‹ Histoire de la législation (volume 2)Chapitre 11 sur 53 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Administration de la Justice. Lois civiles et criminelles.

^fous avons parlé, dans les chapitres précé- Nouvelle réviiion dens ( I ) , des lois données par Dioçlès , lois qui eurent plus tard des développemens ou des modifications devenus nécessaires. Soixante -et -dix ans toutefois s'écoulèrent à peine entre le travail du législateiu" et la révision que les Syracusains demandèrent ^ révision qui n'empêcha pas qu'on ne fût obligé, soixante-et-treize ans après, d'en redemander une nouvelle. Diodore l'attribue à la nécessité d'expliquer les mots dont s'étoit servi Dioclès , mots que les changemens survenus dans le langage rendoient quelquefois difficiles à comprendre (2). Mais il n'y avoit pas un siècle et demi d'intervalle entre les ordonnances du législateur primitif et les explications données la seconde fois; et, vers le milieu à peu près de

(1) Voir ci-dessus, pag. 28, 29, 57.

(2) Diod. xni, S J5.

cet espace de temps, un premier réformateur s'étoit présenté. Solon , Lycurgue plus ancien de quelques sièclj?$ encore, n'auroient pas rendu de telles interprétations nécessaires, pas plus que les hommes qui donnèrent des lors à cette Grande Grèce , formée aussi de colonies helléniques. Ne pourroit-on y ajouter, du moins comme un motif qui n'est pas sans force, que les pays où le gouvernement flotte sans cesse entre le pouvoir d'un tyran et les agitations d*une démocratie impatiente et mobile ne sont pas ceux dans lesquels on doit espérer l'impartialité des lois et leur stabilité ! Des iribun«uK. Un des premiers travaux auxquels le législateur t?oV*7ug«'^nnéi ^^^^^ dû se livrer étoit sans doute l'organisation par vmès. tril)unaux et l'administration de la justice. Le

temps ne nous en a conservé que de foibles nolions, et encore est-ce i l'époque de la domination romaine qu'elles appartiennent presque toujours.

Tout ce que nous en savons jusqu'alors, c'est que Timoléon avoit fait élever à Syracuse des édifices destinés à l'exercice de cette noble administration (}).

Si l'on jugeoit par Verrès des tribunaux ordinaires , si l'on pouvoit croire que les membres qui

(}) Plut. Hmol. S 31. Quatrième Verrhe , SS 3, 34 et 53. Ko/r ci-dessus, pag. 58 et ptg. (o, un grand exemple donné par lui de lobéissance à la loi.

LÉGISL. DES SICILIENS. CH. iX. 127

les composoient se permettoient de trahir' leurs devoirs comme le fàisoit le premier magistrat de (a province , il fkucfroit croire à des prévarications de la part des hommes que leurs fbnctk>ns mêmes ^ppeloient à surveiller les actions des citoyais, k préverar et h punir leurs fautes. Mais Cicéron est loin d'étendre jusqu'à eux le soupçon même d'ac^ fions semblables à celles du préteur de SicMe. Parmi les exemples que ce grand orateur en avoii recudilis , |e me borne à citer celui de Dion rfHar lèse. Une succession considérable lui étoit échue. Vêrrèi le fait venir : il prétend que Vénus Érydne a droit à cette succession ; il déclare s'en établir juge : Dion est obligé de jpayer un million de sesterces pour gs^er une cause imperdable, et de donner de plus un haras de très^-beaux chevaux , et tous les meubles ainsi que toute la vaisselle du testateur (4-)«

Cicéron se plaint, dans un autre discours (5) , de ce que Verrès donnoit des juges au hasard , tandis que, d'après les anciennes lois confirmées par la volonté expresse du sénat et du peuple de Rome, les Siciliens ne pouvoient être forcés de plaider que devant leurs propres juges.

(4) Première Verrine, $ 10.

(5) Troisième Verrine, S 15-

Des préteurs. Les préteurs étoient les chefe de Fadministra-

ilts et devoirs ces magistrats.

Droits et devoirs de justîce comme Us le furent de Tadminis-

tration militaire du pays. Pour la première de ces fonctions 9 des assesseurs pris entre les jurisconsultes partageoient leurs travaux y les préparoient et concouroient avec eux aux jugemens et à Pexécution des lois (6). Dans les af&ires criminelles en particulier , c'est à eux que cfevoit être confié le soin de tout ce qui pouvoit mener à la manifestation de la vérité et à la (Couverte du crime.

Serment deman- Le sermeut étoit souvent invoqué dans les dé-

dé. Punition des

parjures. ^^ts judiciaires. On prenoit les dieux à témoin

de ce qu'on affirmoit. Proserpine fut une des divinités le plus souvent attestées (7). îjes dieux Palices ne le furent pas moins ; c'étoient même les dieuxquiyprésidoient le plus ordinairement (8). Falloit-il connoître la vérité sur une action civile, fkiloit-il obtenir l'aveu d'un délit ou d'un crime que l'accusé nioit , les deux parties se rendoient

(6) Voir la quatrième Verrîne, S 54, et Aï cinquième, S 1 5.

(7) Plut. Dlon^ S 70. FazcH. IV, c. I, pag. 107. Ko/rd-ftprès. pag. i7j,ct 174.

