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POSITION ZOOLOGIQUE DE LA LAURA

De quels animaux faut-il rapprocher la Laura?

Il est bien évident que ce n’est qu'avec les Cirrhipèdes et les Rhizocéphales qu'on peut rechercher quelques relations zoologiques.

On a l'habitude de réunir dans cette grande division des Crustacés, nommés Cirrhipèdes, tous les animaux marins articulés hermaphrodites et ayant un embryon naupliforme; puis établissant des distinctions, peut-être un peu artificielles, on divise les Cirrhipèdes :

| ABORTIVA tantôt en et | GENUINA ;

| CiRRHIPÈDES ordinaires et tantôt en : et RHIZOCÉPHALES.

Dans ce dernier groupe, on a réuni beaucoup d’animaux dont les rapports semblent encore assez problématiques.

C'est ainsi que la Sacculine ne me paraît rien moins que

bien connue; on a étudié ses œufs, leur mode de production et ses embryons. Il en a été de même pour le Peltogaster. Peut-être le Lerneodiseus de Fritz Müller est-il mieux compris; mais il y a réellement plus de difficulté à rapporter une Sacculine qu'une Balane ou un Anatile, par exemple, au type crustacé.

Je crois donc que le groupe des Rhizocéphalidés n'est pas suffisamment étudié au point de vue morphologique pour qu'il soit encore possible de le caractériser avec plus de précision qu'on ne le fait.

Les conditions de l’hermaphrodisme sont mal indiquées, mal définies, elles ont été même niées pour quelquesuns des types; car l'histoire nouvelle des mâles pygmées vivant en parasites accrochés sur les femelles est venu jeter le doute dans l'esprit de quelques zoologistes.

L'idée que l’on peut se faire de la Laura adulte est fort simple et très claire.

Que l’on considère si l’on veut une écrevisse, un homard, un crabe : n'est-il pas évident que ce que l’on nomme la carapace n’est autre chose qu'une duplicature de l'enveloppe extérieure, assez rabattue sur les côtés pour recouvrir et contenir dans une vraie cavité, des appendices absolument extérieurs, les branchies? Rien ne nous empêche de concevoir un crustacé dont cette carapace serait encore plus développée et couvrirait tout le corps. Dans les articulés, les faits de cette nature sont loin d'être rares. Ne voit-on pas dans les Hémiptères des espèces dont tout le corps est couvert par un développe-

ment exagéré de l'écusson, ou même du prothorax ?

Dans la Laura, il nous paraît fort légitime de considérer la poche qui enferme le corps comme une dépendance des téguments du dos, dans la partie intermédiaire à la tête et à l'abdomen, démesurément étendue et dont les bords, soudés entre eux, n’ont laissé qu’un tout petit orifice.

En cherchant dans les Cirrhipèdes proprements dits, on pourrait trouver peut-être quelque disposition se rapprochant de celle que montre la Laura. C'est ainsi que dans le genre Alepas (Rang), on voit un petit ètre à six paires de pattes courtes, enfermé dans les lobes d’une duplicature de ses téguments formant à la fois et son pédoncule et son enveloppe générale; et dans l'épaisseur de ce pédoncule ou de cette enveloppe se sont logés les ovaires. (Voir Lovén et Darwin.)

Mais une différence capitale distingue les Alepas de la Laura : les pieds sont, comme dans les autres Cirrhipèdes, bifides, et semblent en cela conserver toujours le caractère larvaire ou nauplien.

Rappelons d’ailleurs que le genre Alepas fait partie de la famille des Lépadidés, et que, pour un grand nombre de raisons, on ne peut chercher à rapprocher de lui la Laura. Qu'on le remarque : nous n'avons voulu ici faire qu'une allusion à une relation morphologique dans les modifications des parties tégumentaires.

D'un autre côté, on peut imaginer qu'en partant de la forme cypridienne, les deux valves attachées à la nuque de l'animal ont grandi démesurément quand il a eu fixé son habitation dans les tissus de la Gerardia; que les glandes génitales femelles et le foie, en se glissant entre les lames

de ses valves, les ont encore conduites à un accroissement nécessaire pour les loger, et que peu à peu le corps du petit crustacé s’est trouvé suspendu dans une prison que la soudure des bords de ses valves est venue compléter.

