CHAPITRE m
REaTAL'RATIOM BYZANTINE.
Ea même temps que l'empereur Baudoin II, était parti Giustiniani, patriarche Latiu de CP. : ils n'avaient pas plus l'un que l'autre de racines dans le sol de CP. Le clergé des principales églises avait, comme eux, abandonné an pays où il ne comptait presque pas de fidèles. Michel Paléologue avait fait son entrée modestement, il marchait à pied, sans ornements impériaox, à la suite de l'image de la T. Ste Vierge, qu'on disait peinte par St Luc. Il la déposa au monastère de Stude, puis étant monté à cheval» il se rendit à Sainte-Sophie, pour rendre grâces à Dieu, et de là au grand palais où il prit son logement.
Un de ses premiers soins fut de remplir le siège patriarcal, vacant par la mort de Nicéphore : il se détermina à y rappeler Arsène, qu'il en avait fait descendre quelque temps auparavant. n le conduisit avec de grands honneurs à Sainte-Sophie, et, le piienant par la main, il lui dit : « Voilà votre chaire, seigneur, jonissez-en, maintenant, après en avoir été si longtemps privé.» Il le mit en possession du patriarcat, rétablit en son premier état l'église de Sainte-Sophie, et poarvut à la subsistance des ministres sacrés, et à la décence du culte divin.
Un peu plus tard, désirant rétablir CP. en son antique état, il mit un clei^ë nombreux, avec des revenus convenables, dans l'église des ApAtres, et un autre dans celle de N.-D. des Blaquernes. De plus, à l'hôpital S. Paul, destiné pour les orphelins,
il établit une école de grammaire, avec des pensions pour les maîtres et pour les enfenta. Il allait quelquefois lui-même à cette école, pour en connaître les élèves, et voir les progrès qu'ils faisaient : il leur donnait, pouf les exciter au travail, des prix et des congés. C'est ainsi qu'il agit partout où il lui fut possible, cherchant à effacer les traces éphémères du passage des Latins.
Ceux d'entre eux qui étaient restés continuaient à être divisés. Quoique l'appui des Génois eilt été plutôt moral qu'effectif, malgré la jonction de l'escadre génoise à celle des Grecs, dans le port de CP., jonction qui selon Fanucci, amena l'amiral vénitien Michieli à conduire la sienne à Venise ', Michel Paléologue n'obser\'a pas moins avec fidélité ses engagements envers ses alliés : il mit les Génois en possession du palais et de l'église des Vénitiens '^, A quelle i Religion » la desservance de cette église fut-elle donnée par suite de ces événements? Il est évident que ce fut à des clercs nationaux ou bien à l'un des Ordres nouveaux des Frères Prêcheurs ou des Fi-ères Mineurs, dont les membres n'avaient pas abandonné le ' terrain, où leur zèle trouvait ample matière à s'exercer; mais on ne sait lesquels en furent chargés. Dans tous les cas elle dut sortir de la juridiction du patriarche de Grade, pour passer sous celle de l'archevêque de Gênes.
Encore selon Fanucci^, les Vénitiens irrités de leur dépossesaion eii faveur de leurs rivaux, se seraient portés eux-mêmes vers le palais, dont ils enlevèrent tous les emblèmes nationaux et le démolirent ; mais d'après Sauli ', ce furent les Génois qui, par représailles de l'affront d'Acre, et cédant à leurs sentiments de rivalité et de vengeance, démolirent le palais vénitien, au bruit des instruments de musique, et des acclamations de triomphe, envoyèrent les principales pierres de l'édifice à Gènes^ pour y servir de trophée : elles furent employées ensuite à la construction de l'église de S. Georges'', Toutefois cet acte lui-
^ Fanucci. toi: lait I. 111,2-1.
ï Le Pantocrator, selon M. île Simoni, Gîornnle Lif)usli'-o I8T6, 283 ; mais peut-être, d'après les termes du traité de Nymphie, Ste ïlarie de Embolo. î Loc. lau-/. III, 2-1. — ' /'/. II, 63. ■■■ Ducange, Hiai. 'le l'emp. île CP. par Buchon, p, 360. • Vinceng. Hist. -h Gvnes. I, 329.
même, qui provoqua le ressentiment dissimulé de l'empereur, comme aussi le nombre toujours croissant des Génois venant s'établir à CP., engagèrent Michel, par mesure préventive desécurîté, à éloigner ces hôtes dangereux. 11 leur assigna d'abord pour résidence Héraclée de Thrace ', puis bientât après, le rocher de Galata, vis-à-vis CP,, dans la région de Péra-. Quant aux Vénitiens (ce qui restait de l'ancienne colonie de l'empire latin) et aux Pisans, (dont on a vu plus haut la prudence intéressée,) comme ils étaient en petitnombre, l'empereur leur permit de rester dans la ville, mais séparés les uns des autres''. Malgré cela Michel n'obtint pas de cette mesure les résultats espérés ; les nouveaux colons, hors d'état d'ailleurs de résister victorieusement, se déclarèrent bientôt en état de rébellion : mais tont en les ramenant à l'obéissance' Michel, voulant établir une sorte d'équilibre, et au besoin se ménager un appui parmi leurs rivaux, conclut, le 30 juin 1268, avec le doge Raniero Geno une trêve, dans laquelle on lit : * De même, l'empereur nous a concédé les églises, les prêtres et le ba/ttême (?), selon notre coutume, à Constantinople et autres lieux de son empire; ces églises, prêtres et baptême seront exempts de la juridiction impériale, et cela sans possibilité de révocation, jusqu'à l'expiration de la présente trêve''. >
Le 19 mars 1277, le mÔme empereur donna aussi un chri'sobulle, portant ce qui suit*i : i; Notre empire leur donne, dans Constantinople, les maisons {hospîcia), sous les mui-s de la ville, commençant de la porte Trungarion, venant kSatnt Qidntan, à gauche, et allant < ad cubain Sanctœ Mariœ, » vers la rue des Ciriers ~' \ puis, allant jusqu'à la porte de Perama, et
I Nicéphore Grigoras L. W. ch. 5. Pachymères, Bonn» 1835, I, 16â... M. Paspati pense que les G^Dois auraient été envoyés à Galata par suite de l'agrandi ssemeut du palais impérial, dont la muraille d'eaceînte aurait été reculée vers le sud ; les motifs de cet éloignement, fiireiit multiples et, Bani admettre que cette raison fut absolue, il est possible que l'empereur s'en soit servi comme d'un prétexte pour arriver à. ses Qus, sans blesser ses anciens alliés.