(8) Voir, sur ces dieux, Diod. XI , $$ 88 et 89 , et les ootes deWesseling, ainsi que Macrobe, Satum, v, c XlX; Strab. VI , pag. 275 ; Hésychius , au mot Xlaxtui\ Servhu , sur VEnéidi ,

595 ; Cluvier, Sicile ancienne , il, c xi» pag. 339.

au lieu destiné à cette auguste intervention. La punition qui suivoit de près 4e parjure, la persuasion dans laquelle pn étoit de la sévérité de ces dieux, firent ; suivant Diodore , que dans les causes où une des parties se plaignoit d'être accablée par la puissance de l'autre , la décision étoit prononcée par le fait de la prestation d'un serment demandé.. punition divine attendoit le parr *|ure, et cette punition étoi(^ mort (9). S'agis- 5oit*il d'intérêts pécuniaires , le demandeur avoît droit d'exiger du défendeur une caution pour le paiement de ce qui étoit .en litige , si l'événement je cpndamnoit (10).

Les diffèrens états dont se composoit la Sicile n avoient pas toujours eu les mêmes lois. C'est d'après ces lois , celles qui étoient particulières à leur patrie , que les citoyens dévoient être jugés. Un d'eux plaidoit-il contre un autre qui n'appartînt pas à la même cité , le préteur tiroit des juges au sort; je parle ici du temps de la domination romaine, et de ce qui fut réglé de concert avec les Siciliens par les députés envoyés à cet effet des bords du Tibre (ii)^ Le droit établi renfermoit encore les dispositions suivantes: Si

(9) Diod. XI , S 89. Fazeil. m , c. 11 , pag. 77.

(10) Macrobe, ibid,

(11) Seconde Verrine , S ij. Voir le S 15.

un particulier (kit des demandes contre un peuple^ o^ un peuple contre un particulier, on choisira , pour les juger, le sénat d'une ville tierce , quand les sénats des deux parties seront récusés. Si un citoyen romain poursuit un Sicilien, on donnera un juge sicilien; et un juge romain, si c'est un Sicilien qui poursuit un citoyen romain. La violation de ces lois est une des accusations présentées par Cicéron centre Verrès ; il lui reproche d'avohr anéanti d'un seul coup tous les jugemens de contestations dive^^s réglées par la loi d'Hiéron Quelques lumières aussi, mais trop

foibles, sont données dans ses discours sur la récusation des fuges, leur rénovation et sur les tribunaux secrets formés tout-li-coup par le préteur (13).

Dans les siècles qui précèdent la domination des Romains sur la Sicile, la législation avoit dû peser sur la propriété, sur la famille , sur les relations domestiques, sur l'exercice des droits civils, et même appesantir les règles générales dont ont besoin toutes les associations politiques. Les fragmens qui nous en restent sont de peu d*étendue. La propriété n'avoit pas toujours ces garanties et

{ 1 2) Seconde Verrine, S 1 3 . Voir aiud les paragraphes sofvam. {13) Première Verrine, S 7; cm^ièm Verrint, S 1 1 .

cette stabilité que des gouvememens sages et tranquilles fui donnent. Le droit de cité fut accordé quelquefois ou restitué par les maîtres de la Sicile (i4)« Des partages de terres furent souvent proposés; une proposition semblable ne pouvoit échapper à ces ambitieux du pouvoir, qui cherchent à flatter le peuple ou à ie satis&ire pour être plus certains de trouver dans sa reconnoissance ou dans son affection un moyen assuré de le conquérir. Hippon soideva contre fui les nobles et les riches en le proposant , et Dion cependant ne craignit pas de favoriser tant de turbulence et d'injustice ( i j). Timoléon fit distribuer des terres aux nouveaux habitans de Syracuse dépeuplée ; mais une guerre longue et terrible avoit rendu ces propriétés vacantes , en ôtant à cette ville un grand nombre de ses citoyens {i6). Une maison et un champ fiirent donnés à Timoléon; mais ce fut im don offert par la gratitude pubfique et au nom de la patrie (17),

Pes registres où étoient inscrits les noms de tous oe^ lettres puies habitans et de toutes les familles se gardoient *******

(14) Voir ci-dessus, pag. 114 et Hérod. VII, S 53; Caruso , pag. 88 , et VHist, univ, angl. t. V, pag. z 1 2.

(15) Piut. Vie de Dion, S 48.

(16) Cornél. Népos, Timol, S 3.

(17) Plut. Vie de Timoléon ^ S 4<5 ou 47.

assez loin de la vHie dans le temple de Jupiter olympien (j 8).

De l'eKUvage et Les esdavâs étoient nombreux. Les vertus sont

fie l'affranchUte-

ment. Révoltes des moîns fàciles dans la servitude ; iesSicîBens réproueKUves. vèrent souvent. Cette maxime déplorable, que les malheureux qui y sont condamnés sont des choses et non des hommes , en les avilissant, les pl'épare bien moins à TafTection qu'à la haine. Si l'explosion de cette haine se trouve tempérée par la crainte , la crainte peut aussi finir par céder aux ressentimens qu'ins}>irent et renouvellent chaque jour l'injustice et l'oppression. L'espérance de l'ajffranchissement peut en diminuer le poids; jl se présente même avec cet avantage, qu'il doit ou a dû nahre d'une conduite laborieuse, de l'exercice d'un long dévouement , d'une longue suite de vertus, d'un service rendu au maître ou à la patrie. Ainsi l'on voit un grand nombre d'esckves l'obtenir après une bataille suivie de la victoire , après une victoire à laquelle its avoieht concounu Agathode même le fit avant un combat qull devoit livrer : ses troupes étoient insuffisantes; il affranchit tous les esclaves en âge de porter les armes, en embarque sur ses vaisseaux presque plus que d'hommes libres, persuadé

(i 8) Plut. l^/> de Nkias , S i6.

que de cette confusion même naîtra des deux parts une émulation plus active de courage et de succès (19).

