CHAPITRE VI
Lûis et Institutions nlatives à l'Agriculture, au Commerce j à la Navigation, à la Marine; Finances et hnpSts.
D« premieri L*AGRICULTURE est uo dcs premiers travaux we^en*'É^e. I^Étrurie et de ses premiers succès. La fable Tfmdwon» à ee yieiit eiicore ici se joindre à l'histoire. Janus ,
jet. Premiers rrm- *• r t
vfu. dit-on y ayant accueilli ravorablement Saturne , qui
venoit d'arriver en Italie, il apprit de lui Tart de cultiver la terre , et d'en obtenir, au lieu d'alimens grossiers, des produits savoureux et jusqu'alors inconnus ( i ) . On ajoute qu'en reconnoissance de ce bienfiiit , Janus l'admit au partage de la souveraineté , et lui fit ériger une statue armée d'une emblème de ia moisson. L'invention de la greffe, la taille des arbres fruitiers et toutes les pratiques de ce genre furent aussi attribuées à Sa tume (2}.
(1 ) Mac robe , Satum, l , c. vil.
(2) Voir aussi , sous ces rapports , Diodore , v, S 4» » ^ Dempster, c. xiv et suiv.
Sic fortis Etruria crevii , dit Virgiie, Georg, il, v. 53 3» en parlant de l'agriculture de ce pays.
On supposoit que Cérès étoit née en Sicik : elle y avoit régné dans les premiers temps connus; c'est une île qui lui fut toujours consacrée (3). Proserpine y naquit pareillement; c'est encore de Cérès qu'on la fkisoit naître : ce Proserpine qu'enleva , Plutus, dit Cicéron d'après les poètes, PItttus, nom qui marque les richesses de la terre, pwirce que tout vient d'elle et y retourne (4)- En ^mimant la terre et la fécondant , l'agriculture est en eflfet devenue la mère de la civilisation ; elle donne des firuits pour prix du travail ; elle feit construire des demeures, des demeures fixes, et prépare ainsi la réunion des bourgs qui amènent les cités (5).
Des laboureurs et des marins toscans allèrent Prêtre«-ctM»oci»habiter Rome et l'instruire , sous ce double rapport, dès les premiers siècles de son existence (6), Tandis qu'elle se préparoit^ recevoir des augures, des temples et toutes les cérémonies sacrées qui ajoutent au respect que la religion doit inspirer,
(3 ) yoir les pag. 1 80 et suiv. de ia Législation des Sidiiens. (4) D€ la nature des dieux , II , S Quatrième Verrine aussi,
(j) Léguera Ceres, dît encore Virgile, Énéide , IV, v. 58; ia loi se trouve ainsi liée aux premiers besoins des hommes. Vohr d-dessus , pag. i jrj.
(6) Fiorus, I , S i. VeiL Patercui. i , c. ix. Des augures toscans y avoient été appelés pour les consulter sur ia construction même de la ville, Ko/r ci-dessus , chap. m , pag. 292 et suiv,
tions rurales. Lois agraires.
des associations arvales se fbrinoient, des lois agraires s'établissoient (7) , et c'est aux Étrusques encore que les Romains dévoient des progrès si dignes du peuple qui les recevoit et en sentoit le prix. J'ai dit des associations arvales, et je crois avoir besoin de définir ces mots ou de les expliquer. Plusieurs des historiens qui ont parlé de rÉtrurie se servent des mots prêtres arvales^ et les présentent ainsi comme ministres des autels ; ils appartenoient en eflèt au sacerdoce, mais beaucoup moins comme ayant à ce titre une autorité personnelle que comme se vouant ensemble à tel ou tel objet des fonctions religieuses , comme faisant partie d'une association qui avoit ce caractère. Ausisi Varron, qui les appelle même frères arvales (8) ♦ dit-il qu'on les nomme ainsi parce qu'ils contribuoient par leurs prières à la fertilité des champs ; c'est aussi frères arvales qu'ils sont nommés par Cujas et par Godefroy ( 9) , ainsi que par Boindin dans im mémoire qui fait partie du recueil
(7) Voir les Douze Tables, l , S 72 j Rosin , pag, ^73 ; Lanzi, I»", pag. 142 etsuh.
(8) De linguâ latitia, liv. IV, pag. 23. Rome les prit à i'Étrurie. Vpir, sur les fêtes arvales, Gorî , 1. 1«, pag. 54 et 58.
(9) Cujas, Observât. Uv. xi, c v. Godefroy, sur les Douze Fables^ pag. 125 et 179,
de Tacadémiedes inscriptions etbelles-letlres (i o). Ils étoient au nombre de douze , et deux fois Tannée iis conduisoient à la téte du peuple une procession religieuse, dans le circuit du territoire, pour demander aux dieux la fécondité ; des épis couronnoient leur téte (ii). D'atitres écrivains n'ont vu dans cette association qu'une réunion d'hommes préposés à fixer les limites des champs , à )uger les différens qui pouvoient naître à l'occasion de ces limites mêmes et des servitudes auxquelles on pouvoit être soumis (12).