• Sauli loe. cit. 64.
• Pachymères L. cit. Buobon, Hiil. de l'Enip. deCP. 3G0.
• CPliê, eh. I, 60 iConëtanliniade 160. » Fonte», 111, 92. — • Id. 111, p. 139.
' La texte porte eurrigiarionim ; M. Paapati lit eerulariorum. En prolongtttion da la rue B^yq-Ba^w, od trouve celles dee Ëpoogien, puie de* Mar-
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de celle-ci à la porte de ïrungarion, les maisons en dedans (aeinlus), de la muraille, savoir : une maison pour l'habitation du batte, nne autre pour les conseillers, et uiie autre pour magasins (pro cannava) ' des objets de la commune vénitienne ; notre empire prendra à loyer, pour les marchands vénitiens venant du dehors, vingt-cinq autres maisons, autour des trois susdites ; et elles leur seront données gratuitement, pour habitation.
« Notre empire leur donnera également deux églises dans Constantinople, savoir celle de la très sainte Marie, Mère de Dieu', et l'église de Saint-Marc^; notre empire leur concède aussi d'avoir des prêtres, le baptême, etc., comme dessus. »
Les auteurs que nous avons pu consulter ne parlent point d'une église spéciale sous ce dernier vocable ; il est permis de supposer que cette dénomination était employée dans le peuple, et par métonymie, pour désigner l'église sur laquelle, aux jours de solennité, HaiisM le pavillon de Saint-Marc^ c'est-à-dire St. Akindin ; une semblable mètonyipie s'est reproduite plus tard, à l'égard de Saint-Paul, de Galata, désignée dans certains documents, sous le nom de Saint- DominiQue, par la seule raison qu'elle était desservie par les Pères Dominicains. Il paraîtrait donc résulter du teste précité, que les Vénitiens furent remis en possession de leurs églises de Saint-Marc, et de celle de la Très Sainte Vierge.
Une autre dénomination : Santa Maria délie Grazte, qu'on retrouve comme désignant une église latine de Ck>Qstantinople, paraît devoir s'appliquer encore au même édifice religieux.
briere et dea Moum-ijOar « Ciriera ; u à l'entrée de celle-ci, il existe une petite mosquée, dite de Hadji-Moustafa, ancien chef des eunuques, qui aurait été brûlée trois ou quatre fois, et dont une partie des dépendances (eacouf) aurait ëtâ vendue.
' Cannaea ou Canora d'où Ca/iruxaro, olHcier de la maison de l'arche' vaque de Gènes et de certains couvents d'Italie.
t Cf. Acta... Grœca, 111,88; p. 11, U est fait mention de l'église U» peraXoa Theotocou ecclicia ti» Piitit, dite, dans la table, a ecclesia metropolitana PJsanorum. » On lit aussi dans le mâme index : « o aloi Marco*, ecclesia Venetorum CPlî. »
' Millitz, 11, 1, 19, Î5, et, ci-»prée S. Benoit et S. Pierre.
* Cr. Chapitre t, p. 11. Ces deux églises devaient être l'anuenne église Sainte-Marie de Embolo et Saint-Marc, autrement dit Saint- Akindin,
En 13S5, le 15 juin, l'empereur AQdronlc conclut avec le doge Jean Dandolo ' une trêve de dix années ; on Ut dans ce document, comme dans la Irève de 1277, la délimitation du quartier vénitien et le passage relatif aux églises, aux prêtres et au baptême. Cet acte fut confirmé le 28 j uillet suivant ".
Tout en ayant opéré la restauration byzantine sur les ruines de l'empire latin, Michel Palëologue, selon la politique i'ègui- Ubre qu'il s'efforçait de pratiquer, comprenant, comme certains de ses prédécesseurs, que, bientôt peut-être, son pays pourrait avoir besoin de l'Occident, ne voulut pas rompre entièrement avec la Latinité.
Nous avons vu les tentatives réitérées qui avalent été faites pendant la durée de l'empire latin pour amener la réconciliation des deux Églises, de nouvelles, mais aussi infructueuses négociations, furent encore entamées après la restauration byzantine. Ainsi, comme Guillaume de Viliehardouin, prince d'Achaïe, secondé par les autres barons chrétiens du Levant, faisait aux Grecs une guerre avantageuse, Michel Paléologue dépêcha au pape Urbain IV une ambassade composée de Maxime Alufard, moine, Andronic Muzzalon et Michel Abalante, pour le même objet. Urbain répondit (38 juillet 126S) par une letti-e très digne et très paternelle, et iui envoya quatre Frères Mineurs, FF. Simon d'Auvergne, Pierre de Moras, Pierre de Crest et Boniface d'Yvrée. Il écrivit en même temps au prince d'Achaïe pour l'en avertir et lui faire cesser les hostilités.
Comme les négociateurs pontificaux ne comprenaient pas assez le grec, l'empereur demanda au Pape de lui envoyer Nicolas, évêque de Cortone, qui parlait bien cette langue. Le Pape y consentit, et sans révoquer la mission des autres, il adjoignit àNicolas deux autres Frères Mineurs, F. Gérard de Prato et Ff Rainier de Sienne, qui connaissaient déjà le Levant. Les nouveaux venus, d'accord avec les anciens et avec les théologiens nommés par l'empereur, dressèrent une profession de foi que tous souscrivirent. Puis comme les diUicultés renaissaient toujours et que les Grecs an appelaient à un concile général, le Pape, alors Clément IV, envoya de nouveaux nonces, (4 mars 1367), pris cette fois parmi les Dominicains ou FF. Prêcheurs. C'est que
1 Fonte*, p. 326. — « M. p, 345.
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cette fois Baiidoia II était à Viterbe auprès du Pape, faisant un traité avec Charles d'Anjou, roi de Sicile, et que tout paraissait se préparer pour une grande expédition contre les Grecs: Cette fois encore on tomba d'accord sur les ternies de la profession de foi ; mais cette fois encore l'union ne fut pas effectuée. Cependant Michel, soit pour faire montre de plus de bonne volonté, soit pour avoir un arbitre plus puissant contre Charles d'Anjou, essaya d'intéresser S. Louis à ces affaires et d'obtenir sa médiation.
