CHAPITRE IL
Rèptes de Gilon , d'Hiiron et de Thrasyhiile. La Rûyauti remplacée parla Démûcratie.
Oélon n'étoit pas né cTun père assis sur le Géia. ONnmentun ^^^^ femUle étoît orkrinaire tfune des îles de
dentre eux devint , ^
maître de Syracuse, la mer Egée. Un de ses ancêtres avoit concouru avec d'autres Grecs à fonder la ville de Géla ( i ). Cléandre en étoit alors le tyran (2). Nous avons dit qu'il eut pour successeur Hippocrate son frère. Gélon servoit dans la garde royale. Son mérite le fit élever à la &gp\x& d'hippârque^ ou de commandant de la cavalerie (3). Hippocrate mourut comme Cléandre, après quelques années de règne. II laissa deux fils. On refusoit de les reconnoitre comme successeurs au trône. Gélon s'arma , sous le prétexte de leur conserver la couronne de leur père. Vainqueur, ce fiit à lui-même qu'il adjugea Fempire (4)« Ce commencement
(i) Hérod.vil>S
(1) An ;o5 avant J. C. Voir cX^àtss^ ^ P^*^*
(3) Hérod. VII, S 154* Voir Denys d*Halic VU, S if ^ Diod. XI , $S 1 1 et suiv,
(4) Hérod. VU , S 1 55. An 491 avant J. C. Geion (ut contemporain de Xersès.
tEGlSL. DES SICILIENS. CH. I.^' 15
de vie politique altère un peu la glo«e des aanées qui suivirent.
Les gamores ou géomores, c'est-à-dire, fes anciens propriétaires ruraux , les possesseurs de ces terres distribuées aux compagnons d'Archias^ qui vinrent avec lui fonder Syracuse , et qui par cela même en étoient devenus et restés les personnages les plus considérables, avoient été chassés de k ville par le peuple et par leurs propres esclaves ; Gélon les rétablit dans leur patrie , et Syracuse, dont il s'étoit emparé, se soumit sans combat à son autorité (5}. II en resta le maître absolu. Long -temps il avoit gouverné, comme magistrat, sous la qualification de préteur où de stratège. Devenu roi, il confia le gouvernement de Géla à son frère Hiéron (6 ).
Les historiens aiment à redire que Gélon fiit si céion ménu
• ••« • > • o ^ tout les cl«M[etqu*on
nn des meilleurs rois <px ait eus oyracuse. On ne ^xordu peut lui refuser des éloges. L'agriculture et les arts utiles reçurent de lui , par exemple, ime protection toujours croissante, qui en assura et en étencfit les succès. Plutarque dit même ( 7) que Gélon conduisoit ses sujets au labouiage comme il les auroit
(5) Hérod. VII , S ^SS* ^^^^ ^^^tcs de Larchcr.
(6) Hérod. vn, S 15^.
('^) Plut Apaphth, U I, pag. 175.
condttits à une expédition militaire , afin que le pays bien cultivé devînt plus fertile encore. Mais , si ce prince gouverna avec sagesse, il employa de terribles moyens pour affermir sa puissance. Afin d'accroître la population de Syracuse , il fait Comment il irai- TzscT des viUes, et tHuisporter dans sa capitale ceux raî»l?diiicllrior^r qui les habitoient. Camarine (8) cessa ainsi d'exisic« riche surqueu / ç\ Vaiiicue aorès une lonoiie résistance,
raoti6 il la fondoit. Jj^ ^
Mégare (lo) aussi fut détruite; on vendit lés Mégariens pauvres à un encan public; les riches furent inscrits parmi les Syracusains , et se mêlèrent avec eux, comme sujets de Gé/on {i i). Les Eubéens de Sicile éprouvèrent le même ^ort (12): les riches également vinrent peupler Syracuse, et les pauvres furent vendus , mais hors de l'île , comme on Tavoit fait des Mégariens. Le droit de cité fiit accordé aux populations nouvelles introduites à Syracuse (13): Gélon dut espérer d'y trouver des hommes fidèles et dévoués ; c'est à lui seul qu'ils dévoient d'en être également devenus citoyens.
