‹ Histoire de la législation (volume 2)Chapitre 1 sur 53 · II. I · texte numérisé non relu

II. I

2 HISTOIRE DE LA LiCISLATION.

La Sicile n'étoit pas un de ces pays que les habitans pussent abandonner pour aller chercher aiHeurs de la fécondité ou des rivages : la terre et ia mer lui offto\ent également toutes les productions de ia nature , et tous les moyens de les trans* mettre , comme de recevoir les richesses des autres peuples. Uautochthonie des premiers habitans peut donc être regardée comme certaine.

Mais j si les hommes nés en Sicile dévoient être peu portés à délaisser une terre enrichie de tant de bienfaits, ces avantages mêmes dévoient y appeler des étrangers. On y en vit arriver de la Grèce même. Des invasions successives de quelques parties de son territoire lui donnèrent des habitans qui ne l'abandonnèrent pius (2). Des colonies s'établirent pareillement dans les îies voisines de la Sicile {3).

Gouvemement petites cîtés , des bourfi:ades • furent fbr-

dct divertet citiê

qui t'y formèrent mées d'abord, rangées toutes séparément sous a'abortf. l'obéissance d'un chef. Leur multiplicité même

diminuoit leur force , et accroissoit les moyens comme les occasions de s'envier et de se combattre. Ces fédérations si naturelles et si nécessaires entre

(2) StraboDi VI y pag. 267 et 270.

(j) Sorabon, pag. t6j, i6S et xys.VoïxïHimmumversdie anglaise , t. V, pag. 1 87 et suiv»

LEGiSL. DES SICILIENS. CH. 3

des états voisins , fbibies et bornés , on n'eq aperçoit guère l'existence. Quelquefois, dans la même cité, se formèrent des tourmentes politiques r la royauté, l'aristocratie, un gouvernement populaire, y luttèrent ensemble , se remplacèrent pour s'attaquer encore et se renverser. Une partie de la Sicile se réunit ensuite sous l'autorité d'un chef imique et plus puissant, qui transmettoit à ses enfkns le pouvoir qu'il avoit exercé. La tyrannie y fit plus d'une fois renaître les impressions républicaines ; la licence de la multitude remplaça fréquemment le despotisme d'un seul; on retomboit , avec d'autres mots et sous d'autres formes , dans toutes les oppressions d'un pouvoir sans mesure et sans limites.

Parmi les cités qui se formèrent d'abord, il en est quelques-unes dont leur importance ou leur durée doit faire remarquer l'existence avant que Syracuse les eût réunies à «sa domination. Malheureusement les auteurs anciens ne fournissent pas les éclaircissemens que nous pourrions désirer ; ils parlent souvent de la situation géographique des villes , de la fécondité de leurs champs, du caractère de cette fécondité, de leurs temples, de leurs dieux : ils parlent peu du gouvernement; et encore, quand ils le font, est-ce sans les

développemens qui nous auroient conservé des lumières si utiles. Privés des sea>urs que nous aurions reçus d'eux, bomons*nous à rappeler ici le gouvernement que les principales de ces villes , devenues de petits états , avoient d'abord adopté (4). Agrigepte fera l'objet d'un chapitre particulier (î).

Fondation et Peu d'années s'étoient écoulées depuis la fon-

gouvcrnemeni - , - ^

Ni«o«,de Lcon- dation de Syracuse, quand Théoclès, ayant rastium ctdccatanc. ^^^j^,^ ^^.^j Dombrc dc Chalcidiens d'Eubée,

les mena en Sicile , où ils fondèrent Naxos (6 ) , que leur firent bientôt abandonner les maux et les dangers dont sa position physique les menaçoit (7). Une nouvelle conquête sur les Sicules leur fit établir d'autres colonies , Léontium d'abord et ensuite Catane (8). Catane choisit Évarque pour chef. A Léontium , Lamis , venu de M égare, d'où il avoit amené aussi une colonie, partagea quelque

(4) yoir, sur toutes ces villes , Fasellus, t. IV des Antiquius de Sicile , pag. 69 et suiv,, et l*ouvrage de Cluvier sur Tancienne Iulie et la Sicile.

{5) K£>ir ci-après , pag. 74 et suit'*

(6) Si mal-à-propos confoodue par c|uelques interprètes de Thucydide avec file qui poru ce nom. Voir, sur Naxos, Pausanias, vi, S « 3. et Thucydide, vi, S 9-

(7) Strab. VI , pag. 267. Thucyd. vi, S 3.