Un autre pape, Saint Grégoire X, (en 1272 et t273), dut encore se prêter à d'autres essais. Il envoya quatre FF. Mineurs FF. Girolamo d'Ascoli, depuis pape sous le nom de Nicolas IV, Bonagrazia da Persiceto, Raymond Béranger, et Bonaventure da Mugello : ces négociateurs devaient surtout préparer la venue des envoyés de l'empereur au Concile général de Lyon. Ils y réussirent et Michel choisit pour le représenter ii cette assemblée solennelle l'ancien patriarche Germain, Téophane métropolitain de Nicée, et quelques grands personnages parmi lesquels le plus considérable était le grand logothète, Georges Acropolite, l'historien officiel de cette époque. Ils avaient pour interprètes entre autres un Fr. Mineur, Jean de Balestro, ou de CF., qui jouissait, même parmi les Grecs, d'une grande réputation de science et de sainteté. Ils étaient procédés par deux des nonces qui avaient préparé leur départ, et portaient de riches présents au Pape et aux principaux personnages de sa cour et du concile. Ils furent reçus soienneliement par la plupart des membres du concile et l'on commença immédiatement les négocialions. Certains chroniqueurs disent que Michel Paléologue luimême vint au concile de Lyon, mais rien, ni dans les actes du concile, ni dans la suite de l'histoire, ne peut donner à ce dire une apparence sérieuse de vérité.
On sait comment, à la suite de conférences dans lesquelles S. Bonaventure, de l'Ordre des Frères Mineurs, cardinal-évéque d'Albano, et président du concile, sous le pape Grégoire X, on lomba d'accord sur tous les articles, tels qu'ils avaient été réglés plusieurs fois à CP.. Enfin à la quatrième session du concile, le 6 juillet 1374, la réunion fat prononcée solennellement : Georges Acropolite abjura le schisme en son nom et au nom de son mattre : les prélats grecs vinrent siéger avec les évèques
latins, on chanta, en latin et en grec, le Credo avec l'addition « Filioque » ; le pape Grégoire entonna le Te Dewn au milieu de la joie tmiverselle. Il semblait bien cette fois que tout était heureusement terminé et que le schisme était fini. Les Pères du concile Ifl crurent ainsi et S , Bonaventure en mourant, quelques joui-s après, le 14 juillet, en remerciait Diea.
De fait la décision du concile fut acceptée par l'empereur Michel Palèologue, qui signa et la formule qui lui avait été envoyée et son serment d'obéissance au pape. Trente-sept métropolitains, soit de gré soit de force, signèrent l'acte d'adhésion, et comme le patriarche Joseph refusa d'y souscrire, on le déposa et on le remplaça par Jean Veccus, qui avait eu la plus grande part aux négociations préliminaires. Enfin le 16 janvier 1275, on chanta, en latin et en grec, dans la chapelle du palais le symbole romain, et le diacre nomma solennellement le pape Grégoire au canon de la messe. Veccus et l'empereur travaillèrent avec un zèle et même une vigueur qne l'on peut croire sincères, malgré leur exagération, à rendre cette réunion effective et générale ; mais ils rencontrèrent tant de difficultés, ils furent obligés à tant de tergiversations, que Veccus fut destitué, et que Michel mourut, excommunié en même temps par le pape et par les Grecs '.
Andronic II Paléologue, dit le vieux, son fils et son successeur, était opposé à l'union ; mais l'intérêt ramena cependant à unsemblant d'union. Le jour de Pâques, 19 avril 1283, tous les Grecs et les Latins, entre autres Fr. Jean de Balestro et les autres Frères Mineurs envoyés comme nonc% ou apocrïsiaires assistèrent à la messe célébrée à Sainte-Sophie par le patriarche Joseph, rétabli sur son siège .- puis le lendemain ce fut une fête dans toute la ville, tous les chrétiens de tous les rites se donnaient le baiser de paix et se traitaient de frères. Qu'y avait-il de sérieux au fond de toutes ces diverses alternatives ? Faut-il atfrîhuer toutes ces tergiversations à la mauvaise foi, ou bien à une incurable légèreté ? Toujours est-il que l'historien a grand peine à se reconnaître au milieu de ces changements. Ce qu'il y a de certain c'est qu'à mesure que le temps s'écoule nous
' Voir pour toutes ces négociations les bistoriens eccléHÎaitiques, spécialement Rohrbacher, o ibî »,et Vi(« lii S. Bonaeentura. dottore terafiro, par 1« P. Lndovico Marcanzoni, Min. Conr. PadoTa.1874, p. 260 et suiv.
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voyons grandir le fossé qui sépare les deux Églises, et que malgré la bonne volonté des papes les esprits des Grecs ne sont pas disposés à la réunion. Nous nous contenterons donc de noter en passant les autres tentatives que nous trouverons encore sur notre route.
Nous sommes heureux cependant de rencontrer un fait qui nous montre les chrétiens de OP. sans distinction de rite, unis dans une même pensée. Fr. Jean de Balastro, franciscain, que nous avons déjà signalé plusieurs fois, vint à mourir ; les Grecs l'avaient en aussi grande vénération que les Latins, de plus le jour de sa mort il se produisit autour de son corps une telle quantité de miracles, (plus de 300, dit le chroniqueur,) que ses obsèques devinrent un triomphe. Au lieu de la messe des morts, les Grecs chantèrent celle des confesseurs, et au lieu du répons funèbre, l'hymne des fêtes. L'empereur Andronic et les èvèques grecs demandèrent au Pape sa canonisation immédiate'.