(8) Ou Hypcria. sur la côte méridionale.
(9) Hérod. vil , S 1 5^. ^oir ci dessus, pag. 9 et 10.
(10) Au fond du golfe de ce nom , sur la côte orientale de rile.
(11) Hérod. VII, S 156.
(11) Hérod. ihiJ, Voir Strab. VI, pag. 272.
(ij) Hérod. VII, J 156.
Ainsi toujours la servitude atténdoit les hommes sans fortune; le titre de citoyen et tous les avantages qui s'y rattachent étoient réservés aux riches : les riches faisoient partie de Tétat ; ifs devenoient ce qu'avoient toujours été , ce que dévoient être encore ces Syracusains qui les avoient vaincus. On peut ÊLcilement concevoir et admettre une pareille décision : mais on se demande pourquoi les pauvres perdoient leur liberté, pourquoi ils cessoient même d'avoir une patrie. On voudroit supposer , au reste , que cette dernière résolution n'étoit pas étrangère à im sentiment, on n'ose dire d'humanité quand on parle d'esclavage , mais qui leur épargnoit des regards de leurs concitoyens dans l'état d'humiliation où ils alloient terminer leur vie. Ce n'est pas là pourtant le motif donné par l'historien à la détermination du prince : if la fonde sur ce qu'il est plus aisé de gouverner beaucoup d'hommes riches que des personnes fatiguées par l'indigence; elles en deviennent plus susceptibles de se laisser égarer et corrompre pour troubler l'ordre public ou servir une ambition criminelle.
On peut aussi ne pas admirer ce que fit Gélon s» con<n,ite enau temps de la guerre de Xerxès contre la Grèce, -"^^^-f
* o combattre les Grecs.
En apprenant que le roi de Perse avoîi passé l'Hellespont , il envoie à Delphes un homme investi de sa plus haute confiance , avec trois
l8 HISTOIRE 0£ LA LÉGISLATION.
vaisseaux à cinq rangs de rames , chargés de riches présens , et portant à ce prince des lettres amicales pour se concilier sa faveur. L'envoyé devoit offrir les présens et remettre les lettres à Xerxès si celui-ci étoit vainqueur, en lui offrant hommage pour ses états ; il devoit rapporter les présens et les lettres à Syracuse si Xencès étoit vaincu ( 1 4)- Du trsité de cé- Lc traité de Gélon avec les Carthaginois est
Ion ftvec leiCanhi- , ^ tt»
ginoi». 1 acte le plus connu de son règne. Un de ses ar-
ticles a été rappelé souvent , et le sera long-temps encore; peu d actions ont obtenu davantage les éloges unanimes de la postérité ( i ; ). Il est juste de dire cependant que d'autres princes avoient déjà mérité une gloire semblable quand Gélon renouvela un si noble exemple. On peut voir ce que nous en avons dit en parlant de la législation de Carthage (i6).
Regrets ctutét vifs regrcts furent excités par sa mort (17).
par Ml mon. Mo- w r t
nuincni qu'on lui Une statue lui fut élevée ; elle le représentoit avec élève. simple tunique et- sans ceinture. C'est que ,
pendant son règne, quelques séditieux ayant conspiré contre lui, il fit assembler les Syracusains, ordonnant qu'ils se rendissent armés sur la place
(14) Hérod. VII, S Kî].
(15) K iV le Recueil de Barbey rac , pag. 90 et 91 .
(16) Tome X , pag. ; 5 et 1 04.
(17) Il mourut r«n 477 avant Tère chrétienne.
LEGISI^ DES SICIUENS. CH. II. 19
publique : se présentant au milieu (feux > dé- * pouillé de ses armes , Me voici , dit-il , sans défense et couvert de ma seule tunique ; je viens me livrer à vous : Fautorité suprême que j'exerçois, je vous la rends tout entière ( 1 8). Des acclamations unanimes lui répondirent ; on le prodama le sauveur de la patrie ; on voulut qu'il conunuât d'en être le roi.