On n'a pas besoin de remonter aux temps fe- commwc. iwinbuleux, quand on veut rendre hommage aux j,j,„„,^„j. travaux des Etrusques en faveur du commerce
quM qusiui Rome
et de la navigation , à l'influence qu'ils leur don- fut fondât, nèrent, aux services qu'ils leur rendirent. Plusieurs historiens nous les représentent comme puissans sur mer au temps de Rome ; mais il y avoit déjà plusieurs siècles qu'ils l'étoiem ( i 3) ; Tite-
(10) Tome 1«, page S6 des Mémoires, Voir ausfi Bouchaud , Douzf Tables, 1. 1 , pag. 73.
(11) V. Fotus , De perb. signijic.} Aula-Gdlc, vi , c. vu ; Pline, X Vlll t S 1. Ils y chantoientdes hymnes en l'honneur de Cérès,
(12) Terrasson, Hisu delà jurisprud. romaine, pag. i ^9 et 1 70, loi 7o«. Duboulay, Trésor des antiij, rom. pag. 24 1 . Tumèbc , liv. xxJ , c. I. Le voir aussi liv. xviu , c. xvil.
(13) Voirt,t que disent, entre autres , Hérod. 1 , SS 94 ^/ iuiv.i Justin , xuii , S I ;Vell. Patcrcul. 1, S 4 ; Aulu-Gelle, x, S 1^;
Lîve l'a proclamé lui-même ( 1 4)9 et Machiavel répète , dans ses observations sur ce grand historien (15), qu'ils avoient depuis long-temps, avant que Rome existât, sur mer comme sur terre, une extrême puissance. Il invoque les souvenirs qui en restoient et les vestiges qui subsistoient encore de leur grandeur. Une colonie qu'ils appelèrent Adriatique fut envoyée par eux sur le rivage de la mer supérieure et devint assez illustre pour donner son nom à cette mer qui le conserve encore; l'autre reçut et conserve encore aussi la dénomination de mer de Toscane (16 ). Tite-Live l'avoit rappelé (17), comme attestant ^ dès ' les temps reculés, ia prépondérance des Tyrrhéniens (18). Âristote parlant d'une époque dont il étoit contemporain, parlant des avantages qu'offre la société civile par les rapports mutuels qu'elle donne et des
Pline , Hist, nat. xvil , S a ; Strab. v, pag. 219^/ suiv, Aristide , Disc, sur Bacch. 1. 1"", pag. 53 ^/ suîu.
(14) Liv. v, S 33- ^oir aussi ce qu'il a dit au commencement du même livre.
(15) Liv. II, chap. iv.
(16) Voir Diod. vi , S 1 ; Strab. v, pag. 21 1 ; Denys d'Htfîc. II , pag. 504 ; Justin , xx , $ 1 ; Ptusan. V, 5 2 5 ; Plut. Vie de Camille, S 25 ; Pomp. Mêla, i, c« m.
(17) Liv. V, 534.^
(18) On peut voir aussi, sur plusieurs colonies qu'ils fondèrent ou conquirent , \'Hist. univ. pag. 245 ; Pline , III , S 13; Polybe, I , c. XX , et Casaubon sur ce passage de Polybe.
communications utiles à tous ceux qui les partagent, dit que les Étrusques et les Carthaginois étoient unis par des traités qui en firent comme des citoyens d'un même pays , liés comme ils le sont par des conventions réciproques au sufet des impositions, par des traités qui les garantissent des violences injustes, et par des alliances dont les conditions ont été stipulées par eux (19), L'épo^ que de l'existence de ces traités est bien constante par cela même qu'en dit Aristote.
Luna étoit alors une des villes qui se livroient. oe u piwierie. avec le plus d'ardeur et de succès au commerce et ^yTi^renTiTun! à la navigation. Strabon Ta également rappelé (ao); ****** ^
contribuèrent.
il le fait aussi pour Fésule et Populonium (21). Gère ou Agylla ne s'y adonna pas moins (12).
Strabon, après avoir dit quelle renommée lui avoient obtenue le courage et l'équité de ses ha* fcitans , afoute que long-temps ils s'abstinrent de
(19) Politiq. liv. m, c. VI.
(20) Liv. V, pag. 2 22. Voir aussi Piinc, iv, S 5 ; Vaiérfus FIsecus , Argon, liv. iv ; Potnp. M^la , 11 , c. xiv, ot ce qu'en disoit Caton, dans les Origines, Véiesfut long>teinps une de ses villes lès plus riches. ^
(21) Page 223. Voir Dîod. xxix; Pline, III, S 5. Sur l'arsenal et les navires à Populonium , voir Strab. V, pag. 221.