Cependant les rois de France conservèrent le collège de CP. que Philippe-Auguste avait établi à Paris, près de la place Maubert, pour y recevoir les jeunes grecs, dans le but, à n'en pas douter, de préparer, ou de cimenter l'union de l'Orient et de rOccidenf.
Les Latins étaient donc établis comme nous l'avons dit, dans la ville même, les Vénitiens Sous la conduite de leur Baile, les Génois sous celle d'un Podestat, les Pisans sous celle d'un Consul, puis d'un Exarque : ils y avaient une certaine autonomie et leurs églises nationales ; mais en dehors de ces églises y en avait-il d'autres à CP. du rite latin ? Nous trouvons la trace de plusieurs, et nous regrettons que les lacunes qui se rencontrent dans les archives des plus anciens couvents ne nous permettent pas de raconter tout au long leur histoire. Elle serait parfois instructive. Ainsi selon le rapport de la Storia unicersale délie missîoni francescane^, les Frères Mineurs et Prêcheurs qui, de l'agrément de l'empereur, avaient acquis un terrain pour y bâtir un couvent*, en commun,
I Ckronica Fralris Nicoiai Glatberger, éd. Quaraohi, 1888, p. 88. ' Les Origine» de l'Unioersilé de Pari'n, par l'abbé Ferret, Contemporain, mai 1876, p. 831.
û Loc. lau'l. t. m. p. 536.
' Pour comprendre comment il y avait à CP. un couvent qui appartenait IX Ftérea Mîneura et aux FF. PrSchenrs, il faut se rappe-
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eurent bientôt à souffrir de nouveaux ressentiments : peu après la mort de Michel Paiéologue, le patriarclie Athanase ât, de son autorité privée, raser le couvent, et attribuer à un usage profane le local oi'i l'on .ivait déjà célébré les saints mystères et inhumé les morts. L'empereur, qui, d'ailleurs, voulait lui-même l'éloigneraent des religieux, leur offrit une indemnité que ceuxci refusèrent ; mais, finalement, ils furent chassés de cet endroit et durent se réfugier daus l'église de Saint-Pierre. Ceci se passait en 1307.
Georges Pachyiuères donne de ce fait le récit suivant qui confirme le précédent et y ajoute quelques détails'. « Les Frères- avaient sollicité et obtenu de l'empereur la permission d'acheter un terrain vague, appartenant au public, dans le voisinage de W agora » imarché), afin d'y établir un de leurs monastères. Ils rencontrèrent une vive opposition, provoquée en partie par l'excès de leur zèle religieux. .Aussi le Patriarche Athanase, àsonsecondavènement,(I304), s'était-il opposé, pour ce motif, à l'accomplissement des promesses faites, en disant que l'établissement du couvent en cet endroit serait une profa-
kr un fait assez peu conau île leur histoire. On sait que leurs Fondateurs étaient unis par le lien d'une charité fort tendre : on sait nussi que leurs supérieurs, les BBx Jean <!e Parme et Humbert de Romans s'uniren,t pour leur reuo m mander ensemble la même charité qui avait uni leurs Pères. Mais les deux Bienheureux avaient l'un et l'autre un grand r.éle pour les mlssioas parmi les inlldéles, c'est pourijuoi ils s'unirent pour promouvoir une institution nouTciie que, sur leur initiative sans doute, le pape Innocent IV venait d'établir. Celle ries n Voyageurs pour li.- Christ. Teller/i-in/tiiti per Chnnlo. » En ce temps, dit Wadding, i dans le but de travailler elllcacement à la conversion des achigmatiques. des hérétiques et des infidèles, le S. Pontife, innocent IV, choisit parmi les Frères, Mineurs et Prêcheurs, des homme» pieux et doctes, destinés à parcourir les contrées étrangères à la Foi, pour y répandre la parole divine. Il en fit une seule société, commune aux deux Ordres, et leur donna des privilèges spéciaux trâs étendue. Cette société se développa rapidement et produisit beaucoup do bien, comme on peut le conclure de la Huile de Jean .\.\II. a Gratias a^mus » (1318) et de celle de (irégoire XI, " Quia in nostris desideriis gerltur, n (1.'Î7J). « Il n'est donc pas étonnant qu'à cùté des couvents des Dominicains et des Franciscains, dont nous aurons à parler plus lard, la Société des o Pellegrinanti per Christo, » ait eu son couvent spéciiil, commun aux religieux des deux Ordres. Cf.Panfdo da Magliano t. Il, ch. 17, Srorin nnlrenale ilclle <iximioi>i fmnreirnne. Histoires générales de l'Église, .Archives du couvent de S. Pierre à CP. ' Pachyméres, de Michnclc et Awlroniro Paleolonis. Honnœ, tS.'iû, II, 21, - Les Frères, Fratrir$. t'i'Oti. désignation restée de l'empire lalin, et s'appliquant aux familles de S. François et -S. Dominique.
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Dation; de leur côté les Frères résistaient en disant qu'une localité où avaient existé un monastère, un autel et des sépultures, et où ils avaient célébré les saints mystère-^, ne pouvait pas être convertie en habitations publiques. Le patriarche n'en continua pas moins à exciter le peuple ; il chercha même à gagner l'empereur, qui finit par lui céder, et consentit à reprendre le terrain, pour le donner k l'amiral de la flotte, en ofeant aux Frères une indemnité, que ceux-ci ne voulurent point accepter. Quoi qu'il en soit, et ne pouvant plus résister davanta^^e, ils abandonnèrent le couvent, y laissant les objets sacrés et autres qui s'y trouvaient, croyant qu'on n'en viendrait pas à des mesures de rigueur. Mais poussé par le patriarche, l'empereur employant la violence, ordonna à l'exarque des Pisans, voisin de ce monastère, de se faire accompagner des prêtres desservant l'église S. Pierre des Pisans, et de témoins, de se rendre au couventdes Francs, de reconnaître tout ce qui pouvait en être enlevé, et de transporter scrupuleusement le tout à S, Pierre, par l'entremise des prêtres de cette église. Cet ordre fut exécuté'. Ne pouvant se venger des Grecs, les Frères reportèrent toute leur colère sur l'exarque, et s'étant plaint au podestat des Grénois, ils lui demandèrent justice.Des embûches furent dressées contre l'exarque, qui tomba gravement blessé. Irrité de cet attentat, l'empereur fit chasser le podestat génois de sa présence, lui défendit de se présenter aux portes de la ville, et demanda réparation à la métropole". »
En 1340, Narbonne, à son tour, obtint d'Andronic III Paléologue, dit le Jeune, (1332-1341) des privilèges identiques à ceux qu'avaient obtenus précédemment les autres cités méditerranéennes ' ; cette commune eut aussi sansdoute des établissements religieux dans CF. *.
