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du désir de s'illustrer par une grande action. Cette gloire généreuse, et le mépris aussi que Denys inspiroit , sont les motifs qu'Aristote donne à l'entreprise de Dion , résolu qu'il étoit à sacrifier «a vie, dût-il la perdre après avoir seulement débarqué ses troupes , et ambitionnant une telle mort (46 ). Ses ennemis n'en avoient pas moins essayé de le représenter d'abord comme aspirant lui-même ^ la tyrannie (47)«
Peu favorable à la démocratie , Dion ne l'étoit pas davantage à l'autorité absolue. C'est une aristocratie qu'il désiroit et qu'il auroit voulu fonder à Syracuse. II répétoit avec Platon, son maître et son ami, que la démocratie est moins un gouvernement proprement dit qu'une foire et comme un encan de toute sorte de gouvememens, où l'on n'a voit qu'à choisir (48). Les constitutions de Crète et de Lacédémone (49) étoient celles qui lui paroissoient mériter la préférence ; elles réunissoient, selon lui, les avantages de toutes les autres , et rendoient plus sûr le bonheur des peuples (50).
(46) Arist. v, c. X , pag. 405 et 406.
(47) Voir Plai. Épit. vil , pag. 3 29 et } 3 3.
(48) Platon , Ré/mèL VUl , S $57- Plut. Dion , S 67.
(49) ^"W'' t. V de V Histoire de la législation,
(50) Plut. ibid. Plat. £jp//. Vin , pag. 356.
La mort de Dion n'a voit pas laissé le royaume Événemcns pouplus heureux. Syracuse étoit descendue chaque ^"^^"^45 01^^^^^^ jour du haut rang où elle s'étoit élevée sous le règne de Denys l'ancien. Une conspiration presque universelle ayant forcé son successeur à quitter le trône et sa patrie , l'Italie lui offrît alors fasile que la Grèce devoit lui offrir un jour. C'est dans la ville même dont étoient d'abord sortis les fondateurs de Syracuse , qu'il finit par se réfugier, dans la ville encore que Dion étoit allé habiter quand on l'avoit banni.
Callippe avoitété l'assassin de Dion. Il espéroit trouver dans son crime un moyen de parvenir à la tyrannie. Mais Callippe étoit Athénien; il n'avoit aucun droit à gouverner Syracuse, à concourir même à son gouvernement ; les lois du pays l'en exduoient, si l'on peut citer les lois d'un pays là où sont devenues si fréquentes l'usurpation de tous les droits et l'ambition heureuse du suprême pouvoir. De tous les Grecs venus en Sicile, Callippe étoit celui qui avoit le plus obtenu la confiance et l'amitié de Dion (51). Un égal amour de la philosophie et des lettres avoit formé et afîèrmi leurs rapports mutuels; mais la reconnoissance que devoit Callippe à son noble bienfaiteur dispa-
(51) Mais voir Plutarquc, VU de Pion, S ^8.
rut devant Tambition du trône. Syracuse tvoit alors des troupes étrangères dans son armée; Callippe s*attacha sur-tout à exercer sa puissance sur elles. Elles le secondèrent par un crime dont elles devinrent les instrumens. Dion fut assassiné (52) ; mais treize mois s'étoient à peine écoulés, que Callippe périt lui-même , frappé , dit-on , du même poignard dont il avoit frappé Dion (53). D*autres tentatives furent &ites pour usurper le pouvoir, par Hipparinus, entre autres , qui appartenoit à la famille royale , et qui le conserva pendant deux années (5 4)- H est assez remarquable, peut-être, que cet Hipparinus fut un des chtfs que Platon avoit indiqués lorsqu'on le consulta sur le gouvernement de Syracuse. La constitution présentée par ce philosophe ne se composoit pas seulement d'une ai^semblée du peuple, d'un sénat et d'un roi; trois rois étoient placés par lui à la téte de l'état : il prétendoit qu'en divisant ainsi la royauté on étoit plus sûr d'échapper à la tyrannie (55). Dtny» ftniome Denys le jeunc , voyant se succéder des ambirit trèM. Il en jj^^^j ciinemies, dont aucune n'étoit affermie par
(5 a) Plut UiéL An avant rère rhrérieniie.
(53) Plut. DioM, S 7».
(54) yîfir Plat. />//. viii, pag. 357. Athën. x, $ 10. Polycn , Siratag. v, c. iv. biod. xvi ,53^.
{;;) EfHt. VIII , t. III . pag. ^ 5 1 et stih>.