(22) Strab. V, pag. 220. Voir aussi DenyS d*Halic. m, S y8. Soixante bâtimens furent fournis dans une guerre par les Agyi^ lecns. Mém, de VAcad, t. XVIH, pag. 1(^4, Hisu
la piraterie , quoiqu'ils eussent pu dès lors l'exercer avec avantage. Si ce fait est vrai, il ne l'est pas assez que les autres peuples d'Etrurie s'en soient également abstenus (23) : plusieurs écrivains da moins leur en ont fait le reproche (24). Sainte- Croix est un de ces écrivains. Les Etrusques, selon lui (25) , devinrent plus riches encore par leurs pirateries que par leur commerce; mais il oublie que, pendant les premiers siècles de leur existence politique , le désir d'étendre leur domination et le besoin de l'affermir leur firent soutenir constamment des guerres avec leurs voisins; ce ne fut pas la moindre cause des associations qui se formèrent de cité à cité, de la confédération qui s'établit. Quand la guerre, qui si long-temps leur avoit été âvorable, récompensa . moins leurs efforts; quand des débites réitérées les menacèrent de l'empire d'un autre , que le commerce plus animé leur promit comme incontestable une supériorité plus active et plus nécessaire, il dut devenir,
(a 3) Voir Phidare, Pythiq. I, v. 139; les Mém. de VAcad. u XVIII , pag. 1 04 de KHimbre ; et Dempster, l , c. ix , pag. 34 1 . Justin ne craint pas de dire , XLlll , $ 43, quon regardoh alon la piraterie comme honorable ; et cependant , c*est lùtrodumm maris qu'il fappeile.
(24) Phraûcam exncemes , dit Pierius Valerianus » liv. xxvil , pag. 175.
(25) Goupernem. fédérai, 1. 1 , pag. 248.
il devint plus que jamais l'obîet de leurs: travaux , d'une ambition plus assurée , d'unfe opulence qui pouvoit leur offrir un dédommagement qu'ils ne surent pas toujours contenir dans les limites de la modération et de la justice. Athénée parie {2.6 ) d'une statue enlevée par eux dans un temple, de la frayeur qu'ils en éprouvèrent eux-mêmes et de la réparation qu'ils en essayèrent.
Mais la piraterie exercée alors Jie peut faire oublier, quelque blâme qu'elle mérite, les longs et importans services qu'ils avoient rendus les premiers à la navigation et au commerce ; au commerce maritime surtout , dont ils étoîent devenus comme les véritables fondateurs (27). Strabon lui-même (2 8) en disant que les Etrusques s'adonnèrent à la piraterie, n'en place l'époque qu'après la dissolution de la fédénètion qui les avojt long^temps unis. Ciiaquç cité s'étant trouvée alors séparée des autres, on dut éprouver quelque peine à se défendre contre ses voisins ; ce Autrement, dit Strabon, jamais on ne les eût vus, abandonnant la culture d'un pays excellent, s'adonner à la piraterie , ceux-là sur une rmer, ceux-ci siu- mie autre. 3>
(26) Liv.xv,S4* pag- fA^*
(27) Voir Scrvius sur l'Enéide , x , pag. 6oz et 603.
(28) Livre v, pag. 219.
même si actif et si étendu des habitans de TÉtrurie s'élève comme une objection bien redoutable contre les auteurs qui ne veulent voir en eux qu'une colonie venue de TAsie-Mineure, et d*une partie de cette contrée qui étoit à une distance assez grande des rivages de ia mer.
L'ancre doit être placée au premier rang parmi les inventions relatives à {a marine et à la navigation que i'on attribue aux Tyrrhéniens ou aux Étrusques (}6).
Sur lei dépenses Tous CCS moyens d'échange , d'industrie et les
publique» Cl sur les , . , . /r • v n i
exemptions pronon- proTits qui en naissoient , dévoient omir à l étal des moyens plus sûrs et plus faciles de concourir aux dépenses publiques. Quelques exemptions d'impôts étoient prononcées par les lois ; les ministres de ia religion avoient surtout obtenu cette immunité (37). Ceux qui n'appartenoient pas aux Htmiiles dont les . ancêtres avoient les premiers habité la viiie devenue depuis un des chefs^Iieux de la confédération , n'étoient pas sans quelques concessions, sans quelques privilèges. Ceux qui
ceci.
(}6) Pline , vu , S $6 ; Arricn , Périple du Pont-Euxin, p. aa 1 ; Goguet, t. IV, p. 268; Micaliy il, p. 139. D*autres citent la découverte de ia trompette pour appeler les marins hors du navire. Athén. iv, $ 24* lûdore , Des origin, XVlll , c. IV.
(37) ^^^^ ci-dessus , chap. 111 , pag. 290 , et Dubouiay, Trésot des <tntiq. roni» iiv. III, pag. 25 et 241.
n'avoient pas ce caractère , qui appartenoîent îi des familles, qui, depuis, étoient venues y fixer leur demeure , recevoîent pareillement la bienveillance de la loi : on les distinguoit par Isotèles ou Isopolites. Les Isotèles, comme leur nom même Findiquoit , n'avoient pas à payer plus d'impôts que les autres citoyens ; les Isopolites jouissoient de^ mêmes droits dont tous les autres citoyens jotiiésoient aussi (38)* Quant aux dépenses relatives au culte public , la piété nationale et quelques établissemens fondés concouroient également à les fournir et même avec la magnificence que la superstition est toujours prête à leur consacrer. Les travaux publics étoient ordinairement confiés à des esclaves.
(38) Niébuhr^ t. I , pag. 227. Voir ci - dessus , chap. I, pag. 264.
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