Y a-t-il dans la Sacculine, le Peltogaster quelque chose d’analogue à cela? Bien des raisons me portent à le croire.

Les glandes femelles n’ont-elles point acquis un développement tel que les grappes d'œufs aient bientôt masqué toute trace de cavité, et fait disparaître le corps ayant eu d’abord la forme de cypris et resté fort petit?

Ce sont là des questions qui ne pourront être résolues que par des études suivies d'embryogénie et l'observation directe de la fixation ou des métamorphoses de la Sacculine, et non par des hypothèses et des raisonnements plus ou moins ingénieux mais gratuits.

Il y a là un problème important relatif à une question très curieuse de morphologie qui demande une solution, et je ne vois pour le résoudre qu'un seul moyen, c'est de faire vivre les Nauplius des Sacculines, après en avoir étudié les mœurs et les conditions biologiques naturelles pour en observer et suivre les métamorphoses.

Il faut en un mot faire de la zoologie expérimentale.

Nous placerons donc pour le moment la Laura dans le groupe général des Cirrhipèdes.

Mais il nous paraît impossible, en raison même des doutes que notre ignorance laisse encore planer sur la vraie organisation des Sacculines et des autres Rhizocéphales, de pouvoir les réunir dans une même division secondaire :

car le nom de Rhizocéphalidé ne lui est absolument en rien applicable.

Peut-être serait-il préférable de rétablir le groupe et le nom de SUCTORIA donné primitivement par Lilljeborg à une partie des Cirrhipèdes anormaux ? Mais toutes ces suppositions sont subordonnées aux études postèrieures qui nous feront connaître la vraie transformation du Nauplius en Sacculine et en Peltogaster.

Dans la division des Cirrhipedia abortiva indiquée par Gerstraecker dans les Bronn's Klassen und Ordnungen des Thier-Reichs, les trois sous-divisions, répondant aux Suctoria où Rhizocephala, aux Apoda de Darwin el aux Abdominalia du mème naturaliste, renferment des animaux, caractérisés : dans les deux premières subdivisions, par l’absence complète de pieds articulés, dans la troisième, par trois paires de pieds articulés.

Or il suffit d’avoir cité parmi les Apoda la famille renfermant le Proteolepas, et dans le troisième sous-ordre, les Abdominalia, la famille renfermant le. Cryptophalus, pour comprendre qu'il n'est pas possible d'établir entre la Laura et ces trois groupes un rapprochement quelconque.

Si donc l’on accepte, et je ne vois pas de raison pour la rejeter, la division des Abortiva que l’on peut appeler Carrhipèdes anormaux, il faut incontestablement former une quatrième division pour la Laura.

Aux Rhizocéphalidés, aux Apodes et aux Abdominaux de Gerstraecker, nous ajouterons donc le groupe nouveau des ASCOTHORACIDÉS où RHIZOTHORACIDÉS, en prenant : ou bien le caractère de la carapace qui forme un sac, une outre thoracique, ou bien le caractère de la surface de

cette partie thoracique couverte de radicelles, qui pour le thorax sont, jusqu'à plus ample information, les analogues, quant aux fonctions, de ces longs filaments pénétrant dans les tissus des crabes et partant, dit-on, de la tête de la Sacculine, du Peltogaster, des Lerneodiscus, etc.

En résume, nous diviserons, ainsi que le tableau suivant l'indique, les Cirrhipèdes anormaux en quatre groupes :

Sub-ordo.

[ Ascothoracida aut Rhizothoracida, Laura.

Cirrhipèdes ancrmaux | y Abdominalia, Cryptophyalus.

oo | III Apoda, Proteolepas.

Cirrhipedia abortiva. | 1Y Suctoria aut Rhizocephala, Sacculina, Peltogaster.