LÉGISL. DES SICILIENS. CH. Itl. 5)
sa durée » essaya de reconquérir la puis^nncc ({u*il avott perdue. Des soldats étrangers vinrent également le servir et le défendre. On le vit enfin, après un long exil » remonter sur le trône de son |>*re (56). Il étoit destiné il en descendre encore. Dix ans de malheurs n'avoient pu Tinstruire. Impérieux et cruel » il ranimoit chaque }our tes craintes et les haines. L'insurrection n'en fut que plus prompte » plus générale ; et t*on peut remarquer qu*on implora d*abord» pour la protéger, Icétas» tyran lui-même et mahre alors de Léontium (57). D'autres cependant s*étoient adressés aux Corinthiens* Les Corinthiens envoyèrent les secours demandés, sous la conduite et les ordres deTimoléon, un de leurs plus illustres citoyens (5 8).Timoléon avoit lui-même donné ta mort h un de ses frères, accusé d*aspirer h la tyrannie (jp). Il vint ï Syracuse , et il obtint de Denys sa renonciation au trône, en lui promettant d'ailleurs de placer uHis la foi publique ses propriétés et sa personne ;
Mai. Tlm0i, $ 1. An )4} avam Icrc chréilcanc, Vf>ir
(j7) Jatt XXI, c. v. Dlod. XVI» s r»H. Plut 7VW/. $ 1.
I(éu», au rené, étulc né à Syr«cuK.
(58) Plut. TW. S ». Cornél. Népoi . 5 » • 0\oé. x vt . S « (jv) ComéL NéjK», TimL $ 6. Mut. /W. S 6. l oir Moa-
tjlgnc , ni » c. I.
il lui conseilla en même temps de se retirer dans le Péloponnèse {60). Le second règne de Denys ne s'étoit pas étendu au-delà de trois années (61). On a quelque peine à concevoir une soumission si prompte de la part d'un prince qui avoit su reconquérir un irône que tant de force environnoit encore ; plus de quatre cent mille soldats , plus de quatre cents vaisseaux , et tous les moyens d'y en ajouter un plûs grand nombre, des arsenaux garnis de toute sorte d'armes , les magasins publics remplis de froment, et un grand nombre d'alliés (62).
C'est dans la ville dont étoient sortis les fondateurs de Syracuse, que Denys se réfugia. Sa conduite à Corinthe n'est pas ce qu'il y a de moins célèbre dans sa vie. Il s'y fit maître d'école : tant il lui étoit impossible de ne pas commander, dit Cicéron (63). Ce ne fut pas la seule profession qu'il y exerça. Élien dit (64 ) qu'après avoir essayé de tous les genres de vie , réduit à une extrême misère , il finit par se faire prêtre deCybèle, quê-
{60) Diod. XVI, s 70. Cornél. Népos , TimoLs a.
(61) Il finit Fan 344 avant Tcrc chrétienne.
(62) Voir Élicn , vi , c. xil , et Cornél. Népos , Timol, S 3.
(63) Usque adeo imperio carere non poterat, Tuscul. III , $ 1 a. Le voir aussi Épttr.famiL XI , S 1
(64) Liv. IX , c. VIII.
LÉGISL. DES SICILIINS. CH. III.' 55
tant en son nom , jouant du tambour et dansant au ,son de la flûte. Voilà ce qu'étoit devenu le fils d'un d^s princes les plus puissans de cette époque, qui deux fois avoit été roi lui-même (65).
Timoléon commença par ordonner d'abattre les Timoiéon rend à
. Syracuic sa iibcru.
Citadelles , les palais des tyrans , tout ce qui pou- Gouvernement et voit en rappeler l'existence (66). II s'occupa en- ««î^uh lui donne, suite des lois qui dévoient gouverner Syracuse. Et I>eut-être n'est-ce pas un événement indigné d'être remarqué , que l'époque où Timoléon TafFranchissoit s'éloigne peu -de celle où il vit sa patrie même , Corinthe , obligée de se soumettre au père d'Alexandre et d'en recevoir des lois (67).
Des guerres longues et fréquentes , des dissensions civiles , des tyrannies souvent renouvelées , les proscriptions qui les suivent ou qu'elles font craindre, avoient dépeuplé Syracuse et la partie grecque de la Sicile (68). Timoléon n'oublia rien pour lui rendre une population si nécessaire. Il restitua aux anciens citoyens qu'il rappela tous les biens qui leur appartenoient ; les terres vacantes
(65) Voir Justin , XXXl , c. v ; Athço. XII , S 1 1 ; Vai. Max. VI , c. IX ; Plut. Timol, SS 2.0 et suiv,
(66) PluU-r/W. S '8..
(67) Fb/VDiod. XVI, SS 82 et suiv,: Plut. TimoL SS et 33 ; Giil. t, IV, pag. 1 67, et Oliv. Vie de PhiL t. II , pag. 1 ii et suiv.