(8) Thucyd. vi. S 3.

temps avec les Chalcidîens radmimstratîon de l'état (9).

Catane perdit ses habitans originaires pendant qu'Hîéron I/' régnoit à Syracuse ; il changea te nom qu'elle portoit en celui d'Etna ; il y établît d'autres colons , et leur distribua les terres de ceux qu'il bannissoit : mais, à la mort de ce prince, fes Cataniens rentrés dans leur patrie enchâssèrent les nouveaux hôtes , qui, forcés de se retirer, allèrent s'établir à quelques fieues. Attaqués plus tard par Denys l'ancien, ils eurent à supporter tous les maux qui suivoient la défeite , pillage des soldats, maisons abattues, domaines envahis , hommes libres vendus comme esclaves (lo). Léontium fut aussi détruite par ce prince (i i). Quelques années auparavant, des dissensions y avoient éclaté entre les riches et le peuple. Depuis le départ des Athéniens, à la suite de fa paix, les Léontins avoient inscrit beaucoup de personnes sur le rôle des citoyens , et le peuple avoit l'intention de faire un partage des terres. Instruits de ce projet , les riches avoient appelé les Syracusains et chassé le peuple. Une réunion nouvelle fut essayée ; mais ,

(9) Thucyd. VI, SS 3 «4-

(10) Diod. XIV, S 15.

Denys s'étant armé contre eux tous et ayant remporté la victoire , les Léontins , à quelque classe qu'ils appartinssent, furent transportés dans la capitale des états du vainqueur (ta).

Aristote nomme deux fois (13) Panétius comme ayant usurpé la tyrannie de Léontium, soumise alors à un gouvernement oligarchique* L'ancienne lutte entre les riches et ceux qui ne l'étoient pas subsistoit toujours, quoiqu'elle parût quelquefois s'assoupir et s'éteindre. Un des oligarques profita de la force qu'il recevoit de cette division pour soumettre à son autorité individuelle les hommes mêmes qui jusqu'alors avoient toujours concouru avec lui à l'administration publique. Aristote attribue surtout à l'ascendant que Panétius avoit acquis sur le peuple de Léontium , le succès obtenu par ce citoyen pour devenir le maître de sa patrie ( 1 4)« Plutarque, dans la VU de Timoléon (1 5) » parie d'un tyran de la même ville ^ Icétas , qui avoit aspiré à devenir aussi le maître de Syracuse , et qui ,

(11) Thucyd. V, S 4; VI,$ 79.Diod. ihid. et llv. xu, S 54. Voir encore Pausanias, Vl, S 17; et sur Léontium, Polybe, VU , S I : il y parie du iieu où s*asserobloient les magbtrats et du paiais où Ton rendoit la justice.

(1 5) Liv. v, cliap. X et xil , pag. 402 et 41 1.

(14) Cliap. X, pag. 402 et4o).

(15) S 43* les paragraplics précèdent.

pris ensuite dans un combat , fut mis à mort ainsi que son fils. D'autres disent que le vainqueur, Timo* léon, Pobligea seulement de raser ses forteresses et d'abdiquer la souveraineté ( 1 6 ). Quand Denys le jeune redevint tyran , il exerça son pouvoir avec tant de cruauté, que beaucoup de Syracusains se réfugièrent wùs la protection d'Icétas, dont le joug étoit cepen<hnt devenu insupportable aux sujets qu'il s'étoit donnés (17).

Syracuse existoit depuis près tfun demi-siècle Fond«uo«cigo«-

, verncmeiit de Gel»,

quand Andphème de Khodes , auquel s umt iui

* de Scgene et de Sé-

time & Crète, amena en Sicile, près du fleuve Géh, des hommes qui, conduits par eux, devinrent les fondateurs d'une ville qui reçut son nom de ce fleuve même; il y apporta les lois ou les coutumes doriennes (18). Plutarque (19) nomme Géla parmi les grandes cités qu'avoit eues la Sicile, et Diodore nous apprend (20) quels étoient ses monumens et ses richesses quand les

( 1 6) Voir Fasellus , pag. 1 75 et suiv, ; Caruso , Iiv. VIII cl JX , pag. 3 10 et suiv. ; VHist, univ, angl. t. V, pag. 29J.

(17) Faseilus, pag. 370 et 376.