Le même Andronîc III voi-ant que sans l'aide de Latins, il ne pourrait résister longtemps à ses ennemis, envoya Barlaam, moine calabrais, en ambassade auprès de Robert, roi de Naples,
1 Cr. Heyd Lo<: laud.. p. 370.
^ M. l'aspali a bien voulu mo fournir la traduction de ce passage de la version grecque.
» Depping, II, C8, 69.
' Un privilège, accordé plus tard â la même oommuoe par Jean Faléo- ,ogue, est rapporté dans les Acta Gneca.
DigilizedhyGoOt^le
de Philippe VI de Valois, roi de France, et du Pape, à Avignon, avec mission d'exposer le désir qu'avait l'empereur de voir l'union des deux Églises ; dans ce but ii sollicitait la convocation d'un concile auquel prendraient part les patriarches de Constantinople, d'Antioche, d'Alexandrie et de Jérusalem, ainsi que la plupart des évèques de l'empire. Il fut répondu à cet envoyé, que tant que durerait le sctiisme, l'Empereur ne pourrait pas compter sur l'assistance des Latins '.
Jean Cantacuzène, régent pendant la minorité de Jean Paléologue, (1347-1355), envoya aussi des ambassadeurs au pape Clément VI avec la mission de démontrer au Souverain Pontife la nécessité évidente pour toute la chrétienté d'unir ses elforts contre les envahisseurs de l'empire. Le pontife tout en se montrant favorable à ces ouvertures, opposait seulement, comme obstacle à l'exécution, la séparation des deux Églises, que l'empereur se déclarait d'ailleurs très disposé à faire cesser par un chaleureux concours : malheureusement le Pape vint à mourir et la solution qui alors semblait prochaine, se trouva éloignée encore une fois '-.
Jean Cantacuzène abdiqua en janvier 1355, et prit l'habit monastique, après le retour dans la capitale de son ancien pupille, Jean Paléotogue I, favorisé en cela par les galères génoises, commandées par Francesco Oalatugo. Toutefois celui-cî se voyant bientôt dans l'impossibilité de résister aux progrès constants des Ottomans, dut k son tour solliciter du Pape le concours de la chrétienté, promettant en échange et par un chrysobulle solennel, d'être prêt, ainsi que la majorité de son clergé, & reconnaître la suprématie du Siège Romain, et à réunir les deux Églises. Le Souverain Pontife adhéra aux sollicitations de l'empereur, mais ces efforts, pour le but recherché, restèrent infructueux ^,
Pourtant, et sur l'initiative de Pierre de Lusignan, roi de Chypre, Urbain V avait tenté, à Avignon, de réunir les éléments d'une nouvelle croisade, à laquelle Charles IV, empereur d'Allemagne, Charles V, roi de France, et Waldemar III, roi de
' Sauli. loc. laud. [, 267.
> la. 291.
» Id. [I, 38. Fanucci IV. p. 68.
Danemark, devaient prendre part ; mais craignant d'une part que les Latins ne voulussent profiter de l'occasion pour relever leur empire d'Orient, et de l'autre que les Vénitiens n'eussent fait la demande de cession de Ténédos qu'ti cette fin, Jean Palt!'ologue entrava l'exécution du projet, puis se repentant presque aussitôt de sa résolution, il se décida', en 1360, iise rendre lui-même en Europe solliciter, par l'entremise pontificale, l'appui de la clirétienté-. Les sentiments de l'Église orientale étaient d'ailleurs assez partagés, les efforts tentés par les partisans de l'union, comme en sens inverse par ceux des opposants^, durant la période qui s'écoula entre le concile de Lyon, (1274) et celui de Florence, (1439) l'attestent sufiisamment. Jean Paléologue I conclut donc un traité avec le pape Urbain V, dans l'espoir que quelques concessions faites à l'Église Latine lui assureraient la protection de l'Occident. Il se rendit à Rome, reconnut la primauté pontificale, la procession du Saint-Esprit, et admit la consécration du pain azyme.
L'empereur qui, pour soutenir l'éclat de son rang, avait été conduit à faire, malgré ses appréhensions, des emprunts assez considérables aux Vénitiens, et leur avait promis en garantie la cession de Ténédos, ne put tenir ses engagements ; aussi- fut-il retenu par ses créanciers, à son passage à Venise pour rentrer dans ses états, et il ne dut la fin de sa captivité qu'à la vente que Manuel, son second fils, fit de tous ses bijoux pour lui rendre la liberté.
L'Ordre des Frères Mineurs, établi depuis longtemps à CP. subit, vers la fin du xni' siècle, et pendant le xiv, une crise prolongée qui pouvait lui être fatale, mais qui finit par avoir pour l'Orient des conséquences heureuses. Depuis le temps de sa fondation, deux tendances opposées s'étaient accusées dans l'Ordre : les uns voulaient une observance stricte de la Règle Séraphique, surtout quant à la pauvreté, les autres, désirant certains adoucissements à ses rigueurs, obtenaient des Souverains Pontifes quelques mitigations. Les religieux les moins sévères
I Sauli, liy. lawl. il.
' Art lie rèrifter les dates.
» On peut consulter à ce sujet les Ai^ta giti'ca. où Be trouvent consignées de nombreuses sentences synodales prononcées contre la latinité, et de non moinq nombreux actes d'abjuration en faveur de lagi-rcM.