Leur nombre même les rendit quelquefois redoutables. Des insurrections naquirent et se propagèrent avec une grande i^pidité d'une viHe à Fautre, La plus étonnante de ces conspirations est celle que Ton. trouve racontée dans les fi^graens qui nous restent de Diodore, çt que de savans hommes ont recueiltrs et conservés. Ce fut même une véritable guerre, et t^ést sôus le nom de guerre servi/e qu'elle en ^connuew Une longue |^ix et des richesses plu* iàdieméhi acquises par les effets de cette paix môineetî*a<> tivité toujours croissance, rfun commeorce-et d'une agriculture dont rien ne troubloit le mouvement et la fertilité depuis plus d'un demi-iièclév voient pas rendu moins pesant pour les ésjclïVes Ip joug qu'onieur impo^oit ; et ceperedant cette bptt+ lence en avoit accru le, liombire , sans attgmctt* ter, en «fimînuant au conttoiïe , le foïbid*sectfur< qu'on leur donooit pour * leurs premiers' besi^ths^ la nourriture et le vêtement. Un 5yrfen appâ*^ tenant k un citoyen d'Enna devint leur chef;

.,. ,' , „",].,,, . , 1 ; ; . il ■ ■ ' — 1 . I ) i — .

^19) Jurti», xxll , S 4. On voit qn aunrc exemple tl*afïranchfssemient ci'^scla^s ^rès une bataille , dans Tite-Livè , xxi v,

bientôt il fiit déclaré roi par ses complices. Huk miile Siciliens sous les ordres d'un général romain attaquèrent les révoltés; ceux-ci, beaucoup plus nombreux, remportèrent la victoire. Un nouveau général , de nouvelles troupes, furent envoyés et finirent par les vaincre; mais ils préférèrent dans le malheur et la défaite, ils préférèrent de mourir de faim , de se tuer eux-mêmes , de s'égorger les uns les autres , à s'exposer aux aflreux supplices qu'ils pouvoient redouter (20). Dequdqnet au. Qudnd Gélou Vint gouvemer Syracuse, les

cret lois, actes ou . • # • • r / t #

anaens propnétaues en avoient été chassés par

tiesescUvcs. {eufs escIaves qui s'étoient emparés de leurs biens

Marins, dans son expédition contre les Cimbres, ayant 6ût* demander à Nicomède, roi de Bithynie, des troupes, auxiliaires, Nicomède répondit que la.4>Iupartide ses sujets avoient été enlevés par les fermiers romains des contributions , pour être v^dus comme esclaves. Cette réponse , parvenue aujiénat , fit défendre par un décret de prononcer la servitude d'aucun homme né libre dans toute l'étendue des provinces alliées de Rome.

(20) Voir Florus, III, S 20 ; Diod. L II, p. 529, 59B et 599.

(2 1 ) Voir ci-dcssiu, chap. IJ , pag. 1 5 . HérodoU , vil , S 155, désigne ces esclayes par Ciiiicjrieitf. Voir la Dote de Lafcher sur ce passage. Voir aussi les pag. 70 et 7 1 d-dessus, chap. IV.

En vertu de ce décret, le préteur qui avoît alors la SicHe, Lîcinius Nerva, chargea un tribunal d'examiner les plaintes qu'on pourroit présenter : dans peu de jours, plus de huit cents esclaves retrouvèrent feur ancien état et toute leur liberté (22'.

Les captifs étoîent ordinairement réduits à la servitude (23). Gélon distribua aux différens corps de son armée les prisonniers que lui avoit donnés ia victoire (24). Us commençoient leur infortune par suivre, la tête rasée , ie ch^ar du vainqueur couronné de laurier (25).

Tous les esclaves furent marqués avec un fer à Syracuse, en vertu d'une loi (26).

Nous finirons ce que nous avons à dire sur ce triste sujet , en rappelant que Denys osa condamner à l'esclavage le grand homme qu'il avoit luimême fait venir d'Athènes , dont il reçut si mal les utiles et courageuses leçons ; et fiiut-il ajouter que cet esclavage n'étoit qu'une initigation de la peine î car c'est la mort qu'il avoit d'abord voulu prononcer (27).

(2 2) Diodore , ÈcL t, II , pag. 531.

(23) Voir ci-après , pag. 1 67.

(24) Diod.xi, S a;.

{25) Fb/r Fazelius»pag. 107.

{26) Fazelius, ihid,

(27) Cornél. Népos, Dion, % 2. Drod. xv, S 7. Diog. Lacrcc , Platon, S 14. MoQUgne , lll , c. VII. Voir ci-dessus , pag. 38.

Polygamie. Ma- La polygamre étoît admise. Denys épousa même agea incestueux. ^^^^ femmes daiis le mémc jour, une Syracusaine et une Locrienne (28). [On avoit refusé de lui donner en mariage une femme de Rhegium (29).] Denys le jeune étoit fils de la seconde (30). Ce prince épousa une de ses sœurs, sœur de mère setdement; une autre sœur épousa aussi son frère paternel (31). Le même prince remarie à son gré une femme de Dion transporté par ses ordres à Corinthe, et en fait élever ie fils de manière à le laisser s'abandonner aux plus honteuses passions (32). La tyrannie n'est pas plus accoutumée à respecter les mœurs que les lois.

