CHAPITRE VIL
I^w concernant VInstruction publique, les Sciences , les Lettres, les Arts , etc.
Aneirnncié de Les Étrusquesoiit exîsté en Italie cinq cents ans r!iuw*r" avant la fondation de Rome. Quels travaux, quels succès dans ces cinq siècles, que de lumières utiles à transmettre 1 Elles devinrent effectivement l'enseignement et le guide de plusieurs autres peupies. Pour les arts en particulier, les Etrusques furent et sont encore regardés comme en ayant été les fondateurs en Italie (i). Les Grecs, dont plusieurs étoient venus y fixer leur demeure, purent y contribuer sans doute : les nations helléniques étoient cependant loin encore de cette splendeur de génie et de gloire , qui leur donna , dans toutes les carrières littéraires ou politiques , une supré> matie qui obtient encore tous les hommages de la postérité (2).
(1) Tiraboschi, t. I, pag. 6 et suit/» ; CAy\\xs , Recueti d'antiquités, 1. 1 ; Micali , t. Il , pag. i p et 183.
(2) Athénée , iv, S 25 ; X , S 1 8 ; Posteii , pag. 1 34 r/ suiv.; Micaii , 1. 1 , pag. m ; Correspond, archéohg, 1. 1 , pag. 1 6 1 ; Cayiu8, Rtcueil d'ani'iquit, t. I, pag. 78.
LEUist uvs imusQUii.s. CH. vu. )35 L*ouvrage de I^ampredi ( )) sur la philosophie irur hiii».^. étrusque présente ceux qui la cultivoient comme it u^I ^r théologiens » astronomes , physiciens , méde- p*'^"^* cins, &c. , sous tous les caractères enfin que |)euvent donner de préférence les difFérens objets auxquels Inappliqué plus ou moins indirectement une science si vaste. L'étude de la philosophie proprement dite fut d'une grande antiquité en Ktru rie (4)* Plusieurs écrivains y ont même hli nattre Pythagore; Aristoxène » Théopompe , Aristnrciue, sont de ce nombre (5); MafTei lui-même adopte cette opinion (^) , et cite encore Eusèbe» Clément d'Alexandrie, Porphyre , Diogène-Laërce , Suidas : mail ces auteurs le disent-ils t Diogène«I.n<^rce ne présente que dei doute» ; Por))hyre ne fait que parler dei difTérentes opinioni et de leur incertitude ; £uièbe , Clément d'Alexandrie^ et Suidas le restituent il Samoi (7). Ce qu'on peut affirmer,
(j) (Hf¥tm0 cMlf fifgli nntichi Tosom i vivement c ombattu , au raiM , par MiciU , t. Il , ptg, 1 s.
(4) DIodorc de Sirllc , V, S 4«>' .
\s) Voir MJnill, II. p. 198; Vflhu umv. t. XIV, p. 141 H mil», i et Dlog^ne-L«f r( c , Vit iU Pyth^^re , S » .
(6) OhifVAt* (iff/r, t, IV, p«g. 7», Il cit romhiittu A\tc force et rtlion parl'lrftbosrhl , t. T, part, 1 , p«j^, 31^ ttsuiv,
(7) niog« Ktti^rrc, ^Mrt/f. S 1, Porphyre, Vif ^0 Pvthnfiim, Saldnt, 4 et mot, C1*m. d'Aleic, JVwm, l, p«jf. ^oo. Rusfhe,
Pr^fklMt, /vrtH(f IV.
c'est la ressemblancç qui existe dans les formes et l'exposition des doctrines avec le mode que ies Pythagoriciens reçurent de leur maître et quHs conservèrent. L'adoption par les Etrusques de symboles tels que ce grand philosophe les avoit créés ou proposés n'est pas même étrangère à leur histoire (8).
Les princi|>es de la philosophie n'y étoient pas séparé} , comme ils l'ont été chez d'autres peuples, des idées religieuses; c'est même sur celles-ci qu'ils étoient plus particulièrement fondés. Il y avoit dn moins entre l'un et l'autre des rapports si voisins qu'ils endevenoient comme inséparables. Des deux parts on regardoit les dieux comme des guides ou des inspirateurs nécessaires , comme les premiers juges des actions humaines dont ils étoient souvent aussi l'objet. Jupiter ou la divinité suprême veil* loit sur l'univers; il étoit dans la doctrine des Étrusques, dit Sénèque ( 9),le surveillant et le conservateur, l'âme et l'esprit du grand tout , l'architecte et le maître de ce grand édifice du moncfe.
(8) Plut Symfosiaq. VIII , S 7- Voir aussi VHist. Je la philosophie ,^^x Homius , iiv. iv, chap. lU , pag. ii^et suiv.