(68) Plut. Timol SS I et 33.
furent données aux nouveaux habitans (69). li accorda le droit de cité aux étrangers qui viendroient s'y établir (70) ; il l'accorda à tous les Siciliens qui vivoient sous le despotisme d'un maître. Catane , Messine , Léontium , ApoIIonie , et d'autres encore, retrouvèrent la liberté (71 )• Carthage f qui avoit envoyé des ambassadeurs pour lui demander la paix, ne l'obtint que sous la double condition que toutes les villes grecques de Sicile demeureroient libres , et que les Carthaginob ne pourroient jamais prêter aucun secours aux tyrans eniiemis de Syracuse, Une alliance réciproque se forma entre toutes les villes rendues à la liberté [72). Syracuse et les pays dont elle éloit la capitale virent ainsi renaître leur population; plus de quarante mille personnes vinrent s'y établir, et Corinthe seule y envoya ime colonie de cinq mille. Agyre , une des villes principales de l'état par l'étendue et la fertilité de son territoire, en reçut dix mille à elle seule (73).
(69) Cornél. Népoi, Timol. $ 3.
(70) Ccst ainsi que te pere d*Agathocle devint atoyen de Syracuse. Diod. xix , S a. ^oir ci-après , pag. 6j.
(71) Plut. TimoL S 34. Diod. XYI, SS 70, 71 , 7*, Sx. ¥tz, Andq, Je Sicile, t. IV, pag. ij6etsuiy.
(7a) Diod. xvi, s 8a.
(73) Diod. XVI, SS 8a et 8j.
Après avoir affranchi les peuples , il étoit né- Loi» mise* en cessaire de leur accorder ou de leur rendre des lois constitution de réplus en harmonie avec la constitution de f état. Les lois que Dioclès avoit précédemment données (74) servirent de base aux lois nouvelles. Céphalus de Corinthe fut chargé de' les recueillir , et d*y ajouter les développemens et les interprétations qui pourroient être nécessaires; c'est le même travail qui fut demandé plus tard à Polydore sous le règne d'Hiéron : écrites en ancien dialecte, elles avoient quelquefois besoin de ces explications (75). Les lois qui concemoient les actes civils, les obligations, les biens, les successions, furent conservées; et relativement aux lois politiques , on conserva aussi toutes celles que la démocratie pouvoit avouer; on changea ou on modifia les autres; et quant aux élections en particulier, qui alloient obtenir une si grande influence sur les fonctions publiques, Fégalité fut absolue, et le droit de suffrage le même pour tous , sans aucune des conditions qui ailleurs les différencient ou les restreignent (76 ). Sous les rapports civils , Céphalus fit proclamer une vérité si incontestable, qu'on
(74) VoirDiod. xili, SS 34 et 35.
(75) Diod. xill , s 35. Mem. de VAcad, t XLU , pag. 291.
(76) Dîod. xvi , S 70. Plut. Timol SS 33, 4^ et 47.
pourroit se demander jusqu'à quel point un législateur peut en croire la proclamation nécessaire , si eife rfavoit été si long-temps et si souvent méconnue par les gouvemeinens despotiques qui s'étoient succédé. La marque ou le caractère de la liberté consiste ou se montre dans le droit de n'avoir pour règle de ses actions que les lois (77).
Tribunaux de Des tribuiiaux de justice furent construits sur in.gi«trtture«.Ani- ^ terrain même où s'élevoieni naguère les fortephipouc. sénae. fesses du despotisme (78). De nouvelles magistratures furent créées. Une d'elles , inconnue jusqu'alors , devint la ptremière des dignités ; on la nommoit amphipolie. Elle étoit plus particxdièrement sous la surveillance ou la protection de Jupiter; Tamphipole en étoit le ministre (79). On ne pouvoit donner un plus haut protecteur à de plus grands devoirs. Les Syracusains, dans la suite, datèrent et distinguèrent toujours leurs années par les noms de ce magistrat , qui lui-même étoit annuel (80). Trois personnes étoient désignées par les suffrages du peuple pour remplir cette auguste fonction ; le sort choisissoit entre elles. Une fraude
(77) Cornél. Népos, Timol. S 4. Plut. Timol, S 48.
(78) Diod. XVI , S 85. Plut. Thnol, S 32.
(79) Diod. XVI , S 70. Plutarquc , Quesugrecq, t. Il , pag. 297 parie d*un amphipolc d*Apollon. F(?/V ci -après , pag. 1 12.
(80) Diod. XVI , S 70.
commise à ce sujet par Verrès est un des reproches que lui fait le grand orateur qui l'accusa avec autant d'éloquence que de succès (8i).
Un sénat composé de six cents personnes , et contam
' * aux dieux par Ti-
pris dans les difFérens ordres de l'état , en avoit la moiéon. Abdication haute administration; il régloit seul tout ce qui ^j*^*'^^"*^**^"»"concernoit et la guerre et la paix ; le commandement de l'armée ne pouvoit jamais être confié à f amphipole ou au chef suprême de la nation (82).