Sa statue fut placée dans le temple de Junon ; une inscription y rapi>eloit Tusage qu'il avoit fait de son pouvoir {«9). Elle fut seule conservée quand on vendit les statues des autres rois (ao), A la mort de Gélon , les Syracusains suivirent tous ses funérailles jusqu'au lieu , assez éloigné de la ville , où l'affection publique lui érigea im monument (21). On vit même arriver d'Afrique , et de la part de ces Carthaginois qu'il avoit vaincus, une couronne d*or du prix de cent talens, envoyée
{18) Éiicn, VI, c. XI; xill , c. xxxvil. Diod. xi, S a^. Polycn , l , c. XXVII.
(19) Diod. XI . S 26. Plut. Timoléon,S 33.
(10) Plut, et Poiyen , ièiJ. Dion Chrysostomc dit cependant, Corinth, pag. 460, qu'on ne vendit pas celle de Denys, parce qu'élle avoit les ornemens de Bacchus, appelé Dtonystus par les Grecs.
(21) Diod. XI I S 38. Les Carthaginois détruisirent dans la suite son tcmbeau. Diod. tèiJ,
par eux , comme un témoignage de reconnoissance, à la femme de Gélon (22).
Hiéron son frire Atteint d'une maladie mortelle, ne pouvant lui wccède. Des remplir les devoirs que la royauté lui im-
premières années de * s ^ J
«on règne; de celles posoit, îI avoit laissé , peu de temps avant sa
qui les suhrirent. , ^ %vt*^ t m a , t
mort, le trône a Hieron, le plus âge de ses trois frères (2]). Gélon ne fàisoit encore qu'obéir au vœu solennellement exprimé par les Syracusains quand ils lui confièrent la royauté. Un décret inspiré par la reconnoissance fit céder un pouvoir dont le peuple avoit eu et pouvoit reprendre l'exercice (24).
' Beaucoup d'éloges sont accordés à Hiéron par Xénophon et par Pindare (25). Dîodore lui est moins favorable (26). Les éloges sont justifiés par la seconde partie du règne d'Hiéron : ta première avoit mérité Panimadversion de Phistoire.
L'affection des Syracusains poiu* Polyzèle son frère , la crainte que celui-ci n'en profitât poiu* se placer sur le trône , portèrent Hiéron à s'environ-
(22) CKod.xi.$ 26.
(23) Piut. Oracles de la Pythie, pag. 403. Diod. XI , S j8.
(24) Voir Fascllus, pg. }o2 , et VHbtoire univ. angl. v V, pag. 211.
(25) Xénophon, dans récrit qui porte le nom de ce roi. Pindare, //' Olympique; elle est dédiée à Hiéron, vainquetir dans les jeux de la Grèce.
(26) Lit. XI, SS 48 et 49.
ner d'une garde , et il la composa de troupes étrangères. Deux villes de la Grande Grèce se combattoient ; une d'elles lui demandoit de la secourir : il mit Polyzèle à la tête des troupes qu'il en-voyoit. Polyzèle s'y refusa, et chercha un asile contre son frère chez un roi JAgrigente. Hiéron le réclama ; le roi JAgrigente ne voulut pas le livrer. La guerre éclata entre les deux princes. Des circonstances particulières firent renoueries liens qui les avôient unis ; Hiérqn rendit à Polyzèle sa patrie et son amitié (27).