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étaient ordinairenaent ceux qui habitaient ies grandes villes et peuplaient les grands couvents ; les plus observants préféraient les petites villes ou les solitudes. On leur donna différents noms, mais ceux qui finirent par prévaloir avec le temps furent ceux de Conventuels et d'Observants.
De temps à autre quelque Frère zélé se mettait à prijcher la réforme dans l'intérieur de l'Ordre, et cherchait à ramener la Religion à sa primitive ferveur. Le plus souvent ils ne se séparaient pas pour cela de leurs Frères, mais ils vivaient tous ensemble, jusqu'à ce que les Papes finissent par leur accorder certains couvents où ils pouvaient se sanctifier à leur manière. D'autres fois ils se séparaient presque absolument de l'Ordpe comme il arriva pour les Célestins. Les principaux chefs de ces derniers, FF. Thomas de Tolentino, Pierre deMacératael Angelo Clareno, furent envoyés en Arménie, où ils firent de nombreuses conversions. Le roi du pays les pria d'aller à Rome traiter avec le pape S. Gélestin V, 1292. Ils réussirent dans leur mission et ils obtinrent en même temps pour eux-mêmes la permission de vivre à part, sous le nom de Frères Célestins, ou d'Ermites du pape Gélestin. Après son abdication, se voyant persécutés en Italie, ils se réfugièrent en Achaïe, et travaillèrent énergiquement à la propagation de la Foi. Après diverses péripéties, cette branche alla se fondre dans celle de l'Observance, non sans avoir laissé des traces profondes de son passage dans le Levant.
Au reste la Province de Remanie, après la restauration bj'santine, mais à une date que nous ne pouvons préciser, s'était partagée en deux. La Province de Romanie, avec 3 Custodies, Nêgrepont, Thèbes et Chiarenza, en tout 13 couvents; et le Vicariat d'Orient avec 3 Custodies, Constantinople, 7 couvents, Trébizonde, 3 couvents etCauris, 4 couvents'.
Finalement la Régulière Observance fut reconnue définitivement par le Saint-Siège, en 1427, (en attendant d'être complètement séparée des Conventuels, par Léon X, en 1517) : elle fut établie à CP. à la suite des malheurs éprouvés par l'Ordre dans la guerre intervenue entre le roi de l'île de Chypre et le Soudan d'Egypte. Le pape Martin V, pour remédier aux maux de la re-
■ Cnlalogo 'telle Pi-oeîwic. e Vipnrie tleU'OnUiie dei Minori, nelt'Anno , Hno. P. Panaio, loc. lau-L l. Il, p. 627.
ligion dans ces contrées, résolut d'envoyer en qualité de visiteur, non seulement à Chypre, mais encore à. Chio, à Pèra, et à CafFa, (Grimée) Fra Francesco Spinola, d'une noble famille de Gènes', religieux profès de l'Ordre des FF. Mineurs, revêtu du titre de « représentant du Ministre Général de l'Ordre dans les Vicariats d'Orient, du Nord et de Russie, » avec pouvoir d'ériger huit nouveaux couvents dans ces contrées.
Le pape Martin V munit Fr. Spinola d'une lettre pour l'évêque de Chio (3 mars 1427), par laquelle il avertit ce prélat de l'envoi du visiteur, avec un bon nombre de religieux de la Régulière Observance, pour travailler à la conversion de ces peuples ; Sa Sainteté l'informe aussi que la piété des fidèles a fait don à l'Ordre de deux localités, l'une dans la ville même de CP., l'autre à Péra-, c'est :\ dire t couvent et église, avec jardin, clocher, cloche, cimetière, et tout ce qui peut leur être utile et nécessaire. » Le pape avise aussi l'évêque du pouvoir qu'a Fr. Francesco Spinola « d'ériger 8 nouveaux couvents, sans qu'il ait aucun besoin d'obtenir de l'évêque diocésain ou de tout autre prélat, aucune licence ; d'y établir tel nombre de religieux qu'il jugera convenable, et de nommer ou changera son gré les gardiens de ces Communautés. >
F. Francesco Spinola parti de Rome, se rendit à Chio poar s'y concerter avec l'évêque îles Frères Mineurs avaient un couvent dans ce diocèse depuis longtemps) , de là il passa en Chypre, puis vint k CF., et Fera, et passa ensuite à Caffa',
Sans entrer dans de plus amples détails le P. Barbiéri de son côté, dit dans son mémoire à Mgr Coresi : « les Annales de l'Ordre Séraphique disent que le P. Francesco Spinola, noble Génois, de la Régulière Observance, fut le premier envoyé et autorisé par Martin V, en vertu du Bref « Sacrœ Relîgionis » (Mai 1437) à élablir cet Ordre k CPK *
' L'n Spinola est archevêque de Gènes, F. M., en 1289; un autre, podestat de la colonie génoise de CP. en 1451.
' M. Belin se demande ni ce sont deux fondations nouvelles ou les anciens couvents existants l'un à Ci*, l'autre à Galata, S. François, dont nous parlerons plus loin. Il ne me semble pas douteux que ce furent deux fondations nouvelles, car S, François a toujours appartenu aux Convantuels, qui avaieDt aussi un autre couvent dans CP. m£me.
' cr. Storia dcUe miitioni Francmcane, IV p. 472 et seq.
• Archiret du Vicariat patriarcal de CP.
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L'empereur, Jean II, Paléologue, continuant les traditions grecques, se rendit au concile de Florence, (1439) où l'union des deux Églises fut cimentée. Mais à son retour dans ses états, avec l'intention de faire exécuter Jes conditions consenties, ce prince désespérant d'une part de recevoir l'appui des Latins, et craignant de l'autre que son zèle à seconder les vues pontificales ne lui aliénât ses peuples, et ne lui attirât aussi la colère du Sultan ottoman Murad, et par suite ne lui causât la perte du reste de ses états, ralentit sa marche dans cette voie '. En efTet peu après son retour, Marc d'Ephèse, le seul des prélats grecs . qui eût refusé de souscrire aux conditions du concile-, renouvela le schisme, auquel d'ailleurs les divisions nées dans le sein même de la famille impériale donnèrent une nouvelle force.