De la dot. Llle de Corcyre, dont Agathode s'étoit emparé, fut donnée par lui en dot à une de ses filles, épousant Pyrrhus roi tfÉpire (3}). Une dot étoit toujours donnée dans les mariages ordinaires ; le philosophe Empédode consacra sou-

(18) Plut. Dion, S Ckéron, TuscmL v, S 21. ÉHcn, xin. c. 10. Diod.xiv, S «4.

(29) Nous avons dit de qaelie affreuse manicre il s'en vengea. ^^<7/îr ci-dessus, pag. io6.

(30) Pluurque , Vie de Dion , S }•

(31) Plut. i^/V/. S 8.

(3 2) Cornél. Népos , Dion , S 3. PJuL Dion , % 64. Élien , xil , c. 47. Dion Chrysostome, Disc. un.

(3j) Pluterque, île de Pyrrhus, S 18.

vent k favoriser de pareilles unions les grands biens qu'il possédoit (34).

Ces détails, les seuls qui puîssènt se rapporter à la législation civile des Siciliens, sont bien foibles; ceux qui concernent la législation criminelle sont plus nombreux.

Parlons d'abord des délits et des crimes; nous Dccrimeicon-

^ tre le gouvernement

parlerons ensuite des moyens employés pour les étabu. découvrir et les poursuivre ; nous parlerons enfin des diverses peines qui leur furent appliquées et de tout ce qui peut suivre, éloigner ou modifier leur application.

Les séditions et les conspirations ne furent pas les moins fréquens parmi les crimes politiques. La nature du gouvernement le diroit assez sans que nous eussions l)esoin d'en être instruits par l'histoire. Quand un gouvernement populaire étoit substitué k une monarchie, les ambitions personnelles s'agitoient; on dut les craindre et les poursuivre mérrle dès qu'on les voyoit naître, sans attendre qu'elles eussent acquis trop de puissance. La liberté est aussi ombrageuse que la tyrannie Ceux qui désiroient et espéroient de monter au pouvoir conspiroient envers l'autorité qu'exerçoient les assemblées du peuple ou ses

(34) Diog. Laërce, Empéd, % \ \.

magistrats ; les amis de la liberté contre Texercice du despotisme et tous les maux dont il est si fé* cond : c'étoit toujours la domination qui fkisoit combattre le désir de la posséder ou la crainte de la subir (3;).

Lef tynnf se ren- Lorsoue des tvrans ffouvcmoient, ils n'étoient

«I»nt MX - nrêmcs * / o

jii«ndcf déiiupo- que trop souvent accusateurs et juges. Leurs terliiiques. revLTs en&ntoient des crimes, et eux-mêmes se

chargeoient de les punir. Les guerriers ne dévoient pas être les moins redoutés : on en trouve plusieurs condamnés à mort pour trahison. L'accusation ne manquoit pas toujours de vérité ; la condamnation manquoit presque toujours de justice. La décision du maître suppléoit aux preuves ou les supposoit. Les tyrans eux-9iémes furent quelquefois tués ou bannis. L'insurrection aussi oublia quelquefois ces sentimens de justice et d'humanité qu'oublie si souvent le despotisme Quelquefois même, .par* un de ces actes dont on enveloppe l'injustice sous le nom fallacieux de raison d'état, on proscrivit la famille entière du monarque détrôné ; on la condamna même à perdre la vie ()6 )•

(3O ^0'^ que nous avons dit dans les chapitres précédens , dans le second et ie troisième chapitre surtout.

(36) En voir des exemples dans Piutorque, TtmoL SS 43 et 44, et dansTite-Live, xxiv, S 2$, Dans le passage de The- Live, c*est le peuple qui {ordonne, d*après une motion qui lui est présentée.

Sous une autre forme de gouvernement » on accumiunis dom poursuivoit des guerners vaincus comme des cou- ^^n^i^cut. pables. On les entend dénoncer à l'assemblée du peuple comme ayant trahi leur patrie , accusation qu'une ambition rivale inspiroit aussi souvent peut-être que k vérité. Denys Pancien avoit ainsi cherché à éloigner des généraux en possession cFune autorité militaire qu'il leur envioit et qu*il vouloit seul exercer ( }7). Plus andennement, un des suniraux de Syracuse ayant été CTtvoyé contre des Tyrrbéniens qui infestoient la mer, et étant revenu sans avoir satisfit aux intérêts ^nt on lui avoit confié la défense , fut accusé d'avoir reçu de l'argent de ceux qu'il avoit dû combattre 9 poursuivi comme trattre et condamné au bannissement (38*. Deux ans après, Bokoa, accusé de s'être entendu secrè'» . tement avec Docétiiis , contre lequel les Syracusains Tavofent envoyé, fitt condamné à mort comme coiqiable aussi de trahison (39)* Quant à Dncéthts, souinss dms h mite à une accusation semMabfe, nous avons dit comment 3 sauva ta vie menacée (4o)« Une ûmrbene politique ayant

(57) DW.xin,5 94*

(39) Diod. V0tr€à ànmtt ftp fo,

(40; yiftr^ âemu , f»p 30 d 3>^c< d^apw^faj^ i^t.

l40 HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.

été ourdie et exécutée contre Dion /qui venoîtde reconquérir ia liberté , on obtint des preuves du crime, et la mort du coupable fut prononcée (4 • )• Plutarque raconte dans le paragraphe suivant la mort qui fut donnée à un ami de Denys , Philiste ; après avoir coupé sa téte , on livra son corps à de jeunes enfans qui dévoient le traîner dans la ville et le jeter ensuite dans les carrières, souièvemen». L*ej; longues guerres avec lel Carthaginois ,

Conjurations. » ■

celles quon eut ensuite à supporter contre les Romains , ne furent pas sans quelques exemples de trahison envers la patrie ou d'attentats envers ceux qui la gouvernoient (^i).