J'ai dit que les premières années de son règne ne lui obtinrent pas l'affection du peu pie qu'il gouvemoit. Plusieurs fois même des insurrections le menacèrent; mais le souvenir des bienfaits de Gélon protégeoit encore un frère devenu son successeur. Ce souvenir le ramena lui-même à des sentimens qui avoient rendu cher le nom du monarque sur fe trône duquel il étoit assis : c'est ^lors qu'il mérita sans doute les éloges donnés à- sa vigilance, à sa sagesse, à son hu^uanité (28). Plutarque lui fait dire (29) combien il aimoit à recevoir les observations qu'on lui présentoit , quel prix il mettoit à ce qu'on lui parlât avec franchise. C'est déjà un
(27) Diod. XI, s 48.
(28) Élien, IX, c. 1.
(29) Apophthegm. pag. 175.
grand pas fait par un prince dans Pespérance et le désir de rendre son peuple plus heureux.
Les sciences et les arts trouvèrent aussi dans Hiéron un protecteur fidèle. Elien fiût vivre auprès de lui Simonide et Pindare ( }o). Pausanias parle de victoires olympiques que ce prince remporta (31).
Thm^imie suc- Après uu règne de dix ans , Hiéron laissa la ***** * t^d!*^!»^ couronne à Thrasybufe son frère (32). Thrasy-
Éui>iisMmenc<roiie feule n'est guère connu que par son injustice et ses cruautés ; les exils » les confiscations , les assassinats , se multiplioient chaque jour. Aussi s*environna-t il vainement de troupes étrangères : Tîndîgnation publique le précipita du trône avant même qu*il y eût été assis une année. Les Syracusains ne forent pas les seuls à se soulever : Agrigente, Sélinonte, Himère, Géla, se joignirent à eux pour renverser une aussi effroyable tyrannie. Du lieu où il avoit été réduit à sVnfermer sous la garde d'auxiliaires soudoyés, il se vit obligé de capituler avec ses vainqueurs, obtint de quitter
(30) Élien, IX, c. l. Ko/r cependant ce qu*il en dit, iv» c, XV, et encore, ix , c. xil.
(31) Lh. VI , c xn.
(3a) VoirAmtoxc, v. c. x,pag. 40;. Diodore dit,xi,S (|u*à Catane des honneurs héroïques furent décernés à Hiéron ; il ctoit le fondateur de cette ville.
* la Sicile , et se réfugia dans la Grande Grèce , à Locres, où il alla traîner dans l'obscurité les restes tfiuie vie marquée en si peu de temps par tant de crimes (53). Une statue élevée à Jupiter libérateur devint le témoignage de l'obligation où Tlirasybide s'étoit trouvé d'abandonner le trône, et du bonheur que ses anciens sujets en avoient ressenti ( 34)«
La royauté fut remplacée par une républi- Règiaéwbiiwtur
t \ ' / t I) • / l'exercice du 4fo'n
que (5 5) : maïs, en réglant comment lautonté dcchée,«rUpriseroit désormais exercée, l'assemblée du peuple ^'^o" n'admit à y participer que les citoyens originaires du pays même ; ceux qui n'avoient été reçus que depuis le règne de Gélon en furent exclus. Gélon en avoit feit inscrire dix mille, dont sept mille restoient encore. Ceux-ci se soulevèrent. Les combats furent vifs et nombreux. La victoire finit par rester aux Syracusains originaires. Les vaincus ne perdirent pas seulement le droit de cité ; on leur fit vendre les propriétés qu'ils possédoient, propriétés ancienneiT^nt confisquées sur ceux que l'on avoit bannis ( j 6 ) .
(3}) Diod. XI , SS 6y et 6S, Arîst. Politiq. V, c. X , pag. 40 j.
(34) Diod. XI . S 7^-
(35) Vers i*gn 4^0 avant l*ère chrétienne. li y avoit eu dixhuit ans environ de royauté.
(36) Diod. XI , SS 7* » 73 # 7^' ^oir aussi ie S 86 , et les notes de Wesseling sur ces différens paragraphes.