(9) Quest. nat. \\y. 11 , c. XLlL KWrBruckcr, il ,c. x , p. J44, et Suidas , au mot Tvppn\neLy où il cite un passage cTun anHeo historien étrusque sur Torigine du monde. On peut voir aasii Lanzi , t. Il , pag. y 67 et suh.
Nous ne voyons ici (Taiii'eurs ; sous le premier rapport, rien d'imposé, rien décommandé; sous le second naissent les obligations, les devoirs, le véritable langage et les véritables commandemens des institùtiçns et des lois. ^
Une des sciences, si on peut lui donner ce nom , que la religion avoit le plus favorisées , est celle de la divination , des présages , des augures. J'ai dit, dans un des chapitres précédens (lo), jusqu'où s'étoit étendu son empire; elle avoit subjugué le gouvernement même. Elle produisit longtemps xm efFet semblable sur celui des Romains^ à qui les Étrusques la transmirent dès le siècle de Romuliis, et la transmirent avec tous les moyens de la faire craindre et respecter, en y faisant participer, dès leur enfance, les citoyens qui dévoient avoir le plus d'influence sur l'exercice de l'autorité . publique , qui appartenoient aux premières familles de l'état , aux familles désignées ordinairement par le nom de prirtcipes (11). Des femmes nobles furent, ordinairement aussi, choisies pour s'instruire dans la divination, et devenir, sous ce rapport, comme
(10) Chap. Ill,pag. 282 et 288.
(i.i) DivinatAvr. I»S54. f^wV ci-dessus, pag. a6j et a8j. I 1. 22
338 HISTOIRE DE LA LiCISLATION.
les orgaiies et les interprètes de la volonté des dieux (li).
Les arts s'associèrent àk religion. Ils ajoutant aux moyens tfoflfrir au culte public ce qui pouvoh en accroître la magni^cence extérieure et ia noble splen(fefu#. D'autres sentimens encore, ia leconnoissance des cités, la tendresse des Êunilies, une gloire méritée, des succès obtenus, firent életer des statues.
Diodore veut ( 1 3) que les Étrusques aient imaginé les premiers de construm des portiques an devant de leurs maisons potu* éloigner le bruit que font d'oniinairele peuple qui passe, les esdave»M ieS' autres serviteurs du maître* Des arts plus difficiles et plus io^sans y furent cultivés avec un grand succès : ia poésie et la musique , la peinture et ia sculpture sont de ce ùombre ( r 4)* La religira
(12) C'étolent six cnfans ie chacune des douze chés , er non tm seul, comme k dkBeaufon, t.!, pag. 13. D*aatres mkat portent ce nombre à dix. Vai. Max. I, c. l.
. (i )) Liv. v, S 40. Voir aussi Varron , De linguâ latinû, rv, pag. 3 38, et les Origines de Coton ^ dam Festus, au mot Atrium,
(14) On peut voir sur ces arts chez les Étrusques , les Ori" fpna de Coton encore ; Pline , Vil , S y6 ; Silîus Italfcas, O .
19; IV, 167; v, 12; X, 4885 Buonarotti, pag. 167 atuhf.i Dempster, UI , c. LX, Lxx et lxxx ;v, c. xix ; Gori» t. table Lxxxvi de la classe IV, pag. 38; et sim.} Niébahr, t.I, pag. 1913 et 194.
encore les avoit souvent consacrés. Elle ne fut pas seule toutefois à les inspirer. Pline dit (i j) qu'avant le temple de Cérès> au grand cirque de Rome, tous les ouvrages d'art y étoient toscans (i6). II dit. encore que Volsinie seule avoit deux mille <fe <:e$ statues 9 et qu'elles en firent entreprendre le siège. Plusieurs d'entre elles étoient consacrées à dés divinités; les autres étoient un témoignage ctes autres sentimens que nous venons d'exprimer, quelquefois aussi peut-être f une amitié sans caractère ou d'une vaine adulation. Tmrquin l'ancien contribua beaucoup à cet embellissement; Démarate son père et lui profitèrent à cet égard , l'un du grand nombre d'artistes habiles qu'il avoit ame* nés de Corinthe , l'autre de l'avantage de régner à Rome (17).
Nous avons dit que les Toscans furent en Italie les fondateurs êa les instituteurs des arts (i8). Plusieurs découvertes ajoutèrent à leur gloire.
(15) Hist.nat.XXy, s la.
(16) Liv. XXXIV, s 7* I' pai'ic encore des statues toscanes à Rème. VoirGori , t. Il , table LXXXVI de !a classe IV» pag. 385 et suh^\, tlhBhiï, ulli fag. l'/i et suw.