Les crimes envers Tétat se retrouvent sous toutes les formes de gouvernement. Il en est qm reçoivent des institutions civiles un caractère parti* culier : tels sont , par exemple , les souièvemens et les conjurations des esclaves dans les pays qui ont le malheur de connottre la servitude. Nous avons dit dans les premières pages de ce chapitre même (43) quelle étoit à cet égard la législation ordinaire des Siciliens , quelles étoient leurs coutumes mo raies et domestiques, quels troubles naquirent plusieurs fois et se prolongèrent, quels en furent

(41) Plut. AV»«, SS 45ct 46.

(41) Ko/rTitc-LWc, xxiv, SS 5, 7, ^r, 14 ; xxv, S a (43) yoir ckicssus , pag. i 29 shsw.

LÉGISL. DES SICILIENS. CH. IX. l4l

même fes résultats après tant d'oppressions, de haines et de combats.

Parmi les crimes contre la propriété , ou pu- C""»"

propriété.

bliqueou privée^ nous lisons dans les Verrines de Cîcéron et dans son Traité des Devoirs, quelques faits qui s'y rapportent. Un chevsdier romain, Cassius , vouloit acheter ime maison de plaisance à Syracuse ; un banquier de cette ville lui vend la sienne et le trompe de la manière la plus frauduleuse. Cicéron en fait Fentîr tout le crime dans le second de ces deux ouvrages (44) > et il rappelle à ce sujet les véritables principes de la morafe et de la raison. Dans le premier (4î) , il montre Verrès voulant dépouiller Sthénius , l'un des citoyens les plus distingués de Thermes, de ses tableaux, de ses statues, de beaucoup d'autres richess^es , le faisant accuser d'avoir falsifié des registres publics, délit dont on supposoit l'existence. La confiscation devoit accompagner le supplice corporel qu'on infïigeroit à Sthénius ; if s'y déroba par la fiiite. Point de preuves , pas de témoins : Verrès ne l'en déclare pas moins convaincu d'avoir commis le crime; il donne Pordre de vendre ses biens; il annonce ensuite publiquement du haut

(44) Liv. m , s > 4* ^oir Fazeilus , pag. i o6 et 1 07.

(45) Seconde Verrine , S S }4 et suip.

l42 HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.

de son tribunal , que , si Pon veut accuser Sthénius, absent, d'un crime capital, il recevra la dénonciation.

D« qodqMia». E)es pcincs avoient été portées contre la piraterie (4<î).Un des rois de Syracuse, Agathocle, s*étoit pourtant livré d'abord à cet infime métier (47)-

Nous retrouverons ce qui concerne les crimes contre la religion et contre les mœurs , dans les chapitres qui ont spécialement pour objet de faire connaître les lois et les institutions morales et religieuses des difFérens peuples de Sicile.

Suppiicet ordi- Tous les genres de supplices furent connus et iret.Pemete»pi- jj^^jg^^ . la croix, la Hache, le feu, la lapidation, être précipité d'une tour ou d'un rocher, être jeté à b mer. Je ne dis rien de ce taureau de Phalaris, un des plus abominables, et dans lequel moururent et l'inventeur du tourment et le prince qui l'avoit adopté; le crime expia sur lui-même la punition du crime (48).

(46) Cinquième Vtrrine, % i6, Agathode en avoit été accusé. Justin, XXII, S «.

(4?) ci-dessus , chi^. iv, pag. 64 ; Justin , xxil , S 1 * et Dtodore . xix , S 4-

(48) Voir ci-dessus , pag. 75 et 76. VoirM,fisû , pag. 6^ et sut». d*autres supplices infligés par Agatliode.

Le supplice de ia crohc paroit avoir été plus particulièrement réservé pour les esclaves (49)* Cicéron s*indigne que Verrès eût fait expirer ainsi , devant ime foule de spectatews , un citoyen romain (50).

Le supplice de la hache est pareillement indiqué par Cicéron { j 1 )• Diodore parle (52) d'un général vaincu , d'un malheureux Rhégien , Phyton , que Denys le tyran fit noyer avec toute sa famille, après l'avoir fait fouetter publiquement et livré à toute sorte d'outrages. Denys le jeune , d'abord si puissant, vit, quand il eut cessé de l'être, ses fiHes égorgées après avoir été dépouillées de leurs vêtemens et déshonorées, plusieurs de ses f3s brûlés . vifs , les autres coupés par morceaux et jetés dans la mer {5 3).

(49) En voir des exemples , cinquième Verrine, S 6* Voir aussi Florus, m , S 10. Denys fit crucifier son barbier. Voir Piutarque , De garrulitate , t. II , pag. 509, et cî-dessus , pag. 40.

(50) Quatrième Verrine, $ 10. On le condamna comme espion des esclaves révoltés. Voir ci-dessus, pag. 12^ et suiv.

(51) Cinquième Verrine , SS 49 et 50.

{52) Liv. XIV, S 1 1 1* Le fils avoit péri le premier. Quand Denys Tannonça à Phyton , celui-ci répondit seulement : Il a été d*un four plus heureux que son père. Voir aussi Montagne , I , c. 1.

(53) Élien , VI , c. xil. Diodore parle aussi , ihr. xxxiv, p. 528 du t. n , d'une femme précipitée d'une tour ou d'un rocher ;

l44 HISTOIRE DE LA LEGISLATION.