Timoléon voulut encore offrir aux dieux un témoignage de la reconnoissance qu'un si grand succès lui inspiroit. Un autel fut consacré par lui dans sa demeure à la déesse des heureux événemens , de la bonne fortune; la maison entière étoit dédiée au bon génie (8 3), Il ne cessoit de rendre grâces à la divinité de ce qu'elle avoit daigné le choisir pour faire tant de bien à la Sicile ; ce sentiment se montroit également et daiTs les lettres qu'il adressoit à ses amis, et dans les discours qu'il prononçoit aux assemblées du peuple (84 )•
Favorisé par l'empire des circonstances , pqr la
(8 1 ) Seconde Verrine ,% ^i,
(82) Voir Diod. XVI, SS 70 et 82; Cicéron, ihid. ; Ubbo Emmius , t. III , pag. 228 ; Caruso, pag. 319 et 3 20 ; Hist, univ. atigl t. V,pag. 295.
(83) Plut. TimoL S 47. Cornél. Népos, TimoL S 4.
(84) Plut. Timol S 47.
6o HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.
gratitude publique y par sa vigilance , par son courage , par l'assurance que des bienfaits rendus , et de tels bienfaits, dévoient donner de les voir se prolonger et renaître, Timoléon auroit pu chercher à conserver cette dictature que la nature même de ses efforts et leur caractère lui avoient nécessairement donnée; il abdiqua tout le pouvoir dès qu'il dut se regarder comme l'ayant conquis. Il redevint et resta homme privé. La confiance qu'il bispiroit n'en fut pas moins grande , ni son autorité, peut-être, moins réelle et moins sûre. Ce n'étoit qu'un citoyen , mais un citoyen l'objet de la vénération et de la confiance de tous les autres (8j).
Deux démagogues cependant osèrent un jour le faire assigner pour venir répondre devant le peuple à des accusations qu'ils formoient contre lui. Les Syracusains s'en irritèrent, et ne voulurent pas qu'il répondît à tme telle agression. Timoléon au contraire se présenta, voulant donner un grand exemple de son obéissance aux lois et du respect qu'on leur devoit toujours (86).
jagement pro- Timoléon CHit ajouter encore à la haine contre
nonce contre les an- . i < • t ■
dent tyran». Lcu» 1» tyraïuue, en livrant la mémoire des hommes
stmtncs renvcrtccs.
(85) G>niél. Népos, TimL S 5.
(86) Piut. Timol. S 48.
LEGISL. DES SICILIENS. CH. IIK 6l
qui s'en étoient rendus coupables à des témoignages popiJaires d'animadversion et de mépris. Un jugement solennel fut réclamé et prononcé contre eux. Des accusateurs furent entendus et les faits livrés à un examen juridique , comme si de telles formalités étoient nécessaires quand l'histoire d'un peuple est là, quand plusieurs de ceux qui vivent encore en ont été les contemporains , quand des temps pius éloignés ont laissé des souvenirs qui n'ont rien perdu de ieur force et de leur universalité. Les statues qu'on avoit élevées aux tyrans furent toutes abattues ; celle de Gélon fut seule respectée (87).
Nous n'avons pas besoin de dire combien de Mon de Timo-
f*m «f ■ T T** t f c* Icon» Monument
regrets causa en Siale la mçrt de Timoléon. bes ^oniuiéiêve.cffunérailles furent célébrées avec toute la solennité *i*nn«^^«c
mnnueiic
que pouvoit inspirer tant d'affection et de reconnoissance ; un monument lui fut élevé dans un gymnase que son nom caractérisa désormais (88). Ce n'étoit pas seulement l'expression d'un sentiment générai : un décret public l^ivoit ainsi ordonné; ii eist rappelé par Piutarque. Des jeux annuels y sont prescrits au jour correspondant à
(87) Plut, TimoL S 32. Anttq. de Sicile, t. IV, pag. 375.
(88) Cornél. Népos, Timol. S 4- Pï»it. TimoL S 53. Y voir aussi ce qui fat résolu dans les cas de guerre avec les étrangers.
ia mort de Tîmoléon. On mît entre ie trépas et la cérémonie funèbre un intervalle suffisant pour que toutes les cités voisines pussent venir s'associer à ces derniers hommages (89).
Qui n'eût dît , après tant d'efforts , tant de bonheur reçu et si bien exprimé , que la tyrannie étoit à jamais proscrite de Syracuse, pour longtemps du moins î Vingt années s'écoulèrent à peine; Agathocle régnoît.
(89) Plut. Timol. S 53. Pour \c décret rendu , voir la note D aux Éclaircissemens.
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