Malgré ces symptômes, le pape Eugène IV envoya ù CP. un Commissaire spécial chargé de diriger la construction, « intra muros, » d'un couvent et d'un église de FF, Mineurs, sous le vocable de sauf Antonio degli cypressi ^. L'emplacement de la nouvelle église fut-il celui de l'ancien couvent du même Ordre rasé du temps du patriarche Athanase? II n'est pas hors de raison de supposer que les FF. Mineurs, nous l'avons dit, ayant fini probablement par obtenir leur réintégration dans leur ancien couvent, ont pu y rebâtir une habitation provisoire que l'on agrandit alors.
Ce qu'il y a de certain c'est qu'au moment de la conquête turque les FF. Mineurs avaient à CP. deux grands couvents, au moins. Suivant la tradition le dernier aurait été construit tout près des murs de la ville, du côté du port, non loin des jardins du Séraï. Terminé en 1451, deux ans seulement avant la conquête, ce couvent anrait été dékuit pendant le siège, ou peu après : les religieux qui l'habitaient auraient été ou massacrés ou réduits en esclavage'.
1 Sauli, toc. lawL, p. U2.
» Art de rérifter le$ date», 300.
^ Ledoct. Paapatinoua fait remarquer qu'il existe à Psammatia, quartier de CP.,une ancienne église byzantine, dite S, George des Cyprès (ti a IdparisBOu).
* Wadding, Annale* Minorum al annum H5I. Sloria deUa mhs'oni francetcane. IV, p. 461. M. Belin se demande si le nom de Ht. Antoine donné à ce couvent ne viendrait pas du couvent grec qui était dans te voi8ina.get Evidemmentit avait été donné en l'honneur du grand Saint Francisc3in,Antoine de Padotie. N. E.
Nous ajouterons qu'à l'époque dont il s'agît, Conslanti-
nople renfermait de nombreux espaces vagues, inhabités, sur lesquels se trouvaient des plantations d'arbres, de cyprès entre autres, comme l'indique sur un autre point la dénomination de l'église grecque de S. Georges des cyprès, il Psammatia.
Nicolas V, successeur d'Eugène IV, envoya àCP. le Cardinal Isidore, archevêque de Kiew, dit aussi le Cardinal de Russie, afin d'exhorter les Grecs, par ses prédications, à embrasser les croyances et les rites des Latins, et de veiller à soutenir l'empereur dans le succès de cette œuvre. Constantin XII, Paléologue, dit Dragacês, appuya de son côté, le cardinal; mais il . perdit ainsi l'affection de la plupart de ses sujets, et bien qu'un simulacre de réunion eût eu lieu dans Sainte-Sophie, le 13 décembre 1452, en vue d'intéresser l'Europe à la question d'Orient et, par ce moyen, d'obtenir son appui ', l'aniniosité était à son comble : le clergé de la cour, les chapelains et les diacres assistaient, avec l'empereur, au service catholique, célébré par le cardinal Isidore, tandis que les abbés, les archimandrites et les moines s'en éloignaient, et ne quittaient pas le cloître du Pantocrator, l'ancien quartier-général des Latins, dans leqtiel avait été confiné Gennadius, présent et adhérent au concile de Florence, mais rallié depuis au parti de Marc d'Éphèse. De sa retraite, ce prélat lançait ses foudres contre les azymites et dénonçait le décret de réunion comme wi acte impie. Ses paroles, qu'envenimait encore la haine implacable du grand-amiral Lucas Xotaras, l'homme le plus puissant de la cour, contre les catholiques, entraînaient une multitude passionnée. Cependant, et contrairepient au propos de ce personnage: « plutôt le turban des Turcs que le chapeau d'un cardinal-, » le peuple moins Tanatique, et, cette fois, plus éclairé sur ses véritables intérêts, déclarait que, s'il fallait opter, il préférait le joug des Latins à celui des musulmans, puisque les premiers croyaient au Christ et à la Vierge Marie. Mais, au lieu de s'entendre, Grecs et
' J'iuriinl 'lu nièga île CP, par Niuola Barbara, publié par H. Cornel, et retraduit par le D. Dethier. Moiutm. Hung. Hist. Vol. XXU, p. 21.
^ Sauli. loc. Inu-l. 144, dans l'une des séditions qui sUT^rent à cette oc cation. Siuli Rignale celle da Giorgio Scolario qui refusa de reconnaître l'empereur comme légitime défenseur de laiiatrie, et proposait de préférence le joug des musulmans à l'union avec les Latins.
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Latins se fuyaient, la passion l'emporta sur fa question de salut public; et, par la cliute de Constantinople, l'œuvre de la séparation fut définitivement consommée.
Durant le siège de CP. des conseils nationaux se tenaient dans les églises latines et grecques, pour discuter les moyens à employer ; c'est ainsi que des réunions de ce genre furent tenues dans S. Marc, (S. Akindin, l'église nationale des Vénitiens,) Ste Marie, S. Pierre ; une grande assemblée présidée par l'empereur, et à laquelle assistait le baile vénitien, fut tenue k Sainte-Sophie.
Nicolas Barbare fournit les témoignages suivants :
« El conselo di dodexe, ma per essere cosa important issîma, si trovasemo vinti do zentilhomeni, » fut convoqué » in la gieia di Sto Marco di CPU, » le jeudi 14 décembre 1452, s per el nobel bomo magnîfico Misser Gerolamo Minoto, per il serenîssimo ducal, de gno bailo di CP., » à l'effet de statuer sur la demande faite par « lo serenissimo imperador, in la giexia di ?anta Sofia, a la presentia di messir bailo, » de retenir ù Constantinople divers navires vénitiens, en vue de contribuer à la défense de la capitale contre les Turcs. Le conseil adhéra à cette requête.
Le même conseil des douze se réunit encore le 11 avril 1453, ( in giexia de Santa Maria di CPii, > et il décida, dans cette séance, l'incendie de la flotte turque qui se trouvait * dentro dal navarchio » de Pera.