La lapidation fut prononcée contre Nicias, suivant Plutarque (5 4)- Thucydide lui fait aussi donner la mort , mais sans indiquer ce genre de supplice ( 5 > ). Justin borne à un emprisonnement la peine que subit le général athénien ( 5 6 ). Diodès avoit proposé de battre Nicias de verges avant de le tuer y ainsi que Démosthène , qui avoit partagé avec Nicias le commandement de i armée.

De plusieurs su- Cicéron, dans sa cinquième Verrine (57), donne

très peines. , . * t jv •

plusieurs exemples de condamnation aux verges; il place même , comme nous Pavons dit , parmi les crimes qu'il reproche au préteur de Sicile , tf avoir fait infliger ce châtiment à des citoyens romains.

Le supplice connu sous le nom des carrières dut surtout à Denys l'ancien sa malheureuse renommée. De mauvais vers lus par ce prince à un poète, Philoxène, qu'il avoit à sa table, n'ayant pas eu son suffrage, le tyran l'y fit envoyer. 'On obtint que la liberté lui fÙt rendue. Denys l'inviu encore à venir entendre ses vers. Philoxène vint ; mais, conservant la même opinion , il fit, qtiand on

mais c'est id une vengeaDce pardcuiièrc, et noo un suppKce prononcé.

(54) Vie de Nicias , % 51.

Liv. vil.S 86.

(56) DeJtcon captiviiatis doAm auMit, dlt-U . IV, S y*

($7) entr autres, les $$ 61 et 63.

itn demanda ce gall pensoh de la ncmyene lecture^ cette r^x>iise si comme qa'on n'a pas bescHn de ia Ta|^>eler (58). Des captif furent qiidqaefois emojés aux carrièies, même des généraux vaincus (59). Cicéron encore accuse Verrès d'y avoir envoyé des citoyens romains {60). II nous donne d'ailleurs, dans un de ses discours, la description fidèle de cette épouvantable prison. Des milliers de vîctHnes y furent entassées, et l'on désespéroît si fort d'en sortir qu'on prenoit le parti de s'y marier, dit Sainte-Croix dans le mémoire que nous avons déjà cité (61).

Les travaux publics ne furent pas seulement une obligation imposée à des prisonniei's de guerre; ils furent quelquefois le résultat on l'efièt d'une condamnation (62). I^autres fois on vendit ces prisonniers comme esclaves 3),

L'exil , le bannissement , la relégation hors de

(y8) Voir Diod. XV, S 6, Athénée, XV, S i^, i'y fait envoyer pour avoir séduit ia maîtresse du tyran. On peut voir aussi Piuurque , P^. d'Alex, pag. } 34 , et Polyen , V, $ 46.

(59) Thucyd. VII, S 86. ^oir aussi le $ 87; Diod. m, SS 27, a8 et 33 ; et Plut Nkias, SS 51 et 52.

{60) Première Verrine, S 5 ; cinquième, SS 49, |o et 55,

(6%) Mémoires de l'Académie, l. XL VIII, pag. 131.

(62) Cinquième Verrine, S 27. Voir aussi Strab.VI, pag. 276, «tiiien, XII, c. XLiv.

(63) Voir dràessxis, pag. 1 3 2 , et ci-après , pag. 1 67 et 1 68. I I. 10

la SîcHe, furent souvent prononcés. Des jalousies ou des haines politiques y contribuèrent plus souvent encore, peut-être, que des condamnatiDns fudiciaires* Nous avons rapporté plus d'un témoî* gnage de ces luttes de partis et des maux qui suivirent les avantages obtenus par la fibction victorieuse. Le pétdisme (64) résnlu même bien moihs d'un crime commis que d'une rivalité d'ambition, se déguisant sous la crainte d'une agression envers la liberté publique.

On ne se bornoit pas à bannir les vaincus : on s'emparoit de leurs biens , et on les distribuoit à ceux qui avoient triomphé, à d'autres encore auxquels on oflfroit une nouvelle patrie. Quelquefois aussi de hautes ambitions voulant se fortifier par l'intervention de ces hommes mêmes qu'avoient exilés ceux dans lesquels ils n'étoientpas sûrs de trouver un suffisant appui , dont ils redoutoient au contraire l'opposition et la nombreuse influence, s'agitèrent pour faire revenir des proscrits qui ne pouvoient manquer de s'unir à eux puisqu'ils leur devroient une réintégration si désirable, comme propriétaires et comme citoyens (65).

(64) Vair ci-dessus, pag. 2 y etsuiy.

(65) Les quatre premiers chapitres de ce volume offi-ent plusieurs exemptes de faits semblables et de leurs résultats. Ki/r d-après , pag. i é8 , et aussi Diodore de Sicile , xi , S 7^ ; XIJI , S <)6i XVI, SS 80 et suh.

Hermoorate (66 ) , qui aroit élé baimi , ayant recueilli les ossemens des Syracusams morts dans un combat, et les ayant ramenés dans cette vitfe avec une pompe funèbre et de grands honneurs , n'osa cependant y entrer; il s'arrêta sur un mont voisin, forcé de se soumettre aux lois qui déft»ndoient aux bannis de reparoitre dans leur patrie (67) • Diodès fut exilé pour s'être opposé à ce qu'on ensevelit les morts ainsi apportés (68). Agathocle i'avoit été de Syracuse, avant qu'il en devînt le tyran; ses intrigues et son auchce menaçoient défà la liberté \6^).