(18) Thucyd. vi, S 4. Hérod. VJI, S iJ3- VIU , S 46. Les Rhodiens étoient de race dorique; ils ea eurent aussi le dialecte.

( 1 9) VU de Timoléon , S 4^* (20) Liv. XIII, SS 108 et 109.

Carthaginois, commandés par Amilcar, Tassié* gèrent à une époque qui correspond au règne de Denys l'ancien sur Syracuse. Denys vint même à leur secours.

Les fondateurs de Géla paroissent avoir présidé d'abord à son gouvernements li étoit confié à un sénat qui avoit pour chefs des magistrats assez semblables aux archontes d'Athènes. L'autori té souveraine fut ensuite usurpée par un de ses citoyens, Cléandre, fils de Pantarès. Des agitations politiques n'y avoient pas été étrangères; plusieurs habitans même avoient été obligés d'aller pendant quelque temps demander asile à une cité voisine (21).

Cléandre régnoit depuis sept ans , quand il fut assassiné. Hippocrate son frère lui succéda » et régna sept ans aussi. Après sa mort, Gélon arriva au pouvoir suprême (22). On verra, dans le chapitre suivant , quel moyen il employa pour y parvenir. C'est le même Gélon qui fut depuis tyran de Syracuse.

Egeste ou Ségeste eut plusieurs siècles de durée. EUe faisoit remonter son origine jusqu'à Enée ,

Hérod. viJ,SS i;3 et 154.

(ai) Hérod. vjl , SS 1 54 et 1 5 j. U avoit été un des généraux d'Hippocritc. KoiV ci-aprcs, pag. 14.

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Tenu en Sicile apiès les malheurs de Troie. Cette idée avoit constamment favorisé des relations d'amitié , et établi comme une sone de parenté, entre cette ville et Rome (2}). La forme du gouvernement qu'elle adopta nous est inconnue. On verra dans la suite (24) quels étoient ses rapports avec Syracuse au temps d'AjgathocIe , et quels ^ maux fit peser sur elle ce misérable tyran.

Sélinonte étoit limitrophe d'Égeste; plusieurs dissensions naquirent de cette proximité même. Elle succomba dans une guerre avec Carthage, fut rétablie ensuite , et sous la domination d'un tyran. Un de ces tyrans , qui en avoit détrôné un autre, périt massacré par ses sujets près d'im autel de Jupiter où il s'étoit réfugié (25).

Camarine avoit été fondée par les Syracusains. Fondation et gou- S'étant révoltée contre eux, ils en chassèrent les "^^^^l^il^' habitans. Hippocrate , tyran de Géla , ayant dans la suite obtenu le territoire pour ime rançon de prisonniers, devint son second fondateur, et y établit une colonie , chassée encore par Gélon ,

(25) Ciccron , 4'' y^ine ,$35.

(24) P^/V ci-après , pag. 68 et surv.

(25) Voir Thucyd, VI, SS 4 et 6; vil, SS 50 et 58. Hérod. V, S 46 ; vu , S 153. On peut voir aussi, sur ce peuple, Diodore, XII! , S 55 ; et pour les temps plus anciens , le S 9 du liv. V| où Diodore parle aussi d*£geste.

lO HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.

qm derint aînù conime le troisième fondateur de Camarine {26).

Thucy^de parle encore de divers établissemens fermés par les Grecs en Sicile; Himère, entre autres, et Zande, depmis Messine. La coionie d'Himère fut Ibndée par des Chalddicns ; des exilés de Syracuse , vaincus dans une sédition, vinrent ensuite la partager avec eux. Des Chafcidiens aussi avoient fondé Zande. Des Ioniens fuyant la domination des Médes s'y transportèrent^ et AnaxF las , tyran de Rhégium , lui envoya, peu de temps après, une population nouvelle (27). Himère eut ses tyrans aussi; Anaxîlas avoit épousé la fiUetfun d'entre eux, de Tér^ie (28). Thermes, vcHsiae d'Himère, en recuefllh les habitans après la destruction de cette ville, dans une guerre avec les Carthaginois. La conduite d'un de ses dtoyens, qui y avoit rempli les plus hautes magistratures, lui fit consacrer dans la suite par la reconnois^ sance publique un monumœt qui attestoit tous les bienfaits que lui devoit sa patrie ; l'on avoit placé

(x6) TTiucyd. VI, $S 5, 75 etsuir. Strab. vi, pig. 172.