Le 10 mai suivant, le « conselo de dodexe > se réunit de nouveau c in la giexia uxada de Santa Maria di CP, » et nomma le capitaine Aluvixe Diédo, commandant en chef des forces maritimes réunies dans le port '.
Selon Puseulus ' un conseil de la commune vénitienne aurait
' Nicola Barbaro, p. 38.
■ H ressort de ces diverses citations que, clie?. les Lutins comme chez les Grecs. les assemblées politiques se tenaient ikm.^ /ci cf/li/rs. La version latine <iu privilège accordé par Alexis aux Vénitiens, et rapporté d'après Marin, par Miltitï (I, p. 301)- emploie plusieurs rois ii; terme err/e-'i'i Venetoruni. pour désigner le siège officiel de !a juridiction Vénitienne à Coastanti- Dople, 1 e'-i'Ceêia répond au terme linxilique. c'est-à-dire le lieu oïl siégeaient les magistrats ; l'antiquité n'avait rien de plus auguste, n (Uzanam, Œurivt complétée, Paris, 1863, tome 1, p. 49. Un peut retrouvsr lit l'origine des antembléet nationale», ou réunion des notables des colonies françaises du Levant. (Cf. à cet égard Féraud Giraud, rie la Jurid'-'l. franfaiie dam iei échelle* du Leoanl, II, 68; et sur les devoirs po^r en faire partie, i'I. I, 53.)
été tenu, durant le siège de Constantinople, dans l'église de Saint-Pierre Claniger. C'est sans doute l'ancienne église des Pjsans, transférée ensuite aox Florentins, en 1439, différents conseils ayant pu être réunis par les colonies franques qui contribuaient à la défense de la capitale. La commune vénitienne a pu dans l'une de ces assemblées se joindre à la communauté pisano-florentine, dans son église de St-Plerre, ou même choisir cette localité par suite de quelque circonstance que nous ignorons.
On sait le concours prêté par les Latins à la défense de la capitale comme aussi le sort qui échut au couvent des Observantins, Sont' Antonio degli cypressi. Il fut rasé et ses religieux massacrés ou réduits en esclavage. On lit à ce sujet dans la Cronaca di Bologoa ■ c alquanti fratl dell'osservanza di San Francesco, che furono presi nella detta città di CPli, vennero a Bologna e dissero tali novità » touchant la mort de l'empereur, la vente comme esclaves des moines, prêtres et religieux, parmi lesquels le cardinal Isidore, qui parvint à s'échapper et à gagner Rome, c tutte le chiese furono rubate, violate, vituperate etc. x Le cardinal Isidore Rutheno, légat ■ pontiflcai, vendu lui-même comme esclave, se sauva des mains d'un turc, moyennant quelques aspres.
Les deux églises, de Ste-Marie et de St-Nicolas qui furent laissées, après la conquête, à la latinité de Péra-Galata, furentelles comprises virtuellement dans la capitulation signée par celle-ci avec sultan Mehemmed le Conquérant? Ou bien, restant fermées durant les premiers temps qui suivirent la conquête, ne furent-elles rendues au culte qu'un peu plus tard ? Le défaut de renseignements ne permet pas de résoudre ces questions. Nous savons seulement que, malgré la part active prise par Venise à la défense de Constantinople, et le supplice inRigé il son représentant, la sérénissime République ouvrit bientôt avec l'empereur ottoman des négociations qui aboutirent au privilège obtenu par elle le 15 avril 1454 -. Nicolas Barbaro donne le projet de cet acte; on y lit, articles : «procuraretur omnibus modis quod
' Muratori, Smptoi-e» i-f. p. 701, rapporte del superiore dei Franc«scanj, présente ail' assedio ed alla presa di Cooetantinopoli, mandalo ed amvato a Bologna. il 4 Luglio 1453. (DelhJer lof. lawl. p. 935.)
'' M. Dethier loc. lau-t. p. 221 tradu[t ainsi ■ et sa bannière, signe, drapeau, Lobia. n
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conâul iturus in CPlim habent domum cum lobia plateis et ecclesits, quos habebat baïutus noster tempore Grsecoram, ut nostri mercatores habeaat reâitctum et eccleslas pro sepvlturts^uïsK > Il ne fut fait droit qu'en partie à ces demandes: Santa Maria ai CPU, devenue propriété de l'État, releva, administra tivement, de la communauté de Péra; et si les Frères Prêcheurs s'éloignèrent, momentanément, de cette église, il est à présumer qu'ils en furent remis en possession depuis sa restitution an culte-.
En présence de ces événements politiques que le vainqueur fit connaître à tous les monarques orientaux par ses lettres de victoire^ et qui furent d'une importance si considérable pour l'avenir, l'Europe si souvent sollicitée à venir en aide à la chrétienté d'Orient, resta inerte et insensible ; la papauté seule, dans la personne de Calixte III (8 avriM45n — 6 août 1458), fit une démonstration, qui malgré son impuissante témérité, ne mérite pas moins d'être signalée. Tandis que le conquérant ottoman tournait ses armes contre l'illustre Huniade, le héros de la Hongrie, Calixte m équipa une flotte de quinze galères, dont il* donna le commandement supérieur au Patriarche d'Aquilée puis à Jacques Cœur, qui s'était retiré à Rome *, avec le titre de Capitaine général. Celui-ci prit le commandemsnt de l'escadre et la conduisit à Chio, où il mourut, en 1456.
> On dit que les Arab«a,à une certaine époque, travestirent par mépris, le mot grec Eirlixiia en celui de Afni'cn, s Iniibtdum. » que leur offrait leur langue, lieu de» balaijurea. FraytaB 3 signalé déjà l'analogie de ce dernier mot avec celui de Kenicha. Synagoga Jwlaeoi'um ; et on lit dans VEitai sur t kittoire et la géographie de la Palettine. par Derembourg (I, 34) ; » ansché heneëet fi^ggadolah • les hommes de la grande réunion, de la grande synagogue, la réunion des savants, des docteurs, prêtres et laïques.
' Voyeï les Papier* d'état de Férîdon.
* Hiêtoliv de» Echelles du Lcrant et dem rotum'es, par Salvador. Paris 1854, p. ICÎ.