Les amendes ^rem une peine assez fréquente. Det amendet et La délation et l'espionnage n'avoîent pas <Fautre peine ( 70), Ce ne sont pas les délits que poursuivent avec le plus d'ardeur les gouvememens tyranniques, soit monarchiques, soit populaires. Les amendes fiirent quelquefois appliquées à des étabtissemens rdigieux (71). La confiscation, une confiscation générale même, fut autorisée et pro-

(66) yoir chdessus, pag. 25, et Xénoph.//»/. grec^, 1. 1.*', pag. 43 1 . Il y parle du baoQUaemeBt de pkuiem autres généraux.

(67) I>iod.xni, S 7î.

(68) Diod. iiiiL

(69) Justin, XXII , S I-

(70) Diod. xui , S 92 . et Fazellus , pag. 108.

(71) Seamde Verrmt,% 38.

l48 HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.

noncée par les lois ( 72). Elles soumettoient à une amende celui qui, dans une assemblée publique, tiendroit un discours séditieux {y y), Denys fut condamné pour avoir parlé contre un des généraux , Daphnée , dans une de ces réunions , et Philiste , son ami, la paya pour lui f 74). Daphnée, dont la dénonciation avoit fait ainsi condamner Denys , est bientôt après condamné à mort (75); Desippe, autre de ces généraux, fut banni ( 76 ) . Les amendes à loccasion des débats ou des troubles politiques étoient souvent payées par d'autres que l'accusé ; l'esprit naturel des factions et le lien étroit de ceux qui les forment dévoient produire cet effet. On ne pouvoit reprendre la parole dans les assemblées du peuple qu'après avoir payé l'amende imposée (77).

Rémission de u Quelquefois on fiiîsoit grâce au condamné

peine. Exercice du - , , , '

droit de Aire grâce, de peiiie que le jugement rendu avoit prononcée contre lui. Quand Ducétius se fut mis au pied des autels, on demanda vainement sa mort : les magistrats les plus recommandables pen* sèrent qu'il falloit respecter la protection invoquée

(72) En ▼oir un exemple dans Diod. Exc, t. II, pag. 549.

(73) Diod. XIII, S 91.

(74) Mém. de l'Acad. t. XIII, pag. 5. Diod. Xlil, S 91.

(75) Diod. XIII, S 96. J^(7/r Aristote, Politiq, v, c. V, pag. 393. {j6) Diod. ibid* Caruso , pag. 208.

(77) Diod. XT , S 9^.

des dieux ; et à finstant il s'éleva de l'assemblée entière comme une seule voix qui prononça ia grâce du coupable (78). Héraclée, filIedHiéron II, fut moins heureuse. Ses dieux pénates, auprès desquels elle s'étoit réfugiée dans la chapelle de son palais , ne la sauvèrent pas : on Tarracha des autels; on en arracha ses filles; elles tombèrent toutes sous le fer des meurtriers. Une circonstance vint ajouter à l'horreur que ce crime devoit inspirer : aussitôt après , arrive un message du peuple défendant de leur arracher la vie ( 79) ; les victimes avoient toutes expiré.

Quelques-uns des Athéniens envoyés aux carrières sous le règne de Denys furent sauvés par l'intervention de jeunes amis des sciences et des lettres (80). Une. autre fois, un condamné avoit obtenu la permission d'aller régler quelques affaires ^vant de mourir : un de ses amis lui servoit de caution, dans le cas où le premier ne seroit pas de retour au jour marqué; le retour a lieu, et Denys fait grâce (81). C'est sur un tyran que Tamitié opère ce prodige (82).

(78) Diod. XI, S 9a.

(79) Titc-Livc, XXIV, S i^-

(80) CHod. XIII, S 33.

(81) Diod. Excerpta, t. II, pag. 5^4. Cicéron, des Devoirs, III , S » o. Val. Max. rv, c. vii. Le même sentiment avoit aussi obtenu de Pbalaris un pardon. Voir ci-dessus , pag. 77.

(82) Cétoient deux philosophes, pythagoriciens fun et

IJQ HISTOIRE OË LA LÉGISLATION.

Une autre grâce accordée par lui eut un motif asseE différent. L'accusé l'étoit d'avoir excité une sé^tioa dans un navire. Conduit (fevant Denys, il répondit : Ce trouble est venu de ce que fe chantois seul vos vers, tandis que les autres ne chantoient jamais que les hymnes d'Orphée et de Pindare (83).

Élien fait prononcer trois fois et ré%'oquer trcns fois une condamnation à mort envers un jeune homme que Denys chérissoit : Denys l'embrasse en versant des larmes; il ordonne à ses gardes de ie frapper; il déclare de nouveau qu'il lui pardonne; il renouvelle le commandement de lui oter la vie ; de dusses craintes pour hii-méme l'emportent enfin sur le sentiment qu'il avoit eu d'abord d'être humain et Juste (84)-

Quand Verrès fut gouverneur de Sidie, il accorda quelquefois à des accusés la rémission de ia peine qu'ils auroient encourue si le crime eût été prouvé. Mais cette acxusation , dont il fkK soit ainsi craindre le danger , c^est lui ordintiie* ment qui Favoit inventée; il ia supposoit pour mettre à prix une absolution que lui-même avoit

Tautre, et Deoys n*étoit pas sans quelque estime pour de scm* bUbles travaux.

(8^) KwrOlivier. Hiu.JePhil. t. Il , pag. 198.

(84) Élien , xiii . c. xxxiv. Cicéron, Tusad. V, S ao» riconte de Denys même des faits assez seral)lab!es.