(17) Strab. V, pag. 220. Voir sur ces dtfBhvns arts le chapitre xxiu de Micaii , t. II , pag. 1 5 1 « suiu. c/!Kxvi , et pag. 106 et suiv. même tome. Dans les premiers siècles de Rome» les ouvriers qu'on y faisoit Ycnir étoient presque tous des Toscant.
( 1 8) Voir cî-dcssus , pag. 334.
34o HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.
Parmi ceux qui vinrent habiter leur pays , il en est qui , arrivant de Grèce , leur apportèrent des lumières utiles (ip). Tout ce que PÉtrurie possédoit avant l'existence de Rome caractérise la civilisation depuis plusieurs siècles, tout ce qu'elfe pouvoit au moins produire, étendre. et conserver, dans l'état où se trouvoit alors le reste de l'Europe (20) •
Les encouragemens et la protection que les arts dévoient recevoir ne furent pas seulement l'efFet des mœurs ; ils avoient été permis et recommandé» par la loi (21). Les arts s'associèrent aux événemens publics et politiques, aux sentimens que pouvoient inspirer la naissance d'un fils , i'union conjugale, la mort de ceux qu'on chérissoit (22).
(19) On a tneme supposé qu*ils en reçurent cTÉgypte. Voir ci-après, pag. 347.
(20) Voir fouvrage du prince Canino sur ies vases éonsques , pag. 14 et suiv. Voir aussi Lanzi, t. Il , pag. ^61 et sutv., et les Oistrvations de Niébuhr, 1. 1 de la traduction , pag. 1 89 et nip.
(a I ) Voir Tite-Live , vu , S it ; Strab. V, pag. 2 20 ; Athén. XII, S 3 ; Maarobe^ Sat. I , c. ix, v. j ; les ibr, xxxix et «uivans de Pline; Dempster» I, c. xxil et $uiv,i Micaii, t* pag. 93, c. XXV; Plutarq. sur la Colère, t. Il, pag. 460 ; VHismrt unw. angl, t. XA^, pag. a4i .
(2 a) Sur ies chants nuptiaux en particulier, voir Macrobe, Sat,u, c. IV ; la première épître d*Horace; Servius , sur le in.* Htre de V Enéide, v. 49^ ; et le chap. xxxvii du livre V des Àntiq. rom, publiées d après Rosin par Dempster.
Des écoles avoient été fondées en ce pays (23)9 c'est là surtout que , pendant plusieurs siècles , les enfàns des Romains venoient s'instruire (24).
Dans le cinquième siècle encore de Rome, Tite-Live parie du frère d'un consul de la république, élevé chez un des hôtes de son père, dans une des principales villes d'Étrurie , avec la connoissance de leur langue et une instruction étendue (25). Nous avons parié de ceux qu'on y envoyoit de chaque cité pour étudier l'art de la divination, pour se former dans la science des augures (26 ). Quelques écrivains mêmes s'^y étoiènt fait connoître, avant la construction de la ville qui devoit être la capitale du monde. Varron nomme un poète qui fut l'auteur des premières pièces de théâtre jouées en Étrurie (27). Tite-Live dit que les premiers historiens de Rome étoient Toscans (2*8).
Une observation qui peut avoir quelque force contre ce que l'on a osé dire, d'après Théo-
(23) Tite-Live , ix , S 3^- Mic. 1 1, p. 99 et 1 50 ; t. II, p. 1 8.
(24) Tite-Live et Micaii , ibid, Niébuhr aussi , 1. 1, pag. 173. Rosin , liv. I > c. III , pag. 281.
(25) Liv. IX, S l6.
[i6) Ki>/> ci-dessus, pag. 337.
(27) De lingua latinâ, liv. iv, page 16. On est même allé jusqu'à vouloir faire un Étrusque d'Homère. Guamacci, p. 213.
(28) Liv. VII, S 2. Voir Suidas, au mot Tvppvivia, On pcui voir aussi ce que dit Tacite , Annales, liv. xiv, S i i«
pompe du désordre moral des deux sexes, du mépris le plus prononcé contre les moeurs en général, omtre les devoirs les plus sacrés, cotttie ce que présentent tous les intérêts, toutes fes tffections, est que les nmis des épouses se trouvent souvent fdacés , dans les moiiumens funéraires qui nous restent, à côté des noms de leurs maris (}o). Oest un témo^;nage de plus contre les écrivains qui n'ont pas craint de proâner ainsi fhistoiie.
(29) l^rrci-dessas, duip*ll, p3fg. 20» i»ir.
(|o) Voir la page 300 du clu^ iv.