Si I» paix sohrit La liberté , reconquise par Syracuse et quelques iTrirr^î dk ^^^'■^^ villes, fit renaître la paix, suivant Dio- ^^«uiui intéricur jQ^e (37), et avec elle l'opulence qu'assure toujours un pays fertile; chaque jour, il se remplissoit d'esclaves , de troupeaux , de toutes les commodités de la vie : mais , outre cela , jouissant de grands revenus, les Syracusains en dépensoient beaucoup moins pour la guerre. L'esclavage est ici placé au nombre des richesses que la paix leur procuroit depuis qu'ils avoient conquis la liberté. L'esclavage domestique un des profits et des avantages de la liberté politique ! Aussi justifièrent-ils mal ce qu'affirme l'historien. Plusieurs guerres se succédèrent depuis l'abolition de la tyrannie jusqu'aux années qui la virent renaître. Considérons-nous l'hitérieur de l'état! on le sait, une lutte perpétuelle, existe dans les démocraties entre les riches qui voudroient obtenir une plus grande portion de l'influence que donne le pouvoir , et l'autre partie du peuple qui , surtout inspirée par quelques cheh turbulens, veut ne rien céder et commander toujours. Au milieu des agitations que produit nécessairement une lutte semblable , on voit souvent reparoître une ambition plus ou moins déguisée d'aspirer à l'autorité
(î7) Li^- xi.S 72.
UauLi Dftft aiciuxNii, ch. n. aj «uprAme « d« Tex^rcor m\l Syracui* réprouva dt nouvc^au.
On cUf» d'abord Tyndaridt» comme en ayant eu na«vhu« ta peniéei déjh un corpi formé tfindigtn» qull soudoyoh étoit dt»)ttiné k devenir «a gardt». Il fut arrêté, )ugé et envoyé h lu mord Lt^H hommen qu*ll avult réuni» essayèrent en vain de ie détendre : arrêté» comme lui. iU subirent le même sort ()H). La répreision >l prompte d*un tel attentat n'em- |)écha pas que d'autre» n'eussent encore fa téméraire pensée de le renouveler \ Itermocrate vint avec les troupes qu'il commnndoit faire une tentative tfmblal)le, Sfs adl^érens et lui revurent la mort I et ceux qui y échappèrent furent l^annis de ta cité. Denys » devenu depuis tyran de vSyrncuse , étoit parmi le» guerriers d'ilermocrate ; on le supposa tué , pour te »oustraii*e aux fureur» du peuple (î9).
Une loi spéciale parut cependant nécessaire.
L\)Htracisme des Athéniens (4o) se trouva transpoité h Syracuse sous le nom de pmlhmf (4 i)* \a différence des dénominations est venue de la dift'érence de tu matière sur lacpielle on écrivoit le
()K) Dlmt. XI. S H^.
(iv) Dliwl. xui.s; 7$,
( \\\) I W> nuirr luint» VII , î I I
UO Uiml/M/. liKb,Kmm.t.lll, «ai.
nom de celui qu'on vouloit proscrire ; c'étoit une coquille à Athènes, une feuille (f olivier à Syracuse. Une durée plus remarquable fut dans la durée de la peine : l'ostracisme étoit prononcé pour dix ans; le pétalisme ne l'étoit que poiu* cinq années {^2).
Tandis qu'on cherchoit à affrancliir la république de la tyrannie , la république elle-même se précipitoit vers une démocratie absolue. Enorgueillis des succès obtenus contre les Athéniens, les Syracusains ne voulurent plus que des exclusions pussent être prononcées pour l'exercice des magistratures : un cens étoit exigé pour y parvenir, pour être éiigible du moins; on décréta qu'il ne seroit plus exigé : le sort remplaça l'élection ou les suffrages ; il devint l'électeur unique et universel (43 )• Le sentiment qui détermina ce changement ne prouvoit pas seulement la victoire qu'un des états de Sicile remportoit sur l'autre : il fkisoit plus; il attestoTt la soumission d'une ville que tant de guerriers illustres avoient accoutumée long-temps à la victoire. Les Syracusains se montrèrent peu dignes d'un si grand succès. Les généraux vaincus (44)
(42) Diod. XII], S 75' l^bbo £mmius, t. III, pag. 221.