LÉGISl^ DES SICILIENS. CH. IX. I5I

voolu rendre nécessaro par des soupçons ou h dénoïKâatioii d'un attenut ^mtginane dont H ▼endroit ie pardon. C'est ainsi, à en croire Cicéron (8 j),queVerrès accusent d'abord d'assoçiation avec tes pirates les négodans étrangers qui aborcbient en Sicile avec quelques richesses, et que sur sa fn*opre accusation il les envc^oit aux car^ rières; les marchandises qu'3 prenoit pour luimême pouToient seules laisser quelque espéruice au prc^jrîétanre qu'on en dépouiIic»t.

Dans les condamnations prononcées par les JnceoNMmMhu tyrans de Sicfle, la voloitté seule du maître étott d^^l^dnTkT entendue. Il n'en «dstoi t pas nK>ins dans les tribu- *r«nnm. naux, et pour les condamnations orcfinaires, des règle» et des formes établies; mais elles ne furent pas tou|ours re^)ectées, pas plus sous la cfêmoccatie que sous ia tyrannie. Ainsi, dans um accusation portée devant le peufSe , contre des généraux qu'on pnétencbit avoir trahi la patrie , Taccusateur, <pû, au neste, devoit un four devenir son maître, demanda tt obtint qu'on les amenât sur-le-champ , sans avoir aucun égard aux formalités prescrites

(85) Cinquième Verrine, % ^6, Voir aussi le S ^7» li lui proche, SS ^ et 7, d'avoir vendu une grâce accordée, d*avoir reçu de l'argent pour absoudre ; le fait en est indiqué dans les paragraphes qui suivent.

par les lois (86). Dans les agitations intérieures qui précédèrent le (^mmencement de la domination, romaine, les préteurs de Syracuse , avertis d'une trahison méditée par deux de ses citoyens, Andranodore et Thémistius, en instruisent les anciens sénateur ; des gardes sont mis aux portes du sénat, et les deux accusés, au moment ou ils entroient dans la salle, y reçoivent b mort. Quelque tumulte est excité par une exécution si violente. Les magistrats rendent compte alors, avec détsâU de la conjuration formée, de son but, de ses espérances , de ses complices , de ses moyens. En dehors^ quelques ciatheurs séditieuses sortirent d'une multitude attroupée ; mais les corps des conjurés exposés à sa vue ies frappèrent tous d'un tel effroi, qu'ils se soumirent. Bientôt même ils récfci* ment de nouvelles victimes (87). Et aussi, quand on parut vouloir respecter les formalités prescrites, quand on sembla ne hiie qu'obéir à la loi , on vh trop souvent cette obéissance participer à la direction sévère et quelquefois sans équité du gouvernement qui pesa si long- temps sur la nation. Ainsi les tortures étoient connues; on interrogeoit la douleur; il falloit avouer un crime qu'on navoit

(B6) Diod. XIII, S 9t.

(87) Tite-Livc, xxiv, SS 24 et 25,

pas commis, ou consentir à la supporter plusieurs fois, crainte ou foiblesse dont l'effet n'étoit même que de retarder de quelques momens un injuste supplice ( 8 8 ) . Une fois, pour échapper aux tortures, un accusé déclara qu'if avoit pour complices les favoris du roi qui cependant ne Fétoient pas, et on ne les en livra pas moins à la mort (89).

La transmission des peines aux eniàns étoit dans Extension de u Fesprit de la loi et souvent prononcée par elle. ^"*^*ue ^ Les tyrans successifs de Syracuse et des autres pays » de la Sicile avoient, je crois, imprimé à la législation ce malheureux caractère. Agathode ne manqua jamais d'en renouveler l'exemple toutes les fois qu'il eut à punir ce qu'il appeloit un crime. II étendoit même sa vengeance au-delà de tous les liens d'une femille. Croyant avoir à se plaindre d'une ville, il en fait égorger toute la jeunesse; une autre fois, la désobéissance d'un seul citoyen lui feit condamner à mort tous les habitans d'une cité entière ( 90).

(88] Voir des exemptes de cet usage de la question ou des tortures dans Justin , xxil , Si ; dans Éiien , Il , c. iv ; dans Athénée , xill , S 8 , et dans Valère Maxime , m , c. m , S 8.

(89) Tite-Live, xxiv, S 5- On sait <ju'une pythagoricienne menacée par Denys » ayant mordu ie bout de sa langue , le cracha au visage du tyran , de peur que les tortures ne lui fissent dire ce qu'elle devoît uire. Porphyre , Pythag. S \ . v

{90) Diod. XIX, S ». ^^>/> ci-dessus, pag. 65 etsuiv.

Digitize

Droit a'»«ie. Le droit d'a«Ue étoh connu; on n'y recourott Mpecc pour ce g^^^ succès. Arimcber un homme du pied des autels pour k conduire au supplice paroissoi € aux Siciliens être tout à-Ia-fois un outrage k ia religion et à rhuinanité. Nous venons de voir Ducétiiu échapper ainsi aux rigueurs dont l'auroit menacé son crime 9 d'après les dispositions ordinaires de U loi (91). Nous retrouverons plusieurs exemples semblables dans un des chapitres suivans, le chftpicre sur les lob et les institutions religieuses. Le respect pour ce droit se retrouve dans les pro* fessions les plus élevées de la société comme dans celle des esclaves. Quel homme exerça quelque temps plus de pouvoir militaire et politique que Ducédus! Eh bien, nous l'avons vu venir embrasser les autels , dans l'espérance de se soustraire k une mort que sa trahison et sa rébellion sembloient rendre inévitable (92).

(9.) f^tf/rit page 145.

(91) yoir ci-desfus , pag. \ott 51.

L£GlSLATION DES SICILIENS. I55

Page 1