vicaire Patriarcal.
Ainsi finit cette institution, éphémère comme l'empire, au sort duquel elle était essentiellement attachée.
Selon Sauli- l'ambition des Vénitiens de s'appropriera eux seuls le commerce de l'Orient, les avanies que les Génois éprouvèrent, tant de leur part que d^ celle de Baudoin II, enfin la décadence de leur commerce, les portèrent, excités d'ailleurs par les Pisans, les Marseillais et les autres colonies méditerranéennes, â guetter l'occasion de prendre sur leurs heureux rivaux une revanche éclatante. La discorde se manifesta d'abord en SjTie, et aboutit à l'affaire de la tour d'Acre, dont il a été parlé plus haut. Michel Paléologue, l'un des seigneurs grecs les plus aventureux, et prétendant ù la couronne impériale, se rendit en Thrace à la tèted'une armée, occupa les Sous-bourgs de CP.,
I 11 est tans doute ici question du B. Liberato, dont les BollaDdist«B donnent la vie au XXIX vol. p. 840. Il se croyait exempté de l'autorité du Général de l'Ordre, par un acte du Pape S, Célettîn V. Cet acte fut annulé ensuite par Boniface VIII, et les lollgieux qui avaient été séparés de l'Ordre y rentrée nt.
■ -Sauli, Lo^. laul. I. 45.
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et vint mettre le siège devant le cnstel de Gatatn, dans la pensée de se rendre bientôt maître du pays s'il pouvait s'emparerde ce point ; mais comme les Vénitiens avaient un palais dans l'intérieur des murs de Galata, les elTorts de Paléologue furent paralysés et il dut se retirer.
C'est alors que les Génois, qui d'ailleurs étaient restés d'abord étrangers à la croisade Franco- Vénitienne, profitant des circonstaoces qui s'offraient à eux, résolurent d'envoyer des ambassadeurs auprès de Paléologue, pour tenter de retrouver leurs anciens avantages. En effet t quant Mikhailli Paleologo ol guerroyé longnement par terre et par mer, si s'accorda avec les Genevois (Génois), et leur donna le lieu de Galata (? sic), et les franchit de tous péages, gabelles et usages, par toute Roumanie, mais qu'ils lui aidaissent à conquérir son empire'. > Par le traité de Nympbie, conclu le 13 mai 1261, Michel Paléologue s'engageait i d'y donner aux Génois à CF., palais, estai, possessions et terres, et de plus Véglise Ste Marie, (alors possédée par les Vénitiens-.) A donc s'accordèrent li Genevois avec l'empereur Quir Mikhailli, et reçurent le lieu de Galata, et habitirent illec ^ et donnèrent 60 galèes armées, appareillées à ses gaiges ; et commencèrent la guerre contre les Vénitiens pour ce qu'ils maintenaient l'empereur Bauduin*, etpuis que li genevois ae furent mis àl'aidede l'empereur Quir Mikhailli, si gardèrent le bras de S. Georges (c'est la mer et l'estroit de CP.) que nul secors ne pooit venir à l'empereur Baudnin de nulle part, i ■ i Et quant li Grecs qui estoient habités dedans la cité virent que l'empereur Bauduin ne pooit tenir contre li grex, si s'accordèrent avec l'empereur grec, et le tirent entrer dedans la cité deCP. ; et l'empereur Bauduin vit cette trahison, si réduisit
' Buchon, Reeherc/tei Jli»:. etc. I, 16.
' Miititz, II, I, B6 Depping, 11, 59. L'empereur donnera à la commune génoise ■ Ëcclesiam S. Mari're quam modo tenent Venetici cum logiis qiiœ iotra ipwtm eoclesiam, et oimfierii ipsîus atque solum castri \enetorum quod est in ipaa. civitate... > Texte du traité de !2r>l, rap|>orté dane l'edit de i'HUtoirc lie l'empiit ih CP. par Buîhon, 1836, p. 2JS et auîv.
■' Le fait n'eut pas lieu aussi promptement que ce passage semblerait le faire croire, cela n'eut lieu que plus tard.
• Cette alliance dè« Génois avec Paléologue, contre l'empire latin excita le déplaisir du Pape Urbain IV, qui mit Gênes en interdit. (Vincens. Hitt. de Gine*\, 139.)
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dedans le vieil palais du Xion (Bucolèon), et là se tint longuement.... etquantil vit qu'il ne pooit pliis souffrir la guerre, si entra en une nof, an bien trois mil personnes ; et cela tans par mer, qu'il vint au château de Malvesie.... puis ala en France '? > Selon le rapport de M. Fanucci^ les Pisans qui se trouvaient à CP. au moment de ces revers, voyant l'impossibilité d'une défense eflîcace, se retirèrent dans leur quartier, dans leurs Fondouqs, dont ils fermèi-ent les portes, sans prendre parti, ni parles armes, ni autrement, en faveur des belligérants. Le César Alexis Stratégopoulo prit possession de la capitale le 25 juillet 1261, et Michel Palèologue, qui se trouvait en Asie, y fit son entrée le 14 août suivant.
I BucboD. Recherche* »ar la princip. de Alorée I, 24 à 27. ' Fanucci Loc. Icavl. III, %*.