(43) ybir Diod. xill> J 34 ; Arist. Politî^, v, c. !V, pag. 390. Ubbo Emmius, t. III, pag. 223 et 224.
(44) Nicias et Démoithène.
ne trouvèrent en eux aucune pitié ; une mort bon* teuse les punit de leur infortune ; et Dioclès , celui même à qui Ton s'adressoit pour avoir des lois (45), ne craignit pas de proposer que leur mort fût précédée par d'infamans supplices (46)-
Mais ce pétiaiisme, établi dans l'espoir de garantir pour toujours la liberté de l'ambition de quelques citoyens , fut loin de subsister aussi long-temps à Syracuse que l'ostracisme à Athènes. Le danger perpétuel d'exciter l'envie et d'être exilé par elle éloigna des premières fonctions les hommes les plus dîgnes de les remplir. Une condition privée, mais paisible, leur sembla mériter la préférence; l'exercice de ces grands devoirs ne se trouva plus confié qu'à des hommes moins éclairés 9 plus audacieux, plus turbulens, donnant à la société , sous tous les rapports , moins de garantie : aussi , toujours complaisans pour la partie la moins recommandable du peuple, l'excitoient-ils aux innovations, à I*envie , à tout ce qui peut ôter à un gouvernement cette considération et cette tranquillité qui sont ses premiers besoins. Des partis se formèrent, s'agitèrent, se poursuivirent , se isubdivisèrent, et une licence presque universelle remplaça les anciennes mœurs. H fallut
(45) Diod. XI, S 87. Voir les deux pages suivantes.
(46) Voir ci-après, pag. 29.
abroger une loi dont les effets étoient devenus si funestes; on l'abrogea (47).
H sembloit que la justice et l'ordre public venoient de triompher ensemble. Syracuse eut en eflfèt des hommes plus dignes du commandement ; mais de là même ressortirent le désir ambitieux de la tyrannie et une espérance plus probable d'y j^rvenir de nouveau. Les précautions législatives prises pour l'éviter ne l'empêchèrent pas de renaître. On flattoit le peuple; on l'armoit contre les riches ; on lui promettoit un sort meilleur. Des succès glorieux obtenus comme magistrat ou comme guerrier venoient s'associer quelquefois chez un citoyen aux témoignages de confiance qu'il recevoit, aux espérances dont il étoit entouré. Peu d'années en effet s'étoient écoulées depuis que le pétalisme avoit cessé d'exister; et déjà Denys l'ancien avoit asservi Syracuse (48).
Ce fut pendant le temps de la république que les Syracusains obtinrent la victoire que nous venons de rappeler, la plus mémorable peut-être qu'ils aient jamais remportée. Ce fut l'époque aussi des lois de Dioclès (49) » lois qui subsistèrent
(47) Diod. XI . J 87. Voir Legrand de Laleu , De VostracUme et du p/talisme . pag. 1 7.
(48) l oir le chapitre suivant.
(49) Diod. XIII. S }5.
LÉGiSL. DES SICILIENS. CH. II. 2g
tant que Syracuse et la Sicile restèrent maîtresses d'elles-mêmes. Une commission avoit été nommée parmi les membres les plus distingués du ^énat; Diodès en fut l'instituteur, l'inspirateur et Porgane (50). Plusieurs modifications importantes durent y être apportées sous la domination romaine : dans l'intervalle même d'ime époque à l'autre, quelques-unes de ces lois avoient été modifiées sur quelques points ; on le verra bientôt (51). Un des caractères les plus remarquables de cette législation fut d'avoir placé , par des dispositions expresses, à côté des peines pour le crime, des récompenses pour la vertu (52). Un monument, un temple, avoit été élevé à Diodès; Denys l'ancien le fit abattre, et fit construire une citadelle sur la place, que ce monumént occupoit (53). Une citadelle, là où reposoient les cendres d'un législateur ! on auroit deviné que c'étoit un tyran qui gouvernoit.