On remarque que, dans cette distribution, la Laura occupe un rang incontestablement supérieur aux trois premiers groupes : toute son organisation l'indique, surtout la forme très caractérisée de son corps articulé.

Voilà pour l'adulte.

Les jeunes peuvent-ils fournir quelques indications pour élablir des rapprochements zoologiques?

Si l’on cherchait des rapprochements dans l'étude comparative des Nauplius, on trouverait de grandes différences entre le Nauplius des Cirrhipèdes proprement dits et celui de la Laura; dans l’un, des appendices partant du dos ou de l'extrémité inférieure donnent une physionomie étrange à ces petits êtres : dans l’autre, rien de semblable, les parlies sont simples et aucun appendice saillant ne vient trou-

bler la régularité des contours de la toupie nauplienne.

A part ces dispositions extérieures que les auteurs ont reproduites parce qu'elles sont saillantes, on ne trouve rien dans les dessins publiés d’assez précis et d'assez détaillé pour pouvoir comparer les appendices locomoteurs et en déduire quelques rapproehements basés sur des caractères importants.

Concluons qu’une histoire comparée du Nauplius manque; qu'il faut, ainsi que cela arrive pour tout fait nouveau, ne plus se contenter des grands traits de ressemblance jetés à la hâte sur le papier; qu'il faut enfin des détails et des études plus suivies que celles qui sont encore dans la science, car nos connaissances actuelles ne permettent pas d'établir une comparaison sérieuse.

Telle est l’histoire de la Laura Gerardiæ, dont le parasitisme est curieux et dont l’histoire un peu plus complète, surtout au point de vue embryogénique, eût été désirable.

Les difficultés des recherches à bord eten mer, ou bien les nécessités impérieuses et les obligations d’une mission dont le but était nettement défini et différent des études générales d'histoire naturelle pure, ont été la cause des interruptions nombreuses apportées pendant les moments propices à la continuation de mon travail.

De plus heureusement favorisés par les circonstances, guidés par ces premières études, observeront la métamorphose du Nauplius en Laura adulte, et, dans cette partie de l’histoire naturelle de cet animal singulier, trouve-

ront peut-être des raisons propres à faire modifier la place zoologique que les détails qui précèdent nous ont conduit à établir. Mais dores et déjà Laura doit être considérée comme un type défini d'une division certainement nouvelle.

En donnant le nom de GErarDiA à un être dont j'avais le premier fait connaître avec précision la nature et les rapports, j'avais voulu rendre un hommage nouveau à la mémoire d’une mère vénérée à qui je devais tant pour la direction qu’elle avait par ses conseils su imprimer à mes goûts de travail, à mes sentiments.

Je ne puis séparer ce souvenir de celui de la sœur de ma mère, mon excellente tante Laure Drème, qui, dans les moments de chagrin et d’épreuve dont mon existence fut traversée, il y a déjà longtemps, s’associa à mes douleurs, et entoura mon isolement des marques de la plus vive affection.

Comment saurai-je mieux me ressouvenir et rappeler cette affection qu'en donnant un nom qui m'est cher à l'être nouveau que je viens de décrire.

Souvenirs précieux, vous restez aussi unis dans ma pensée que le sont l'existence de la Laura et la vie de la GERARD! !

Lettres dont la signification est constante dans toutes les planches.

A antennes.

A’ antennules, ou tubercules sous-céphaliques.

An pièces anales entre lesquelles devrait être l’anus. (carapace, partie dure.

CC calotte céphalique.

Cm partie molle de la carapace.

Co collier œsophagien.

E orifice d'entrée de la carapace.

F foie.

G Gerardia ouses tissus.

1 intestin.

L corps de la Laura sans distinction de parties.

M Muscle adducteur.

Na ganglion nerveux abdominal.

Nd ganglion nerveux sus-æsophagien.

OŒ œsophage.

O orifice de l'oviducte.

Oo oviducte.

Ov ovaire.

P@ pattes femelles.

P& pattes mâles.

PO pattes neutres.

PI Polypier de la Gerardiu.

ROMSroStre:

T tête.

Ts testicule.

À glandes ou organes indéterminés.

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