(17) ThucycL vi . SS 4 « 5- Hèrod. vu, $ 164; Stnb. VI» p«g. t69; Paosan. iv, $ 23 ; Diod xi , S 48 ; Aristote, /Wr>.v, c. iu,p«g. 389.

(a8) Hérod. vu, $ 165. Il avoit parlé, vi, S 13. d*ao tyran de Zande.

ce monument Sms ia salle même du sénat : Verrès le fit enlever; c'est un des objets des accusations de Cicéron contre le préteur de Sicile (29).

Je me borne, comme je ie dois, aux cités sur lesquelles l'histoire nous a transmis quelques fiiits relatifs à leur gouvernement et à leurs révolutions politiques.

Syracuse est la ville de ce pays qui a obtenu le Du gouverne— plus de célébrité (}o); elle est sans contredit celle qui obtint ie plus de puissance. Nous devons lui consacrer, plus particulièrement nos recherches et nos travaux. L'histoire des autres cités viendra souvent ^ au reste , se mêler, se confondre même avec elle.

On feit, en général, de Syracuse ime colonie de Corinthiens. Aitrhias fut le chef qui les conduisit de Grèce en Sicile, vers ie milieu du huitième siècle avant l'ère chrétienne (31). Il étoit de la race des Héradides; un crime Pavoit obligé, dit-on, à quitter sa patrie ( 32). Si cela est vrai,

(29) Seconde Vermt , S* 46. Voir aussi ics SS î5 etsuiv.

(30) Voir la description qu'en fait Cicéron, 6j Verrine, SS 1 17, 1 19, et les SS 51 et suiif, de ia 4.* Voir aussi Florus, ii> $ 3-

(31) L'an 758 , selon les Marbrts d'Oxford; l'an 735, suivani Corsini , t. III , pag. 1 8 ; Heyne , t H , pag. , et R. Rochette , Hist. des colon, grecques , t. III , pag. 178.

(32) Plut. Événem. trag, causés par l'amour, t. IF , pag. ^71 et 773. Strab. VI , pag. 2^9. Diod. il , ExcerpL pag. 548.

D^oogle

le nombre de ceux qui le suivirent devoit être borné; mais d'autres Hellènes venus du Péloponnèse allèrent ensuite se réunir à la colonie partie d'abord de Corinthe f } 5). Syracuse devint la plus belle et ia plus peuplée des villes de Sicile ( 54).

Les Corinthiens qui suivirent Archias se soumirent-ils à son autorité! eut-il des enâms auxquels il la transmit ! comment fut gouvernée cette colonie naissante l Nous l'ignorons.

La tyrannie •y Plus de deux siècles s'écoulent avant que des w 'm«'^p?cIL»h ïweurs moins incertaines réfléchissent sur l'histoire de Syracuse, et , il est affligeant de le penser, dès que l'obscurité disparoit, presque toujours s'aperçoivent les Actions et la tyraimie (35). Elien et Athénée nomment un roi de Syracuse , Polis , qu'ils supposent venu d'ArgoIide (36) : ce seroit un Grec encore qui auroit été appelé à la gouverner. Elle eut pour maître , dans les premières années du cinquième siècle avant Jésus-Christ (37)9

(3 }) Voir Thucyd. VI . SS 3 et 4. et Ubbo Emmius, t. UI, pag. 117.

(34) Tanta, dit Cicéron, 4' terrine, S ta quatuor urkibus nuueimis constare dicatur,

(35) Thucyd. vi, ^5. Caruso, t. I, pag. 59, 87 « suiy-

(36) Athén. 1 . S i4> Èlien , xil , c. xxxiv .

(37) Vers Tan 484.

un prince dont le nom a obtenu une autre célébrité, Gélon.

On a souvent remarqué , et ii faut bien remarquer encore quand on va parler de ce prince, que le mot de tyran n'avoit pas chez les peuples anciens une acception toujours semblable à celle qu'il a chez les peuples modernes. II exprime bien plus pour nous Tabus de Pexercîce du pouvoir que son usurpation ; Pidée d'usurpation étoît la principale, au contraire, pour les nations de l'antiquité. Des rois légitimes furent quelquefois des tyrans ; trop d'exemples en sont offerts dans les histoires diverses des peuples de l'Europe. Des usurpateurs purent se rendre plus criminels encore par le poids qu'ils donnèrent à leur tyrannie; mais ce n'est plus que sous ce dernier rapport qu'on les proclame tyrans.

l4 HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.

Des tyrans de

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