Ce fut encore pendant le temps de la république que se montra Ducétius , à la tête des Sici-
(50) Diod. XIII, S 3J.
(51) K(?/r ci-après, *pag. 57.
(52) Les lois données par Diocics furent adoptées ensuite par d*autres peuples. Diod. xill , S 35*
(53) Diod. ièid. Diociès, suivant lui, se donna la mort. D'autres le font mourir loin de Syracuse , dont ils supposent 'qu on i'avoît banni. Voir Caruso, pag. 1 96.
liens > anciens habitans de Catane , contre ceux qui les en avoient chassés , et s'étoient emparés tout-àla-fois de leurs possessions et de leur demeure (54)* La victoire favorisa les premiers ; ils reconquirent leurs biens et leur patrie. Ducétius essaya même de fonder des établissemens nouveaux. 11 voulut toutà-Ia-fois et se rendre maître du gouvernement dans la ville qu'il venoit de soumettre à ses armes , et étendre plus loin par ces fondations nouvelles sa domination et sa puissance (5 j). Les Syracusains s'armèrent contre lui. Accusé de trahison, un général qu'ils avoient choisi, Bolcon, fut destitué, jugé, condanmé à mort (56). Le chef qu'on envoya pour le remplacer obtint la victoire. Abandonné par ses soldats mêmes , effrayé de leurs menaces , Ducétius prend la fuite, et cest dans Syracuse même qu'il vient chercher un asile. 11 y arrive pendant la nuit ; le jour ne se montroit pas encore que Ducétius étoit au pied des autels , dans la place publique : là, il se déclare suppliant, et se rend avec tout le pays dont il étoit devenu le maître. Les Syracusains s'assemblent ; quelquesuns demandent qu'on le traite en ennemi : mais
(;4) Dfod. XI, S 76' yotr aussi les paragraphes suhrans. Il rappelle roi des Sicules, $ 78.
(;;) Dfod.xi.SS 78. 88. 90 et 91.
(56) Diod. XI, S 91.
L^GISL. i>£S SICILIENS. CH. II. 31
les plus respectés des sénateurs ne veulent plus voir en lui qu'un suppliant ; ils font craindre les retours de la fortuné > et Némésis, ou la vengeance céleste : faire mourir un homme sans défense î révérons en lui les dieux qu'il invoque. Un cri unanime sort de l'assemblée et prononce la grâce de Ducétius. II est envoyé à Corinthe, ville fondatrice de Syracuse , pour y passer le reste de ses jours ; mais un fonds nécessaire à sa subsistance lui est assuré par un décret public (57). Méconnoissant un tel bienfait et trahissant toutes ses promesses , Ducétius quitta bientôt Corinthe, supposant qu'un oracle l'appeloit à la recherche d'un beau rivage (58) que les dieux lui accordoient en Sicile. Les Agrigentins s'étoient irrités de voir Syracuse sauver ainsi sans leur consentement la vie d'un ennemi commun. Une guerre en naquit , et fut soutenue en sens contraire par les diverses cités : les Syracusains remportèrent la victoire ; Agrigente se vit obligée de demander la paix, qui lui fut accordée (59). Une pacification générale sembla même avoir alors favorisé également la Grèce et la Sicile. Deux traités avoient été fiiits
(57) EWod. XI, SS 9' et 92.
(58) Voir la note de Wesselmg, pag. 482.
(59) Diod. XII , S 8. Quatre cent quarante-cinq ans avant l'ère chrétienne.
32 HISTOIRE DE LA LiCISLATION.
entre les Perses et les Grecs ; une trêve de trente années venoît d'être conclue entre Athènes et Lacédémone ; le traité de Carthage avec Gélon conservoît toute sa force; tous les petits états de Sicile avoient comme cédé ia suprématie à Syracuse victorieuse (60). On aime à rappeler des épocpies de paix, si rares dans l'histoire du monde.
{60) Dfod. XII , $ 16.